‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 29 sur 95 · N« XII · texte numérisé non relu

N« XII

QuatrUme lettre de M. SuUau à M. L.-Pk. d'OrUane , . cinlevant prince françaii.

MOMIBDR ,

La modération impertnrlnbld qae tous oppoMi si stol^iieiiieiit à toutes mes attaques, m'a tellement dégoûté de guerroyer arec TOus« que je ne me sens plus le courage de reoonyeler mes hostilités, et que, pour n'être pas un peu honteux de la facilité de mon rôle, j'ai besoin de penser qu'elles n'ont pas laissé que d'influer sur la tranquillité publique.

Pourquoi faut-il donc que j'aie encore quelque chose à yom dire, quand il est si évident qu'il n'y a rien de commun entre TOUS et moi? Ah I c'est qu'il ne suf&t pas à mon honneur public, que TOUS admiriez la générosité de mon caractère, et que tous reniBec hommage à la loyauté de ma conduite : il me fàot encore que tons les honnêtes gens sachent qu'il ne tient pas à moi que le Toile perfide qui couTre d'horribles mystères, ne soit Tiolemment déchiré, et que, si elle est encore suspendue, la fondre qui aoroil déjà dû écraser ou TOtre tête ou la mienne; ce n'est pas moi qni peut être soupçonné de TaToir conjurée (I).

Sans antre mission que mon déTouement au salut de la patrie, j'ai l'honnenr de tous aTOir accusé hautement d'attentats dont l'idée fait frémir ceni mêmes auxquds Tbypocrisie de tos combinaisons a fait qudque illunon. Fatigué d'en proToquer iontilement la Tengeanoe, j'ai entrepris de la poursuivre à mes risques

(I) Cette manière de professer des égards pour TopiDion TOUS parait bixarre , ce nVst pas ma faute si tous en êtes surpris et presque scandalisé : tout cela n'est qn^une affaire de goût et de principes , et la seule induction qu^à la rigueur tous . paissiex tirer de ma susceptibilité , cVst que je ne suis pas encore an niTcau de Totre sublime philosophie qui attache plus de prix à un petU éeu qu'a VesHme publique.

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et par mes moyens personnels. Impatient de l'obtenir ou plutôt jaloux de noyer dans TOtre sang le germe de nouyelles séditions, je yous ai d'abord assez brutalement menacé de mon glaîTes peutêtre eut-il été plus constitutionnel de ne faire briller à vos yeux que celui de la loi ; mais celui-ci est si émoussé 1 et mol j'ai tant de prédilection pour les moyens expéditifs, qu'à l'imitation du fameux aristocrate macédonien, j'aimais mieux trancher le noeud gordien que de perdre mon temps à le démêler.

Cepeodant, aussitôt que je m'aperçus que vous n'aTiez pas on goôt bien décidé pour cea sortes de brusqueries » dont l'illégalité renforçait vos scrupules* je me Gs un devoir de vous déférer l'opinion d'un comb»t judiciaire. Ce n'était pas à mol de prévoir que vous trouveriez aussi des objections contre ce genre de duel, le plus favorable en général à l'innocence persécutée par la calomnie. Voilà pourtant qu'après quinze jours d'incertitudes et de délibérations, vous unissez par éluder mon alternative.

Que vous ayez une certaine répugnance à mettre votre innooence à la pointe d'une épée ; qu'il ne vous semble pas prudent de Caire dépendre vo re bonneur civique de la directloa capridenae d'un pistolet, cela se couçuli, parce que , indépendamment de l'irrégularité de ces sortes de décisio >$, c'est que, comme vous robaervei très judicieusement, vous ne tueriez pas avec moi tous ces vilaios soupçons qui vous accusent, e^ qu'il vous importe que je yive, pour être un jour l'iustrument de votre justiGcation. Ymlà des raisons que tout le monde sait apprécier; c'est d'une sagesse qui ne comporte pas de réplique : mais vous convenea que ma proposiliou subsidiaire est honnête, régulière, équitable,

généreuse Comment se fait-il donc qu'\

parée de tous ces avantages, elle n'ait encore pour vous aucun attrait? En vérité, c'est pure malice à vous de laisser votre patriotisme encroûté d'un vernis tout-à-fait déplaisant, quand je vous procure une si belle occasion de le faire resplendir dans toute sa pureté.

Vous me promettez bien, il est vrai, de descendre dans Tarène avec moi aussitôt que MM. les grands jurés seront institués juges du camp; c'est-à-dire qu'il n'y a que des juges tout neufs qui puissent avoir des yeux assez perçait pour discerner votre innocence. Mais n'est-ce pas aussi beaucoup trop innocent que d'es-

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;>érer d'an si pitoyable subterfuge quelque répit dans ropioioo? — Croyez-TOU8 de bonne foi que tos grands jurés seront armés d'un talisman, pour escamoter cette nuée de témoins oculaires contre lesquels ycfi alitn Tiendront échouer, sans compter qu'il y a bien de TiDgratitude à tous de déchirer le tribunal chargé d'éplucber tos fredaines ?

Et moi qui, en ce moment, suis en mesure de tous accabler de dépositions qui n'ont pas été recueillies dans la première instruction, n'aurais- je pas droit de me plaindre de y os tergiversatioos? D'ici à l'époque vague et illimitée à laquelle yous me re* portez, il y aura bien des honnêtes gens de lanternes ; et qui sait s'il en sera étranglé un seul que ce ne soit une de mes preuves de pendues? •

D'ailleurs, qui osera vous garantir ? quelle apparence y a-t41 que moi, dont Tesistence est on miracle continuel de la fée tutélaire de l'ariitocratie ; que mot, qu'un réverbère ne voit jamais sans un mouvement de convoitise, je survivrai à la naissaDco db vos grands jurés, qui sont encore dans les limbes? Ce n'est- pas que la peur que l'on voudrait bien me faire detotreressentiaaeiit, je n'y sois point du tout inaccessible, et cela par une ndsoa que j'ai dite ailleurs ; {ily a si loin du poignard d'un scélérat imconir d*un honnête homme !) mais enfin la Providence ra'eât^lle compté autant de jours qu'au démocrate Matbosaleln, aerait-ee à dire pour cela que je verrai la fio de la constitution? - Il résulte de toutes ces observations, bon prince, que vous êtes obstiné à vouloir la paix avec moi; eh bien 1 voas l'aurei; car, après tout, votre résignation et votre générosité me désarment. D'une part, vous ne voulez déployer contre moi votre ardeur martiale qu'en cas d'une irt-uption soudaine et violente, à hiqnelle je répugne avec horreur, parce que les circonstances publiques ne le commandent point; et de l'autre, voos mofhrei gradeasement la restitution d'une certaine lettre, qu'à l'aide de la contradiction de notre jurisprudence criminelle avec les lois de l'honneur, vous seriez à même de convenir en un titre de persécution. Je suis sensible, autant que je dois l'être, à la délicatesse de ce procédé ; mais la mienne, qui trouve toujours à murmurer, se révolte déjà contre l'idée d'un sacrifice qui porterait atteinte à vos avantages. Je persiste donc dans ition reftis, sauf à établir dans l'occasion, qu'à raison des circonstances et des molilii, moo

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déHt est DD de tes écarts magnanimes sur lesquels la loi peut et

doit sommeiller.

An 8m*p1us« n'est-ce pas qae tous ne me caui erez jamais l'embarras de cette dissertation? C'est du moins un sentiment de permasion dont ]e ne pnis me défendre. Je suis an adTersaire un peu tnrbnlent, et tous aYez naturellement les Inclinations pacifiques ; il est donc à peu près indubitable qne vous ne me ferex pas la méchanceté de m'exdnre de l'amnistie que Totre grand ccem* destine à tous' Tos antagonistes

Partez, prince, suivez vos inoocens desseins : J'apprends que, dégoûté des dignités municipales, par llngratitudcde Tos concitoyens, Tons allez savourer dans une humble retraite les charmes de cette précieuse égalité à laquelle vous

avez sacrifié tant et tant de choses

Que]' aime à tous voir substituer ces paisibles et civiques jouisaancet aux toormens dévorans de l'ambiiion 1 repoussez loin de vous, ahl repoussez avec horreur les liaisons dangereuses, il n'est pas aussi facile de tous débarrasser du cortège des remords, mais ces compagnons-là ne vous suggéreront jamais d'autre fantaisie que celle de devenir honnête homme.

Quand vous en serez là, je pourrai encore être avec nne certahie dose de considération, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur^

SOLIAU.

N^ xm.

DUibiratian des membres de ta noblesse, députés aux Oats généraux de France, en faveur des députés tiers-éiai qui sont restés fidèles à ta religion et Bûi.

( Du f 6 septembre f79f.)

Les membres de la noblesse française soussignés , dé^^utés aux états libres et géoérauz du royaume, ne croiraient osa s'être ae-

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quittés de leurs obligations à l'égard de leurs commettans, noo plus qa'eoTers eoi-mémes , n, h Tépoqae où ils sont parvenus, ils ne payaient pas le tribu d'estime qu'ils doivent à leurs honorables collègues du tiers-état» qui, fidèles à leurs mandats comme à leurs principes, fidèles à la religion et au roi, n'ont cessé de soutenir avec courage les droits de l'autel et du trône , qui , dans des circonstances difficiles et périlleuses , sont restés fermes et inébranlables dans leurs opinions comme dans leur conduite. Leurs noms déjà recommandés à la Ténération publique; leurs noms souvent dévoués par les factieux à la foreur populaire ; leurs noms qui se sont fait entendre avec honneur dans toutes les occasions où les voix ont été individuellement recueillies; ont tous mérité sans doute d'être présentés à la reconnaissance de la France entière et à l'admiration de l'Europe.

Mais dans ce nombre, il doit être permis aux représentans de la noblesse française de distinguer ceux qui, avec une vertu et une constance égales, se sont encore signalés par un degré de courage plus marqué, en adhérant constamment à ces déclarations qui sont devenues pour leurs signataires un titre de proscription , à ces déclarations où sont à jamais consacrés les Trais principes de la religion et de la monarchie.

Ceux là surtout se sont montrés dignes d'être comptés parmi les gentilshommes firançais; et nous qui leur rendons aujourd'hui cet hommage, nous nous honorerions de pouvoir les regarder tous comme tels. Nous regrettons que les circonstances douloureuses qui ont suspendu les droits politiques de la noblesse, ne nous permettent pas en ce moment de porter notre vœu aux pieds du trône ; mais ce Tœu que nous ne pouvons encore foire éclater, nous le déposerons bientôt entre les mains des petiti-fils de Henri IV; nous le présentons dès ce jour à la noblesse françaiw et nous le confions â la postérité.

{Sukvent les signatures au nombre de 119. )

No XIV.

Note iie MP^de Criqvy relatwememi à la UUre quelle avaU conserUi à écrire à Buonaparte.

• Je signerai cette lettre que je ne Teai pat eyoir la peine de rédiger et l'enDui d'écrire, t

« 11 y faadra dire qaeje n'ai aucun droit de succession sur les bois séquestrés dont je réclame la restitution en fovenr des héritiers naturels de mon fl!s , mais que c'est comme créancière d'une somme de 170 mille lûres , hypothéquée sur lesdlts boit et forêts , savoir : HO mille lirres sur Vareilles , et 00 mille lirreg sur les bois dits de Valenciennes. J'aurais bien quelque dixaine de milliers de francs à réclamer pour les travaux à St-Pol , pendant la minorité de mon flls, mais comme je ne sais ce que ces papierslà sont deyenus, on n'en saurait tenir compte. On avait séquestré lesdits bois par suite de l'inscription de mon fils sur la liste des émigrés , quoiqu'il ne fût pas sorti de France, et de plus, soua prétexte qu'une partie de la dot de ma belle-fille , émigrée , se trouvait assise sur ces immeubles , ce qui est une supposition sans réalité et même sans possibilité , attendu qu'ils n'ont été retraits qu'en l'année 1777, pour les bois de Vareilles, s'entend. On peut employer toutes les formules de circonstanoo, mais on aura soin de ne me rien faire dire qui puisse avoir un fanx air de 50ii&mi5si(m, et je n'eotends rien siguer qui puisse me contrarier sous le rapport de la franchise et de la dignité de mon caractère. Ainsi, politesse dans les expressions et point de complimehs superflus. Je demande justice et non pas une fiivenr. »

fia »K5 PIECES JUSTiriCATIYBS.

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