‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 6 sur 95 · DE PAE DB BOI · texte numérisé non relu

DE PAE DB BOI

t lie oonsen militaire d'as armées d'Anjou , du « Haut-Poitou et de Bretagne ,

« Vu la réponse et la proclamation ci-dessns y « nous ordonnons qu'elle soit imprimée , publiée <f et affichée dans toutes les paroisses qui compo- « sent Tarrondissement des armées d'Anjou , du « Haut-Poitou et de la Bretagne.

« A la Mabilais, le 25 juin 4795, Pan i^^ du « règne de Louis XVH I , Signé Be&niee, commissaire" « général.

« De rimprimerie royale de Maulevrier , Chah* ff BABi fils , imprimeur. •

Je n'ai pas voulu renvoyer de pareils document parmi des pièces justificatives et dans un appendice à mes souvenirs, par cette raison que mon récit n'aurait eu ni Tautorité qui résulte de leur contenu , ni le même intérêt pour vous. Je veux terminer ce présent chapitre en vous prodifisant une lettre politique de Louis XVlII , mais je voudrais vous parler d'aliord du jeune Sombreuil et de sa glorieuse conduite à Quiberon (A).

{i ) Gharlei-Marie de Viriot , Vicomte de Sombreuil , fil? atné de Charles-François, Comte de Sombreuil et Gouverneur dos Invalides y à qui sa courageuse tille avait sauvé la vie pendant les massacres de septembre , et qui nW fut pas moins c<>ndamné à mort et exécuté en 'l 794 , comme étant complice d'une prétendue tentative d'assassinat contre le représentant Collutd^Ierbois. Le journal du soir annonça qu*il était âge de C4 ans.

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En eiécutioii des promesses du gouvernement anglais et des préparatifs qu'il ayait fait ostensiblement pendant cinq mois, une escadre de trois vaisseaux de ligne et de sii frégates avait débarqué sur la plage de Earnac ( en Basse-Bretagne ) un corps d'émigrés ,. auxquels an avait donné pour chef un gentilhomme picard appelé M. d'Hervilly. Assisté par une colonne de chouans qui sont les Vendéens de la Bretagne , ce corps d'émigré» s'empara de la petite ville d'Auray, dès le lendanain de son débarquement, et malheureusement pour eux et pour nous ces honnêtes Bretons étaient commandés par un prétendu royaliste , appelé M. de Puisaye.

Les royalistes furent ensuite attaquer un détachement de républicains qui se trouvaient postés au fort de Saint-Barbe, au débouché de la presqu'île de Quiberon; mais ils furent repoussés jusqu'au fort de Penthièvre, et M. d'Hervilly, leur commandant, y fut mortellement blessée II parait que , pour se réserver tout l'honneur de l'action , il avait fait retarder le débarquement de la deuxième division des émigrés, dont le Vicomte de Sombreuil avait le commandement. Ce débarquement ne put s'effectuer que le jour suivant, mais ce fut avec un grand

Son fils en arait à ppine 25 lorsquMI fat fait prisonnier à Quiberon. Il demanda seulement ( pour les émigrés qui l'accompagnaieùt } la vt> simoe avec la permission de se rembar^ quer. Conduit à Vannes et condamné à être fusillé, il obtînt, sur sa parole d'honneur, trois jours de répit, pour aller régler des comptes avec les chers de Tescadre anglaise. 11 revint , malgré les sapplicatioos de l'amiral Wahren , et subit son supplice avec une fermeté digne de son nom. (Note de VAukwr.)

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désordre, et le manque absolu des^ vivres encou* ragea rindiscipline et la trahison d'un grand nombre de mauvais soldats, qui pour la plupart étaient des prisonniers français , des marins nouvellement hortis des pontons, enfin des hommes sans foi, sans honneur ei sans conscience politique. Ils avaient comploté d'abandonner les émigrés tout aussitôt qu'ils auraient touché les terres de France ; ils envoyèrent des transfuges auprès du général Hoche, ils abandonnèrent les royalistes qui furent surpris dans le fort de Penthièvre , et les émigrés se trouvèrent cernés par les républicains.

Rassemblés autour de leur jeune et valeureux chef (M. de Sombreuil), les émigrés et les Chouans soutiennent pendant plus de cinq heures un feu terrible, et c'était principalement à dessein de laisser le temps de regagner leç vaisseaux anglais qui longeaient la c6te, à toute une multitude de femmes et d'enfans , d'ecclésiastiques et de vieillards à qui le gouvernement anglais n'avait eu garde de refuser l'embarquement, et ceci par esprit d'économie ou de lésinerie politique. Mais il n'était pas possible à tous ces malheureux de se rembarquer , et le brave Sombreuii est obligé de mettre bas les armes. Le nombre des prisonniers s'élevait à dix mille deux cent soixante, en y comprenant les femmes et les enfans.

Je ne vous dirai pas s'il est bien vrai que les batteries des navires anglais balayaient à coups de boulets-ramés et de mitraille toute la plage où se précipitaient les émigrés pour a'border les bateaux , les

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chaloupes et les embarcations du puys qui pouvaient les transporter à bord de l'escadre anglaise ; nous ne savons pas si tous les projectiles anglais étaient principalement dirigés sur nos émigrés; mais un grand nombre de ceux-ci n^en périrent pas moins sous les feux et par le fer anglais. M. de Lauriol, ancien garde-du-corps de Monsieur , fut blessé d'un coup d'épée dans la poitrine au moment où il abordait un canot rempli d'officiers de marine. « M. « de Rousseville, ancien Page de M. le Prince de « Condé y et capitaine au régiment d'Enghien , se H sauvait à la nage : il atteint une chaloupe an- «( glaise, il en saisit le bord de la main droite ; un a coup de sabre le force a lâcher prise ; de la main « gauche y il s'accroche au bordage, un autre coup f< de sabré lui abat cette main ; on lui frappe sur la « tête à grands coups de sabre et de crosse de fusil* a (par ordre de Tofficier de marine anglaise), et « notre malheureux compatriote est englouti dans « les flots. Je Fai vuL... » Et c'est M. de Sombreuil qui parle ainsi dans sa dernière lettre à M. du Dresnay. On peut ajouter à ceci que le vénérable Évêque de Dol ( M. de Hercé ) se trouvait tout à c6té d'une chaloupe , et que lorsqu'il se présenta pour y monter en tendant la main, il reçut dans la poitrine un coup de crosse de fusil qui le renversa sur les rochers de la grève , où il a été fusillé quatre jours après.

Si vous me demandez la raison de cette férocité systématique, je vous dirai , mon Enfant, que parmi ces émigrés qui faisaient partie de l'expédi-

tion de Earnac , ii se trouvait trois cent quarante ofGciers de notre ancienne marine royale ; on sait combien la plupart d'entre eux s'étaient illustrés pendant la guerre d'Amérique; on connaît respril vindicatif et calculé qui préside à toutes les opérations du gouvernement anglais, et quand on a pensé que le cabinet de Londres avait résolu d'envoyer ces ofGciers français à leur perte assurée , c'est une opinion qui n'a pas manqué de trouver des partisans ) même au sein du parlement britannique. Lorsque M. Pitt essaya de masquer l'horreur de ce honteux désastre, en disant que le sang anglais na-vait pas coulé, du moins! — Cesê l'honneur anglais, lui répliqua Sheridan , c'est l'honneur anglais qui

vient de s'écouler jusqu'à la dernière gouiU !

En faisant déposer les armes à ses compagnons , M. de Sombreuil avait capitulé favorablement pour eux de la manière la plus fcrmelle et la plus précise, mais la Convention prétendit qu'il y manquait plusieurs choses de forme; le général Hoche ne fit aucune difficulté d'en convenir, et la Convention nationale ordonna le supplice de six cents officiers français, pour qui M. de Sombreuil avait obtenu la vie sauve. On les a fusillés sans rémission sur le bord de la mer , et dans le nombre des condamnés comme ayant fait partie des troupes débarquées, se trouvait TAbbesse de Cordylon, Madame de Chabot, qui devait être assurément fort âgée, car je mi souviens qu'elle avait fait ses vœux à l'époque oi ma tante de Montivilliers était Coadjutrice de cette maison , et je crois bien qu'elle avait au moins

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quinze ans de plus que moi. Mademoiselle de Heroé, qu^on n-ayait pas fusillée, sans qu'elle en sache encore le pourquoi, m^a raconté que cette Abbesse était restée d'un caractère inflexible. Elle avait com« paru devant la commission révolutionnaire d'Auray en habit religieux, disant qu'ilétait d'obligation pour elle. Elle avait commencé par déclarer que son âge el aa profession devaient la mettre à Tabri d'une inculfMition pareille a celle d'avoir porté Us armes contre la république : mais le président l'ayant interrompue pour lui demander quel était son nom , son pays, etc«

— Puisque vous prenes la licence de mintertih' i/Uir^ dit«eile au président , je ne dirai plus rien : Quand l'âne parla, le prophète se ttU I

, Comme elle avait été prise d'un flux de sang pendant ia nuit, et qu'elle ne pouvait plus se tenir debout le lendemain matin, M"* de Hercë m'a dit qu'on l'avait étendue sur une couverture afin de la porter sur le sable, et qu'elle avait été fusillée à bout portant. Les gens du pays relevèrent son corps el Font enterré dans leur église où l'on tient pour assuré que ses reliques sont d'une sainte. Elle était peut-être un peu trop fière de sa Crosse d'or, et de ses trois Chabauds d'or en champ de gueules , ains je ne sais qu'en penser^

Lises cette lettre du Vicomte de Sorobreuil a l'Amiral Wahren, qui commandait la flotte anglaise, et dites-moi si le jeune Français qui l'écrivit ne doit pas être l'objet d'un regret éternel pour nous?

SOUVENlfiS « A la prison d^Aaray, oa 22 juiUef.

« Monsieur,

« J'aurai Thonnenr de vous dire que le lâche « fourbe qui nous a perdus, c'est-à-dire M. de « Puisay e, m'avait donné l'ordre de prendre une « position et de Ty attendre ; mais il a eu l'extrême a prudence de joindre bien vite un bateau , aban- « donnant au hasard le sort des nombreuses victi- « mes qu'il a sacrifiées. Les gardes du fort ayant été a forcées, toute l'aile gauche de la position étaitdéjà a tournée et il ne restait de ressources que dans un « embarquement le plus précipité, rendu presque « impossible par la proximité de l'ennemi. Nos « régimens d'Hervilly et du Dresuay se rangèrent « entièrement du côté de l'ennemi, abandonnant c( leurs drapeaux et massacrant leurs officiers. La u majorité de nos soldats, désespérant d'une aussi a affreuse position, s'éparpillèrent dans la campa* a gne. Je me trouvais adossé , cerné et resserré au <i rocher, à l'extrémité de l'île, avec deux ou trois a cents gentilshommes et le peu de soldats restés fi* 4c dèles; maissans cartouches, n'ayant pu en obtenir a que pour les gardes du fort Penthièvre, malgré tt mes instances les plus réitérées : sans doute que c( M. de Puisaye avait eu des raisons qu'il essaiera u d'expliquer? Plusieurs bateaux, encore à Iac6te, « pouvaient me donner la ressource déshonorante V dont il a si promptement profité; mais l'abandon u de mes frères d'armes eût été bien pis que le sort

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«f qui m'attend ( je crois demain matin); j'en mé- « rikais peut-être un meilleur.... !N'ayant plus de « ressources^ j'en vins à une capitulation pour sauce ver tout ce qui ne pouvait s'échapper, et le cri « général de l'armée m'a répondu que tout ce qui ^ était émigré serait prisonnier de guerre et épar- <i gné comme tel. N'ayant pas voulu me comprendre « dans ma capitulation, j'en suis seul excepté; moi €1 seul, je dois périr et je mourrai comme j'ai vécu, « j'espère.

« Je vous somme au nom de l'honneur de pu- « blier cette lettre.

« SOMBEBUIL. »

Voilà, mon ami, dans quels rapports de bienveillance et de confiance étaient nos émigrés avec le gouvernement anglais ; mais tout ce qui se passait en Altemagne à l'égard du Roi notre maître était plus déplorable encore. La cour de Vienne ne vou* lait considérer cette noble armée de Condé, où l'on voyait des officiers supérieurs et même des généraux français servir en qualité de simples soldats, que comme un corps de troupes à la solde de l'Autriclie, et sur qui les généraux autrichiens devaient exercer une souveraine autorité. Si S. M. les allait passer en revue, les commandans Viennois défendaient qu'on tirât les canons et même que l'on osât battre aux champs .en défilant devant le Roi de France. On lui fit pressentir que TEmpereur exigerait bientôt qu'il eût à s'éloigner de l'armée française , et M. deThugut alla jusqu'à dire au Comte de Saint-

Priest que si S. M. persUiait à y resttr^ on m vie»draii, quoique à regrU, à employer le$ voies de la cour trainU. Oo a su camment les Anglais avaient con^ duil à rile-Dieu Monsieur, Comte d'Artois, qu'ils

forcèrent à y rester deux mois dans rinactioa

(// $e trouve ici deux pages soigneusement raturées).

à la colonne chargée de l'enlèvement du Roi, qui fut contraint d'abandonner l'armée française et qui fut blessé d'un coup de fusil, en passant à Dillinrgen, en Suabe. Mais je n'oublie pas que c'est par uneintéressanteetcurieuseépItreduRoîLouisXVni que je vous ai promis de terminer ce chapitre que je pourrais appeler, comme celui du Père Ménétrier, mon chapitre des pièces curieuses.

Lettre du Roi XVIII au Duc d* Bar court, son Pléni* potentiaire à Londres.

VéroDne , 28 septembre.

« Mon cousin, j'ai reçu votre réponse à ma lettre « du 25 août. J'ai voulu prendre quelques jours c( de réflexions avant d'y répondre. Je suis très re- <( connaissant de l'intérêt que le gouvernement anif glais prend à ma conservation.

« Il est Vf ai que ma position serait assez seni-t « blable à celle de Henri 1V% sauf que j'ai des in- <( convéniens qu'il n'avaitpasetqu'il avait beaucoup « d'avantages que je n'ai point. Suis-je, comme u lui, dans mon royaume? Suis-je à la tête d'une

DE LA MABQUlSfi DE GREQUY. 57 « armée docile a ma wtx? Awje toujour$ porté les « armes et servi sous le harnais depuis Vàge de c( seize ans? Ai-^je gagné la bataille de €k)utras? Eh c( mon dieu, non ! je me .trouve dans on coin de c( l'Italie. Une grande partie de ceux qui militent c( pour moi ne m'ont jamais yu. Je n'ai fait qu'une « campagne dans laquelle on a à peine tiré un coup f( de canon. Mon inactivité m'expose à des jugece mens défavorables de la part de ceux qui me sont u restés fidèles, jugemens que je ne peux pas apu peler téméraires [>arce que ceux qui les portent et ne sont pas instruits de la vérité. Puis*je conquérir u ainsi mon royaume? Et supposé que mes fidèles « sujets obtiennent un tel secours que je n'aie qu'à u me présenter pour recevoir ma couronne, pource rai-*je acquérir par là cette considération person- <( nelle qui me serait si nécessaire?

(( On vous dira, peut-être, que si les succès de <( Monsieur me promettent une entière sécurité^ on «( me conduira dans mes Etats; mais cela signifie « uniquement que l'on m^y fera venir lorsque les « grands dangers seront passés. Dieu m'est témoio, <( et vous le savez, mon cher Duc, vous qui connais- (( sez le fond de mon cœur, que j'entendrais répète ter avec la plus vive et la pins tendre satisfaction « ce cri des Israélites : « Saùl a tué mille combata tans et David dix mille! » Mais ma joie comme n frère, ne fait rien à ma gloire Qomme Roi, et je « le répète, si je n'acquiers pas une gloire person- (( nelle, mon règne sera peut-être tranquille par V l'effet de la lassitude générale; mais il ne sera

6S SUVENIRS DE LÀ MARQUISE DE GRÉQUY.

« pa« long, et il sera paut-ètre plus malheureux que

(( celui d'Henri III.

• Le passage du Rhin, la saison qui avance, tout « se réunit pour me persuader qu'au moins pour « cette année le corps du Prince de Gondé n'agira « point. D'ailleurs M. de Thugut a dit depuis peu, « sans y être provoqué, que je ne jouerais pas au- « près de ce corps un rôle convenable ; et je pense « en effet que j'y serais, pour le moins, aussi dé- « placé qu'à Véronne

« Que me reste*l*il donc? la Vendée. Qui peut « m'y conduire? le Roi d'Angleterre ; insistez de « de nouveau sur cet article. Dites aux ministres, « en mon nom, que tout autre parti, quel qu'il « soit, est dangereux pour ma gloire, dangereux « pour le bonheur présent et futur de mon royaume, u dangereux pour la tranquillité de TEurope^ in- « compatible avec l'état présent de la France.

« Faites sentir tout ceci au cabinet de Saint- « James; ajoutez une réflexion moins importante « puisqu'elle ne regarde que moi : dites que j'é* « prouverais une bien douce satisfaction de devoir « mon trône, ma gloire, le salut de mon royaume, « à un souverain aussi vertueux que le Roi d'An- « gleterre, à des ministres aussi éclairés que les « siens^

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