PARIS
HONORÉ CHAMPION, LIBRAIRE 9, Q.uai Voltaire, 9
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La princesse de Tareixte, réfugiée en Angleterre, à sa sortie de la prison de l'Abbaye, a écrit ces souvenirs. Ils se rapportent aux premières années de la Révolution et finissent en i792. Louise de Châtilton, fille cadette du duc et d'Adrienne de La Baume Le Blanc de La Vallière, avait épousé, en 1781^ Charles de La Trémoïlle, prince de Tarente,
La sœur aînée de Madame de Tarente était la duchesse de Crussol.
Nommée dame d'honneur de la Reine, au mois de mai 1785, Madame de Tarente se dévoua complètement à Marie-Antoifiette. Sa charge à la cour devint la grande occupation de sa vie; c'est tm véritable culte qu'elle avait pour la souveraine. Quel désespoir pour Madame de Tarente que la mort de la Reine! La France lui faisait horreur; rien ne put la décider à revenir habiter un pays où pareil forfait s'était commis. Une seule fois, pendant quelques jours.
elle vint à Wideville, terre de famille^ pour pleurer sur la tombe dune fille unique quelle avait perdue.
Elle habitait Richemond, en Angleterre^ lorsquen 1797, elle fut appelée à la cour de Russie, comme dame du palais. Madame de Tarent e traîna, comme elle le dit, sa triste vie en Russie pendant de longs jours. Elle mourut en 1814.
Un extrait des mémoires du duc de La Trémoïlle et des lettres de Madame de Tarente terminent ce volume.
SOU\ ENIRS
DB LA
1789- — 15 ET 17 Juillet.
M. (le La Fayette accepta le commandement de la garde nationale de Paris sans que le Roi y eût consenti. Il fat proclamé commandant çénéral à Tllùtel de Ville, le 15 juillet. La garde fut à l'instant orsraiiîsée et l'ordre rétabli dans Paris. II fallait d<»jà montrer au peuple son roi humilié; le main* do l'aris l'oblige d'y venir; le Roi, sans prévoir le «ort qu'on lui destinait, quitte sa famille, le 17 juillet, dans la matinée, suivi de quelques sujets fidèles et de ses ganles. L'assemblée lui envoya une députation ;\ la
barrière de la Conférence; il y, trouva le maire qui
lui fit un discours, où ces mots furent remarqués : « Henri IV conquit Paris et aujourd'hui c'est Paris qui conquiert son Roi. » Les gardes du corps furent obligés de rester à la barrière ; le Roi ne devait plus être gardé que par l'amour de son peuple révolté. Les officiers des gardes restèrent avec le Roi, mais on ne leur permit pas d'approcher Ja voiture ; ils furent à pied à la hauteur des chevaux. La députation suivit le Roi à THôtel de Ville. Il traversa la ville au pas, au milieu d'une populace immense en armes. Le plus profond silence fut observé par Tordre de M. de La Fayette, qui fit précéder la voiture du Roi par un homme appelé Michaud qui ordonnait de ne donner aucun signe de joie sur le passage de Sa Majesté. La voiture fut précédée et suivie de pièces de canon. A l'Hôtel de Ville le Roi fut obligé de confirmer les nominations du maire et du commandant général. Il fut accompagné de la même manière à son retour. A la hauteur du chemin de Saint-Cloud, il fit donner Tordre à ses gens de le mener par Saint-Cloud et d'aller vite. Le Roi n'était plus maître de faire aller sa voiture comme il voulait; son postillon fut couché enjoué; il fallut passer par Sèvres; la route se fit au pas jusqu'à Versailles, où il arriva à 11 heures.
5 ET 6 Octobre et jours suivants.
M. de La Fayette avait bien su, quand il n'y voyait pas son intérêt^ empêcher le peuple de Paris de se rendre en armes à Versailles. Le 5 octobre, dans la matinée, le peuple s^agite, les femmes de la Halle parlent d'aller à Versailles; enfin à 2 heures, un rassemblement considérable se fait sur la place de Grève et cette multitude demande au général de la conduire à Versailles. 11 résiste ; les femmes partent et vont par difiérents chemins; la garde nationale, composée des anciennes gardes françaises, qui avaient cessé de garder le Roi depuis qu'ils avaient quitté Tétendard royal, se rassemble et demande au général de la mener reprendre son poste auprès du Roi; le général s'y refuse ; on le lui demande de nouveau ; enfin, après avoir résisté assez pour montrer qu'il était contraint^ il se décide d'aller à Versailles, attacher les fers de son Roi. 11 part, après avoir juré que c'était malgré lui ; il fait faire mille serments à son armée.
Arrivé à la hauteur des avenues de Paris^ il fait halte et recommence avec son armée à jurer. Les femmes avaient déjà été introduites à l'Assemblée Nationale ; elles occupaient les bancs des députés ; une
partie d'elles avaient été au château demander au Roi du pain. M. de La Fayette arrive à 11 heures du soir; il promet, il jure que la paix va suivre; il dit au Roi et à la Reine que tout est tranquille^ qu'il répond de la sûreté de Leurs Personnes et du château et qu'on peut se retirer; lui-môme se retire, son armée disparait : le crime veillait.
Mon sang se glace â la pensée que, si les crimes projetés eussent été commis, on n'aurait pas à pleurer le forfait de la nation entière. A 6 heures, le château est forcé de toutes parts, deux gardes du corps sont assassinés â la porte de la Reine, et ces mots sont entendus dans sa chambre : <c Sauvez la Reine! » Trois gardes du corps sont mis â mort ; leurs tètes précèdent le Roi à Paris.
La Reine savait parfaitement que tout ce qui se tramait ne regardait qu'elle. Sa Majesté ordonnait à ceux qu'elle connaissait lui être dévoués de se retirer de son appartement^ et â M"*' de Tourzel, la gouvernante de ses enfants^, de les mener chez le Roi et non chez
1. Louise-Élisabeth-Félicité-Francoise-Armande-Anne-Marie- Jeanne Joséphine de Groix-Havré, ftUe de Louis-Ferdinand-Joseph de Croy, duc d'Havre, née le 11 juin 1749, et mariée, le 8 avril 1764, avec Louis-François Bouchet de Sourches, marquis de Tourzel, grand prévôt de France. Elle en eut plusieurs entants : lo Henriette- Adélaïde Joséphine,, duchesse de Charost ; 2» Anne-Louise-Joséphine, Comtesse Louis de Sainte-Aldegonde ; 3° Charles-Louis-Yves, marquis de Tourzel ; 4o Joséphine-Marie- Madeleine, comtesse Françoise
elle, si elle entendail; du bruit dans la nuit A 6 heures du matin, elle se réfugia chez le Roi, à peine habillée, après qu'elle eut entendu crier dans son antichambre ; « Sauvez la Reine! » Tout y était tranquille. Sa Majesté frappa à la porte trois fois inutilement. Quand elle fut dans Tappartement, n'y trouvant pas ses enfants, elle descendit chez eux et, traversant la chambre de M"* de Tourzel*, une bougie à la main, ce qui causa une grande frayeur à cette dernière, elle chercha à la rassurer et à calmer Teffroi que lui causa sa vue au milieu de la nuit : « Ce n'est rien que moi, dit-elle ; je viens chercher mes enfants pour les mener chez le Roi. »
Ënfin^ le général se réveille pour prendre le châ-p teau sous sa protection. Ses gardes s'emparent de tous les postes des gardes du corps. Il arrive chez le Roi ; les brigands sont dispersés ; la garde nationale et les gardes du corps fraternisent en changeant leurs bonnets contre des chapeaux ; un peuple
de Sainte-Aldegonde ; 5^ Marie-Charlotte-Pauline-Joséphine, comtesse de Béara, Tauteur des Souvenirs de quarante ans^ et 6^ Emmanuel- Louis-Joseph. Le mari de M"« de Tourzel, Louis-François Bouchet de-^SÎ9urches, mourut au mois de Novembre 1786, des suites d'une blessure qu'il s'était faite pendant une chasse du roi à Fontainebleau. Sa veuve devint gouvernante des Enfants de France au lendemain de la prise de la Bastille, après la retraite de la duchesse de Polignac.