‹ Souvenirs de la SicileChapitre 14 sur 33 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

conquise et pel*due encore une fois depuis par ies Espagnols ^ est possédée depuis i734 par la branche des Bourbons qui règne en Espagne, et dont un infant est aujourd'hui roi de Naples et de Sicile*

La Sicile, sous le gouvernement d'un vice-roi , est à présent divisée en vingttrois districts y ainsi qu'en sept intendances y Palerme , Messine , Catane , Syr«,u,e , Trapanî , Girgend et Cdt.

Nisetta» •

«|£ m'embarquai à Toulonte 10 février 1820; j'allais visiter la Sicile. Nous fîmes voile pour Palerme ; les vents contraires disposèrent autrement de nous. Après avoir tenu la mer par un temps fort rigoureux pendant huit jours , nous fûmes très-heureux de trouver un abri et de nous radouber à Porto-Longone , dans l'île

d'Elbe. L'attente est devenue l'état habituel de toute la population de cette fie , qui , du reste , semble être vouée au sonuneil, parce qu'elle préfère sans doute ses rêves à la triste réalité de son existence oubliée. Encore frappés du merveilleux de la chute , de l'exil et du départ de Napoléon , les habitans de l'ile d'Elbe ne semblaient pas croire que cette grande scène fuit terminée. A peine signalait-on quelques voiles qui s'approchaient des cotes ; ils accouraient tous , persuadés qu'un nouvel événement venait ranimer leur rivage si triste , si délaissé.

Je parcourais la maison qu'avait habitée Napoléon f lorsque notre consul nous apprit le nouveau forfait qui plongeait la France dans le deuil. Consternés de ce crime ^ nous récapitulions tout ce que le poignard venait d'enlever à notre patrie, en frappant ce cœur inaccessible à la haine comme il fêtait à la crainte , ce cœur ouvert à toutes les nobles alTections et digne de toutes les gloires. Dominé par ces tristes pensées , je ne vis plus rien » et me bâtai de quitter les rues sectaires de Porto -Feiraio. Nous mîmes à la voile bientôt après : la violence du vent d'ouest -nous co&traignit à entrer dans le port de Civita-

Vecchia , où je me trouvai si fatigué de ia mer , que je me détidaî à me rendre à Naples par terre. Arrivé de nuit à Civita- Vecchia , [attendais le jour avec impatience.

Je n'ai jamais vu f Italie sans une vive émotion. Le soleil se leva et me montra ce pays dont f aime jusqu'à ia langueur. Ces tours si pittoresques y peintes tant de fois par Vernet et qui semblent vouloir défendre l'entrée du port de Civita-Vecchia , n'étaient gardées que par de pauvres soldats malades. La sentinelle la plus voisine de nous , minée par la fièvre , pouvant à peine soutenir le poids de son fusil , causait avec un abbé en manteau court , qui venait d'acheter un poisson et le portait avec distraction et bonne grâce. J'étais donc en Italie ! j'iabordâis encore une fois cette terre le cœur plein de sentimens affectueux ! C'était aussi une patrie pour moi , parée de tous les souvenirs de mes jeunes années. Le charme de l'Italie ne saurait se peindre ni s'exprimer ; sans chercher à Fappreiidre à ceux auxquels il échappe , je me contenterai de les plaindre. L'aspect de cette terre fortunée produit sur famé une sensation qui ne pourrait se compai*er qu'à l'effet d'une musique lointaine

qu'on entend le soir après une journée . douloureuse. Tant que. f âge n'aura pas glacé mon sang, je reviendrai, toujours. chercher. les promontoires de iltalie, sa mer d*azur et sa douce lumière. . Quel plus nohie passé que ie siçn ! Quoi de plus grand que son histoire! Respectons jusqu'à son .sommeil; cest celui qui succède à d'immenses travaux. Heureux celui dont la vie s'écoule doucement sur le. rivage: de Naples , en consultant .ses ruines , en écoutant ses chants , en admirant ses arts !

On conçoit que le premier aspect de Rome ait fait dire à Montaigne, : « J'ai vu ailleurs, des. mai- » sons ruynées , et des statues , et du ciel , et de » la terre ; et. si pourtant ne sçaurois reveoir le Il tumbeau de cette ville sLgrande et si puissante , >> que je ne l'admire et reyere. J'ai eu cognoisï> sance des affaires de Rome longtemps ayant tt que je l'aye.eue de celles de ma maison : je >i sçavois le Capitole. et son plan avant que je » sçusse le Louvre, et le Tibre avant la Seine. i> J'ay eu plus en teste les conditions et fortunes » de LucuUus , Metellus et Scipion , que d'aucuns tt hommes des nostres. . . . Me trouvant inutile à » ce siècle , je me rejecte à cet aultre ; et en suis

DE LA StCILE. 3

« 81 ëmbabouiiié, que Testât de cette vieille Rdftie » libre, juste et florissante (car je n'en aime ny !a » naissance ny la vieillesse ) , m'intéresse et me >) passionne : par quoy je ne sçaurois reveoir Tas- » siette de leurs rues et de leurs maisons , et ces tt ruyne^ profondes jusques aux antipodes, que je » ne m'y amuse. H me piaist de considérer le vi- » sage de ces Romains , leur port et feùrs veste- 10 mens. Je remasche ces grands noms entré les v^ dents , et les fais retentir à mes aureilles : )^ Eg'o illos verieror^ et tantis nominibus semper y^ assurgo, »

duèlques journées de printemps à Rome su& firaieiït pouir réconcilier fhomipe le plus malheureux avec la vie. Le charme de cette saison y est inexprimable ; une foule d'idées douces et graeieu^s ôivahissent le cœur et i'ftnagination. Déshéritée de la pourpre souveraine ; lltalie humiliée semble s'eflTorcer de voiler sous un • manteau de fleurs kt mutilation des monument de sa , gloire passée. s

Cependant la fièvre ravageait ces belles contrées : ce n'est , pour ainsi dire , que par elle que les Romains sentent la vie. A Monterone, entre Civita-Vecchîa et Rome , la fièvre tierce réglait

l'ordre du départ des postillons; ce calendrier funeste les^ aidait à compter leurs tristes jours. Ainsi des mourans nous conduisaient à tr^ivers cette campagne charmante; l'horizon tétait éblouissant de lumière, les buissons couverts d'oiseaux , et nous roulions souvent sur la voie antique : on la quitte avec peine; car la route papale n est. qu'un bourbier. Personne n'a de droits mieux acquis que le Pape à répéter avec Jésus-Christ : Mon royaume nest pas de ce monde. A chaque pas que l'on fait dans les états du Saint-Père , on ne rencontre que misère et que souffrance» Je n'ai vu ici d'action , d'agitation, d'activité, que dans la chaire évangélique. Les prédicateurs se démènent : c'est à la sueur de leur front qu'ils fécondent la vigne du Seigneur, tandis que l'agriculteur dort dans la plus profonde paresse.

Voilà le dôme de Saint-Pierre, voilà Rome; et par-tout les traces de la fièvre : on la trouvé en garde avancée hors des portes , marquant au hasard (a) les maisons qu'elle désole. Ce fléau des-

(a) Telle maison est mortelle à habiter , tandis que la maison voÎMiie est fort saine;

tracteur semble faire le siège de la vifle sacrée ; il s'empare chaque année d'une rue, d'une coi* fine immortelle. De vastes habitations , des jar* dins , des colonnades , frappent les yeux : on approche ; quelle solitude ! les portiques s'affaissent, les bassins demeurent à sec , les treilles sont renversées ; le toit qui a cédé , livre aux orages des voûtes couvertes de peintures et tout ce qui annonçait le luxe des ^ciens* habi* tans de ces palais abandonnés. Là pourtant une jeune femme, consumée par ia souffrance , allaite un enfant , fils de la douleur , et qui lui sera voué , s'il résiste à ses premiers maux.

Le silence des faubourgs de Transtevere et de la Longara n'est troublé que par le bruit des voitures de quelques étrangers qui cherchent la maison de Scipiôn , ou vont admirer Raphaël à la Fàmesina. Au char du triomphateur a succédé le carrosse d'un cardinal ; un énorme parapluie , signe de la dignité des princes de l'église, figure sur l'impériale de cette voiture gothique , et remplace les enseignes romaines.

J'ai retix)uvé ce Forum romanum , vaste cimetière de temples et de colonnes : il est devenu le champ de bataille de tous les antiquaires de Rome,

sur-tout de MM. Fea et Nibby. A leur suite se disputent leurs élèves , et de proche en proche tout ce qui s'y entend ou qui n y comprend rien. Une brique est consultée , la moindre voûte est baptisée, enfin toutes les décisions consacrées par le temps sont anéanties. Dans quel profond découragement ne jette-t-on pas ces voyageurs scrupuleux qui reviennent à Rome pour ne plus s'y reconnaître ! Ces bons voyageurs à qui il en avait coûté tant d'argent pour apprendre des noms, sont obligés, en conscience, d'en dépenser tout autant pour oublier cette première éducation.

Montaigne disait « qu'on ne voyoit rien de >> Rome que le ciel sous lequel elle avoit esté as^ ^ sise, et ie plant de son gite; que cette science ^ qu'il en avoit estoit une science abstraite et ii> contemplation , de laquelle il n'y avoit rien 1» qui tumbât sous les sens ; que cens qui di- >) soint qu'on y voyoit au moins les ruines de )) Rome , en disoint trop : car les ruines d'une )> si espouventable machine rapporteroint plus » d'honneur et de révérence à sa mémoire ; ce » n'estoit rien que son sépulcre. Le monde , en- » nemi de sa longue domination , avoit premie-

» rement brisé et fracassé toutes les pièces de ce » corps admirable , et , parce qu'encore , tout » mort , ranversé et desfiguré , il fui faisoit hor- » reur, il en avoit enseveli la ruine mesme. Que » ces petites montres de sa ruine qui paressent » encores au^essus de la bière, c'estoit la fortune » qui les avoit conservées pour ïe tesmoignage » de cette grandeur , infinie que tant de siècles , ^> tant de fus (a) , ia conjuration du monde rei- » terée à tant de fois à sa ruine , n'avoiiït peu » universelemant esteindre. Mais estoit vràisam- » blable que ces mambres desvisagés (bj qui en » restoint , c'estoint les moins dignes , et que la » furie des ennemis de cette gloire immortelle » les avoit portés , premièrement, à' ruiner ce » qu'il y avoit de plus beau et de pïus digne ; » que les bastimans de cette Rome bastarde » qu'on aioit asteure fcj atachant à ces masures , » quoi qu'ils eussent de quoi ravir en admiration » nos siècles presans , lui faisoint resouvenir » propremant des nids que les moineaus et >> les corneilles vont suspandant en France aus » voûtes et parois des églises que les Huguenots

(a) De feux, (b) Ces parties deTigurées. (c) A cette heure.

i> viennent (Ty démolir. Encore craignoit-il , à » voir l'espace qu'occupe ce tumbeau, qu'on ne >) le reconnût pas tout , et que la sépulture ne )) fût elle - mesme pour la pluspart ensevelie. » Que cela , de voir une si chetîfve descharge, tt comme de morceaus de tuiles et pots cassés , >> estre antiennemant arrivée à un monceau de » grandur si excessive , qu'il égale en hauteur » et largeur plusieurs naturelles montaignes (a) -ù ( car il le comparait en hauteur à la Mote de » Gurson(b)y et l'estimoit double en largeur), ^ c estoit une expresse ordonnance des destinées , ^ pour faire santir au monde leur conspiration à )) la gloire et préeminance de cette ville , par un 1» si nouveau et extraordinere tesmoignage de ï> sa grandur. H (iisoit ne pouvoir aiséemant » faire convenir , veu le peu d'espace et de lieu » que tiennent aucuns de ces sept mons , et noï> tammant les plus fameus , comme le Capitolin » et le Palatin , qu'il y ran jat un si grand nombre » d'édifices. A voir sulemant ce qui reste du » tample de la Paix, le long du Forum romanum,

.111 I I ■ I ■ I I I III I M il —————■^.—■1 II II I ■ Il ■

(a) Il forme ce qu on nomme aufourd* hui ie mont Testace , monte Testàceo,

(b) En Périgord.

^duquel on voit encore la chute toute vifve,

» comme d'une grande montaigne , dissipée en

)> plusieurs horribles rochiers , il ne samble que

)> deus tels bastimans peussent tenir en toute

» l'espace du mont du Capitole , où il y avort

» bien 25 ou 30 tamples , outre plusieurs mai-

» sons privées. Maisjj à la vérité, plusieurs conjec-

» tures qu'on prent de la peinture de cette ville

«^antienne, n*ont guiere de verisimilitude, son

i> plant mesme estant infinimant changé de forme;

)) aucuns de ces vallons estans comblés, voire

» dans les lieus les plus bas qui y fussent : comme,

î» pour exemple» au lieu du Velabrum, qui pour

» sa bassesse recevoit l'esgout de la ville , et avoit

w un lac , s'est tant eslevé des mons de la hau-

w teur des autres mons naturels qui sont autour

» de là , ce qui se faisoit par le tas et monceaus

1» des rtiines de ces grands bastimans ; et le monte

» Savello n'est autre chose que ia ruine d'une

» partie du teatre de MarceHus. II croioit qu'un

i> antien Romain nesçauroitreconnoistre i'assiete

» de sa ville, quand il la ven'oit. II est souvent

» avenu qu'après avoir fouillé bien avant en teiTe

ïi on ne venott qu'à rencontrer la teste d'une fort

» haute coulonne qui estoit eucor en pieds au-

>> dessous; On n'y chërelie point d autres fonde^ » mens aus maisons , que des vieiiies masures ou >» voûtes , eomme îl s'en voit au-dessous de toutes tt les caves i ny encore f appuy du fondement tt antien ny d'uil mur qui soit en ^on assîete. » Mais su|r les brisures mesmes des viens basti- » mans , comme la fortune les a logés , en se disttsipant, ils ont planté le pied de leurs palais » nouveaus , comme sur des gros loppins de ro- » chiers, fermes et assurés. Il est ay se à voir que s^ plusieurs rues sont à plus de trante pieds pro^ >) fond au-dessous de celles d'à-cette-heure. «r

Rome voyait alors fouiller le Forum par les soins de deux étrangers, la duchesse de'Dc^ vonshire et le duc de Blàcas. Les efforts cons-^ tans et éclairés de ce dernier jetaient une grande lumière sur le plan de ciette partie la plus inté** ressante de Rome antique. Il venait de faire déblayer un pkteau de cinq cents pieds de long et de six cents pieds de krge y sur lequel s'élevait le temple de Vénus et de Rome. Adrien, en dirigeant lui-même les travaux de cet édifice y dont on croit lui devoir la première idée , voulut surpasser en magnificence le Forum Trajantmip d*€f-d'œuvre d'ApoIlodore. L'empereur fat ^

dit- on y trop jaloux de rarchitecte , qui mourut victime de cettç singidière rivdlité.

Ce templer de Vénus et de Rome , amphiprostyle et pseudo-diptère (a) , doit avoir eu deux cella appuyées lune contre lautre. Dix colonnes de ,marbre blanc d'ordre corinthien ornaient chaque face principale ; il parait n'en avoir pas. eu plus de dix-neuf sur les flancs. Cet édifice était entouré d un portique formé de colonnes de granit, dont un des côtés décorait la voie Sacrée. Honorius î.^' , pape dans le VIL*^ siècle , obtint d'HéracIius la permission d'enlever le toit d'airain de ce monument pour en couvrir la basilique de Saint - Pierre. La Summa via passait vis-à-vis le tempie de Vénus et de Rome. Les mêmes soins viennent de faire connaître toute la voie Sacrée, et ce qui dépendait de l'édifice connu sous le nom de temple de la Paix. Cette basilique avait été érigée par

(a) Amphiprostyh , c'est-à-dire, à double fronton. PseudO" diptère se dit d*un édifice qui est non-seulement entoure de colonnes y mais dont les deux façades en sont ëgfdement ornées , et dont la nef a une double entrée décorée aussi de deux au^tres colonnes ; d'où il résulte que , lorsque ie monument est vu de front , c'est-à-dire , de I un ou de Fautre côté de ses deux façades , chacun de ces c^tés présente aux yeux comme un double rang de colonnes.

Maxence : en effet , la construction et les détails rappellent évidemment l'époque où fut élevé lare de Constantin. Selon Aurélius Victor^ l'entrée de ce monument consacré par ce même prince était alors placée vers le Colisée.

La duchesse de Devonshire partage ainsi ses journées : elle emploie ses matinées à encourager les lettres , à visiter les ateliers des artistes, et le soir elle fait les.honneurs de Rome. C'est à son goût pour l'antiquité qu'on doit l'achèvement des fouilles de la colonne de Phocas, monument isolé , que f on conjecturait avoir appartenu à un temple ou à un portique.

On a tout dit sur Feffet que produit la basilique de Saint -Pierre ; mais on n'a pas assez vanté, selon moi, f agrément de sa température intérieure. Aussi , quand la musique sacrée vient ajouter son charme à l'éclat de ce somptueux monument, le peuple romain se persuade-t-il aisément qu'il jouit d'un avant-goût du paradis. Tout, jusquaux parfums, ajoute à son illusion ; et ce n'est qu'à la porte de ce temple admirable qu'il retrouve ses misères.

La majesté de Dieu est trop souvent méconnue à Saint-Pierre ; la galanterie fait parfois

de cette basHique un lieu de rendez-vous. Nous -fûmes témoins de la fin malheureuse d'une aventure de ce genre. Une belle Romaine avait remarqué un étranger à f une des cérémonies de la semaine sainte. La timidité du jeune homme fut vaincue , et lë rendez-vous donné dans une villa. Autant pour fuir fa chaleur que pour chercher le mystère , les deux amans s'enfoncèrent sous les voûtes des catacombes ; s'arrétant près d'une fontaine, ils jouirent de cette fraîcheur perfide : mais leur bouche avait prononcé pour la dernière fois des paroles de tendresse , leur sang s'était giacé ; la mort les frappa du même coup. Ce double convoi efiraya la jeunesse romaine y qui les suivit dans ces mêmes xsouterrains, dépôt d'innombrables ossemens.

En sortant de Saint-Pierre , où je venais d'entendre prêcher avec force contre les nudités et Findécence , j'entre dans le musée Pio-CIementino j et je vois deux cents statues , Vénus , Léda, &c. y restaurées par les soins des papes. Sous chaque impureté antique , se trouve écrit efi gros caractères : Ea: dono et mumjicentia PU sexti ou PU septimi. Je puis donc admirer en toute sûreté de conscience.

On regrettait alors à Rome un jurisconsulte célèbre, Bartolucci, dont je rencontrai l'enterrement. II venait de terminer naguère , par ordre du Pape j le mélange de l'ancien code pontifical avec les lois françaises , et disait peu de jours avant sa mort : Morro contenta , sono infine riuscito di vestire da abbate il codice Napoleone.

Je. me promenais souvent dans les ruines de la maison dorée de Néron , dans ce lieu marqué par des magnificences , des pompes , théâtre de tant de voluptés et de crimes. J'y jouis encore d'une fête , mais c'était la nature qui la donnait. Le soleil descendant vers la mer éclairait cette campagne de Rome riche de ces lignes de ruines, riche aussi de son abandon et belle de son deuil. Le reflet d'une lumière dorée en dessinait tous les plans , depuis le cirque Maxime , jusqu'au rivage d'Ostie. Enfin le lierre, le myrte, les fleurs suspendues en guirlande d'une arcade à l'autre , se balançaient mollement au-dessus de ma tête. L'aigle s'élance encore des sommités de ce monument : mais il né guide plus des légiofts victorieuses; il n'intimide plus que les milliers d'oiseaux qui se jouent dans les caissons des

voûtes j et sont désormais les seuls habitons du vaste et silencieux palais des maîtres du monde.

Je regrettais souvent de ne plus voir avec le même intérêt ce que j'admirais avec transport dans ma jeunesse : ii en est des sensations , des illusions de ia vie , comme des verres d'une optique qui suf&t à charmer les enfans ; plus tard les peintures nous en paraissent trop médiocres; les verres se brouillent , se ternissent ; nous ne fouissons plus de rien.

Si f on est plus frappé de la vue des grands monumens de l'antiquité , des ruines en général , la première fois qu'As s'offrent à vos regards y c'est qu'à la nouveauté de cette sensation se joint un attrait irréfléchi : il semble que les der^ nières pensées des anciens se confondent avec votre première émotion, et qu'entre eux et vous il n'y ait rien eu d'intermédiaire.

Je trouvais, avec de grands changemens dans la société romaine , quelque chose d'éteint chez^ les personnes que j'avais connues les plus animées et les plus spirituelles. Je ne parle pas des beaux visages qui s'étaient flétris , mais de tous les amis de ma jeunesse qui avaient marché à grands pas dans notre vallée de misère. Comr

ment f âge mûr ne serait-il pas triste ? Il a eu le temps de voir oublier ce qu il croyait devoir être immortel , d'entendre blâmer ce qui lui avait paru admirable , enfin d'assister à Ift destruction ^e toutes les idoles de ses beaux jours.

Loin de partager des préventions généralement établies contre la société italienne , je pense, au contraire , qu'on peut y rencontrer beaucoup d'esprit , de la droiture et des affect tions sincère^. Il faut Tavoir connue dans la jeunesse pour se plaire à sa tranquille monotonie. Les Italiens suivent assez habituellement les voies communes de la vie. ; dans ce chemin épi* neux I leurs pieds se placent sur la trace des pas de leurs pères : chez eux point d'illusions , point de rêveries , point de cette mélancolie mère du talent et parfois puissante comme le génie ; jamais de cette tristesse à laquelle le bonheur même paie un tribut volontaire. Les Italiennes ne demandent pas à la vie des joies plus vives qu'elle n'en peut donner. On chercherait vainement chez elles ces nuances fugitives , heureux mélange de faiblesse et de dignité qui rend la société des femmes du Nord si douce et si attachante. De la vérité dans leurs sentimens , de la

bonne foi dans leurs passions j peu de goût pour Fesprit et l'amitié , voilà, en général , ce qui tne paraîtrait caractériser les femmes italiennes. Jadmets cependant toutes les exceptions » f en ai même rencontré plusieurs* Ne jugeons point, comme quelques voyageurs , les Italiens d'après les laquais de place de Rome , et leurs religieux d'après certsuns frères lais qui vont quêter dans les auberges.

Les prétentions de deux couvens de moines franciscains d'Assise divisaient alors les Romains; on ne se disputait rien moins que le corps de S. François (l) : le procès était entamé , et le tribut déposé par les âmes pieuses sur la tombe du Séraphique produisait tout de suite de gros factums qui profitaient merveilleusement au barreau romain.

* Le sceptre des arts échappe des mains de iltalie. La mort de Canova les rétablit en république ; personne n'aura la force ou la volonté de ressaisir l'influence qu'il exerçait d'une manière si noble et si juste pour les artistes de tous les pays. On ne fit jamais un meilleur usage d'une fortune considérable et d'un crédit mérité que cet illustre statuaire , bienfaiteur spécial de

sa ville natale. Cet éloge nest pas suspect dé la part d'un Français qui regi^ette le temps perdu pour les arts et si mal employé par cet habile sculpteur pendant son dernier séjour à Paris.

Des écrivains italiens qui espèrent avoir leur part de Timmortaiité de Canova , parce qu ils la proclament lourdement depuis long-temps, vont jouir de leur prérogative et créer ou détruire les réputations des écoles. C'est de leur façon qu'on sera désorm^às poverello ou celebrissimo. On élevait alors sur le pavois un jeune Romain qui fait avec patience des pastiches de Raphaël et d'André del Sarte. L'habitude de copier les gi^ands maîtres, la vénération pour leurs ouvrages , détruisent entièrement l'originalité chez les artistes italiens. Les statuaires singent Fantique , au lieu de s'inspirer de ses chefs-d'œuvre ; les peintres se traînent avec plus ou moins de succès sur ies traces de Carie Maratte. Les Allemands qui. habitent Rome , et qui reprennent l'art à sa source , ne trouvent de vérité , d'élévation , que dans le Giotto et ie Cimabué. Ils sont intimement persuadés que Fécole italienne a été égarée sans retour par la dernière manière de Raphaël.

Je pris le chemin de Naples le plus tôt pos-

fiible f pressé de me rendre en Sicile, sans que ^'eusse néanmoins f espérance de la visiter avanf l'époque des plus grandes chaleurs. Après nous avoir fort efirkyés de la rencontre des brigands , pn alla jusqu'à me proposer un abonnement avec eux. Je ne pus accorder aucune sorte de coiifiàncè à Fhomme entre les mains duquel il fallait s'aban^ donner : une figure sinistre , de gros diamans à ses dgigts , et des pistolets dans sa poche ; tout cela , soutenu d'un parler patelin et de révérences profondes , me dégoûta de ia négociation. J'eus lieu de m'en applaudir; mon voyage fut parfaitement tranquille. Parti de Rome la nuit , je me réveillai au commencement des marais Pontins. «Jamais une inscription plus modeste que. celle que je vais rapporter , ne fixa ïe souvenir d'un grand bienfait. Un chemin magnifique traverse les marais Pontins ; de vastes canaux assurent {'écoulement des eaux; la mer est repoussée dans ses limites naturelles. On se demande à qui les états romains doivent ces rares avantages , et on lit les paroles suivantes sur une simple borne :

OUM PONTINA PALVS, NVNC AGER PONTINVS.

OPVS PII VI.

^ ANNO MDCCXCIII.

Je traversai rapidement Terracina, l'ancienne Anxur. A Fondi» je fus frappé du grand nombre des mendians et de la beiie tenue des troupes ; fêtais dans les états du roi de Naples : ce sont saps doute les mêmes soldats sur lesquels Joachim fondait de si belles espérances , parce qu'ils manoeuvraient comme Fex-garde française. . . .

Je m'arrête à Gaëte ; quelle douce chaleur !

Void le midi de lltalie. L'auberge est située près de la mer : appuyé sur le parapet d'un jardin en terrasse , je me laisse éblouir par cette lumière brillante. Les débris d'un temple , qui faisait, dit-on , partie de la maison de Cicéron, sont cachés sous des bois d'orangers chargés de fruits ; quelques cyprès s'élèvent et coupent la ligne ; enfin des colombes blanches se promènent avec confiance auprès de moi.

Le costume des femmes de Mola di Gaêta est pittoresque ; il n'a sans doute jamais varié depuis le voyage d'Horace : ces jeunes filles qu'il admiluit, avaient ies cheveux tressés et roulés avec une étoffe, et retenus par une grande épingle d'argent. Telles sont encore les habitantes de ces petites maisons qui se découpent sur des coteaux couverts d'oliviers et se répètent dans la mer.

Tous les villages de la route ne sont pas si élégans que Mola. Itri semble être de loin un lieu charmant : un vallon le partage et lui porte une source abondante ; des pdmiers le couronnent : mais dans Tintérieur tout est ruine , misère , ab« fection ; la population «st hideuse.

On croii*ait , en entrant à Naples (a) j que cette ville est occupée par des troupes étrangères : tant la copie des uniformes des autres nations est scrupuleuse. Les officiers de marine veulent à toute force être pris pour des Anglais ; les troupes de terre étouffent dans des habits russes ou autrichiens; et cependant le véritable costume national est le froc de moine , f habit ecclésiastique à f espagnole y luniforme militaire en taffetas , et le simple caleçon pour les lazza^ roni : tout le reste est emprunté.

On est toujours surpris de fimmense quantité de ducs , de princes , dont la ville de Naples

——————— —^— ) I ■ I ' 1 . — — — .— III III II»— — ^^.w^

(o) Le royimii^e de Naples eatsîta^ entre le 37 .« degré 40 mmates et le 43.C degré 10 minâtes de latitude septentrionale. Saiongitade est entre le 10.^ degré 10 minutes et le 16.^ degré SO minutes du méridien de Paris. Sa pins grande longueur » du fleuye Tronto an cap Spartivento , est de 430 milles ; sa largeur , de la pointe de Campanelio au promontoire Gargano, est de 131 miffes. On croit que le royaume de fiapiei a 23 mifies carrés de superficie.

fourmifle. Si ces titres furent originairement la récompense de grands services , peu de pays virent naître plus de héros et de citoyens utiles que ie royaume de Napies. Lltalie a toujours été couverte de gens qui portaient des titres. Le Tassoni fait tuer par un de ses héros trente marquis dans un seul combat :

Uccîse di sua mon trenta marcb^f i :

Pero che i marcbenti in qneste bande Si vendevano allor pocbi tornesi ; Anzî vi fù cbi , per mostrani grande , Si fe* myestir d*incogniti paesi Da un tai signor cbe , per cayame fmtto , I titoli yendea per un prescratto.

{^Secchia rapita, cant. vu, st. Si.)

C'est à Naples que Rome ancienne et {'Europe moderne doivent ia première idée de ce poli** chinelle qui fait le bonheur de l'enfance et obtient un sourire de tous les âges. Une peinture trouvée à Herculanum, et qu'on revoit aussi sur plusieurs vases y rappelle ce personnage comique : au-dessous était écrit , civis atellor nus. La pose , la physionomie du polichinelle antique, sont d'un buriesque achevé. On peut penser que ce bouffon jouait des rôles dans ces ateilanes si bien accueillies jadis par ia jeu-

néssë patricienne. Les descendant immédiats de ces bouffons passent tous pour être natifs d'A« cerra , ville près d' Atella > dans le royaume de Naples. Les lazzis , la gourmandise et sur-tout la poltronnerie de polichinelle, réjouissent tou* jours les Napolitains. Les étrangers eux-mêmes s'en amusent , quoiqu'ils soient privés de l'avantage de sentir toute la finesse des équivoques de ces bouffons et l'à-propos de leurs satires sou* vent très-piquantes.

Avant de m'embarquer pour la Sicile , je voulus revoir Pompeii : cette vilie, qui r^suscite par lambeaux , nous initie dans les secrets de la vie intérieure des anciens , sans rien détruire des idées d'élégance qui s'attachent à leur souvenir. Les travaux ont été suspendus au moment où quelques légères recherches complétaient f ensemble de cette importante découverte^ On peut dire que les états du roi de Naples sont doubles: il possède autant de villes souterraines que de villes habitées, et presque autant de statues qu'il compte de sujets. Nous revînmes de Pompeii par le Vésuve ; je l'avais vu plus menaçant.

Arrivé sur le sommet du cratère , je plongeais mes regards dans les profondeurs de cette four-

naise, toutes !es fois que le vent détournait les vapeurs sulfureuses et ies tourbillons d une fumée noire et rougeàtre. Un rocher d'une forme pyramidale demeurait isolé au miiieu du cratère ; sa base semblait être de soufre , son sommet d'un rouge pur, et des bandes, des efflorescences de toute couleur lui formaient une couït)nne éclatante. Nous montions , nous descendions dans la cendre , [es scories , le mâchefer : à nos pieds coulait une source d'eau chaude ; plus loin un ruisseau de laves enflammées descendait lentement vers Résina. La nuit était obscure , orageuse ; sans voir la mer , on f entendait au loin se briser sur le rivage. Ici la pensée n'est qu'une prière ; tout disparait devant celui qui créa tes mondes , et dont la toute-puissance montre un fleuve de feu à la Campaniafelice.

J'ailsû le lendemain me reposer à Baia , au port de Baouli , et dessiner le lointain de Procita, dischia et du cap Misène. Assis sur la colline qui domine ies champs £1 jsées , j'ét^s entouré de chèvre-feuilles , d'aloès , de genêts , de figuiers , dont les pai'fums se réunissaient pour embaumer l'air. Des milliers d'insectes bourdonnaient autour de moi , de gros lézards sortaient des

tombeaux. Des trembiemens de terre sont venus confondre dans ces sépulcres les noms , les âges , et mèier la cendre du maître à celie de iesclave.

Je m'embarquai à Naples, le 34 avril 1820 1 à quatre heures après midi , sur le paquebot il Tartaro. J'étais accompagné de M. Ciérian, jeune peintre de paysage , et de M. Van Cieemputte, architecte, pensionnaire de f école de Franœ à Ron^i , doué d'autant de modestie que de tcdent. Le zèie et les travaux de ces deux artistes m'ont été d'un grand secours.

Le Tartarù âdsait partie d'un convoi portant d^ troupes à Palerme. Sept vaisseaux ob^s* «aient à un bâtiment de 74 canons , le Capri. Nous sortîmes de la rade par un vent faible , mais assez favorable , qui devint ensuite trè&frais et tout*à^fait contraire. Après avoir vainement essayé de se metti^ sur le vent , tout le convoi s'établit en dérive , et se réunit , au bout de trois jours , sur la côte de Sicile , dans le golfe d'O&vieri, près de Mazzam. Au-dessus de la plage d'Olivieri , petit hameau pauvre et délabré , se voient , sur la hauteur , les ruines de Ty ndare , dont une partie , ainsi que ïe pro-

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montoîre , s'est abîmée depuis long-temps dans la mer.

A peine étais-|e débarqué j que le plus riche habitant d'OIivieri , dont nous réclamions f hos«; pitaiité , me dit naïvement , au milieu de son refîis , qu'il n'avait reçu de sa vie que le prince héréditaire de Bavière ; mais cette fois , ajoutaitii^ l'ai couru et insisté du meilleur cœur du monde pour lui offrir tout ce que je possédais.

Le bâtiment sur lequel j'avais fait cette traversée aussi peu commode pour moi que toutes les autres , était encombré de soldats napolitains , 4'officiers de cette nation et de leurs femmes , leurs enfans ; tout cela placé péle-méle 9 tout cela malade : de là un désordre , une sdeté » insupportables. Ces bonnes femmes se persuadèrent que la présence d'un Français devait porter malheur ; elles me prirent en grippe. Ce sentiment , qui ne les embellissait pas , vint compléter l'agrément, du voyage.

Olivieri dépend de l'évéché de Patti. On yoyait , au fond du golfe » les hameaux de Sainte- Lucie, Barcelona, Pizzo di Gotto » et le. château de Milazzo , i'antique Mylœ, célèbre par la bataille navale où le consul Duiliius vainquit les

Cartliaginois. La culture des monfagnes qui bordent ce rivage, était riante , variée; ie' soleil n'avait encore rien desséché. Au premier coupd ceil j les habitaîis me semblèrent soumis , avides , ne parlant que d'argent et d-alimens, de ce qu'ils avaient envie de prendre et de ce qu'ils auraient pu manger.

Nous étions à quatre-vingts milles de Palerme et à trente de Messine. C'est sur un plateau très-éievé qui s'avance dans la mer, auprès d'un petit couvent dédié à la Vierge ( Madona di Tindara) , que fut Tyndare ( 2 ) , jadis riche , peuplée et florissante par son commerce. Des vestiges d'une citadelle , d'un théâtre , d'un amphithéâtre , sont encore placés d'une manière pittoresque à mi-côte , entourés de vignes sauvages et de caroubiers. Je regrettais beaucoup de ne pouvoir m'y arrêter quelques jours. De la poiiite du promontoire , on jouissait aussi d'une vue admirable. Les ruines d'un temple qui pouvait être celui de Cérès , couvraient une colline voisine de nous. Assez près de là était celui de Mercure , dont Verres fit enlever la statue ; ce Mercure que Scipion , après la prise de Carthage , fit placer sur cet autei : Qui sàcris

âO SOUVENIRS

anniver^ariis apudeos, dit Cicéron^ ac sumtnâ religione coleretur , quem P. Afiicanus , Car* thagine. a^tâ , Tyndaritams non solùm suœ victortœy sed eiiam illorum fidei societatisque monumentum atque tndicium dedisset, hujtis vi , scelere impertoque esse sublatum. Voilà peut-être la place où Sopater subit son jugement : Equestres sunt medio in foro Marcel-lorum statuœ , sicuti ferè cœteris in oppidis Sidliœ ; ex quihus iste C. Marcelli statuam i/eîegit, cujtis officia in illa dvitate totaque pro* vincia recentissima erant et maxima : in ea Sopatrum , hominem tum domi nobilem , tum summo magistratu prœditum, divarican ao delignri juàet.

De grandes pierres blanches amoncelées dessinent le circuit des murailles de Tyndare et de ses portes principales ; le chemin passe encore dans ie même lieu que la voie antique. «Tallai ensuite visiter f église de la Vierge , qui date du xv/ siècle ; j'y trouvai un redoublement de ferveur y parce qu'une neuvaine faite à ia sainte image avait eu pour réwkat de rendre la parole à une jeune fille : ce dont je me suis aperçu , c'est que ce cuite tendre et touchant inspire aux

religieux qui desservent cet oratoire, le senti* ment de Thospitalité , qu'ils exercent de fa manière la plus égale et la plus simple. «Tétais monté jusqu'au monastère avec peine par un chemin scabreux , tantôt au fond d'un ravin , tantôt sur des rochers taillés en escalier : aussi cette course me fit-elle apprécier bien mieux encore l'excellente malvoisie de Tyndare.

Tout en montant au monastère , quand je me retournais pour respirer, il m'arri vait.de la mer, qui se brisait à nos pieds , un vent frais de nord , et j'apercevais à l'horizon toutes les îles éoliennes rVolcano, l'antique j/Kera; Volcanello, autrefois Evanyme ; Lipari ; Salini , autrefois Didyme, conntie par ses bains; et Stromboli , l'antique Strongyle. J'avais passé au milieu de toutes ces lies , le soir , au soleil couchant , par un coup de vent forcé : la iner était alors agitée , et les vapeurs condensées sur les montagnes semblaient être autant de tourbillons d'une fumée épaisse , que des volcans poussaient avec force vers le ciel. En effet, de temps en temps, les feux de Stromboli brisaient et dissipaient ces nuages. Nous passions sous cette voûte sinistre; et dans le fond le mont Etna , chargé de neiges ,

encore éblouissant de lumière , annonçait la Si' cile arec une inconcevable grandeur.

tTavais eu ie projet de suivre la côte jusqu a Palerme , de passer ainsi par Patti , Santa- Agata , San-Stefano y Cefalu et Termini; mais jen fus dégoûté par ia cupidité , la mauvaise foi de l'homme qui me louait trois chevaux et offrait de m'accompagner. On se réunit pour m'assurer <}u'il y avait peu de sûreté à voyager sans iappui des campieri (a), sons lettres de recommandation pour les capitaines d'armes et les syndics. L'établissement récent de la conscription jetait dans les bois une quantité de vagabonds dont la rencontre eût été peu agréable. Tout ce que je vis d'habitans de ce pays pendant ces premiers jours, mê parut pauvre, superstitieux, et d'une finesse voisine de la fausseté. Je dois dire aussi que l'expérience m'a ramené à des sentimens plus confians envers la population sicilienne.

La traversée d'Olivieri à Palerme fut assez rapide. Nous passâmes vis-à-vis d'un village abandonné , Joyosa Vecchia : ses ruines sont

(a) Garde-cl^asses et sergena des seigneurs et barons.

placées sur le sommet d une montagne , près du cap d'Orkndo , jadis Agaihyrnum. Au bas sont les lies de Felicudi et d'AIicudi [Phœnicpdes et Ericodes] , qui font partie de Tarchipel éolien. Toute cette contrée semble assez sauvage ; cependant de, petits hameaux paraissent parfois cachés dans des vallées. .

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