N» XI
Juiêificaiion du C. CnÉQUT-MoNTvoiiEifGT, $ur la
persiaution qu'on exerce à son égard.
Dès ma plus tendre jeunesse, je fus Tlnnocente Yicllme du despotisme ; tous l'ancien régime qui , pour me frustrer de mes droits légitimes et se les approprier, me traîna de cachot en caehot , et chargé de fers jusqu'en la cinquante-sixième année de mon âge , en me supposant de fiiux crimes et en me donnant un antre nom que le mien, pour que les personnes qui slntéressoient à mon Umocenee opprimée ne pussent déoou?rir les lieux de mon af- Ikiense retraite.
L'Assemblée nationale Constitnante , ayant été parfiaitemeut oonvaincue de mon innocence et de la légitimité de mes réclama* tions , brisa mes fei-s et me Qt rendre ma liberté , le premier mars 1791, avec assurance qu'elle me donneroit une indemnité et une pension viagère , ce qui me fut eonflrmé par l'Assemblée natioiiale L<^islati?e et exécuté en partie par la ConTcntion Nationale, comme on peut le voir par son décret en date du 12 décembre 1793. Depuis mon arrivée à Paris en août 1791 , et surtout depuis le premier mai 1792 que je suis domicilié rue Gocatrix , no 9, en la Cité , ma bonne conduite , accompagnée du patriotisme et du civisme les plus purs , me mérita tellement l'amitié , l'estime et la conûancede mes concitoyens, qu'ils m'élurent suceesaîveDMnt me.nbre du comité de discipline militaire ; puis f un des quarante
notables cautionnaires des dettes sacrées que la ^Mion a?oh mn tractées , puis enfin commissaire et pré^dent du comité établi pour la recette du contingent de la Vendée: les pièces jostificatives dont je suis porteur prouferont que, jusqu'au 26 juillet dtrnier, je me suis acquitté de tous mes devoirs, charges et fonctions en tout honneur et gloire : ces pièces ju»tificative8 et authentiques prouveront aussi qu'à l'époque du 10 août 1792 et les mois suivans, mes Qls et moi se signalèrent glorien&ea.eot avec tous les autres bons citoyens; et que depuis cette époq e , ils sont partis aux frontières avec armes et bagages , è mes propres dépens . et qu'ils s'y couvrent de gloire au service de la République , taudis que, malgré mon âge et mes infirmités , je n'^ii cessé de remplir moi-même, en personne, ce glorieux devoir, tant comme volontaire dans la Garde nationale parisienne, que comme membre du bataillon des vétérans où j'ai l'bonuenr d'être reçu du 6 août dernier : ces mêmes pièces justificatives et authentiques prouveront aussi qne je n'ai jamais émigré , que je ne fus jamais un aventurier ni un escroqueur, comme le disent mes ennemis; mais qu'au contraire je fUs toute ma vie aventuré , escroqué et persécuté injustement; elles prouveront aussi qne j'ai abjuré et renoncé, entre les mains des législateurs , à tons titres , dignités , grades et prérogatives attachés ci-devant au nobles et pariiculièrement ft ma famille , que j'ai reniés et que je renierai tonte ma vie par rapport à leurs crimes, tant à mon égard qu'envers la nation et la constitution , et qoe j'ai protesté entre les mains des législateurs, ne vouloir et n'ambitionner toute ma vie qoele glorieux titre de lx>n citoyen et de bon républicain , et qne , puisque j'en ai toniaan rempli tous les devoirs sacrés jusqu'en ce jour, je ne puis ni oe dois sans injustice , être regardé et traité comme un ennemi de la république ou comme un homme suspect.
Par ces mêmes pièces justificatives et authentiques , je prouverai que depuis f 79i, que j'ai été rendu libre , je n'ai cessé jusqu'à présent de payer exactement foutes mes contributions et mes doub patriotiques ; que j'ai visité , consolé , protégé et défendn de tout mon pouvoir les innocens affligés et persécutés ; que j'ai donné du pain à ceux qui avoient faim ; vêtu ceux qui étoient nus; payé les dettes des insolvables; payé les loyers de ceux qui étoient menacés d'être jetés hors de leur domicile faute de pouvoir pay» r leurs loyers ; enfin , j'ai fourni ma bonne part à toutes les collectes
que les besoins de la république ont nécessitées ; mais malgré tout oela, comme mon patriotisme et mon dylsme m'ont obligé de faire piusieors dénonciations très graves » tant à la commune , qu à la mairie et an comité de sûreté générale de la Conyention nationale , contre quelques aristocrates et intrigaas de la section de la Cîté« qui Touloîent et qui espèrent introduire un nouTeau despotisme mille fois plus dangereux à la république que celai que nous ayons si glorieusement terrassé et anéanti ; alors, ces messieurs, s'érigeant en juges et parties dans lenr propre cause, et Toulant se débarrasser de moi, à quelque prix que ce soit, ils m'tint foit arrêter et écrouer à Sainte-Pélagie, sons toutes sortes de fausses dénonciations , et en prétextant surtout qu'étant un cideyaot noble, je ne pouTois être qu'un homme fort suspect; alléguant en outre, que je ne jouis que de quatre cents livres de revenu; que j'ai iail des dépenses et des charités sur la section de la Ciié bien au-delà de mes facultés , et que je ne puis avoir puisé mes ressources immenses que dans les bourses des émigrés , et par des vols et des escroqueries ; mais je prouverai que je puise met ressources dans les cœurs et les bourses intarissables de bons et généreux citoyens et citoyennes, républicains qui connoissent mes infortunes non méritées, et mes légitimes prétentions et réclamations bien prouvées, et pendantes aux tribunaux de Paris i enfin, ils poussent rinjnstioe et l'inhumanité jusqu'à empêcher qu'on me fasse snbhr un interrogatoire, ni que personne ne puisse approcher de moi pour me tendre aucun secourt humain* parce qu'ils redoutent eux-mêmes ma justiflcation, qui doit ftdre connoitre leurs crimes et mon innocence; mais jimplore à grands cris la protection de la loi , des tribunaux et de tons les bons sans-culottes républicains, pour que je sois promptement interrogé, que les coupables tombent sons le glaive de la loi, et qua rinnooent soit reomduit en triomphe ehes lui , avec le bonnet de la liberté et la couronne civique sur la tête.
L'infortuné ALOAHuai GaïQot-MbifnoBiiicY, yétéran et prisoonier à Sainte-Pélagie, le 6 septembre 1795, fan deniiëme do la république nne el indivisible.
930 PlfiCES JUSTIFICATIVES.
Supplément à la justification de l'infortuné Créqm/,
Le scélérat Wanek , qui a tout à la fois rbonneor, mais qui en est indigne , d'être commandant de la force armée de la seo^ tion de la Cité; président du conseil de discipline militaire a président de l'assemblée primaire; membre des électeurs; membre des comités révolutionnaire et civil ; qui brigue et qui possède toutes les charges et dignités de la section de la Cité» pour y pouvoir exercer plus librement le plus exécrable despotisme « et qui, étant à la tète de trente à quarante ariitocrates et intrigans comme lui , sous le voile du patriotisme, du civisme et de la loi qu'ils déchirent, qu'ils violent et qu'ils foulent impunément sous les pieds tous les jours et à toute heure, font frémir, trembler et ramper sons leurs ordres tous les bons et timides dtoye*^ de la Cité, en disant aux uns : Ah I ahl vooa oses lutter contre noua; hé bien vous serez taxés à une somme trèslorte â la première collecte ou contingent è fournir, et si ? DOS ne payes pas , vous serei tambourinés et proclamés dans tqpte la Cité comme de mauvais et indignes citoyens.
lia disent à d'autres : Vous n'aurei ni oertificats de résidence, ni oertificats de civisipe, ni carte de citoyen, ni passeports; k d'autres ils disent : Qqand le peuple émeute ira voos piller, ? ans rédameres en vain le secours de la force, armée : enfin ils disent aox autres : Noos trouverons bien les moyens de nous débarrasser de fous et de vons envoyer repentir et gémir long-temps à l'Abbaye on à Sainte-Pélagie, eto.
Voilà lenrs crimes et encorp bien d'antres dont les détails seroient trop longs et que je me réserve de dire eatemps et lieux. Les seuls moyens de remédier à œs cruels abus qui provoquent WD» cesse les bons citoyens à uœ contrfr>révolutiôn, on qui corrompent snç partie d'eux, etqni font trembler et gémir en secret )bs plus timides , ce seroit de ne laisser aux sections que le pouvoir de mire le bien ; de leur ôter tout pouvoir de faire le mal, et que personne ne puisse être arrêté ni chagriné ou inquiété que par les ordres des tribunaux de la mairie ou autres corps oonsti- Uiéf , 9fikÊ avoir été préalablement accusés ou dénoncés par de-
f ant Tun ou Taatre des susdits tribunaux et ayec des preuTet convictiyt s ; car c'est pour m'étre Tivement opposé à ces susdites atrocités Texatoires et despotiques, et pour avoir eu le courage de donoer quelques soufflets au scélérat Wanek et à , quelques autres de sa clique , en leur reprochant leurs crimes, que d'abord ils filèrent doux et rampèrent devant moi , mais d'après coup et d'après réflexions, Toyaot bien que jamais leurs earenes , leurs promesses et leurs menaces ne pourroient ni me corrompre, ni m'intimider, et qu'ils me troaveroient toujours en leurs passages comme un canon chargé à mitraille et prêt à les écraser et à les foudroyer eux et leurs exécrables projets contrerévolutionnaires; alors, et youlaot se débarrasser de moi, et me perdre à qael prix que ce soit , ils m'accusèrent faussa irement, ^dans leur comité révolutionnaire et en pleine assemblée générale de la section , d'avoir commis un vol à Notre-Dame l'hiver dernier, et d'ayoir commis plusieurs filouteries et escroqueries considérables. Je leur dis que je leur définis de prouver aucun de ces faits et que j'allois les poursuivre au criminel jusques sur l'écbafaud.
Effrayés qu'ils furent de mes menaces , ils s'érigèrent juges et parties dans leur propre cause; et ils bornèrent toute leur rage à me faire arrêter et enfermer à Sainte-Pélagie , sous l'astucieux prétexte qu'étant né à Vienne en Autriche et d'une famille cidevant noble , j'étoia un homme très suspect.
Mais la loi ne peut ni ne doit sévir et punir que ceux qui n'ont point Youln accepter la constitution , on qui ont comnds les crimes contre la loi constitutionnelle ou contre la république, et elle doit protéger et défendre l'innocence opprimée ; moi et [ mes fils nous sommes malheureusement nés en pays étrangers et l d'une famifle ci-deTant noble ; mais si je prou?e, comme je suis ? prêt à le faire, que je suis élevé en France dès le berceau et la i mamelle, et que nous défions à qni que ce soit de pouvoir -' prouver un patriotisme et un civisme plus pur et mieux connu que le nôtre depuis le commencement de la révolution sans inlermption jusqu'à ce jour ; je crois et j'espère fermement que tous les bons citoyens républicains, et leurs augustes réprésen- | tans , m'accorderont la gréoe que je demande , d'être interrogé ; * que la tête des coupables tombe sous le glaive de la loi , et que rinnocent soit reconduit en triomphe chez lui avec le bonnet de
la liberté et une cooroope dviqne sur la tête. Au resle. J'ai .< iix flis qui , depuis l'époque du f 0 août 1792 et les jours suivans où ils se signalèrent gloriensement ayec moi-même, servent en tout bonoeur et gloire dans les armées de la république, pendant que moi-même, malgré mon âge et mes infirmités, j'ai toujours rem* pli ce glorieui devoir dans ma section et dans le bataillon des Tétérans ; mes fils soutiennes et nourris dans le respect, l'obéissance et la tendresse filiale qu'ils doivent et quMs ont toujours scrupuleusement rendus à un père qui les aime et les aimera d'une tendresse parfaite jusqu'au tombeau ; j'appréhendois qu'en apprenant mon injuste détention , soit par la voie de mes ennemis ou par celle des papiers publics, ils n'eussent, dans l'excès de leur juste fureur , cherché à me venger d'une manière indigne d'eux et de moi, en entraînant avec eux nn grand nombre de leurs camarades d'armes, en leur disant peut-être : « Chers amis et camarades, toutes les lois divines et humaines sont violées dans la capitale envers nos pères et mères , nos frères et sœurs , nos parens et nos amis ; car on les a traînés dans les prisons pour lea faire périr innocenmient , tandis que nous versons ici notre sang pour le service de la république ; vengeons-nous d'une manière éclatante , en les livrant à toute la férocité des Prussiens, des Autricbieus et des Anglois , comme étant les seuls moyens à notre pouvoir pour délivrer nos pères et mères, nos parens, nos amis, et leur sauver la vie, qui est en si grand danger, etc., etc.t Voilà ce que pouvoient faire mes fils , et ce que j'appréhendois qu'ils ne fissent dans les premiers transports de leur juste indignation et de leur désespoir contre mes ennemis, et voici ciaprès la lettre que je leur ai envoyée en tonte diligence par l'envoi du citoyen Boutibonne, chef du bureau de la cinquième division de la garde nationale , au bureau de la guerre , afin de les contenir dans les justes bornes de leurs devoirs et fidélité , sons les drapeaux de la république.
Première lettre au citoyen Boutibonne, m bureau de la guerre , à Paris,
■ TmÈS digne IT VBRTUEDX CITOIBN BoOTIBOHNB,
• Je vous prie de ftiire parvenir promptement l'incluse à sa « destination, en riosérant dans l'un de vos paqnets pour les ar-
PIEGES niSTIFICÂTlVES. 3)3
« méM de la rëpnbliqae, et ? oas obligera ioflniment votre alfec-
• tiODiié concitoyen,
c L'infortuné CRiQCT-MoifTHoasiicT» Tétéran. •
Deuanime lettre , dans le mime paquet , pour le général en chef •
c Mon DIflHB GlRKBALf
■ Xal denx flls qni ont l'honneur de sertir sons tos ordres, je
• vons prie de Youloir bien lenr faire tenir l'inclnse, et d'avoir c ponr enz tons les égards qne leurs vertus et mes malheurs non « mérités pourront vous inspirer; vous obligera infiniment
• votre très affectionné concitoyen,
« L'infortuné GasQuv-MoiiTxoaBiicT, vétéran. ■
Troiiième kttte , insérée dans le mime paqud études us , pour faire tenir en propres mains des citoyens Guillaume et Frédéric Créquy- Montmorency , frères, eanonnicrs dans la septième compagnie du bataillon de Paris , dit du Tkéàtre-'Françms, armée des Ardennes, présentement au Quesuoy, ou partout ailleurs oit ils pourront se trouver dans les armées de la repu-blique.
Des prisons de Sainte Pélagie , le 7 septembre 4795, Pan deuxième de la république^ une et indivisible.
• Mes CHBB8 nLs,
« J'ignore encore si vous avez reçu la lettre et les trente livres c en assignats que je vous ai envoyées le 1 1 aoât dernier, puis* '
• que je n'ai reçu aucune de vos nouvelles depuis , et que j'ignore
• si vous existez, ou si le del en son courroux, et voulant mettre « le comble à tons mes chagrins, voos aoroit retirés de ce monde
• ao moment on vont commence! seulement d'y entrer et de me « donner les plos douces espérances et eonsotetloos dans ma
Uh PifiCES jusufigatives.
« vieiilease et mes infirmités en seryant glorieiuement en ma place sons les drapeani de la république; ou si, pour m'affiiger encore plus sensiblement, ?ons ne seriez point tombés entre les mains de nos féroces ennemisies Prussiens , les Autrichiens et leb i&nglois; on si tous ne seriez point restés quelque part blessés par leur fer ikienrtrier ; on si enfin tonrné seriez point détenus comme moi, prisonniers quelque part. « Quel que puisse être ou quel que puisse deyenir votre sort et le mien, j'en bénirai toujours la dime Providence, et je souhaite seulement que la présente vous trouve tous deux en bonne santé, et vainqueurs des ennemis de la république, ou morts glorieusement en combattant pour elle.
« Les lieux ténébreux et affreux d'où je date la présente , et les imprimés que je vous envoie, suffiront pour vous faire Gonnoiire que la ligue infernale de mes ennemis et ceux de la république ont employé tant de catiales , de ruses et d'artifices contra moi , qu'ils sont enfin venus à bout de me replonger dans les facs d'où l'Assemblée Nationale constituante m'avoit sorti par son humanité et sa justice, le premier mars 1791, comme tonte l'Europe le sait.
a J'ai différé jusqu'à présent ù vous donner avis de cette triste et nouvelle disgrâce non méricée; parce que, dans la crainte de vons trop affliger , et dans l'espérance bien fondée où j'étois d'obtenir, d'un jour à l'autre, ma liberté, vu mon innocence bien connue et bien prouvée, je voulois vous cacher tous les mafiieurs qui me sont arrivés depuis votre départ de cette capitale; mais, feôsant tout à coup réflexion que ces triâtes nouvelles pourroient vous parvenir , ou vous sont peut-être déjà parvenues , soit par la voie de mes ennemis ou par celle des papiers publics , sur lesquels ils font débiter miUe impostures sur mon compte , et craignant qu'alors votre juste conr« roux , peut-être trop immodéré , ne vous portât à quelques , excès de fureurs et de vengeances , qui pourroient être égale ment préfudidables aux intérêts de la république comme à ' votre propre honneur et gloire et à la mienne. Ces tristes , réflexions m'ayant fait tonl à* coup frémir d'horreur et de , crainte, j'ai aussitôt sauté au Iras de mon lit, ou plutôt de mon grabat , ce joard'hui , minuit , pour vous écrire ces mots qui , partant du fond du cœur et de Tâme de Vôtre tendre père, bon
vétéran et bon républicain, doivent à jamais être grarés dans les vôtres.
• O mes fllsi 6 mes chers fils! (ra'écriat-je du fond de mon obscure et triste prison ) que votre aveugle courroux ne tous fiiste jamais rien entreprendi-e d'indigne de vous et de moi et sachez que mes plus cruels ennemis et les vôtres^aont ceux de la république , puisque ce sont eux qui , en vous éloignant de moi pour le service de la république» m'ont plongé dans les fers et couvert d'ignominie, pour nous désespérer Ions et nous engager , s'ils pouvoient , à tourner nos armes contre nos frères et contre la république même, et servir par là leurs criminels desseins pour nous perdre ; mais non, mes chers fils, nous sommes iacapables, vous et mol, de tomber dans les pièges grossiers que leurs perfidies nous teodeot pour les servir en nous perdant; et vous sentez sans doute tons denx, comme moinonème, que vous ne pouvez me venger gbnrieuseaient et complètement qu'en restant inviolablement fidèles «ons les saerés drapeaux de la république « josqifà ce que vous ayei exterminé tous ses ennemis » tant an dehors qu'an dedans.
« Peut^tre, liélas 1 ne recouvrerai-ie ma liberté qne le jonv où vons reviendrez dans la capitale , tons.triomphana eieooferla d'une gloire immortelle , sous les glorieux et vietorienx étendarts invincibles de la république; hé bien, mes chers fib^cptte idée seule doit to«s suffire pour vous engager à redoub^T ▼os efTorts pour exterminer pronptement tons nos ennemis communs ; d'ailleurs soyez bien persuadés qne si même je recouvre ma liberté avant cette glorieuse époque, il n'y aur» pourtant pour moi ni joie , ni repos , ni bonheur , ni féUeité parfaite , qu'au jour tant désiré d'an triomphe et d'aUégresse générales et inaltérables pour toute la république^; et si je dois mourir avant que de pouvoir jouir avec vous tous de ce précieux bonheur, ne faites donc au moins rien qui puisse nous ravir celui dont je me flatte que vous jouirez après ma mort , d'entendre dire par tous les bons républicains et leurs augustes représentans, qui vous montreront au peuple françois et aux nations étrangères, en leur disant :
« Vous voyez tout à la fois en ces deux jeunes guerriers républicaios les vertueux dcfeosenrs et vengeurs de la république ,
« les ▼ainqneora dd la Bastille , les dignes fils et héritiers an i f et des Tertos républicaines da trop infortuné Creqny-Montmo- « rency, le vétéran , et qai seront immortalisés dans les annales « de notre révolution.
« G'e&t dans ces senlimens et flatteuses espérances que je tooi « embrasse 4 ô mes chers fils 1 avec toute la tendresse paternelle c dont yous fûtes toujours si dignes; tous conjurant de saivre
• mes conseils , de me donner promptement de vos chères noaa telles, et d'être Tivement persuadé* que cette deruière disgrâce
• qui m'est arrivée, ta mettre le deruier fleuron à la couronne de ■ gloire immortelle que mes malheurs passés et présens ont si 0 justement mérités à Totre infortuné et digne père ,
CRBQnY-HoiiTaoBiiiGT , Téiâran,
Et détenu dans les pdsons de Sainte-Pélagie, à Paris, car Toilà mon adresse actuele.
« P. S. Les bons Soulagette , Fondras , la bonne eitoyenne « llathon , ton bon frère Fouqnet et son digne «ousin le efaarcu- « lier. Tiennent souvent me voir pour me oonsoler^ diseuMIs ; et « surtout ces trois derniers auiqnels je coûte lieauooup d'argent* « des larmes , des soupirs et des gi*mîssemens dans mon affreuse * « iM*ison, quoique je fais tout ce que je puis pour leur dire et pour « les conTaincre qu'un l>on Tétéran républicain trouve sa pins « parfiiite et sa plus pure consolation dans son innocence, son t courage , sa patience et sa résignation en Dieu, son créateur ,
• et l'eiécntion de la Icn oonttiiationnelle. »
Voilà les seules ^armes ^lont je me sers et dont je me servirai tonte ma vie pour confoirdre mes ennemis et ceux de la république. Voilà ma professioa de foi, dloyens républicains, et vous, représentaas de la nation , jugez-moi donc, on faites-moi juger de par la loi et vos décrets.
Cet imposteur a été supplicié par la guiUotine, barrière du Trône, le 7 thermidor an deuxième de la république, 25 jui/Zet 1794. ( Ifote margirujile du Marquis de Créquy,)
nftCES JCSTIFIGATIVES. W