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La caMëre que je me proposois de parcourir est ici terminée, et non iremplie.
Ces pages extraites d'un long journal do ma vie, qui vne plaisoit ii écrira dwa ses (noïndres dét&ilB, mais dont la lecture n'auroit certainement pour personne l'attrait qne m'oflroit sa oomposition, parottront bien frivoles à ceux qui n'y chercheront que de l'histoire, et bien froides & ceux qui n'y chercheront que du sentiment. Je les donne pont ce qu'elles sont.
Il faut seulement rappeler pour la dernière fois, au lecteuî> que cette eontlutîm est une espèce de po»l-icripivm daté du mois d'avril 1831 ; car j'ai si peu changé de façon de voir sur Isa événements et sur les hommes, qu'on pouiToit ai&ément s'y tromper.
Je pense tout ce que j'ai pensé en ma vie, jedirojstout ce t[ue j'ai dit, je ferais tout ce que j'ai fait, parce que mon intérât n'est jamais entré pour rien dans ma manière de penser, de parler et d'agir, J'aurois tort quelquefois, suivant les résultats, parce que je ne les ai jamais calculés, ou que leur prévision mdme n'a jamais influé sur ma conduite. J'obéirois encore À mes imprewionii àma conviction^ & mon c(£ur,
■at Mtrmint db la RtvouiTion.
Quand je publiai les premiers de ces fragments, le monde social a'eo alloit de toutes parts, et le monde entier le savoit, à quelques personnes près, qui auroient eu plus affaire que moi de la conservation de ses formes anciennes. Il n'y avoit pas grand mérite à le deviner dès lors, et, pour rendre justice à qui elle est due, il n'y avoit pas grand courage à l'imprimer.
Je m'avisai, du fond de mon obscurité, qu'on ne rappelleroit pas inutilement à la partie saine d'un peuple qui penchoit vers cet abtme, qu'il existpit en France, depuis quarante ans, un double foyer de sentiments généreux et patriotiques toujours prêts à se confondre, et que c'étoit là que s'entretenoient purs et brillants deux fanaux assurés à toutes nos tempêtes publiques sous la garde du r^ublicain ami de l'ordre, et du royaliste ami de la liberté.
J'ai vivement sollicité de ma foible voix, ce rapprochem«it des ftmes nobles et tolérantes, et je le sollidte plus vivement aujourd'hui qu'il est devenu la seule garantie du corps politique. Le changement des constitutions et des dynasties ne change rien au fond des intérêts généraux, [^s trônes tombent, les chartes se modifient, les naticHis restent.
Il est assez indifférent, peut-être, que le maniement des affaires soit abandonné à des mannequins en bas de soie et en talons rouges, ou à des pédants en robe noire et en bonnet carré ; et si c'étoit dans une autre comUnaison que résid&t le seul principe organique possible de la société, la société périroit, car cette allure est celle du monde. Ce qui est indispensabtenient social, c'est l'harmonie des honnêtes gens, sous quelque d.'apeau que le hasard des circonstances et la nécessité des positions les aient placés.
Les gouvernements sont arrivés, comme les idées philosophiques, à un ftge d'édectisme, et c'est sur ca tenain qu'il faut loyalement se réunir. J'ai vu des amis ardents de l'indépendance ches les Vendéens et les chouans ; j'^
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trouvé chei les jacobins des cœurs passionnés pour l'humanité. Je crois en conscience, et j'en citerois des exemples, qu'un doctrinaire peut élre indulgent et modeste ; un avocat, sincère et désintéressé ; un homnie de cour, citoyen. Ce n'est pas l'Iiabit, c'est le caractère et l'intelligence qu'il faut juger. Les hommes à repousser, c'est le stupide qui ne, sait ce quil fait ; le sot, qui croit que tout ce qu'il fait est bien fait; le méchant, qui fait le mal pour le faire.
C'étoit un livre assez large et assez élastique que le mien; car j'ai beaucoup vu et beaucoup retenu. Ce n'est point par prudence que j'en ai resserré le cadre. Mon existence entière n'a rien eu à démêler avec cette sotte vertu; mais pour la moitié de ce qui me restoit à dire, il est trop tard; pour l'autre moitié, il est trop tttt.
Je suis presque honteux d'avoir à prolonger cette poslface de quelques lignes plus personnelles, et par conséquent moins dignes encore, s'il est possible, de tenir occupée un moment l'attention du lecteur. C'est une nécessité qui m'a été imposée par la lecture obligatoire des épreuves de ces fragments que deux ou trois ans m'avoient fait oublier, et qui seront oubtiés dans deux ou trois semâmes de tout le reste du monde. Ceci se renfermera dans deux annotations qui ne sont, k vrai dire, essentielles que pour moi.
Voici la première. Les personnes qui ont le temps de tout lire, même les préfaces, s'étonneront que \'b\b pu me croire forcé à me défendre dans la mienne, des hardiesses de mon style, et je m'en étonne bien davantage, car on n'a jamais rien écrit de plus pédestre, comme disent Horace et Quintilien, depuis qu'on s'avise de faire des pages avec des lignes et des volumes avec des pages. Il perolt que i'étois prédominé, dans ce temps-là, par la circonspection méticuleuse que faisoit ressentir à tout ce qui se mêle de littérature la critique âpre et ombrageuse des classiques de l'époque. Je venois d'être amèrement réprimandé pour
Stfl tOITVinn» PB LA HiTOLtlTIOM.
un Uvro dont j'oMTCÙa k peine prononoer aujoiml'hui le titN, et qui n'étoit en soi qu'un foilithe, probaMement asiez mal couni de quelques centaines de bribe» d'Horoëra, de Tbéocrite, de Lucien, do Virgile, de Catulle, Af Martisl, d'Apulée, de Dante et de Hilton, traduites avec la fidélité judaïque d'un huouniEte scrupuleux . La délicatesso înérudite do mes juges m'avoit tellement intimidé, que j'auToia prob^ement pris pour un billet de visite la soltc et intempestive précaution que j'ai prise pour mes innocentes gazettes, en crainte de l'anathëma académique qui pesoît si savamment sur mtm rotaantiame grec et latin.
Voici la seconde, et son objetm'intéresse tout autrement. Ce que j'écrivois sous la restauration, avec une liberté àoot je,^ubaite que la tradition se conserve dans la France libre, appartenoit à l'histoire morte, ou que je regardois comme morte, d'un âge en démence qui meonce de se renouveler. J'avois tronvé ces éléments bous à remuer dans leur grandenr sauvage, sous les yeux d'im pouvoir oublieux et mal conseillé qui marchoit téméraire' ment sur cette t^rre de Uberté, comme dans un pays de conquête, parcte que j'espérois qu'il en surgiroit pour lui quelques utiles leçons. 11 se f&cha un peu et n'apprit rien dti tout. C'est sa faute et son afiâire ; mais je ne venx.Bis qu'on tire de mon consciencieux dévouemeot des in£ôbons qui trahiroient ma pensée. Je répudie formellement la solidarité de ces fureurs dont la licence d» mon imagination pourroit bien avoir trop embelli le principe. On dit maintenant que j'ai étendu Robespierre sur le lit c^e Pn>custe ;.cela est possible, mais j'ai peur de l'y^voir grandi. Malédiction sur la tyrannie popiilaire I c'est la pire de toutes.
FIN pu TOMB DBItXIÈME BT pBIlKlBn.