‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 3 sur 29 · Marie- Charlotte-Pauline- Joséphine Bouchet de Sourches · texte numérisé non relu

Marie- Charlotte-Pauline- Joséphine Bouchet de Sourches

immense s*assemble dans la cour de marbre, au* dessous des fenêtres du cabinet du Roi. Le Roi et la Reine sont demandés, le Roi parait, la Reine ensuite avec ses enfants ; une voix dit : « Seule. » Elle se montre seule, grande de son courage. Le mot Pains se fait entendre ; un cri général suit : « Le Roi à Paris. » Le roi y consent. M. de La Fayette et ses aides de camp donnent à toutes les personnes du service du Roi, de la Reine et des Princes des passeports, qu'ils écrivent sur le bureau même du Roi. La famille royale monte en voiture, à 1 heure, suivie de quelques gardes du corps à pied, précédée et suivie de pièces de canon sur lesquelles étaient montées les femmes de la Halle.

Le Roi entre à Paris à 9 heures ; il était suivi de plusieurs chariots de farine, afin de confirmer les malheureux Pansiens dans l'idée que le Roi, leur bon Roi, empêchait le blé de venir à Paris. Il est mené à l'Hôtel de Ville et, à 10 heures et demie du soir, il entre dans son château des Tuileries, il entend sonner la première heure de sa longue captivité. Le 7 octobre, le Roi et la Reine reçoivent du monde au château. La cour et toutes les personnes qui s'y trouvent doivent être couvertes des couleurs qui venaient de triompher du panache d'Henri IV. Le 8 octobre, une espèce d'insurrection eut lieu au

château ; la Reine, guidée par un trop sensible cœur, s'était engagée sans assez de réflexion à retirer les effets du Mont-de-Piété montant jusqu'à un louis ^; la somme était si forte qu'il lui fut impossible de réaliser ce plan de bienfaisance ; le peuple murmure, se plaint d'être trompé, crie violemment dans la rue* Le Roi et la Reine reçoivent du monde comme la veille ; ensuite, Leurs Majestés se retirent. M. de La Fayette, M. Bailly et des aides de camp arrivent, menant chacun une dame de la Halle, et M. de La Fayette oblige ou plutôt ordonne à M"' la princesse de Chimay', dame d'honneur de la Reine, de faire ressortir Leurs Majestés, qui furent obligées de recevoir ces femmes. Elles firent des plaintes violentes. Le Roi et^ ensuite^ la Reine daignèrent leur parler, la Reine surtout, avec cette manière et ce ton si séduisants. Elle fut interrompue brusquement par un des messieurs de M. de La Fayette, qui lui demanda de lui présenter les vainqueurs de la Bastille ; nouvelle insulte, à laquelle M. de La Fayette se prêta, avec cette facilité et cette déférence entière qu'il avait pour les volontés du peuple.

1. Voir les Mémoires de Mme de Tourzelj publiées par M. le duc Des Cars, t. I, p. 26.

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