‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 28 sur 50 · IS6 BODVENIHS DE LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

IS6 BODVENIHS DE LA REVOLUTION

rexécution pouvoit exiger une longue suite de travaux et ; de soins préliminaires. Il soffisoit que tous fussent en- | gagés par l'institution même dans toutes ses tentatives, sans acception d'opinion ni d'intérêt individuel, et il ne falloit pour obtenir ce résultat qu'un petit nombre d'amendements qui s'introduisirent succesâvement dans les statuts. Quelques hommes d'une maturité plus avancée, ou d'une exaltation plus prononcée, ou d'une docilité plus flexible, furent seuls admis à recevoir quelques éclaircissements vagues sur le but qu'on s'étoit proposé, et réagirent sur le reste, quelquefois sans se rendre compte de l'impulsion qui leur étoit donnée. Oudet avoit eu l'art de faire éclore une foule de pensées fortes, de ftdre concevoir une foule d'aperçus hardis, sans paroltre s'associer au mouvement des esprits qu'il dirigeoit invisiblement. Le conflit même des opinions opposées plaisoit à son espérance, parce qu'il sembloit déposer contre la posdbilité d'un mobile unique, et qu'on voyoit d'ailleurs se former dans ce tumulte de sentiments contradictoires des éléments certdns de régénération. Rien ne prouve qu'Oudet lui-même eût alors des vues arrêtées et un système fixe. Il vouloit le bonheur de la patrie, mais il y réfléchissoit encore, et il achevoit de s'éclairer aux premières lueurs de l'incendie qu'il avoit allumé.

RëvoIntloQ et Douvelle comtltatlon des Philadelphea. des grades. — InBlitalion despotique d'un chef absolu bous le ddih de censeur.

Les assemblées des Philadelphes étoieot devenues orageuses comme leurs passions. Unanimes dans la haine de

PHILADBLPHES. — SOCIÉTÉS SECRÈTES DB L'ARHÈE. 157 Bonaparte et dans l'amour de la vertu, ils l'étoîeiit moins sur les moyens d'afiraochir la pairie et d'assurer son bonheur. Quelques-uns souhaitoient intérieurement le retour des Bourbons, mais le plus grand nombre avoient été détournés de cette expectative généreuse par la mauvaise conduite de certmns nobles. Ceux-ci, contents dans tout état de choses qui leur ofTroit une espèce de garantie, et livrés par une crédulité imbécile à la fortune du tyran qu'Us affubloient d^ns leurs rêves du râle et de la réputation de Monck, n'avoient pas plutAt trouvé cette chance de servitude et de repos qu'ils tendirent leurs mains aux premières chaînes qu'on dmgna leur donner. Ils perdirent sans retour la mémoire des malheurs qu'ils avoient subis, et surtout des bienfaits qu'ils avoient reçus; et comme leur impéritie et leur vanité avoient aggravé les malheurs de la révolution, elles contribuèrent aussi, dans cette époque critique où la révolution devoit cesser, à l'apathie des fractions saines du peuple et à l'affermissement de la ■tyrannie. On sent bien que je prends cette thèse dans une acception très-générale, et cette classe a donné trop d'exemples de dévouement et dâ générosité, pour qu'il soit permis de la juger défavorablement sur quelques exceptions.

L'opinion de la société ne fiit donc pas difBcile à fixer quand on lui ofirit un moyen terme entre le retour du système de la noblesse, et des grandes calamités révolutionnaires. La Franche-Comté n'appartenoît à la France que par un droit de conquête encore récent ; les souvenirs de son ancienne liberté vivoient toujours dans le cœur de ses vieillards, où ils étoient entretenus depuis trois générations par une tradition touchante ; le voisinage de la Suisse, et la circonscription naturelle de la province l'appeloient en quelque sorte à reconquérir son indépendance, et il pouvoit en résulter un grand exemple pour le reste de l'Etat. Cette première donnée, jetée au hasard dans quelques conversations, devint bientôt uqc résolution

tSt ^tvBifîBB De la HËVOLmOH.

arrêtée, et rien n'auroit été plus facile que son exécution précwre, à Oudet n'avoit pas senti ses plans s'agrandir avec ses moyens. L'ébranlement de quelques villes obscu* res, qui se seroient donné, pendant quelques jours, une constitution illusoire, et qui auroient fim par retomber sous le pouvoir d'un despote déjà puissant, ne pouvoit pas convenir à son âme altérée d'une longue gloire. 11 se SOTTÏt de ce projet comme d'uo moyen de t^nir les esprits en baleine, et peut-être comme d'un prétexte à celui qu'il mùrissoit. Il avoit besoin de sentir daHs tous les adeptes une dispoùtion procbaîne à opérer quelque chose de grand ; et il se soucîoit peu du genre d'aliment dont ils eniretenoient l'activité de leurs pensées, pourvu qu'il remplit ce but et qui! ne les lussfit jamms retomber dans une tranquillité stérile. La république séquanoise fut donc préparée, je le répète, dans un conseil de jeunes enthousiastes qui alloient se créer une armée, et elle devint h figure secrète des grands desseins de leur chef, qui ne pensoit point dans son cœur à distraire quelques départements des domaines de l'usurpateur, mais à le renverser lui-même, et à renouveler sur ses débris ta face de la nation tout entière. Ce premier fige des Philadelphes ne présente à la vérité qu'une série de rêves d'enfants, animés d'une ambition extrêmement mobile, mais encore incertaine dans ses projets, et dont toute la puissance ne pouvoit aboutir qu'à exciter une convulsion momentanée. L'art d'Oudet fut de conserver ces germes sans altération, et sans toutefois qu'un développement prématuré lui en fit perdre le fruit. Il falloit pour cela soutenir la foiblessc, modérer l'emportement, flatter toutes les passons, nourrir toutes les vertus, et ne pas laisser passer un jour sans séductions et sans prestiges. Entreprise étonnante qu'on n'oseroit citer que comme un des jeux les plus audacieux de l'esprit, ù eUe étoit restée sans résultats.

Il s'en falloit de beaucoup que tous les Philadelphes entrassent dans ces communications. Oudet avoit trop dt

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jugement etdeconnoissaace du cœur humain pour ne pas les proportionner à ses forces, suivant les individus qui L'entouroieot. Pour les uns, ce n'étoient que des suggestions légères, des hypothèses essayées ; pour les autres, on en faisoit un objet d'espérance ; pour ceux-ci, c'étoit une perspective lointaine; pour ceux-là, c'étoit une entreprise en action, une conspiration commencée. Ainsi, concouroient au succès de ses vues iiitures, et ceux qui croyoient deviner ses vues actuelles et ceux qui croyoient les servir; toutes les facultés étoîent eo jeu sans être trop tendues, parce qu'elles étoient employées avec une économie exquise qui les exerçoit sans les user; chacun avoit sa tâche et la remplissoit avec orgueil, parce qu'il ne pouvoit pas croire fpx'à y en eût de plus nobles et de plus complètes.

Oudet s'étoit initié aux secrets de presque toutes les sociétés de l'Europe, sans autre motif que d'enrichir la sienne de ses découvertes. Il avoit été souvent étonné de l'inutilité de ses recherches, et de la pauvreté de toutes les sciences maçonniques qui effraient à dérisoirement je ne sais quel gouvernement, qui auroit aussitôt fait de se les attacher par un pnvilége que de Les supprimer par un édit. Il ne leur avoit emprunté que la distinction des grades et quelques signes de reconnoissance.

Cette hiérarchie, qu'Oudet appeloit l'Échelle philadelpkiquk, et qui n'étoit bien connue que de lui, pouvoit embrasser tous les rangs de la société, et envelopper dans son système tout ce qui restoit d'hommes forts, dans l'état de dégradation morale où la France étoit près de tomber. Je dirai un mot des classes inférieures de la soàété des Philadelphes proprement dite, qui étoit le centre commun de l'institution entière; mms je dois parler d'abord des classes supérieures qui ont seules inSué sur les résultats dont j'ù promis l'explication.

Oudet avoit créé dans l'ordre ime dignité souveraine, monarchique et absolue par le fmt, à laquelle un Phila-

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delphe ne pouvoit arriver qu'à travers deux grades successifs, dont le {dus élevé ne comportoit qu'un nombre donné d'initiations; le grade intermédiaire n'étoit qu'une épreuve très-bien entendue, qu'on ne pouvoit pas surmonter sans une grande force d'esprit : c'étoient, pour ainsi dire, les limbes de la conspiration, et le point auquel on arrétoit toutes les âmes généreuses, mais plus ou moins timorées, qui n'avoient pas une portée assez forte pour en atteindre le but. C'étoit une pierre d'attente sur le chemin du dévouement; m^s elle avoit cet avantage, qu'on y restoit sans honte et sans rien soupçonner au delà, si on manquott de la vigueur nécessaire pour la franchir; le second degré comprenoit le complément de tous les secrets, au secret près du chef suprême, qui n'é* toB jùnais su que de lui. J'avoue que c*est là une institution très-despotique, et qui l'étoit d'autant plus, que cet autocrate à pouvoirs illimités avoit le droit ou la fecullé de les perpétuer à jamais parmi ses affidés les plus familiers, ou de les tran^nettie de main en main dans des besoins imminents, mais vaguement prévus, qui étoient faciles à supposer. Bien ne ressemble mieux à la puissance du vieillard de la Montagne, si celle-ci même n'est pas plus absolue et ^ plus sûre encore; mais je doute qu'une conspiration puisse être mieux conçue ; et que le moteur d'un parti ait jamais fait agir des ressorts plus compliqués et moins visibles. Leur disposition étoit telle, en effet, qu'il pouvoit les briser tous de son plein gré, et tourner la sociéte à un autre usage, sans que la société f&tdétrmte.

Les personnes qui ont quelque babitude des différentes sociétés secrètes de l'Europe, qui ont étudié leur oftpne, et qui ont cbercbé à se rendre compte du but qu'on s'étoit prescrit dans leur formation, pensent assez généralement que la plus célèbre et la plus passive de toutes, je veux dire la Maçonnerie, n'étoit dans son institution qu'une imitation réduite de l'état social, pris depuis ses

l,iertb,G00^k'

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commencements, et suivi dans tous les perfectionnements qu'il avoit éprouvés. Le premier grade est fondé sur la découverte et l'usage du feu, qui doit avoir été le premier objet de ralliement des sociétés d'hommes, suivant les opinions les phis universellement reçues. C'est celle de Vitruve, de Cicéron, du pré^dent des Brosses, qui n'a pas pensé à cet argument pour appuyer sou hypothèse. Le second grade est tiré de l'agriculture, second état de l'homme, quand il eut appris à extrdre et à fabriquer le fer par le moyen da feu, et, par conséquent, à retourner la terre avec la bêche et avec le soc. Le troi^ëme grade est emprunté à l'architecture. C'est une figure de la constructioa des maisons et des villes, qui est le complément de l'état sodal dans son Âge le plus simple. C'étoit aussi le complément de l'ancienne Maçonnerie, avant qu'elle ne se fût enrichie ou appauvrie de grades supplé* mentaires, qui toutefois ont été presque toujours créés dans le même esprit. Presque tous les état» de la société, jusqu'à celui du grand-prétreetduroi,sontplus ou moins représentés par les différents degrés de la hiérarchie maçonniqae ; mus cette intention secrète des législateurs de l'ordre a disparu sous tant de formes ridicules et de superstitions absurdes, qu'elle ne se révèle plus qu'à l'œil scrutateur du philosophe. Elle est perdue pour le reste, et la maçonnerie, sans but ou trompée sur son but prinû- ^f, ce qui est la même chose, demeure la plus vaine et la ■noms dangereuse des sociétés secrètes. Elle s'ignore complètement elle-même.

Il parolt qu'Oudet, qui n'avoit pas tardé à reconnottre ces anciens éléments, avoit cru pouvoir se les approprier dans l'abandon où ils étoient laissés, et les faire servir h un usage plus utile qu'aucun de ceux que la Maçonnerie s'était jamais proposés aux époques les plus fionssantes de son histoke. 11 entreprit de réaliser ce type moral, et de créer, dans la société politique, une sodété modelée sur elle, quanta la divi^on des Etats età la forme

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générale des institutions, mais composée d'une élite ^ puce d'hommes de tous les rangs et de tous les emplois, que les déviations de la sodété politique ne pussent jamais l'entraîner au-delà de ses propres lois, et qu'eUe restât au milieu des révolutions du monde, comme un monument inaltérable de la civilisation perfectionnée. C'étoit là, du moins, le prétexte nécessaire et spécieux de son entreprise, et c'étoit ausâ le mystérieux moyen qu'il devoit fiiire servir à son succès. En choisissant, de part et d'autre, tous les hoaunes forts qui supportoient impatiemment le poids de la tyrannie naissante, et en les ordoDnant suivant leurs états respectifs, en autant de classes diverses, Oudet s'assuroit du contact des opinions analogues, de l'harmonie des volontés, de l'ensemble ea^et d'un système social extrêmement puissant, dont l'organisation se trouveroit toute faite et toute propre à ses desseins, dans le cas même d'un écroulement plus vaste que celui qu'il préparoit. Philadelphes étoit dès lors dans son état spéculatif, et se trouva depuis, dans l'exécution des plans de son premier chef, une nation dans lanation, mais une nation forte de jeunesse, de lumières, de courage, et surtout de dévouement et d'obéissance. Elle eut sa noblesse, son clei^, sa magistrature, son armée, son peuple *. Les derniers rangs, les degrés les plus vils n'y furent

■ On pense bien qu'Oudet n'avoit pas négligé de lai donner une littérature, malt une littérature plus émlnente en courage qu'en talent, et qui ne ressembloit eu rien à celle des académies. Quoique personne ne lui fût égal en éloquence, dans la société, comme ailleurs, on distinguoit cependant autour de lui quelques Jeunes oisleurs qui ont brillé depuis dans la' chaire, à la législature, ou au barreau. Desiicoratlona honorifiques étotent décernées tous les ans A ceux qui s'élolent Tait connoitre par des ouvrages d'un goût pur, et surtout d'iut^ morale saine. C'éloitaussl du sein des Philadelphes que sortolent en grande partie ces écrits hasardeux qui entretenoieni, dans toutes les classes, l'amour des boimes lois et la haine des tyrans. Je citerai, ûaii le nombre, la NapoUone de Charles Nodier, que l'auteur a, dit-on, retirée deux (ois du commerce, depuis la restauratlim de la monardite,

PHILADELPHES. ~^ SOCIÉTÉS SET^IIËTES DS L'ASHÉE. ie!l

3as dédaignés, en tant qu'ils pouroient être utiles à la con- >ervation d'une société bien entendue, et les liens de cette république cachée furent si inviolables, que l'observateur ie plus habile auroît peine encore à les démêler. Oudet ^'élevoit au milieu d'elle comme cet Hercule gaulois, emblème ingénieux de l'éloquedce et de la force, et qui tient

mais que l'hiatolre doit conserver au moioB comme an moDument de sèle et d'audace d'une espèce fort rare à l'époque où elle a éliétiite. Elle fnt composée par l'ordre d'Oudet, soua son Inspiration, «t dans l*îiitentioa manifeste de servir de cbant de laltiemeDt aax hommes irréprochables des deux partis qu'il ëtoltdéjt question de rapprocher; Intention qui explique seule, nuls qui expUqae tr4s-blni la tittion, on pour mieux dire, l'Incohérence d'opinions qu'on y remaïque au piftmier abord. Je croU taire une ehose agréable au lecteur, en rapportant ici cette pièce, dont les eiemplalres Imprimés ne se trouvent point, et que J'ai eu occasli»i de collMioiiner sur des copies très-authentiques.

LA NAPOLËONE.

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Sut IM pujii doré! dD pilaii d> SjUt,

Au-deiut d» chan da Julie,

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de Cliiide et ds C»liguli,

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idieuiiurUfouliilreiiiblaBla.

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