‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 24 sur 29 · Marie- Antoinette · texte numérisé non relu

Marie- Antoinette

222 (1793-1798) lettres

alors, le 2Ô juillet) jusqu'au 15 novembre qu'elle est venue en ville, je n'ai eu de ses nouvelles que parce qile mon beau-frère , qui était venu avec moi, ayant pris le parti de s'en aller en Angleterre, j'ai saisi ce prétexte pour rappeler que l'ordre de me rendre en Russie était commun à la famille d'Uzès et à moi, et que je suppliais LL. MM. II. d'avoir quelques égards à la position malheureuse où elle se trouvait. LL. MM. ont accédé à ma demande, et ce moment a décidé de mon sort à venir. LL. MM. m'ont fait chacune une pension dont le total général est de 450 louis ; voilà l'état le plus exact de mes immenses revenus. Il est vrai qu'à mon arrivée à Pétershoff, j'ai trouvé sur ma toilette une bourse remplie d'or, contenant la valeur de 4 à 5000 roubles ; j'ai vécu sur cette somme pendant six mois, pour joindre l'époque où les pensions ont commencé de courir ; sur cette somme, il a fallu acheter une voiture, habiller mes gens, m'habiller ; enfin, payer, mois par mois, mon ménage, tellement petit qu'il soit. L'argent, sans que j'en aie jeté un seul sol par la fenêtre, se trouve mangé et celui que j'ai apporté, bien écorné.

Yous voilà au fait autant que moi ; jugez maintenant s'il m'est possible de faire ce que vous voulez. Vous savez quels sont mes revenus ; ma dépense les passe tous les mois ou à peu près, si je me permets le moindre achat ; aussi, suis-je d'une raison incroyable et je vous jure que je ne pare pas la cour impériale , qui est la plus belle que j'ai jamais vue. Je vis tranquillement ici ; je crois que la plus parfaite modération est la véritable marque de la noblesse des sentiments et du désintéressement qui m'a conduite ici. Vous connaissez ma façon de penser, je ne suis pas fort occupée d'une grande fortune ; pourvu que j'aie de quoi pour n'être pas à charge, voilà tout ce qu'il me faut, et ce que je souhaite; si je pouvais y joindre de

quoi partager, ce serait le vrai bonheur; mais où est-il maintenant?

A Londres, j'avais assez pour vivre, et si la demande de venir en Russie n'avait regardé que moi, (vous vous souvenez de ce que je vous ai mandé alors), je vous jure que je n'aurais jamais osé risquer mon bonheur, ma tranquillité, pour la chimérique espérance de trouver une plus grande fortune . Bien fou serait celui qui se laisserait éblouir par un tel espoir; mais, Tordre étant commun à ceux qui n'avaient rien, j'ai dû leur faire le sacrifice de mon déplacement. Je ne m'en repens pas, tant que je conserve l'espoir qu« cette année assurera leur existence. Quant à moi, je laisse au temps; malgré que je sois si pauvre que je ne puis vivre avec ce que j'ai, je ne demanderai rien pour moi; je laisse, dis-je, au temps et à la justice à me donner ma récompense.

Malgré que vous avez abandonné l'idée du service ici, je veux vous en donner une petite idée : en calculant votre entrée au service le plus favorablement, vous êtes admis comme général major, vous êtes de la quatrième classe, trois au-dessous de moi ; l'Empereur vous donne le commandement d'un régiment, au Caucase, sur les frontières de la Sibérie ou bien à vingt-cinq verstes de Pétersbourg : vous n\y pouvez venir que vingt-huit jours par an, et il y a de telles distances que le chemin emporterait le congé, témoin M. de Langeron, qui commande un régiment, à Oufa, sur les frontières de la Sibérie ; mais M. de Richelieu, qui est à Tsareskoslo, à vingt verstes, ne peut pas plus venir ici ; les appointements, soit que vous soyez employé ou que vous restiez sans régiment, sont de deux mille cinq cents roubles, au plus, autrement dit, deux cent cinquante louis ; de plus, le service est excessivement minutieux et pénible, et très peu sûr ; on est réprimandé, rayé pour très peu de chose, je vous jure.

Quant à la guerre, que vous aimez beaucoup, on est sûr

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de ne la jamais faire ici : TEmpereur me paraît Tavoir en horreur. Quant à la pension de prince d'Empire, je n'en ai jamais entendu parler ; quant au rang, il n'existe plus : on ne connaît que rang civil et rang militaire, qui marchent conjointement ensemble.

En tout, mon cher, tenez-vous-en à ce proverbe : tout ce qui reluit n'est pas or. Maintenant, trouvez-vous si extraordinaire que je ne souhaite pas de vous voir ici ? De plus, le moment est perfide pour les étrangers. Tenez-vous de votre mieux à Naples ; faites-vous-y des amis, comme j'ai eu la bonne fortune de m'en faire à Pétersbourg ; tout le monde qui me connaît, m'estime et me souhaite du bien , il n'y a au vrai, que ceux dont mon bien-être dépend, qui n'y songent pas et qui croient avoir tout fait pour moi, tandis que, de tous les Français qui sont ici, je suis la seule qui n'ai pas demandé d'y venir, et presque la seule qui n'y ait pas acquis un sort fixe par le don d'une propriété.

Il faut ajouter aussi que ma conduite modérée, mon silence, doit leur faire croire que je suis très bien ; car je n'ai pas dit un seul mot qui ait pu leur donner une idée contraire. Je confie tout ceci à votre cœur, et je vous prie d'en garder le plus profond secret : vous gâteriez mes afî'aires encore plus qu'elles ne le sont, et assurément, c'est tout dire ; ne vous laissez aller à aucunes confidences visà-vis du comte Pouschkine* ; sa mère me témoigne intérêt, mais il ne faut pas parler de ses affaires, le moins qu'on peut ; au moins est-il le mieux ; j'ai prié la comtesse Pouschkine de vous recommander à son fils, comme le mari d'une personne pour laquelle elle avait de la bonté ; il est aussi obligeant que sa mère ; peut-être pourra-t-il vous être de quelque agrément. Adieu, mon cher ; brûlez

^ 1. Ministre de Russie à Naples.

ma lettre, je vous prie. Le hasard a disposé de nous, courons avec courage toutes ses chances. En nous remettant à la Providence de Theureuse issue des choses de ce bas monde. La cour me traite toujours de môme. L'Empereur ne m*a pas parlé depuis trois mois. L'Impératrice me parle toujours de choses indifférentes. M"*® la princesse de Condé a éprouvé les effets du caractère changeant de S. M. l'Empereur : sa faveur a été extrême ; sa défaveur de même. Mettez la plus grande prudence dans votre réponse, pour que je sache si vous avez reçu ma lettre ; écrivez que vous avez reçu la lettre de tel quantième.

Lettre de l'Empereur de Russie

A Madame la Princesse de Tarente.

J'ai vu avec plaisir dans votre lettre l'expression des sentiments que vous me témoip:Dez. J'ai cru devoir mettre en évidence ceux que je porte à une famille qui a donné à ses souverains tant de preuves de fidélité et de dévouement ; aussi peut-elle compter sur l'intérêt qu'elle m'inspire et dont je me plais à vous renouveler l'assurance, priant Dieu qu'il vous ait, Madame la Princesse de Tarente, en sa sainte et digne garde.

Paul.

Gatschina, ce 22 septembre 1797.

Lettre de l^Impératrice de Russie

A Madame la Princesse de Tarente.

Recevez, chère Princesse, mes remerciements pour la lettre que vous m'avez fait parvenir de la part de Mm* la duchesse d'Orléans. La seule consolation que je trouve dans les nouveaux troubles de la France, c'est de voir une Dame, distinguée par son mérite autant que par sa naissance, à Tabri des dangers de tout genre auxquels elle était sans cesse exposée au sein de sa malheureuse patrie. Vous ne rendez pas justice à mes sentiments si vous n'êtes parfaitement convaincue de l'estime et delà bienveillance particulière avec lesquels je n'ai jamais cessé d'être votre très affectionnée.

Marie.

Gatschina, 20 octobre 1797^ {Archives d'Uzès.)

(784, — Extrait des dépenses faites pour le mariage de la princesse de Tarente, Louise-Emmanuelle de Châtillon, femme de Charles-Bretagne^ duc de La Trémoille,

I. — Mémoire des billets à la main et imprimés pour faire part du mariage de M^i® de Ghastillon avec M. le prince de Tarente, et des courses faites par Lepage, courrier de TUniversité et de la Cour, pour porter lesdits billets dans le mois de juillet 1781 :

750 billets à la main, tant de part que de signature du contrat de mariage qu'invitations à la célébration, à 7 liv.

le cent 52 liv. 10 s.

Pour la cire d'Espagne qui a servi à

cacheter lesdites lettres 6 liv.

2 000 billets imprimés, à 3 liv. le cent. ... 60 liv.

Pour les courses du courrier 96 liv.

Total 214 liv. 10 s.

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