DE LA REPUBLIQUE
ff Le moi est odieux, » dît Pascal.
Il y a moyen de pousser cette idée plus Ioîd que Pascal, qui laissoit rarement ses idées en chemin.
Le mot est ridicule, et le ridicule en France est pire que l'odieux.
Il me semble cependant que, dans les questions d'inférÉt public où l'homme lui-même devient non-seulement le témoin, mais l'expression vivante d'une pensée, le moi est une chose de valeur qui sert de mesure à l'opinion et de sceau à la parole.
Aux jours d'organisation des sociétés, c'est le verie qui se fait homme.
Aux jours de conservation des sociétés, c'est l'homme quisefaituerfie.
Après cela, me voici. De naissance, d'éducation, de sen-
> Ce morceau a été publié pour la première fats en janvier IS3i, dans la Revue de Par», tome XXII. Nous rerons remarquer que cette queslibn de la république a déjà été traitée loi, mais d'une mai^ère molDS explicite et toute différente, dans quelques paragraphes de l'é' tudeaurles irutitutioni républicaine* de Saiat-Just. Les deux appréciations ayant été écrites dans la même année (1B3J), il étoit boa d'en signaler le rappnKliemeut.
DB LA RÉPUBLIQUE. Itl
timents, de doctrines, de mœurs, je suis à la liberté. Je n'ai jamais varié sut ce principe, même dans mon dévouement sincère à la restauration, qui est, selon ma conscience, et de toute la durée de l'histoire écrite, le seul SYSTÈME social OÙ les idées organisatrices de la liberté aient été converties en lois, le bbdl où elles aient été aussi franchement respectées que pouvoient le permettre, en de si rapides transitions, le mouvement de nos passions, l'imperfection de nos lumières, et la foiblesse d'une constitution naissante.
Otez de là en effet tout ce qui appartient aux prétentions orageuses des partis et aux expériences progressives d'un pouvoir incessamment contesté par des intérêts dissidents, vous y verrez ce que j'ai cru y voir, une époque unique et providentielle entre toutes les législations du monde, qui a tracé comme il le faltoit la ligne de démarcation du passé et de l'avenir, sans imprimer sur le présent te sillon trop profond qui pouvoit devenir un abtme.
Quand des mains imprudentes ont essayé de creuser cet abîme, j'ai gravi du côté où nous sommes, parce que j'ai senti que c'étoit sur ce bord que devoit se fixer pour quelque temps la station bnposante du genre humain.
Elle y est, et moi avec elle. Elle ne m'y a pas traîné. C'est trop que de devancer les peuples; c'est trop peu que de les suivre.
Aujourd'hui une rumeur s'élève, celle d'une caravane a^tée, inquiète, impatiente de son but inconnu, qui est accoutumée à changer de place à chaque soleil.
Les uns demandent où nous allons, les autres où nous pourrions aller; le grand nombre demande si nous ne fenons pas sagement de rester où nous sommes.
D n'y a guère plus de bien et de mal calculables dans la condition des sociétés que dans la marche des caravanes. Notre route est tracée à jamais, rien ne nous en détournera.
L'intervalle seul est douteux, Est-ce le despotisme t
%ii SOUTEItlRB DB LA RÉVOLOTION.
pst-ce l'anarchie î est-ce le despotisme et l'anarchie tour Ni towrîetdans quel ordre faut-il se préparer à les subir? Je n'en sais rien. La marche des fléaux que l'homme se fait k lui-même n'est pas réglée par des lois invariables comme celle des comètes.
Le point d'arrivée est plus sflr. Le temps des grands États n'est pas loin de finir dans l'Occident^ parce que tout doH flnir partout.
Reste à savoir quel est te premier pays qui se livrera aux chances de ce démembrement. Celui-là seracertainementle plus malheureux, surtout s'il improvise sa transformation avec de grandes villes, de mauvaises mœurs, un luxe effréné, un égolsme avare et féroce, une philosophie dubitative, une relt^on qui meurt, et point d'institutions.
Si vous vous informez pourquoi le système des petits États m'apparalt dans une perspective qu« je crois infaillible, je ne sais rien vous répondre, sinon que je l'y vois probablement parce qu'il y est. La société est un cercle vicieux. Elle va d'où elle vient, et nous venons du bas-empire et du moyen âge.
Si vous vous informée combien durera cette nouvelle modification des sociétés, si elle ne dure toujours, je vous répondrai qu'elle durera plus ou moins, selon les éléments de vitalité que notre oi^anisme social aura laissés dans le sien, mais qu'ellecessera d'être à son tour, pour faire place àd'autres formes, et revenirpeut-être à cellesque vous aveu abandonnées pour la produire.
Et la raison de cela, c'est que dans ce monde instable, il n'y a rien de plus instable, et cependant de plus régulier dans ses révolutions, que l'éternelle instabilité de l'esprit humain.
Si quelqu'un m'avoit suivi dans ces raisonnements, qui ne sont ni plus ni moins exacts que l'almanach de l'Observatoire... —
Si un homme de bonne foi me disoit :
DE LA RËPtlBUQUB. »■
oPeut-on entreprendre, du moins avec quelque espéa rance de succès, de s'arrêter long-temps à un ordre 0 de choses mixte, approprié aux besoins les plus recona nus de l'époque, et d'y mûrir avec force et avecpru- <t dence les principes générateurs de l'ordre qui le rem- « placera, de manière à épargner d'épouvantables sea cousses au monde social ; et cela seroit-il bien î »
Oui, mon ami, lui répondrois-je en le pressant sur mon cœur, on peut 'l'entreprendre, on peut y réussir, et nonseulement cela seroit bien, mais c'est le seul bien qui vous reste. Vous ne vous arrêteriez pas absolument, car les peuples ne sont jamais immobiles à leur décadence; mais vous marcheriez lentement et sans fatigue avec eux ; et plus vous ménageriez, par des pentes aisées, la déclivité de leur chute, plus vous prolongeriez leur bonheur possible, dans l'acception relative et philosophique du mol, puisque de tous les étals des nations, comme de l'homme, le plus à redouler, c'est la mort; et que c'est à la mort que nous allons tous, hommes et nations.
Quant à vous arrêter indéfiniment, n'y pensez januûs. Le plan où vous glissez est trop incliné pour cela ; et ce seroit une ironie trop sanglante que de dire à un peuple inoculé de la peste : Levez-vous, et vivez.
Voyons toutefois ce que demande l'ins^nct de renouvellement qui )iâte avec une énergie si dévorante la destruction de notre corps politique.
La République !
Ce mot ne résonne pas mal dans les souvenirs de ma vieille créance, et je l'ai proclamé jadis, en face de la hache et des faisceaux, avant d'être forcé à le rappeler, sans m'enorgueillir et sans m'accuser,danB ma profession de foi.
Depuis, j'ai apprisquelque chose, car j'aivécujet jene sais pas ce que c'est que la hèpubliqub.
En soi, ce mot n'est qu'un mot, et ce n'est pas avec un mot à mille acceptions diverses qu'on organise les peuples
8E( SOUVEniRS VU LA HéTOLUTIOH.
sensés. Venons droit à la chose, et surprenons-la sons sa
véritable figure, dans ses attributs naturels.
Ce seroit abuser de la facile érudition d'un écolier de sixième que de commencer par établir que le mot BÊPtiBLi- QVB ne désigne aucun gouvernement spécial. H signifie seulement la chasede tous, et cette qualification appartient îl toutes les institutions politiques sans exception.
Hy avoit une bépcbuqde sous Appius. Hy avoit une BÉPUBLiQUE sous Calîgula. '
Dans sa signification la moins vague, c'est le gouvernement auquel le peuple participe immédiatement, ou par élection, et c'est ainsi que je le considère.
Je simplifierai encore la question, en retranchant de cet examen tout ce qui se rapporte aux RËPtBLiQUES anciennes, et voici pourquoi :
Les anciens avoient fondé leurs BéPUBiiouES illusoires BUT une institution qui étoit le principe et le mobile de leur organisation sociale. Cette institution, c'est l'esclavage.
Elle n'existe plus dans les pays très-civilisés de l'Europe, depuis l'établissement du christianisme. Me se renouvellera certainement, car tout se renouvelle, et tout ce qui a été sera jusqu'à ce que tout finisse, etquela forme matérielle du monde soit elle-même changée .
Elle ne se renouvellera pas de nos jours, et quoique nous Ml soyons plus près peut-être qu'on ne le pense, elle n'a jamais été plus antipathique qu'aujourd'hui avec la conscience morale et politique des sociétés.
Cependant, sans l'esclavage, point de bépubliquiï à Athènes et à Rome. Sans l'ilotisme, point de bépubliqiib à Sparte.
Nous n'en parlerons donc point, et nous descendrons aux réfubuques modernes.
Quelle est la sépdbliqde qu'on nous propose ?
Est-ce LA BÉPUBLiQUE de Venise, avec son oligarchie tragique, sa police défiante et cruelle, sa boutée de fer, ses abire^ et ses espisns T
DE LA SÈPDRLIQDG. BBÏ
Est-ce LA BÉPUBLiQUE de Genève, avec son aristocratie méticuleuse, son individualisme industriel et mercantile, son territoire d'une lieue et sa sécurité d'un jour î
Est-ce LA BÉPUBLIQUE de Saint-Marin, avec sa populatîoD homogène, sa civilisation rustique, ses mœurs de famille ou de tribu, sa pauvreté sansambition et sans crainte, qui ne peut concevoir ni exciter l'esprit de conquête î
Arrivons donc à nos propres essais, à nos jours d'étude et d'expérience!
Est-^e LA KÈPDBLIQVB de Condorcet, avec ses idéalités inapplicables, ses théories sans pratique, faîtes pour l'homme à la manière de Thomas Horus ou de Platon, précisément comme VÉmile de Rousseaa est fait pour l'enfant ?
Est-ce LA BÉPCBLIQUE de HéranH-Séchelles, création Informe, enfantée dans le délire d'une démocratie malade, idole altérée de sang, qu'il fallut cependant voiler pour ne pas la teindre de sang ?
Est-ce LA RÉPUBLIQUE de Saint'Just, rêverie laconienne d'un énergumëne de génie, fantaisie d'un fou poétique que la révolution fît monter à l'échafaud, et que la raison du genre humain auroit envoyé au Bedlam de l'uni- ' versî
Est-ce LA BÉPCBLIQUE cf^ntéc du Directoire, sous sa responsabilité de crimes et sa garantie d'or, furie immonde et fardée qui ressemble à la liberté comme les goules ressemblent aux bayadères, et qui dansoit sur les tombeaux en brodequins de diamants.
Est-ce LA RÉPUBLIQUE du Gonsulat, jongleuse adroite et caressante, qui se pavanoît de gloire et de liberté pour nous réduire à la honte et à la servitude, et qui nous faisoit fabriquer de nos mains des chaînes artificieuses, avec tous les débris des chaînes que nous avions usées?
Esl-ce LA BÉPUBLIQUE de l'Empire, et. Dieu me pardonne ! je crois qu'on n'en détourne pas sans dessein nos regards. Proximus ardet Ocalegon. Je le déclare pourtant:
l,iertb,Gp0^k'
»S» SOUVeifiHB DR LA BÈVOLCTIOK.
les langues humaines n'ont point de dérisions assez grot(?sques pour caractériser la liberté de celle-là.
Je n'ai pas dessein de me soustraire à la question. Je la cherche de bonne foi, parce que c'est ma manière d'agir, parce que la vérité est la passion de mon cœur, et qu'isis même ne me feroit pas mourir de mort, comme les prêtres d'Egypte, en soulevant à mes yeux le dernier de ses bandeaux.
C'est peut-être la RÉPUBLiQue des États-Unis de l'Amérique î
Expliquons-nous; je la tiens pour bonne; et si je ne la tiens pas pour parfaite, c'est, premièrement, qu'il n'y a rien de parfait dans les œuvres lie notre intelligence ; et, secondement, c'est qu'il n'y a rien de plus imparfait dans les œuvres de notre intelligence que tes systèmes politiques. Le motif en est plausible. Tout système politique est faux, parce que la société est une déception, et qu'il n'y a point de perfection possible dans le faux.
Il y a du moins partout un mieux relatif; la RÉPtBti- QUE des États-Unis en est une preuve, et je serai prêt à me ranger à ses lois quand vous me les apporterez avec toutes leurs conditions, car le relatif est toujours condi* tionnel. Enlevez une partie à l'ensemble, retranchez un chifire au calcul : le quotient est un vrai mensonge.
Que si vous nous donnez une civilisation intiinsèquc, une société unanime de principes et d'habitudes, un peuple fait d'une pièce, avec un instinct universel de sympathie, qu'on appellera comme on voudra, la nécessité, l'intérêt ou la raison;
Que si vous placez cette grande famille d'hommes surun sol immense, où la loi agraire ne peut faire que des riches, et qui n'a de limites à ses limbes incertains qu'une civilisation imparfaite et sauvage ;
Que si vous me faites voir ses fleuves plus opulents que nos mers, puisqu'elle en a seule la navigation et l'en* trepôt, ses magniiiqHes plantations, ses habitaUons vastes
' DB LA BËPl'BLIQUE. ■''I
et bien assises, où se fonde et se consolide une vaste et puissante féodalilé ;
Que si vous avez enfin dans votre vieil Occident quelque jeune et belle Amérique à livrer aux exploitations du travail et à celles de la pensée ; qui de nous nlrait y planter le jalon, et la retourner du socî
Autrement, portons loin le drapeau du pays, déployons aes voiles, hissons ses pavillons ; et allons demander à une sixième partie du mobde ces régions vierges et fortunées, qui se sont dérobées jusqu'ici aux recherches des navigateurs.
C'est peut-être enfin la république de Buzot, cette sincère utopie du fédéralisme, qui n'a jamais existé que dans les causeries éloquentes du salon de Roland, cette chimère généreuse des Girondins,quiappauvritd'unsang si pur tes veines de la liberlé.
Celle-là fut conçue ; elle palpita dans les flancs de la révolution, comme le fruit d'un amour qui ne demande qu'à naître, et puis elle mourut au sein qui la portail, sous le glaive du bourreau. Vous savez comme moi pourquoi cela est arrivé.
C'est que les législateurs de nos jours n'ont plus le privilège de Proméihée ; c'est qu'ils ne sauraient improviser une ci-éature adulte et forte qui s'empare de la terre par droit de première possession, comme Pandore, avec un vain trésor d'espérance ; c'est que depuis Pandore toutes les civilisations se sont animées d'une vie antérieure dont les sympathies composent la partie essentielle de leur propre vie.
Quelque nouveau qu'il paroisse, un ordre de choses nouveau n'est qu'une conséquence.
Et s'il n'est la conséquence bien graduée des systèmes auxquels il s'enchaîne, ce nouvel ordre de choses n'est rien.
Cependant, depuis cette époque d'énergie productrice où le fédéralisme tenta d'éclore^ toutes les chances du
i,iertb,Goo^li:
atl SOUVENIRS DE LA HÉVOLCnOIf.
iédéralisme n'ont cessé de dïmiauer, et vous en savez encore la raison.
Le fédéralisme de la Gironde, pour lequel mon cœor palpita comme le vAtre, échoua contre deux écueils.
La révolution avoît effacé les institutions locales, et proscrit jusqu'à leurs traditions. Or, sans institutions locales et traditionnelles, on ne fera jamais de bëpdblique.
Paris s'étoit fait gouvernement et législateur, de son propre mouvement, au détriment des vingt-neuf trentièmes de la population françoise, et il venoit de substituer au monstre hideux du despotisme le monstre plus hideux encore de la centralisati(Hi.
La commune du 31 mai fut pour la R^nBUQOB naissanté ce qu'avoient été les maires du paltûs pour les débiles monarchies du moyen âge.
A compter de ce jour, le foible tyran qu'on appeloit Louis XVT fut remplacé par un despote k six cent mille têtes, qui transporta son trûne ambulant, au gré de la populace, ou sous la force des baïonnettes, des échoppes au manège, du manège au Luxembourg, duLuxeipbourg aux Tuileries : et ce colosse effroyable ne manqua pas de courtisans. Le choléra-morbus en aura.
A compter de ce jour, et aujourd'hui plus que jamais, le vaisseau de l'État est enveloppé, de bâbord à tribord et de la poupe à la proue, par une méduse immense qui le promène à son gré dans ses bras gigantesques sur l'océan de ses caprices, et qui le brisera comme un roseau quand il tentera de s'édiapper, c'est-à-dire quand les provinces s^ seront mises à la manœuvre.
Je ne vous dirai pas le nom de l'hydre ; je vous l'ai dît.
Est-ce là le moment de rêver, en face des peuples qui vous regardent, des ambitieux qui vous cadastrent et des yrans qui vous aspirent, une législation neuve et complète, dont les premières assises ne sont pas même tracées sur votre solî
Un ministère dont la postérité rattachera le souvenir
DE tk REPrBLIQUE. SB9
au nom de M. de Hertignac, s'il y a une postérité pour les nations que je vois, entreprit d'en jeter les premiers fondements.
Deux partis unanimes enfin^ par une exception assez mémorable, s'accordèrent à nous refuser l'ébauche d'uoe institution municipale: l'un dans l'intérêt du pouvoir absoluj dont il révoit follement la palingénésie impossible; l'autre dans l'intérêt de cette popularité de clameurs, de toasts et de journaux, avec laquelle on fiût du patriotisme à Paris, quand on a mis sa vanité à la place de la patne.
Cette fois-là, François de France, qui n'êtes pas de Paris, vous fûtes trahis par les courtisans d'un trône et par ceux d'une ville ; cette fois-là, c'étoit la première fois, depuis quarante ans, qu'on daigooît penser à vous, ïl n'y a donc point, si je ne me trompe, de république possible pour vous, carje ne connois point de forme imaginable de société sans analogies et sans antécédents. Les anges même des scholastiques ne peuvent parvenir de l'extrémité d'un axe à l'autre sans passer par le milieu. Vous ne ferez jamais comprendre le soleil, avant son lever, à un aveugle qui a été opéré de la cataracte pendant la nuit. £n fait de gouvernement, tout ce qui n'a pas de racines dans les institutions des peuples ne fera que passer. Quoique la statue de Pygmalion fût la plus belle des femmes, l'antiquité ne lui a point donné de postérité, parce qu'elle n'avoit point d'ancêtres.
Je ne porte cependant pas si loin le scepticisme douloureux qui m'inquiète sur votre avenir, que je ne croie à la vraisemblance actuelle de quelques années d'ordre et de repos, qui se prolongeroient peut-être, si vous le vouliez fennement, jusqu'au dernier soupir de l'enfant qui vient de naître, et que la nature a marqué pour mourir centenaire. — C'est beaucoup ; et quel est le mourant qui refusoroit les bénénces d'une si longue et si douce BRoniel
lltlO SOUVBRiRS DE LA RfiVOLiniON.
11 ne faiidroit pour cela ni une concession de la pensée ni un effort du courage; il faudroit seulement convenir d'une sério de faits évidents que personne ne peut contester.
C'est que jamais aucun peuple sur la terre n'a joui d'une plus ample liberté que la France d'aujourd'hui, sous un gouvernement plus essentiellement intéressé à la maintenir;
C'est qu'il ne manque au maintien de cette liberté, la seule et la dernière dont il vous reste Ji jouir, que des lois organiques dont le gouvernement n'est pas plus en état de se passer que vous, et qu'il n'y a que des fous qui improvisent des lois organiques.
C'est qu'il ne manque au maintien de ce pouvoir protecteur que le concours unanime et persistant des honnêtes gens qui aiment mieux la liberté que la vie, et qui, si le choix en devenoit un jour nécessaire, aimeroienl mieux l'ordre que la liberté, parce que la liberté sans ordre est la plus intolérable des servitudes ;
C'est que la puissance de volonté dont a besoin pour s'affermir cette autorité naissante, qui a été fondée en votre nom, réside en vous seulement, et non dans le caprice mobile de quelques ambitieux qui échangeroient volontiers la gloire et le repos de mille générations françoises contre une heure de popularité factice dans les rui?s de Babylone.
C'est qu'il seroit pénible et honteux pour une nation qui a donné des lois à l'Europe de recevoir des lois d'une poignée d'hommes qu'elle ne connoissoit pas hietj et que le flot de l'opinion aura submergés demain.
C'est que les factions turbulentes qui demandent, avec tant d'impatience, l'élargissement des bases démocratiques de votre monarchie ne les trouveront jamais assez lai'ges tant qu'elles ne seront pas montées dessus.
C'est que la véritable et sûre garantie des libertés politiques que vous avez encore à conquérir ne résultera, quoi qu'il arrive, que d'un bon système d'inslitutlons pro*
,,Goo^k'
DE LA IIÈPI]BLI(ÏUE. SBI
vînciales sagement mûri, long-temps éprouvé, parfaitement approprié fi vos besoins, k vos mœurs, à vos traditions; et que, si vous ne saisissez l'occasion de le recevoir aujourd'hui des mains d'une autorité loyale et bienveillante, cette occasion ne se renouvellera plu?.
C'est que vous ne referez désormais un peuple ni avec dé glorieuses journées, ni avec des déclamations de gazettes, ni avec des compliments de tribune ; ni avec des législateurs k mortier, ni avec des législateurs à bonnets carrés, ni avec des législateurs à bonnets rouges ; ni avec des bonapartistes, ni avec des républicains, ni avec des carlistes; mais avec des bourgeois, des municipalités, des communes, et pour tout dire en un mot, avec des FRANÇOIS.
C'est que si vous ne prenez contre le péril qui vous menace, et le genre humain avec vous, une attitude pai^ble et forte, la première révolution qui éclatera sans votre participation mettra la France entière en interdit au bénéfice de je ne sais qui, et l'y mettra pour jamais.
Je finirai par oii j'ai commencé. De quel droit, me répétera-t-on, viendrois-je opposer une résistance sans valeur au mouvement irrésistible des chosesî
Du droit d'une indépendance pratique dont ma vie ne s'est jamais départie.
Je ne suis rien parmi vous; je n'y ai jamais rien été; je n'ai pas plusle vouloir que le pouvoir d'y ûtrejamaisrien. Je n'y ai pas plus de titres légalement prévus parmi les licenciés électoraux que parmi les riches étigibles; je n'y exerce pas même les droits les plus communs du citoyen; je n'ai pas porté une pierre à la construction de ce Mne nouveau; je n'ai pas cousu le moindre lambeau à la pourpre de son dais royal ; et si je consens à l'étayer d'un cadavre de plus, c'est que je sais ((ue sa ruine nous écrasera tous.
Qu'importe après cela ma valeur numérique dans le tarif arbitraire de la société î
l,iertb,G00^k'
•tt MOTiKiu Di u aftvoumoN.
Qu'Importent ma persoime et mon qoiq T L'Écriture n'a pas aième daigné dire celai de cet homme qui apparut pendant trois jours sur les murailles deJéruBalem, en criant d'une voix tonniuite : hawevr a
vous, HALHKVR A MOI, SI VOUS HE H'ÈCOVTEZ !
Ce que l'Écriture dit. c'est i^ cette prophétie se vé-