CHAPITRE lU
Le Directoire. — Les assignats et la banqueroute. — Le pillage of&eiel. — Luxe des parvenua. -^ Gostames du temps. — Les carmagnolet et les aUiqueSj les incroyables et les mer-» veilleuses. — Le dîner grec et M«»« Pipelet. — La recette pour le brouet-noîr de Sparte. — Les Romaines du Luxembourg. — M'"»- Tallien. — Les divorces. — La Princesse Stéphanie de Montcairzin , dite dé Bourbon-Gonty. — La fausse marquise de Doubault. — Autres aneodoiea
« Qui me délivrera des Grecs et des Romains ?
« Du fond de leurs tombeaux, ces peuples inhumains
« Feront assurément le malheur de ma vie!
« Mes amis, écoutez mon discours , je vous prie
Le Directoire exécutif avait remplacé la Conven-^ tion nationaleen vertu de la constitution del'antraiSj et quel temps c^était , mon bon Dieu , que celui de ce Directoire! ce n'était plus le régime de la terreur et l'effroi de Thumanité, c'était les saturnales de la civilisation! Â l'échafaud près, toutes les iniquités de 95 étaient restées en plein exercice, et c'était surtout la plus belle époque du monde pour les fournisseurs f Les employés du gouvernement qu'on envoyait chez nous pour y lever les scellés , achevaient d'emporter ce qui nous restait de numéraire ,
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et la valeur d'un louts d'or, é la bourse dé Paris » était cotée pour sept mille deux cent quarante-six. francs en assignats. Les conTentionnels en avaient émis pour la somme de quarante milliards , et la banqueroute opérée par le Directoire a été detrmU^ dm» miUiardê U sepi cmt mlUons. (N'oubliez pas qu'on avait fait la révolution française à Toecarion d^un embarras qui provenait de cinquante et quelques millions de rente).
Comme on avait mis au plus bas prix les taux originels de sovmanon pour les propriétés dites «atiofiales, on pouvait acquérir une église, un bois de mille arpens , une ferme en Beauce, un hôtel à Paris, un herbage en Ganx, ou tel autre bien d'église ou d'émigré , pour une centaine de livres tournois » qui , converties en assignats ou mandats territoriaux, faisaient encore un assez gros monceau de papiers. On parlait d'un perruquier nouvellement enrichi, qui venait d'acheter l'hôtel de Salm (4) et qui venait d'y faire changer le parquet du plus grand safon , parce qu'il ne trouvait pas que la marquetterie en (ùî assez magnifique pour lui. C'était un bouleversement de fortunes tellement rapide qu'il ressemblait au résultat d'une loterie générale. Les cinq directeurs de la république en étaient les spoliateurs an titre d'office : ils s'arrangeaient avec tes fournisseurs et les caissiers aux dépens des soldats , aux dépens des hôpitaux et Jusqu'aux dépens des commis des employés et des autres salariés de leur gouver-
(i) Aujourd'hui j grande- ehéncellei-ie de la Lé^ion-d^Uorneur.
DE LA MAIIQU138 DE CRËQUY. 61
nemeni , dont ils retenaient quelquefois les appoinlemens pendant plus de six mois. Quand on les destituait avant qu^ils ne fussent payés, on ne leur donnait rien ; c^était la règle.
Si vous voulez avoir une idée de Paris en ^1796 , représentez-vous une grande ville , une ville de huit <^nt mille habitans , où tout le monde est devenu fou , à l'exception pourtant d'une bonne dame qui se moque de tout le reste , et de quatre à cinq personnes qui sont assurément remplies de sagesse et d'esprit , car elles disent toujours : « M*"® la Marquise a bien raison l o C'est un refrain qui revient un peu trop souvent, peut-être ? Mais on n'a pas le courage de se fâcher contre les personnes qui rabâchent de cette manière là.
La population de notre vieux Paris était divisée en quatre portions tout-à-fait disparates pour le costume. Les jacobins opiniâtres et les hommes de la plus basse classe , étaient restés en véritables sansculottes, c'est-à-dire avec un bonnet rouge et des sabots, une veste ronde appelée carmagnole, en étoffe grossière , ou bien une sorte de houpelande sans couture , et tout d'une venue conséquemment, laquelle était en gros tissu de beige brune velue , et presque toujours de la couleur de la brebis. Les femelles de ces hommes-*là paraissaient bien autrement horribles qu'avant la révolution , parce qu'elles étaient beaucoup plus sales et plus misérables.
C'est à cette époque-là qu'elles ont pris l'habitude , non pas de se coiffer, mais de s'entortiller la tête avec un mouchoir de cotonnade : car, avant la révolution , toutes ces femmes du peuple , à partir
delà boaquetière è la chiffonnière, étaient coiffées d'uQ bayolet de toile empesée, quelquefois de ba* liste , mais sans dentelles, et le plus souvent de toile écrne, pour les jours ouvriers.
Tous les artistes de l'école du citoyen David, et bon nombre de comédiens du boulevard , étaient habillés a la grecque avec la plus grande sévérité de costume. lis portaient la tunique laconienne (au« dessus du genou); ils avaient un léger chiamyde orné d'une bordure en broderie de laine et qui fi* gurait presque toujours un méandre. Ils avaient la poitrine et la tôte nues , les bras nus et les jambes Dues. Vous comprenez bien la félicité dont ils devaient jouir pendant tout l'hiver; mais vous ne sau» riez vous figurer quel était leur embarras sur la place de la Concorde ou sur le Pont-National , quand ils s'y trouvaient aux prises avec les vents d'équinoxe?.. Quant à la pluie, c'était tout différent, et je vous assure qu'ils la recevaient sur la télé avec un stoïcisme et d'un air de gravité qui ne laissaient rien à désirer.
Le jeune Céphyse Rotisset (qui était le neveu de Mm« Roland), disait un jour à sa tante, ]W« Dupont, que la pluie lui rendait le double service de hii nettoyer la tête et de faire boucler ses cheveux. Cet élève du Portique était aussi de l'école de David; mais il ne savait dessiner que des génies de l'agriculture et du commerce. C'était sa partie. Ses pauvres parens disaient de lui qu'on n'a jamais vu de garçon si maussade et de républicain plus détestable! Il est Théophilantrope en ce mouient-ci.
Cet impertinent citoyen m'avait attiré une lettre
DE LA HÂKQtllSB DE CRÉQUY. 63
du régulateur et des orateurs du Gymnase atftque , à laquelle je fis répondre en ces termes-ci , par Dupont (^ ) : « Citoyens , Madame de Créquy mWdonne « de vous dire que le jeune homme qui vous a parlé « d'elle était dans l'erreur, au sujet de ses relations « ifUimes avec l'Abbé Barthélémy qui n'a jamais été « des amis de Madame, et Madame ajoute que le « profit qu'elle a pu tirer de sa conversation nesau- « rait profiter à l'arrangement de ce banquet dont
• vous vous occupez et qui fait le sujet de la lettre « que vous lui avez écrite, en date du quartidi 44 « vendémiaire. Madame ne pense pas que l'usage « des Grecs fût d!employer Vassa fœlida comme as- « saisonnement de leurs potages. C'était, m'a-t-elle
• dit, les Romains qui s'en servaient, et le comyn « des gâteaux athéniens pouvait être une sorte « d'anis. Madame a ouï dire autrefois que le brouet- « noir de Lacédémone devait être une bouillie de
• farine de sarrazin , dans laquelle on mêlait de la « chair de porc en hachis, suivant les uns, ou du « jus de cochon rôti, suivant les autres. Mais Ma- « dame n'a jamais eu l'occasion de parler cuisine t avec l'Abbé Barthélémy qu^elle ne recevait point « chez elle; ainsi n'^attribuez pas son opinion sur « la confection du brouet-noir a l'autorité de cet
(4) Ce régulateur hellénique éiait le fils du vieui PoissonDier, ntédecia du Roi , lequel éiail frère d'un autre médecin beaucoup plus habile que lui , qui se nommait Poisson nier-Desper** rières , et que jer faisais toujours mander en consultations. Le fils du vieni Poissonnier se fait appeler aujourd'hui M. de Prûlay, du nom d^un bien de campajjne qu'il a acheté dans le Perche. | {Noté dé VàtUmr^
« académicien ^ qui n'en dit rien dans son ouvrage,
4t et qui probablement n^en savait rien. Madame de
» Créquy me fait ajouter qu'elle tous remercie de
« rhonneur que vous lui faites en la conviant d'as-*
« sister à votre festin gymnastique ; elle m'a chargé
« de vous dire qu'elle y ferait une étrange Ggure et
a qu'elle ne saurait accepter votre invitation. Per-
A mettez-moi, Citoyens, d'ajouter à cette réponse
« l'assurance de mon estime personnelle et de mon
« dévouement.
t Salut et Frafernité.
t Dupont, l'aîné, « Homme de confiance. »
Le Citoyen Céphyse vint rapporter à l'hôtel de Créquy que M. Poissonnier de Prûlay leur avait fait manger de la soupe à Tantique au pain d'orge et au fromage de Brie. Il y avait eu pour chacun des convives , une oie (renouvelée des Grecs ainsi que le jeu qui porte son nom). On leur avait servi des mûres de buisson cuites au four, ce qui fut trouvé délectable; mais les gâteam; corinthiens à l'huile d'olive et au miel roux ne furent pas du goût de tout le monde.
Vous verrez dans les journaux du temps ^ue les savans archéologues , ordonnateurs de ce dîner grec, n'avaient rien négligé pour entourer leurs nombreux amis (/e9 illusions les plus complètes. La décoration de la salle du banquet était dans le style ionique avec des colonnes cannelées sans congé ni base y
DE LA MABQDISE DC GRÉQUY. 6S
et le fond du tableaa représentait une statue de Lycurgue au bord de FËurotas , où se jouaient des cygnes, qu'on avait fait venir du domaine national de Chantilly. La salle était jonchée de fleurs, les convives des deux sexes étaient couronnés de fleurs , et ils buvaient dans des coupes garnies de fleurs (ce qui devait être fort commode). Les détails du service étaient confiés a de jeunes ilotes à peu près
nus Mais la beauté, la dignité, les grâces et
Tenjouement des citoyennes qui participaient à cette intéressante réunion , ne le cédaient assurément sous aucun rapport aux Lais, aux Aspasie, aux beautés les plus renommées de la Grèce antique ! Il parait que la citoyenne Pipelet y fit entendre un chant digne de Sapho(>l). Enfin des voix humaines, accompagnées du pipeau grec ou flûte de Pan, achevèrent de réaliser cette suite d'illusions charmantes, en exécutant le premier chœur des Nuées d'Aristophane, sur cet air que les prêtres catholiques emploient au chant de ce qu'ils appellent la préface; car il est. sqrfisamnient connu que cette partie de la messe n'est autre chose que l'ancien récitatif au théâtre grec, dont l'église romaine avait gardé la tradition.
Les mêmes journaux ne manquèrent pas de disserter à perte de vue sur le brouet-noir , ce fameux brouet-noir des anciens Spartiates, dont la saveur
{4 ) Femme divorcée J'un chirurgien baDdagiste et présentement Comtesse de Salm. Gomme il y a des cousins de son mari qui sont titrés prineetde Perapire^ elle se fait appeler Princesse. Elle aime mieux cela.
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avait obtenu Tapprobation la plus générale , et dont on avait eu le bonheur de se. procurer la recette par i'entremise du citoyen Céphyse Rotisset, jeune ar-^ tiste de la plus belle espérance; lequel avait dirigé ses investigations du côté d'une femme éminemment instruite, la plus ancienne et la plus intime amie du savant et célèbre auteur d'Anacharsis I Le Jour-* nal de Paris ajouta que ce devait être la Duchesse dé Choiseul, et je vous assure que je n'ai pas réclamé contre cette injuste supposition.
Figurez-vous que toutes ces Grecques de la rue Vivienneetla rueThiroux n'étaient vêtues que d'une chemise de percale et d'une petite robe de mousseline sans manche, avec toute la gorge et les épaulea au grand air. Cette robe à l'antique et sans ampleur, était serrée sur la taille immédiatement au-dessous de la poitrine, avec un galon de laine rouge; et dans leurs cheveux qui étaient coupés à deux ou trois pouces autour de la tète ; on voyait toujours deux ou trois cercles de galons de laine , assortis pour la couleur avec celui de la ceinture , mais plus étroits. Les jambes étaient toutes nues , les pieds chaussés d'un cotlmrne avec des zig-zags à jour et en galon rouge, et ceci montait jusqu'à mi-jambe. Point de gants, et quaut à des poches, il n'y fallait pas songer avec un pareil vêtement, qui n'était composé que d'une mousseline collée sur les flancs. On y suppléait tant bien que mal au moyen d'un réticule; car enfin ce n'est pas le tout que de s'habiller à l'antique, il faut pouvoir se moucher. On appelait cette mode de se faire écourter les cheveux à la vic^ time; elle avait dû son origine aux jeunes coplives «
DE LA MARUUiSE DE GRËQIJY. 67
kbérées après le ix thermidor; mais les républicaines aTaient fini par l'adopter en signe de persécution passée, parce que c'était devenu le bel air. Les bourreaux avaient décimé les générations françaises, mais toutes ces dames avaient grand soin de vous rassurer sur Tavenir de la population , en simulant un état de grossesse universel. Ces apparences de fécondité s'appelaient des demiriermeSy et les élégantes de 95 n'auraient pas voulu se montrer sans un pareil accessoire à leur parure.
Avec tout cela , parmi les amateurs des antiques et de la régénération , le parti des Grecs avaient trouvé des antagonistes , et c'était les merveilleuse^^ du Luxembourg. Elles avaient adopté le costume romain, parce qu'il admettait l'emploi de la grande toilette ; mais je ne vous avais peut-être pas dit que les cinq directeurs avaient élu domicile dans le palais de Monsieub, ainsi ne vous y trompez pas. II y avait donc à la cour de ces Tibères du Luxembourg de charmantes Julies, des Poppées, des Agrippines, des Cornélies énormes , et je pense bien aussi des Faustiue- la -Maigre. Elles avaient des robes de patriciennes en tissu de pourpre avec des broderies de métal en palmettes ; elles avaient de longs cheveux bien nattés à la Porcia, et mêlés de pierreries; mais ce qui m'en plaisait le moins, c'était leur chaussure , attendu que leurs bas couleur de chair étaient divisés pour les doigts de leurs pieds comme des gants , et qu'elles avaient des bagues de diamant à tous les orteils. Je ne sais pas où la citoyenne Tallien avait pu découvrir une pareille mode, et comme je ne doute pas qu'elle ne fût de son inven-
lion y je trodte qu^elle ne faisait auctin honneur i son bon goût (4).
On aurait pu mettre au^si dans les journatix que c'était M"»« de Choiseal ou moi (d'après l'abbé Barthélémy) qui avions découvert et conseillé cette mode ; mais heureusement pour ,notre bonne renommée que le citoyen Céphyse éttait un démo^ phithelline exclusif et pur. Il n'approchait jamais ni de M** Tàllîen , ni du Luxembourg , en haine des Romains, à cause de leur patriciat, de la dictature et de l'empire.
Je renonce à vous parler des inctoyûblês , avec leurs habits carrés et leurs oreilles de chien. Imaginez qu'ils portaient des médaillons, des lorgnons, des colliers, des boucles d'oreilles avec des camées, et des cadenettes relevées avec un peigne courbe, ils avaient aussi des bas comme on n'en reverra jamais, car c'était des chausses rayées en travers et qui formaient de larges anneaux de couleurs tranchées autour de la jambe. Ils avaient aussi , pour
\i) D<ma Tb«rMia Gfebarmi, nie en 4769, d'une Ciniille bordelaâte établie en Espagne , oii le Comte Ga^rrus , son père , avait été titré de Gastille par le Roi Gbarles IV, après avoir été. son ministre des finances par intérim. Mariée fort jeune à M. Devins de Fontenay , Conseiller au parlement de Paris • divorcée en 4792 et devenue femme de Tallien , proconsul à Bordetui; divorcée de nouveau en 4802 et remariée avec M. Riquet de Garaman , propriétaire de l'ancienne principauté de Ghimay dans les Pays-Bas , où l'on dit qu'elle a passé les trois dernières années de sa vie dans la souffrance , dans les sentimens du repentir le plus édifiant, et dans Texercice de toutes les vertus cbrétiennes. ( Note de l'Éditeur, )
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entourer Imr eol « un sytlèiae da cratatte tnconce- ?abie; mais regardes-les dans les oollectios» d'estampes, et dites-moi ce que tous pensez, de leur petit bâton de <;ep de vigne en forme de cuillère^* pot.
— Va^ pwrUz le $ceplfe du tidieult, disait M™* de Staél au jeune Thélusson ^ii y a toujours, et je vous ai dit pourquoi, des mailles-à-partie continuelles entre ees deux familles genevoises); et malheureusement pour M"^® de Staël, elle était costumée ce jourlà en Odalisque, en Sultane-favorite, en Houri mahométanel — Madame C Ambassadrice, ou plutôt, cîtùifefim baronne, c'est à vous qu'il appartieni de te décemetl..^ lui répondit Yinero^Mey et peu s'en fallut qu'elle ne s'en pAmât d'émotion.
On n'a rien vu de pareil à cette sensibilité maladive et cet excès de faiblesse de M"*" de Staél contre la moquerie. C'est le propre d'une malheureuse personne qui ne saurait se tenir dans sa position na-* turelle, et qui voudrait produire le double ^ffet d'une femme charmante et d'un homme d'état. Quand on a la conscience de n'avoir aucune prétention qu'on ne poisse justifier raisonnablement, on est toujours en pleine sécurité d'amourpropre. Je n'ai certai-^ nement pas autant de motifs de confiance et de sécurité que M<"<' de Staël ! Je n'ai pas l'honneur d'appartenir à M. Necker, et je n'ai jamais Eqit un livre. Je n'en ai jamais dedii au peuple français, conséquemment; mais j'ai la conviction de n'avoir aucune illusion volontaire, aucune prétention ridicule; aussi vous puis-je assurer que je verrais tous les Thélusson du monde et tous les citoyens de Genève IX. 5
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et de Paridy braquer sur moi des lorgnettes et des binocles (aOn de se moquer de moi), sans m'en em*» barrasser non plus que de la comédie des Femntes Savantes, ou de la satire de Boileau contre les femmes galantes.
Je pense bien que les Incroyables étaient conduits às^habiller ainsi par un sentiment d'animadrersion politique, en exécration de Vantiqne, et pour faire contraste avec les républicains; mais c'est le boiï goût qui doit faire justice du ridicule. La carmagnole était une infamie, l'ajustement adopté par ces peintres et ces histrions grecs et romains était une folie; mais le costume inventé par les Muscadim était d'une extravagance incrcyabUy et je ne pense pas que la bonne manière de lutter contre les fous soit de les surpasser en déraison.
Le directeur Barras avait organisé pour les exécutions de sa police une escouade de familiers parmi lesquels ils se trouvait une vingtaine de mal* très d'armes et plusieurs galériens. Il arriva qu'un mauvais chanoine défroqué, nommé Poucellin, avait écrit et signé dans un journal obscur un article injurieux où se trouvaient rapportés plusieurs faits notoires, et diffamatoires en vérité, car c'était la frénésie dans la dépravation ! Barras le fit enlever à son domicile et transporter dans un grenier dn Luxembourg, où les prévôts de salle et les forçats du directoire le battirent si bel et si bien qu'il en mourut trois jours après. Le citoyen Fiévée (4), coi-
(I) Auteur de la Dot de Suxette, de l'opéra des Rigueurs du CloUre et de la Correspondance administrative.
DG LÀ MARQUISE DE CRËQUT. Tl
laborateariie Fabbé Poucellm, avait entrepris de poursuivre et de faire condamner ce directeur exécutif par le tribunal criminel; mais on trouva moyen d^apaiser le citoyen Fiévée; je n'imagine pas que ce fut en le désintéressant y et quoi qu'il en fût de son intention dans la poursuite, elle en est restée là ; ce dont les honnêtes gens savaient le plus mauvais gré du monde à ce M. Fiévée.
Je ne veux pas oublier non plus de vous raconter la bonne aventure et le procès de M"* Margauthon, qui était allée solliciter le ministre Gohier pour en obtenir le paiement d'une pension sur l'État qu^elle avait accrochée du temps de M. Necker.
Je ne sais comment elle s'y prit, ni ce qu'ils se dirent et sur quoi la chose arriva, mais toujours estil qu'elle en reçut des soufflets à tour de bras, après quoi ce digne représentant du peuple le plus civilisé de la êerre, la mit à la porte en l'accablant d'injures ; et, séance tenante, il alla défendre à ses huissiers de la laisser jamais rentrer ni dans son cabinet ni dans ses bureaux.
• Voila donc Marçoton largement loafflettée « £t qui redttoeodait tristameiit la montée. •
Elle y trouva pour le moment ( sur le grand escalier de l'hôtel d'Ëlbceuf ) une petite fille de trois ou quatre ans qui s'essayait à descendre toute seule, en se laissant glisser de marche en marche. — Estce que vous seriez par hasard la petite Gohier, la fille do ministre? — Oui, <ïitoyenne. — Ah t c'est bien heureux pour vous ! Je vais vous faire des-
oeiidre — Elle ^lait belle cooiBie le jour !
disait cette folle , et ?oiIà Margoton qui l'emporte en lui cachant la tête avec son oiantelet. La seule chose qu'on put en découvrir judiciairement , c'est que c'était une ancienne protégée de M"'*' Necker.ei de M""» de Staël.
Elle avait été déposer la petite fille chez un marchand de chiens qui logeait du côté de Montmartre et qui s'appelait Frouley. Comme on avait écrit FroîUcy dans leur acte d'accusation , c'est en faveur de ce nom^là que j'avais pris garde à cette affaîre. Elle avait payé deux mois de pension pour ce be! enfant du ministre , à trois sous par jour , ainsi qu'elle aurarit fait pour un petit chat^ et ce fut au bout de ce temps-là qu'elle écrivit au citoyen Frouley pour lui conseiller de renvoyer la petite pension* naire à son papa qui était ministre de la république. Voyez quel temps et qaelles gens I
Quand on voulait obtenir le divorce, il était suffisant de présenter urie requête en incampalibUUé d*hummr, et le mariage ne consistait pour tous ces nouveaux enrichis que dans un échange de femmes. Les personnes connues qui ont profité de cette loi révolutionnaire étaient en bien petit nombre. Il y eut d'abord la Duchesse d'Aiguillon , la Marquise de Fleury » M""® de Valentinois , la Vicomtesse de Laval et la Comtesse de la Galissoniëre , ce qui n'étonna personne. Il y en eut encore une autre dont le mari, lesparenset les amis sont ioconso-* labiés. Je ne vous la nommerai point, parce que c'est le seul scandale qu'elle ait donné pendant toute sa vie. Je désire qu'elle puisse être heureuse
DE LA MARQUISB DB CRÊQUY. 13
avec àon oiari protestant, mais je ne Tespèi-a pas.
M"»* d'Aiguillon s'est remariée avec un M. 61 • rardiB > Tun des élèves de Jean-Jacques , et c'est ainsi que la belle conduite et les bons exemples de son mari leur ont profité. M^^ de la Galissonière épousa (pour divorcer de nouveau, six mois après) le chef des chouans , M. de Puysaye , qui était un vilain traître, et la Vicomtesse de Laval ne s'est pas remariée, jusqu^â présent.
Pendant que je pense à cette M"^ de la Galissonière qui était la principale héritière de M"*^ de Pompadour , et née Poisson de Malvoisin (décou* vrez-vous donc en vous inclinant ) , il faut que je vous en rapporte une histoire qui sera la première et la dernière.
£lle avait eu pour ami passionné (car die était morte), un malotru qui s'appelait M. Dejenaive. Toujours soucieux et ténébreux , toujours crotté , toujours muni d'un gros bâton rustique, et toujours accompagné d'un caniche affamé qui n'était pas moins sale que lui. — On n'avait jamais pu deviner, disait M"'^' de Goislin (qui le recevait) de quelle couleur était le linge du matlre et le poil du chien.
Il apprend la mort de cette pauvre femme , et le voici qui force les portes jusqu'à la chambre à coucher, où le preniier objet qu'il avise est le corps de la défunte , étendu sur une grande table et dans un état affreux, car les médecins venaient de l'ouvrir. — H se précipite sur le cœur de M"® de ki Galissonière qu'il arrache , qu'il entortille dans son
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mouchoir sale : ii le met dans sa poche, et le voife
parti comcne un furieux.
— Mais, renvoyez donc le cœur de cette Temme à ses parens , qui sont en droit de vous faire un pro^ ces, lui disait M*"^ de Goislin.
— Si TOUS saviez ce quUi est devenu , lui dit-tl avec un air sauvage et sombre
— Allons donc, vous me faites soulever le cœur!
— Ah mon Dieu oui ! Je Tavais jeté de colère sur une malle , en arrivant dans ma chambre , à tâtons. — Je m'étais coudié , je m'étais endornû pour me distraire , et le lendemain matin , j^aper-
çois que le mouchoir est tombé sur le carreau
— Je saute à bas de mon lit — Mon chien
l'avait mangé. — Je l'ai tué à coup de couteau ; mais je n'en ai rien retrouvé, rien du tout. — Je me suis souvenu que j'avais oublié de lui donner de quoi manger depuis deux ou trois jours.... — Quelle aventure dramatique et romanesque? reprenait-il avec une sorte d'orgueil. — N'est-ce pas , Madame!
— ^^ Effectivement, répondit-elle, on en pourrait rait faire un petit roman bien gentil, bien propre, et d'un goût parfait ! C'est un joli dénouement pour une intrigue amoureuse, et je vous conseille d'en piaffer !
Elle en est si révoltée qu'elle a pris le parti de lui défendre sa porte , et qu'elle ne peut Tentendre nommer sans colère et sans dégoût. — Vaut mieux tard t)ue jamais !
Il apparut subitement à Thorizon de Paris une
nouvelle princesse de la maison royale de France , qui fut reconnue sans difficulté par le Directoire, et qui se faisait appeler Stéphanie-Louise de Bourban-Gon<y. Elle ajoutait à ses autres qualifications celle de Comtesse de Montcairzin , parce qu'elle était proYenue du mariage de la Duchesse de Mazarin, avec M. le Prince de Gonty, et que ces deux noms contractés, réunis , et mélangés par ordre de Louis XYI , avaient produit celui de Montcairzin, tout naturellement.
On trouvait dans son mémoire è consulter qu'elle ayait reçu le cordon bleu (du St-Esprit ) à Tége de sept ans , et puis qu'on l'avait mariée malgré qu'elle en eût avec un procureur de Lons-le-Saulnier, où elle se déplaisait à mourir. C'était non seulement parce que les vins du pays sont détestables, et parce que sa belle-mère et son mari ne la nourrissaient qu'avec des grenouilles et des couleuvres; mais c'était surtout , parce qu'elle ne pouvait sortir de son jardin sans rencontrer des ours qui lui pinçaient les oreilles en lui léchant les joues et lui faisant toutes sortes d'impertinences. Nicolas Bésuchet était un Sbrigani , un Guzman d'Alfarache , un Cagliostro ! en comparaison de cette folle menteuse.
Le Directoire lui fit une pension viagère de sept mille livres ; on lui donna vingt mille francs pour arranger ses petites affaires ; et ce qu'il en résulta de plus fâcheux pour la Marquise Lecamus et pour M"* Lecamus, sa belle-sœur, c'est qu'on la mit en possession de ces deux hôtels Lecamus qui se touchent dans la rue Cassette , et dont ces dames avaient hérité de leurs grands parens.
MF^ de Vaientinois n'était pourtant pas asseï folle pour coasenlir à ce que cette princesse de Micomicon fût la fille légitime de sa mère , qui du reeie n'avait jamais épousé le Prince de Gonty, ce qui n'était pas difficile à démontrer ; aussi dirigeat-^le une poursuite en supposition d'état , contre la prétendue Comtesse de Montcairzin^ qui n'en gagna pas moins «on procès avec dépens.
Buonaparte a fini par faire déposséder cette aventurière ; l'abbé Desmarets l'a fait chasser de Paris , et j'imagifte qu'elle est retournée dans le Jura , chez son procureur , ou je ne suis pas fâchée qu'on lui fasse avaler des couleuvres. Écoutez le récit d'une autre imposture à l'avenant de celle-ci.
La Marquise de Douhault, née de Lusignan-» Gbampignelles , était une sainte et modeste personne; estimée, considérée, vénérée de tous cent qui la connaissaient , et de moi particulièrement » parce que nous avions été long-temps en association de bonnes-<Buvres. Elle était morte a la suite d'une maladie de poitrine , en Orléanais , dans une de ses terres, et ses deux frères avaient partagé son bien, pfirce qu'elle n'avait pas laissé d'enfans. Le Mar* quis, ainsi que le Commandeur de Champignelles , autre frère de la défunte , étaient réputés les plus lionnètes gens du monde , et chacun savait que l'atné . de cette famille avait eu la délicatesse de partager avec son frère et M"'* de Douhault , sa sœur , un legs de quarante mille éeus, dont il avait été avantagé par le testament de la Comtesse de Rogres , leur grand'mère. Enfin , MM. de Champignelles étaient non-seulement des gens honnêtes et désin-
DE LA BiAnOUSE DE GRÉQUV. 77
téressés, mais c'étaieut des gentilshommes d'aue équité scropuleuse et d'uoe générosité maiûfesta»
Long- temps, vingt ans peut-être, après la mort de leur soeur, car c'était au beau milieu de la révo* lution , notez bien ceci ! on entend dire en Orléainais que M^ de Douhault n'était paa morte > el puis qu'elle venait d'intenter un procès criminel i son frère aine, qui s'était emparé de toute sa for«tune. Au lieu de faire enterrer sa malheureuse sœur, qu'il avait endormie par un narcotique , et qu'il avait forclose en pays magique , vous imagines bien que c'était une bûclie?
C'est toujours une bûche. Il y a terriblement long-temps que c'est une bûckêl et mieux valait dire un fag<^ , pour cette, fois-ci.
Mais cependant « toute la bourgeoisie d'Orléans reconnaît la ci-devant Marquise de Douhault » ainsi que la plupart de ses fermiers et ses anciens vassaux de ses terres. On la confronte avec tout ce qui restait de sa famille, et toute la famille est convaincue que cette prétendue victime de la cupidité fraternelle est une ancienne femme de chambre de la défunte, a laquelle on avait eu la bonté de laisser uaa partie de sa garde-^robe, ainsi que le mobilier de k petite chambre qu'elle occupait au château. £Ue devait se nommer Buirctte ; elle devait être nativ« de la Villette, auprès de Paris.
En accordant qu'elle eût été M'"*' de Douhafilt, elle pouvait être un peu changée de visage, après vingt années d'eoprisonnement et do souffrance ; mais en admettant qu'elle eût tout-à-4ait perdu l'usage du monde, elle aurait dû savoir encore un
pea d'orthographe, et surtout celle de son nom de i'amille ! Elle aurait dû se sourenir de certaines particularités de sa jeunesse ; elle aurait dà se rappeler Tépoque de son mariage et la couleur de son premier ameublement, par exemple? Elle aurait dû savoir que son mari n'était pas chevalier du St-Es-
prit Elle ne savait rien de tout cela, ni rien de
rien, si ce n'est qu'elle était M<°® de Douhaultdoni la famille avait usurpé l'héritage, et qu'on a?att tenue renfermée dans un cachot à cent pieds sous terre, où elle avait oublié le surplus.
Elle avait signé Chan Pinelle au lieu de Champignelles, et son écriture était celle d'une véritable femme de chambre. — Elle a tant souffert! disait son a?ocat ; -— Elle a tant souffert ! disaient les magistrats. et les auditeurs à l'envi les uns des autres. Elle a gagné sa cause en première instance, et te procès dure encore.
On vient me dire il y a cinq ou six mois, qu'il y a devant ma porte une dame en fiacre, et qu*elle demande à me remettre un billet du Curé de Saint- Rocb. J'envoie Dupont vérifier la chose ; il m'amène une grosse petite femme toute commune, et tout aussitôt que j'ai vu dans sa lettre de recommaudation que c'est la soi-disant marquise de Douhault, je la regarde sans la faire asseoir, et je la vois se décontenancer. Elle se met à parler précipitamment sans se douter que j'avais connu M™^ de Douhautt, dont on pouvait trouver qu'elle avait effectivement un faux air de visage , mais sans aucun rapport de physionomie, de tenue, de tournure, de manières, et surtout de langage et d'accent.
DE LA MAHQUISE DE CUÉQUY. 79
— Vous êtes une menteuse^ lui dis-je, et vous Tenez de m'en donner la preuve certaine. — Vous êtes Anne Buiretle, ancienne femme de chambre de M^ de Doubault. Nous nous connaissions beaucoup, votre maîtresse et moi, et voilà ce que vous ne saviez pas avant que je ne vous le disse.
— Ab! mon Diou! mon Dieu! faut-y, faut-y... r— Vous éles Anne Buirette, du faubourg de la
Villette, et je vous défends de reparaître ici.
Je m'empressai d'écrire à son sujet à M. Marduel, et je ne l'ai pas revue, comme de juste. Elle éiait sortie de chez moi dans un trouble arfreux, mais je ne me reproche pas la rigueur de mon exécution. Elle avait dit en me parlant de l'ancien Evéque d'Orléans, monseigneur-l'évêque^ et voilà ce que la M"^ de Doubault n'aurait jamais fait; mais elle avait dit aussi nous^deux-vum-frère au lieu de mon frère et mot, et ceci fut à mes yeux un trait de lumière, attendu que cette locution n'^st employée ni dans l'Orléanais, ni dans aucune autre province de France, et que c'est une manière de parler qui n'est usitée que dans les faubourgs de Paris. Je ne saurais douter que ce ne soit une femme de cham* bre, une femme de Paris, une fille du peuple : je suis convaincue de son imposture, et j'en subirais l'épreuve du feu 1
On avait de la peine a s'expliquer pourquoi M*"^ de
T protégeait ouvertement une pareille intri*
gante, et comme elle a toujours des motifs secrets^ on a su que cela venait tout simplement de ce qu'elle n'aimait pas Mademoiselle de Champignelles, à raison de je ne sais quelle rivaUté pour un logement
dans une nraison du Prinoe-ÉyéqaedePassau^ pendant leur émigration.
Vous saurez que H*"* de T est une Choiseut
et une précieuse. Elle est régulièrement polie, dn reste, et comme elle a^ait reçu pendant son instance en radiation de la liste des émigrés quelque service de M. Suard, elle se croyait obligée d'aller taire une visite à la femme de cet académicien, pour ne pas se trouver en reste, et pour les dédommager très amplement de leurs bons offices. Elle avait demandé conseil à tous ses amis; mais elle avait eu bien de la peine a s'y décider, en nous faisant observer
qu'elle ne saurait que dire a M""® Suard!..
•M?* Swird, qui venait de faire imprimer un livre d'observations sur feu M. de Voltaire, où elle disait que chacune de ses rides recelait une gracCy (ce qui constituait assurément pour M. de Voltaire un privilège unique!^ Enfin, la dignité de M*°*deT
finit par céder au sentiment de sa reconnaissance; elle a pris un parti définitif, et la voilà dans le salon de M"^* Suard avec tous les vieux restes du phî* losophisme et de tous les débris d'encyclopédisme et d'impiété qui survivaient au baron d'Holbeeh. On les aurait pris pour autant de fantômes évoqués dès caves de Ferney!
IVime de T nous a dit qu'il y avait à côté de
M'"^ Suard un vieux philosophe qui était fourré comme un podagre et qui avait l'oreille très dure.' Il entend prononcer par la maltresse de la maison le nom de Cboiseul.... — Oh! je l'ai très bien connu ! se met^M à dire, à h manière des sourds, en orfant comme une orfraye; — Je l'ai très bier.
coona, toilt comme aussi M*"* ^ Gramont, sa
sœur et puis un propos d'une indignilé réyol-
Uate, et sur iid sujet i'uoui partout afilleurs que dans les confessionnauK de la grande :pénitèBeerie pour les cas réservés !
-— Mon bon ami ! dit M"**" Suard en lui minaudaift au nez et lui parlant en clarinette (et notez bien que c'était à dessein de ménager poliment le .préjugé vulgailre, ou la susceptibilité d'une demoiselle de Choiseul), — Mon bon ami, je ne conçois rien -à l'inceste — ]V9ais, non l je vous parle sérieusement; je n'y conçois rien ; je ne le comprends pas! Parlons plutôt du charmant adultère !
Imaginez l'abattement et la contusion de cette pauvre M™«de T...... si pudibonde et si précieuse
qu'elle ne voulait seulement pas qu'un médecin lui pariât d'aocoucfaement, pendant ses grossesses
Il arrifa tout de suite après deux jeunes mariés qu^OD amenait pour foire une visite de noces, et tout aussilèt que M. de Meulan, c'est le nom dn vieux philosophe, eut été mis au fait de leur cir^ constance, il se mit à leur chanter (comme s'il était un petit latin-réveillon) :
t Poarqaoi nous marier,
€ Quand les femmes des autres
f Poar être aussi les nôtres
■ Se font si pea prier?
« Poarqaoi nous marier t
€ Que les chiens sont hearenx I € Contre les murs ils p. ....
€ Deux à deux ils s^onissent « Sans qu'on médise d'eux, a Q«e les ebiêns sont heureml' IX. 6
Il faut que ces gens-iâ soient incurables! L'application de leur système philosophique et les crimes de la réyolutioû n'ont rien fait sur eux : ils sont frappés d'un aveuglement siupide, et c'est comme une punition du ciel !
Il y avait dernièrement sur un navire qui revenait d'Amérique en France un philosophe de la même école, et ce matérialiste était un ancien dignitaire ecclésiastique. Il était renfermé dans sa cabine au milieu d'une tempête affreuse, et comme une vitre de sa lucarne avait été brisée, elle était remplacée inomentanément par une feuille de papier d'écolier. Je vous dirai de plus, que sur ladite feuille de papier on voyait écrit le temps du verbe mourir, au
futur. — Je mourrai , tu mourras, nous mourrons
La vieillesse est diffuse, et je vous demande grâce pour tout ce menu détail qui m'est provenu d'un autre passager sur le même vaisseau. Enfin, on en* tendait dans la petite chambre voisine une bonne émigrée française, une mère de famille qui récitait i sur la tête de ses enfans en péril de mort, les saintes ' paroles de l'Évangile selon saint Jean.
— Et verbnm CAfiBEAD factum est, dit le matérialiste à son compagnon de€liambrée,en lui montrant cette conjugaison puerpérale.
Comment trouvez-vous ce calembourg de l'abbé de Talleyrand?
Je vous dirai que j'ai toujours relativement à lui un pressentiment fixe et comme une idée prophétique. Je suis persuadée qu'aussi longtemps que loute cette génération d'hommes-tà ne sera pas enterrée^ la France ne pourra goûter ni repos ni bun-
DE lA HÂRQinSB DE GRËQUY. 89
heor. Il y a certainement, ainsi que le dit Origène, il y a certainement dans l'action d'un homme qui agit de concert avec le diable, une influence perni* cieuse^ une horrible faculté de corruption ! Le souffle de t*impie répand tinfeetion, dit le Prophète, et la coolagion ia plus dangereuse est celle qui provient du ectur kumem ! (Voyez plutôt Brassayoli de Compas, aequas Tophanœ, car il y dit positivement que près*que toute la ville de Nocera faillit être empoisonnée moyennant un sel, extrait du cœur de Tévéque AU tempiy dangereux apostat, subtil et vénéneux corrnpletir! ajoute ce physicien moraliste. ) Lorsque Roasaeau de Oenève m'envoya sa Lettre contre les spectacles , je me souviens que je lui répondis ceci : — Il n'y a pas de spectacle aussi pernicieux que le triomphe de la perversité.
Vous direz peut-être ( excusez ma supposition qui s'applique à votre inexpérience et non pas a votre intelltgenee ) ; vous direz peut-être aussi : — Mais puisque c'est un scandale aussi dangereux , pourquoi Dieu le souffre-t-il? — 11 le souffre, mon ami , parce que sa créature humaine a reçu de lui son libre arbitre; parce que, si l'homme n'était pas libre pour foire le mal , il n'aurait aucun mérite à faire le bien ; parce que l'Eternel en retire sa gloire en dépit des méchants, à l'insu des impies qui ne regardent que la terre et ne savent que le matériel de ce monde; enfin, mon enfant , il le souffre, parce qu'il est la patience même. Saint Augustin nous a dit pourquoi : Paêiens quia œtemus
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pour les générations fuluree,
aussitôt que la feu sacré de la Vendée fut éteint dans le sang de Charette qui mourut en criant Vive le Roi.
On se demande aussi comment il se fait que la plupart des jeunes filles et des jeunes gens d'au* jourd^hui s^expriment avec un ton rude et familier qui n'est pas celui de leurs parens ? Mais je le crois bien , on les élève à tutoyer père et mère ; et voua pouvez remarquer que tous ceux U celles qui ont été stylés de cette façon-là , ne peuvent jamais parier a personne avec un ton respectueux.
— C'est vrai ! disait la petite de Béthune a son confesseur, et je ne le nie pas! J'ai dit à Maman — laisse-moi donc tranquille, et a Papa — tu ne sais ce que tu dis ; mais je le leur ai dil «mtco/e-
Quand on nous a signifié qu'une mère de famiUe doU être la confidente de son file et la mtiUmrê mm de ses filles , on se rengorge comme si on nous avail répondu quelque cbôse. — Ils so9i toujours tris em^ eeptibles et maladifs , dit le Manuel de la bonne Fer^ raière , 4t comme ils sont difficiles i élever, une bonne fermière doit Ure la meilleure mnie de ses dindons. Ce sont deux maximes d'une égale beauté! .
Je me souviendrai toujours de la M^^ de Samt- Pierre arrivant d'émigration , et comment elle ne voulut jamais rester en France , attendu que son
peftîl-fib Favait tutoyée en disant que c*était la mode Elle ne voulut pas s'en montrer courroucée, parce qu'elle est très-doucement polie; mais elle est , par ma foi , retournée yî?re en Angleterre oà persoiine ne se tutoie jamais.
Antoine de Lévia me disait Fa ittre jour que les gens de bonne compagnie se reconnaissent encore aux bals masqués , parce qaMls ne tutoient pas sous te masque. — G^est comme autrefois, lui dis-je, et lorsque vous entendez une personne se servir du mot de bonne société , vous pouvez compter qu'elle n'est pas de bonne compagnie; mais comme il est bon de reconnaître les siens, prenez-y garde et n'allez pas en parler étourdiment. C'est un signal de vigie dont TOUS ne devez point révéler le secret. II ne faut pas divulguer le mot d'ordre.