‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 84 sur 95 · DU JOURNAL MANUSCRIT DE MADAME · texte numérisé non relu

DU JOURNAL MANUSCRIT DE MADAME

(DuGBian d'AnooiiU» r Mébb ob Fbàiicois I«r),

D'après Forigmal aa cartulaire de Ganaples.

G*ett MADAME quy a rédait A mémoire plusieurs choses majestueuses et oousidérablet en sa vie , mesmement le danger quy advient an Roy son Filz , en l'année M.GCCCC J, auprès de la maison de Sanl* ▼aye en la Yarenne d'Amboyse.

Je ne doy moy-mesme parler de moy-mesme, et je m'en rapporte è toat ce qu'en a escript Françoys du Moulinet, Abbë de Saint- Maximîn. Toutefoix diroy-je que moy, Lotse de Savote , je feus née au chasteau du Pont d'AinsTan ^ 476 , Tunziesme de septembre , h cinq heures vingt et quatre minutes après midy.

Françoys par la Grâce de Dieu Roy de France et mon cher Filz , print la première expérience de lumière mondaine à Coignac le douziesme jour de septembre ^ 494 , environ dix heures avant midy. Le Duc d'Alençon estoit sorty du cloistre maternel pour commencer mortelle vie , Tan 4489, et le deux septembre mon Fllz eut pour

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ptrrain hnit mois aprez', Mcssire François Comte de la ftoche-Foacanld quy lui a bailles son nom baptismal. Feu Monseigneur et mari aymoit ledit Comte autant que son frère.

Anne, Reyne de France et Duchesse de Bretagne, estoit nëe à Nantes le 26 janvier ^1476 et la mesme année de mon Filz. Estant à Bloys le 2^ janvier, jour de Sainte Agnès, elle fust accouchée d^on Dauphin quy ne pouvoit empescher ni retarder Texaltalion de mon CcBsar, car il avoyt fauKe de vie. En ce moment j'estois a Bloys en ma chambre, et René Benoist, mon fauconnier, quy m'a toujours servye en brave et loyale persevrance , me vint donner la sérieuse nouvelle dUoelle mort qu'il avoist sceûe le- premier par une chambrière de ia Reyne dont il estoit te gallant.

A Montereau , le londy sept d*aoust 'ISOS , sur les sept heures du soir, ladite Reyne Anne estoit en grand péril de mort , car le planchier du pont s'effondit sous les chevaulx quy la portoient dans sa liclierre, et resta suspendeue par le deuxième cheval qui se cramponna sur les ais romputs ; ce quy saulva cette bonne princesse parce que Taultre cheval avoit rompu ses traicts en advant pour tomber dans la riviesre ou nageoyt comme un poisson. On le retrouva sur la berge et la Reyne s'enservit pour continuer son chemin comme sy de rien n*estoit , tant elle avoit de force au cœur et le sang bretton.

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Le hait de juillet ^ 54 4 , je cuyday rester a Bloye pour jamais, car le planchier de ma chambre s ébranlait et alloist s'abismer, et eosse esté en danger extresme n*east esté ma petite bigotte et le Seigaenr de Brucq, lesquels s'en apperceurent les premiers. Je croys que c'estoit signe qu'il falloit que toute la maison de France fust reclinée seur mo j, et que par YoUonté divine , j'en eusse toute la charge.

La Reyne Anne de Bretagne trespassa ^ Bloysle lundy neuf janvier 4544 , et le six d'aoust me feut donné Testrange nouvelle que le Roy Louys XII; antique et fort débile , alloist espooser la jeune Marie Thudor dite d'Angleterre, laquelle estait fille de Henry YII , le premier roi de sa race et yssea de simples vassaulx nobles au paysgalloys.

Le neuf viesme jour d'octobre 4 54 4 , se firent les amou-, renses nopces de Louys XII et de Marie Thudor quy furent espousez a dix heures du matin, et le soir couchèrent ensemble.

Au chasteau des Toumelles , ^ Paris , le premier jour de janvier 4545, une heure advant la minuict, trespassa le bon Roy Louis XII quy fut inhumé le 42 janvier en Feglize de Samt Denys , avecque un esclat resplandissant bien que funesbre , et de lugubration

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generalle, «tant yrayment père du peuple en bonne intention , si n'étoit en réallllé.

Le samedy dernier jour de mars 45^5, le Roy, mon filz me vint dire que la Reyne douariesre de France alloit se remarier avec le dac de Snffolch, homme de basse condition que le roy d'Angleterre Henry huitiesme avoil envoyé comme ambassadeur auprès de mon filz^ qui n'en pouvoit retenir ses imprécations contreulx. Et ce fut le tundy seiziesme d'après que le duc anglais partit de Paris pour son Angleterre avec la veufve de Louis XIL Aussi, quelle idée que d'aller épouser celte fille de néant pour en mourir six semaynes aprez.

Le 2S de may ^ 51 6, le Roy mon filz partit de Lyon h pieds pour faire le pèlerinage de Ghamberry et y vénérer le saint Suaire de Nostre Seigneur. S'en revenant de la bataille des Suisses, mon filz me renconstra sur les bords de la Durance , tout auprès de Sisleron en Provence, environ six heures du solr^ et Dieu sçaît si moy, pauvre mère, feus bien ayse de voyr mon filz sayn et saulf et tout entier, aprets tant de violences qu'avait souffertes et soultenues si fermemeut.

Le dernier jour demay 4520, mon filz arrirabArdres^ qui s'appelle en latin Ardea, et le dit jour le Roy d'Augleterre, second de sa race, arriva a Calez, qui s'appell»

en htin Caleiumy ou Portus ItiuSf selon Cesar, an V IK vre de ses Commentaires.

Ce fut le 29 jour de mai ^522, environ denx heures après midy, \ Lyon, en fa maison de l*Arcbevesque, que le Hérault d'Angleterre Tint deffier mon filz, et après que en tremblant de peur en touts ses membres, il eut déclaré que son maistre estoit de?eneu nostre ennemy mortel, mon filz lui repondit si flerrement, noblement, froydemeot, et si bien à point que tous les presens estoient glorieux et néantmoîns ébahits do sa clere éloquence.

Le 7 de juing 4 520, qui fut le jour de la Feste Dieu, entre six, sept et huit heures après midy, mon filz et lo- Rai d'Angleterre se virent soubs la tante près Guygues^

Le 9 jour de juing, mon filz et lerey d'Angleterre se trouvèrent en campagne chascun de 50 hommes et prindrent leur vin ea semble, environ cinq^ heures et demie après midy.

Le 47 de juing se print le feu au logis de Monsieur d'Ornat)i Ardres, environ dix heures et demie de nuit^ qui fut chose assez fascheuse, car nous estionr en lien suspect et inique*

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I^e 25 de juing, le Légat d'Angleterre chanta la messe en plein camp devant les deux Roys ; toute la chappeUe fut faitte et tendue par les AnglaiS| réservé le pavillon de la chappeUe de mon fils qui fut tendu en l'oratoire ; mon filz s'agenouilia à dextre, et print la paix et TévangiJe le premier, et les luy servit le jeusne Cardinal de Vendosme.

Le 4 de juillet 4 315, mon filz allant contre les Suisses partit de Romorantin k sept heures avant midy.

Le lundy 50 de juillets 5 ^ 5, mon filz partit de Lyon pour aller guerroyer contre les Suysses, et autres occupateurs de sa Duché de Milan.

En juillet 1 5^ 9, Charles V de ce nom, fils de Philippes; Archiduc d' Aulriche, fut, après que l'Empire eût, par Tespace de cinq mois été vacant, élu Roy des Roraaini

en fat Tille de Francfort; pleut à Dieu que TEmpire efti pim longuement yacqué, on bien que pour jamais on l'^ût hissé entre les mains de Jésus-Cbrist, auquel il ap* partient natarelfemeot, et non à d^autres.

L'an '15^9^ Frère François de Panle, des frères Mendicans, cinquième Eyangeliste, fut par moi canonisé, èi tont le moins j'en payé la taxe.

Le 5 juillet 4524, mon filz étant à Ardilly, k deux lieues de Beaune, à cinq lieues de Dijon et à deux de Seurre, au soir vint nouvelles de Guyenne comment le Seigneur d'E;sparault ayoit été pris ayecques le Seignear de Tournon, estant II Yespres, et que les affaires se portaient mal par iaute d'ordre et de diligente conduite. Pour ce, faulx noter qu'en fait de guerre longues patenostes et oraisons murmurati?es ne sont trop bonnes, car c'est marchandise qui ne sert de guères, siuoo k gens qui ne sçayent que faire. De Sainte Colombe, je n'en dis mot, car ce yolume est trop petit pour comprendre si fascbeuse chronique.

Le 4 7 juillet 4 524 , à Dijon, des Suisses douze cantons feirent leur proposition et oraison deyant mon fîlz eu grande réyerence, soy declarans youloir estre a tout jamais confédérés et alliés ayecq la Maison de France.

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Le 28 d'aoast 4 514, je commencé k prëdûra par eekstt previsicm qoe mon filz seroit en grande afbire contre Us Suisses ; car aiosy que j'estoia après souper en mon iioia à RomoraQtiD, entre sept et buit beures, une terriUe impression céleste ayant figure de comète s'apparut an ciel vers Occident, et je feus la première de ma compagnie qui m'en apperçus^ mais ce ne fust sans avoir grand peur; car je nrescriay si baut que ma voix se pou- \oit estendre, et ne disois autre chose, sinon bêlas! Sufsses ! les Suisses I les Suisses 1 Adonc estoient avec moy mes femmes, et d'bommes n'avoit que Regoault de Rcruge, et le pauvre malheureux Rocbefort sur son mulet gris, car, aller à pié ne lui estoit possible dez ja.

Le 25 de septembre 4519, mon filz , qui estoit allé è la chasse à la cbappelle veodosmoîse près Blois, se frappa d*une branche d'arbre dedans les yeux, dont je feus fort ennuyée.

Le 26 septembre 4 522, à S. Germain en Laye, Pierre Piefort le jeune, fils de Jean Piefort, contoreul du grenier à sel de Chasteaudun, parent de plusieurs riches personnages de la ville, fut brusié tout vif, après que, devant le cbasteau de S. Germain, il eut eu la main conppée , pour ce que sacrileigement il avait prits le corpus dimûnif et la custode qui estoit en la chappelle dudit cbasteau, et le derniez jour du mois, mon fils vint à pié, la teste nuë, une torche au poing, depuis Nan terre jusques au dict lieu, pour accompagner la Saiocte-bostie,

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et la Mve remettre en son premier lien ; car le dit Pie^ fort Tavoit laissée en la petite chappelle de Saincte Gèneyiefve, près du bonrg de Nanterre. Le Cardinal de Yen* dosme la rapporta, et lors faîsoit beau yoir mon fib porter honneur et reyerenee au Saint Sacrement, que cbascun en le regardant se pemoit à pleurer d'amour deliesse et respect pour luy.

Le 44 d'octobre -1 5+5, en venant de vespreade S. Léger de Cognac Je entrai en mou parc, et près du Dedalus, la poste m'apport nouvelles fort bonnes du camp de mon filz, Lieutenant du Roy Louis XII, en la guerre de Picar* die ; sçavoir est, que le Roi des Romains s'en estoit allé de Tournay, et que le Roi d'Angleterre s'aiïaiblissoit de jour en jour, à fin de s'en aller en Faultre monde.

Le 4 7 oblobre 4 524 , au Mont S. Martin, environ neuf beures du matin, mon fiiz marcbant en ordre de bataille, fut requis par son Maistre d'EscoIe de luy donner FEvesché de Condom , qny vacquoit, ce que de très-bon cœur il luy octroya, ayant souvenance que devant qu'il fut Roy, k Amboise, en ma présence, il luy avoit promiz un evesché s'il en avoyt la puyssance un jour ou l'autre.

Le 4 5 octobre 4 522, à S. Germain en Laye, je fus fort malade de goutte, et mon filz me veilla toute la nuici bien tendrement.

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Le jeady'15 de décèbre-IS^S, le Pape LéonX celé* bra la Sainte Messe en la présence de mon filz, et le yendredy snivant feut tenu consistoire, et alliance confirmée, laquelle depuis a esté afermée et florentinée par le dit Léon, Saint Lieutenant et Yicayre de JESUS CHRIST.

Ce fnst le '1 0 janvyer 4 525, au milieu du camp royal, que vonllant bailler au Seigneur de Creqny le collier de Tordre du Roy, mon filz se despouilla du sien propre et le passant au col dUceluy Seigneur, qui flescbit sur les genouils et ne se put relever, pour estre mort de son émotion et saisissement en oyant les belles paroUes de mon filz.

Le 49 febvrier 1520 , se despartit de ehez moy le Vicomte de Roban pour aller à Nante, où mon filz tenoil

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