‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 89 sur 95 · BARON D£ VESINS · texte numérisé non relu

BARON D£ VESINS

ANTOINE dç Lé?ezoulx de Luzanson , Gheyalier de rordre du Roi , était Baron jde Yesîos en Roaergue, et le principal Seigneur de sa province. Il avait été successivement Grand Bailli d'Épée, Lieutenant pour le Roi Françoise'"''^GouverneuretCommandaxit pour les RoisHenri II, François II, GharlesIXet Henry III, dansleurs provinces et paYsdeRouergue,deQuercy, d'Albigeois et des Cévennes; Gentilhomme de la Chambre de leurs Majestés ^ Conseiller en leurs conseil d'en haut et conseil étroit ; Capitaine de cent hommes d'armes k palefrois armés de leurs Ordonnances, et Capitaine-général des xuimilFe hommes de guerre et de pied de Tarrière-Ban Languedocien. Il était né v«rs Tannée ^522, et il avoit épousé Jeanne de Roquefort-Morlas, Baronne d'Enguerravaques etdeSaint- Aignan- le -Franc -Castel, laquelle était d'une branche puînée de la maison royale de Foix. On voit dans les lettres de René de Lucinge qu'il ne t s'entreprenoil « jamais rien, soft à Paris, soït à Bhys^ dans le « conseil d'en hawt^ sans d'abord que Von n'eust « mandé le vieux Baron de Vesins , qu'on Jaysoil « survenir de son commandement du Roargue , afyn

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c d'en avoir son advU , quHl ne donnait jamais que H mal volontiers, disant qifil n*estmt nulle autre « chose qu'homme de guerre , et bien qu'il fust en fl effet un des plus advizez personnages de son temps : H cas estrange en un Seigneur du pays de Gascogne / « et plus estrange homme, en vérité^ car il estoit « d^esprit subtil et délié quoique rudement acetife et « bouillant, sous sa tocque noyre à l* antique ^ avec « un air seigneurial et de franc-vouUoir qui sentoit « parfaitement sa bonne mayson. Comme il estait « cruellement impétueux dans sa vindicte et néant- « moins de générosité merveilleuse et dont an savoit « mille traicts, feu P Admirai de Colighy Vàppeloit « le Lion Catholique, et Monsieur le Chancelier de a CEospital me dizoit un jour de lui : C'est un i homme à moytié de pur or et de fer ardant, » L'histoire de France n'a pas manqué de recueil Hr et et d'enregistrer une anecdote de sa vie. C'ëtoil a Paris pendant les exécutions de la Saint-Barlhélemy ; et c'éloit à regard du Baron de Reyniès ( Tobie de Pestels de Caylus). Mais il vaut mieux laisser discourir, sur le vieux serviteur des Valois, l'honnête et judicieux Mézeray, qui va réciter cette aventuce avec la simplicité de son temps , la familiarité de son vieux style et sa gravité naïve : « J'avois presque obmiz d'écrire une des plus gêné- « reuses actions quy se soit jamais faites , et qu*on ne « sauroit recommander à la postérité avec assez d'hon- « neuret de louanges. Il y avait deux gentilshommes ^ de Quercy^ Vesins, catholique et Lieutenant du Roy « dans cette province y et Beigniers , huguenot et « Lieutenant pour les Princes au même endroit : tous

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« deuz forts vaillants, mais le premier homme rude^ « et furieulx ; le second , plus doulx et plus iraitable* lesquels ayant faiet leur querelle particulière delà querelle généralle, et s'estant mortellement offensez y ne cherchoyent qu^une occasion pour se couper la gorge. Durant la plus grande ardeur du tumulte y comme on enfonçoit les portes de chez Reigniers (soo logis, k Paris, étoit Tancieii hôtel de la Trémoille, rue des Bourdonnois) , et comme il se prépandt à recevoir le coup de la morty arrive Vesins, que le Roy Charles envoyoit faire son office en Quercy. Il entre dans la chambre oà estoit Reigniers^ avecque deux hommes ayant touts les trois la rondasche et Fespéeà lamadn^ les yeux étineellants de colesre et le visage tout rouge. Reigniers^ encorepluseffroyé devoir devant luy son plus cruel et capital ennemy^ se prosterne par terre, implosrant seullement la Miséricorde divine,.. Mais Faulire luy commande dune voix tonnante quHl ait à se lever pour le suivre : Reigniers obéit , sans pouvoir se dire à quel genre de mort il le desUnoit. Comme ils arrivoient dans la rue, Vesins le faiet monter sur un beau cheva^ qu'un de ses gents tenoist en main, et sortant de la ville par la porte Sainct Michel, suivy de quinze aultres , il Femmène à petites journées à plus de cent lieues de Paris ^jusqu'à un billot qui étoit à la porte de Reigniers. • ( Un poteau d*armes n dehors da ponl-Levis da château de Reyniès n MoDtalbannais. Le Comte de Gaylus observe qu oo voit couservé soigneosemeat ce poteau seigneurial , et qu*il existait encore du vivant de son père. ) « Ihh

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• rant iowt le chemin , il ne luy avoist pasdict une « seulle parolle; mais s'arrestant à cet endroictj « il parla ainsy : — Reigniers , mon honneur et la « bonne opinion que j'ay de ton courage m'ont em- « pesché de te laisser oster la vie; je ne suis pas « homme à me venger sy, laschementf ni ne veulx « point donner subject de penser que la crainte que « faurozs eue de toy m'auroyt porté à te faire ou « laisser assassiner. Maintenant qne tues en liberté , « tu peux fen ressentir^ et me voilà prest à te salis-

» faire A cela , Reigniers repartit : — Je n'enay

n plus la vollonté ni la force! vostre générosité , quy « m'a gagné le cceur^ m'en a osté le courage, A quoy « pourrois-jeemployer laviequevousm'avezdonnée^ c si non qu'à me revancher d'une sy haulte et doulce

• obligation? Assurez - vous. Monsieur ^ que comme « elle a esté à vostre discrétion pleine et dans vos n nobles mains huit jours durant, elle sera toti^ours à « vostre service. Vous m'avez ammené jusqu'icy, « mais je suis prest à vous suivre partout où il vous « plaira me commander Disant cecy la larme à

• l'œil , il s'approcha de Vesins pour l'embrasser ; « mais se recuUant sans adouL ir son visage j Vesins « lui dict du même ton: — // m'est indifférent que « tu soys encore mon ennemy ou que tu deviennes

• mon amy ; tu vas décider à loysir lequel tu voudras « estre; et sans lui donner le temps de répliquer, il

• piqua des deux et le laissa /à, ravy d'étonnement

• et de joye. Reigniers lui renvoya aussitôt son beau * « cheval avec unyrand compliment^ mais il ne voullut

■ pas le reprendre. » Le Prieur de Coulombières ajoute

au rëcit de Mézeray, que « le Baron de Vesein respùtuUt « qu'il ne voulhit pas recevoir tin cheval guy avoist tt esté monté par un Huguenot , il dit aussi que le Roy

• Henry 'le- Grand ne se pouvoist taire ou contraindre « en toute occasion sur l'estime qu'il fay soit dHcelluy u Baron de Fesein, mais qu'il ne voullut jamais ap-

• procher de ce bon prince , ne pouvant s'oster de la i pensée qu'il estoit la cause et peut-estre l'autheur ti de la mort de son frère le Séneschal de Quercy, t quHl aimoist chesrement , et quy fmt tué au siège « de Cahours , oii les antiens de ce temps passé irft- « soient quHl avoit péri de la main du Roy de Na" « varre. — J'ay ouy dire aussi que s'estant pris « de fâcherie contre le feu Roy Henry de Valloys, « pour un subject quelconque, et celui-ey voulant

• néanmoins bailler à luy le collier du Sainct-Esprit ,

• à la promotion du 31 décembre 1579, on luy escrivit « de par le Roy pour dresser ses preuves , et qu'il « respondii à cecy qu'il n*estoit plus de ce monde ,

• et qu*it n'auroist eu nul besoin de montrer ses pa- « piers de famille a^ix officiers du grand Roy Fran- « çois b^ , ni de son fils Henry deuxième. » G. du Moulin rapporte que Jean Ebrard , Baron de Saint-Sulpice en Rouergue et chevalier des ordres h la même promotion de -1579, « n' avoit reçeu le cordon bleu que « sur le refuz de son parent et voysin le vieulx H- « gueurde Vezin, quy s' estoit picqué de ne l'avoir pas

. « eu Vannée précédante ^ à la création dudit ordre, • ]l étoit mort en Tannée 4604. Il avoit eu six enfans , et c'est de son fils aîné, Jean de Lévezouh Vil*" du nom , que ies Comtes de Vesins du Rouergue sont issus.

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FRiGUENSi P'UNE LETTRE AUTOGRAPHE

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