‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 10 sur 29 · i) souvenirs · texte numérisé non relu

i) souvenirs

les éyéne£Bieiiis du 10 août. « Avant cela, disaiUelle, 00 croyait le Roi pour nous, mais à présent» on sait bien qu'il nous trompait. » — J^essayais donceittent de la ramener. — « Oh ! bien, continuaii-elle; j'en sais plus que vous là-dessus : j*ai une fille établie dans la rue Saint-Honoré. Celle-là a tout vu et elle me Ta bien mandé, d Je quittai cette impitoyable raisonneuse et je m'en allai en pensant tristement qu'il en était partout de même et que c'était par ces grossières absurdités qu'on était parvenu à détacher le malheureux peuple de son Roi, en lui cachant tous les sacrifices qu'il avait faits et les peines qu'il avait éprouvées.

Pour devancer quatre ou cinq voitures, qui se trouvaient dans la cour,/nous partîmes de très grand matin. Je me reposai à Montreuil, où il fallut encore montrer nos passeports, et, à 5 heures du soir, j'arrivai à Boulogne. Mon premier soin fut d'envoyer mon beau-frère chercher une de mes amies qui y était arrivée de la veille et, comme il s'était fait conduire par un garçon de l'auberge, celui-ci, présumant qu'il n'était pas venu pour rester, se mit à lui raconter, chemin faisant, comment il avait déjà fait passer plusieurs personnes et lui fit entendre que, si nous étions dans la n^ème intention, il ne lui serait pas difficile de nous procurer la facilité.

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Mais il n'était pas prudent de s'expliquer encore, et mon beau-frère éluda par des réponses vagues.

La municipalité venait de recevoir un signalement de Paris; elle se transporta à Tauberge où nous étions descendus, et, après nous avoir examinés, elle se retira, sans avoir Tair de nous suspecter. Cependant, nous avions eu grand'peur et, lorsque mon beau* frère me raconta la conversation qu'il venait d'avoir avec le garçon de l'auberge, je fus la première à penser qu'il n'y avait pas à hésiter et qu'il fallait à rinstant même conférer avec cet homme. Tout fut convenu entre lui et nous. Le soir même, il devait partir un paquebot ; il fut décidé que nous nous embarquerions, mais il survint quelque obstacle et notre agent nous annonça qu'il fallait attendre au lendemain, à moins que nous ne nous déterminions à passer danâ une barque de pécheurs. Je ne balançai pas et^ surmontant la peur que j*ai de la mer, je me décidai sur-le-champ pour la barque. Après avoir congédié mon homme d'affaires qui nous avait été secourable, je fis mes adieux à M"" de Lévis et pendant que mon beau-frère suivait avec son valet de chambre^ je sortis à minuit, conduite par lé valet de l'auberge. Â un signal convenu, mon conducteur me q^uitte, un matelot bien sale me prend par le bras et me remet à un autre^ qui m'aide à passer la planche.

qai fléchit sous mes pas. J'entre dans le bateau, on me descend dans un trou, on me dit que je suis à fond de cale ; je m'y tapis. Mes compagnons en font autant et nous nous éloignons à la rame. Je voyais de ma place un ciel d'azur ; les étoiles brillaient, le vent était bon et en six heures nous devions être à Douvres. Mais il diminua, nous vîmes la côte de France pendant quatre heures; après dix de navigation, nous abordâmes celle d'Angleterre, le lundi 17 septembre, à 10 heures du matin.

Je partis le jour même pour Londres, où j'arrivai le lendemain et sans m'y arrêter. J'allai descendre à Richemond, chez M"""" de Gand, qui me reçut avec toute la joie qu'inspire la vue d'une amie qu'on a pu croire assassinée. Les personnes de ma connaissance (il y en avait beaucoup à Richemond) et les amis de M"""" de Gand s'empressèrent à me donner des témoignages d'intérêt ; mais parmi ceux dont je fus comblée, il en fut un que je n'oublierai jamais ; la reconnaissance a marqué dans mon cœur à M"* Fagnani (aujourd'hui comtesse de Yarmouth) une place qu'elle y occupera toujours. Au départ de M"""" de Gand, elle m'offrit un asile chez elle. C'est là que j'ai trouvé toutes les consolations, toutes les douceurs d'une société aimable, et la seule sorte

de bonheur auquel je puisse prétendre, dans mon exil et loin de ma famille.

C'est auprès d'elle que j'ai tracé tous ces détails ; c'est dans le calme de la solitude, dont après tant de secousses j'éprouvais le besoin^ que j'ai recueilli mes idées, et je n'ai pas cru pouvoir mieux terminer un récit écrit au sein de l'amitié, qu'en rendant hommage à celle qui m'a si sensiblement accueillie.

DU

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