‹ Souvenirs de la Sicile, par m. le c. de ForbinChapitre 11 sur 26 · APERÇU · texte numérisé non relu

APERÇU

La révolte éclatait en Sicile, au moment où je quittais Messine. Avant de parler de cet événement, il est indispensable de remonter plus . haut et d’indiquer des faits qui peuvent en avoir été la cause ou le prétexte. J’y joindrai un aperçu de la population de la Sicile, ainsi que de l’état du clergé. et de sôn influence sur les barons et sur le peuple.' ^

D’après le dernier recensement , fait en 1812, la popidatioii de la Sicile s’élevait à un million huit cent ‘miHc âmes envh-pn ; 'et les impôts , outre les eominunatix , selon le dernier parlement de 1815 frétaient évalués à la somme, de 5,700,000 dneats napolitains.

Un ancien préjugé fort accrédité a fait çroire long-temps que le roi Roger avait partagé la Sicile en trois portions égales , dont il avait assigné la première au clergé, connu sous le npin

de braccio ecclesiastico , classe ecclésiastique ; la seconde à la noblesse , braccio niilitare ou baronale , clftfte militaire ou seigneuriale ; et la troisième à lui-méine. Cette prétendue division , contraire à tout principe de société , n’existâ jamais en Sicile, Trois ou quatre couvens, les Bénédictins de Catane, de Monréale, de Saint- Martin, possédaient des revenus considérables; le reste du clergé était à peine au-dessus du besoin. Les évéques de Monréale, de Palerrae, de Catane , les chapitres de Catane , de Girgenti et quelques abbayes, jouissaient seuls*^ des richesses de cet ordre. Le roi actuel réunit à la couronne l’évéché de Monréale, qui avait 90,000 écus de Sicile de rente , et il assigna à cet évêque un revenu de 8000 piastres. Il donna au prince Léopold l’abbaye de la Magione , qui rend environ 60,000 écus. Les autres biens du clergé ont été grevés d’un droit de dix pour cent.

On peut croire qu’il y a dans ce moment en Sicile quinze mille prêtres, moines, religieux, &c. Les couvens de femmes y sont en si grand nombre , qu’on ne craint pas d’affirmer que ces monastères renferment environ douze mille religieuses.

Le roi de Naples s’est réfugie deux fois en Sicile, en 1799 et en 1806. Son premier séjour fut de quelques mois seulement ; et le second , de dix années environ. La Sipile fut moins enrichie la seconde fois par la présence de la cour que par celle des Anglais , qui laissèrent beaucoup d’argent dans cette île. Le roi y dépensait forcément une partie des subsides qui lui étalent payés par l’Angleterre, et qui s’élevaient alors à la somme de 120,000 livres sterling. Le commerce et l’agriculture prirent un grand essor, les fermiers s^enrichirent , et la valeur des terres fut presque doublée.

La Sicile , livrée à elle-même depuis la paix , éprouve les embarras et la détresse qui la menacent depuis 1750. A présent, la concurrence des blés d’Odessa est entièrement au désavantage de cette ile , ainsi que la balance commerciale. Quelques étrangers y forment de grands établissemens ; . mais ces établisscmcns ne sont avantageux que pour les entrepreneurs, qui vont dépenser ailleurs des profits considérables. Le peuple cultive pour les auti’es', et cultive mal. L’absence totale de grandes routes rend l’intérieur du pays peu sûr , et le commerce impos-

sibic. Les- Siciliens ont déjà payé cinq fois le capital nécessaire pour établir par-tout des chemins aussi beaux que ceux dont on leur a montré quelques échantillons aux environs de Pèlerine et sur quelques points de l’ile.

La Sicile avait , sous la domination aragonaise, un parlement qui, dans le siècle dernier, se rassemblait trois fois par an. Ce parlement , composé de trois ordres , le clergé , la noblesse , et le braccio domaniale [ classe des hommes du domaine] , était, en définitive, soumis à la volonté du roi ; mais il avait conservé , avec le droit de remontrance , celui de voter ou de consentir , enfin de répartir l’impôt. La noblesse et le clergé faisaient peser cet impôt sur le peuple; mais les mandataires de celui-ci profitaient des besoins pressans des barons pour stipuler scs intérêts et obtenir des concessions avantageuses aux communes.

Le parlement sicilien , comme on vient de le voir , était la réunion de trois chambres , la chambre militaire , la chambre ecclésiastique et la chambre domaniale.

La chambre militaii'e se composait des anciens commilitones , ou grands barons et vassaux

de la couronne : on y avait joint successivement tous les propriétaires qui pouvaient fonder sur leurs terres un bourg de quarante feux. Le même individu avait une ou plusieurs voix , selon qu’il possédait un ou plusieurs bourgs de quarante feux. Les ])rérogatives attachées à la qufdité de membre de la chambre militaire étaient transmises héréditairement de mâle en mâle par ordre de primogéniture.

La chambre ecclésiastique comprenait tous les évéques , prélats et abbés commendataires : la suppression de l’emploi entrainait celle du droit de prendre séance dans cette chambre.

La troisième chambre était formée de tous les fondés de pouvoir des villes incorporées et terres domaniales : les délégués étaient élus par le sénat ou conseil municipal de chaque bourg.

En 1810, la reine, qui avait la prépondérance dans le conseil , ayant besoin d’argent pour faire la guerre aux Français , alors maîtres de Naples, voulut, malgré le parlement, exiger un nouvel impôt d’un pour cent sur chaque objet de commerce [ ogni contrattazione ]. On a cru que cette idée avait été suggérée à la 'reine par le chevalier Mcdici. Le parlement s’eu plaignit

232 APERÇU DES ÉVÉNEMBNS

hautement : le roi menaça ; le parlement refusa l’impôt et fut soutenu par la nation. La cour exila cinq des principaux barons , les princes dlaci, de Villafranca, de Belmonte, de Castelnuovo , et le duc d’Angio. Cet acte d’autorité porta le parlement à réclamer l’intervention anglaise. Sir William Bentinck , commissaire britannique , vint en Sicile , et; fut nommé par le roi généralissime du royaume; il délivra les cinq barons, en composa un ministère, et, sous la protection britannique, il convoqua, en 1812, un nouveau parlement, divisé, comme en Angleterre , en chambre haute et en chambre des communes. Le roi et la reine , retirés à leur maison de la Fieuzza , nommèrent le prince héréditaire vicaire du royaume, et approuvèrent la nouvelle constitution : mais , malgré les prières et les menaces de sir William Bentinck , le roi repoussa avec beaucoup de fermeté la' proposition qu’on lui fit d’abdiquer. Cependant la constitution était exécutée, et la Sicile jouissait , sous la garantie de l’Angleterre,, d’un ordre de choses obtenu sans effusion de sang et sans commotion violente.

On a pu croire que la reine, outrée de la con- ^duite des. Anglais , négociait secrètement avec

iu France; mais il serait impossible d’apporter la moindre preuve de ce fait. A peine cette princesse se fut-elle rendue à Vienne par Constantinople, que Medici et Ascoli furent exiles par les Anglais, et Je roi, pour ainsi dire', retenu et surveillé par eux à laFicuzza.

Les choses changèrent bientôt de 'facef; la ^ chute de Napoléon amena de nouvelles combinaisons politiques. Le roi se hâta d’en profiter , ressaisit le pouvoir, sanctionna la constitution de 1812, et le princè royal se démit de la* régence. L’éjïoque des cent jours, le traité de Paris , le renversement de Joachim , remirent le roi sur le trône de Naples. Avant son départ “ pour cette ville, et après avoir obtenu un don gratuit de 100,000 onces, il cassa lè parlement qui venait de Je voter, et annulla la constitution par un décret rendu à Messine, à, bord du bâtiment qui devait le transporter à Naples.

• Les Siciliens protestèrent et en appelèrent vainement à la garantie de l’Angleterre, qui les abandonna en blâmant et désavouant uu peu tard la conduite de sir William Bentinck. Le 8 décembre 1816 , le roi prit le titre de Ferdi-^ nand I.", et déclara la -Sicile province du

royaume de Naples ; cette ile perdit alors ses privilèges, ses lois, son antique bannière. On appropria le moins mal possible le code Napoléon aux habitudes siciliennes , et ce pays fut soumis pour la première fois à la conscription , et aux impôts du timbre et de Tenregistreraent.

On ne peut douter que ces mesures n’aient aigri le peuple et augmenté la haine des Siciliens contre la domination napolitaine. La misère, suite de fencombrement des denrées, vint encore ajouter au mécontentement général. On petit donc en quelque sorte excuser la sédition qui éclata en Sicile , et dont le signal fut donné par le royaume de Naples, à la prospérité duquel cette ile avait pu se croire sacrifiée. Les Siciliens « virent leurs efforts oubliés et leur fidélité méconnue ; il fut assez facile de leur persuader que le silence et la soumission ne pouvaient qu’empirer leur condition. Ce peuple ardent, exaspéré, se trouvait ainsi placé entre la misère et la révolte.

Les premiers troubles éclatèrent dans la ville de San-Cataido, où les registres de la carta bollata(a) avaient été brûlés par le peuple. A

(a)- t’apicr limbré.

• * Girgenti et à Calta Nisetta, ies conscrits furent arrachés des mains des soldats. La Bagaria, près • de ia capitale , devint le théâtre des scènes les plus sanglantes entre le peuple et les troupes napolitaines. Ainsi tout faisait prévoir que,'' dans l’état de fermentation où étaient les esprits à Païenne et dans le reste du royaume , la plus petite étincelle produirait un grand embrasement. Telle était fa situation de la Sicile le 1." juillet

Cependant la révolte de Naples éclata le 2 du même mois : quelques troupes qui désertèrent sur le monte Porte , se réunirent aux v carbonari des deux provinces de Salerne et d’AvelIino. Bientôt cette force armée prit un tel accroissement, que, le 6 juillet, le roi se vit con- . ■ traint d’octroyer la constitution d’Espagne. Le nouveau gouvernement provisoire de Naples, soit indécision, soit imprévoyance, soit enfin habitude de considérer la Sicile comme une dépendance nécessaire de ce royaume, n’expédia personne, ne donftâ*aucun avis à Palerme de tout ce qui était survenu à Naples , et la révolte y fut ignorée jusqu’au 15 juillet. Vers le milieu de cette journée, un petit bâtiment anglais fit

connaitre à Païenne le changement opéré dans la monarchie, et jusqu’aux couleurs de la rébellion. Cette nouvelle fut reçue et connue au milieu du mouvement ocasionné par la foule réunie pour célébrer la fête de Sainte-Rosalie. Quatre cents soldats du régiment des gardes se précipitèrent sur le Cassero , portant les couleurs des carbonari ; le peuple se réunit à eux en poussant les cris de Vive le roi constitutionnel , et tout se passait avec une sorte d’unanimité et 'de modération. Le soir dû 15, le général Church, Anglais au service de Naples, indigné de l’indiscipline des troupes , rencontre un soldat avec le ruban des carhonari; il le lui arrache, et lui ordonne de se rendre aux arrêts. Ses camarades se réunissent , et veulent s’emparer de Church; il prend la fuite, et le général Coglitore reçoit une blessure au bras en sauvant cet officier de la fureur populaire. Le général Church pai-vint à se rendre chez le lieutenant général Naselli , qui facilita son évasion. Le peuple, voulant venger l’insulte faite aiï ’^ldat , se porte à la maison de Church, s’empare de ses meubles, et les brûle sur la place publique avec un désintéressement remarquable. Le 16 juillet, le même

peuple brûle egalement le mobilier de la maison des jeux publics et . celui du ministre Ferreri , depuis long-temps suspect à la nation sicilienne.

Tout avait été calme jusqua midi. Les Paicrmitains apprirent alors que les troupes se réunissaient dans les casernes avec des intentions hostiles. On se porte chez le lieutenant général pour connaître les ordres qu’il a.donnés. Naselli se trouble et craint' pour sa personne; le peuple lui demandant des armes, il cède et livre l’arsenal

de Cas*el-a-mare. Les citoyens s’armèrent et sortirent sans commettre aucun excès. Cependant un. régiment de cavalerifc , dont un Sicilien, le^ prince de Campofranco, était colonel, se trouvait rangé en bataille vers la porte Felice. On ignore de qui cet officier supérieur avait reçu l’ordre de charger le peuple dans la rue du Cassero. Le colonel dit, pour sa défense, que, trois cents insurgés étant venus de la^Bagaria pour ouvrir les prisons et délivrer les forçats , il avait cru devoir remédier à ce désordre en opérant une puissante diversio'n. D’autres «personnes assurèrent que l’ordre venait de Naselli lui-méme. Ce régiment tua ou blessa deux à trois cents per-,, sonnes; mais il fut détruit en partie, soit par la

populace qui débouchait des rues adjacentes, soit par les citoyens qui, des fenêtres et des balcons, tiraient sur les soldats. Enfin la garnison et le reste de.ee régiment furent contraints de se réfugier à la Bagaria. Naseili voulut s’embarquer sur le paquebot qui était en rade , protégé par le château, et sur lequel, cinq jours auparavant, il avait fait transporter une partie de son mobilier. Ce projet fut exécuté , et le gouverneur,, abandonnant son poste, revint à Naples.

Le peuple,' après s’étre rendu maitrMu château, cherchait, dans la journée du 17, le prince de la Cattolica , qui avaRt fait tirer sur la foule ; on l’atteignit à la Bagaria , et il y fut tué. Le prince d’Iaci et l’officier Lanza subirent le même . sort , parce qu’ils étaient parvenus à faire encloucr deux canons que les révoltés traînaient après eux. Il est triste d’étre obligé de dire qu’on vit dans les rangs de la plus vile populace, et à côté des forçats, des nobles, des prêtres et jusqu’à des religieuses, qui pi-enaient part à la sédition. Le 18 juillet, les troupes furent désarmées, les soldats consignés, et les officiers mis dans une maison à part; ils y furent nourris aux dépens du public. Cependant, par une sorte de justice

‘ survenus en SICILE EN 1820. 239

qui ne désignait que les chefs à la vengeance populaire, les Napolitains ou les étrangers n’eurent à craindre ni pour leurs biens , ni pour leur personne; et, après cinq ou six jours de détention, ils furent libres deretoumer dans leift patrie avec leurs familles et leurs effets. Une junte de gouvernement fut élue à Palerme ; elle essaya de rétablir Tordre , et le fit avec assez de succès jusqu’au 28 juillet. Une députation partit de Palerme le 2 août, et se rendit à Naples pour demamler au roi findépendance de la Sicilé et renouveler aux pieds du trône le serment de fidélité.

A Naples , cependant , on nourrissait la secrète , espérante d’opposer la Sicile à elle -même, en déclarant' Messine capitale de cette ile. Il est nécessaire de dire que la population de Messine passe pour être entièrement dévouée aux Anglais, et pour avoir été de tout temps jalouse de la prépondérance de Palerme.

-Le gouvernement papolitain pensait que les chefs des barons siciliens avaient organisé et dik rigé les troubles de Palerme des 1 6 et 17 juillet; ils furent même hautement accusés d’avoir fait crier Vive la constitution de 1812, excitant ainsi ‘

2iO APERÇU DES ÉVÉNEMENS'

le peuple à redemander la chambre des pairs et celle des communes. On ajoutait que les barons siciliens coloraient leur révolte du prétex,te spécieux que le roi avait juré et sanctionné le maintien dé la constitution de 1812, et que l’influence napolitaine leur avait seule arraché ce bienfait.

Ouoi qu’il en soit, fexemple de l’Espagne entraîna tous les esprits, et les jeta dans cet abîme de maux auxquels la sagesse et la fermeté n’ont encore pu apporter que de bien légers palliatifs. On peut dire, pour la défense des bàrons siciliens, que leur renonciation aux droits de la pairie suivit immédiatement la nouvelle de l’acceptation de la constitution espagnole. Ainsi la question ne saurait se compliquer par les prétentions de la noblesse, qui ne se sépara jamais du reste de la nation , et qui seconda seulement de toüt son pouvoir fancienne et constante aversion des Siciliens contre les Napolitains.

Don Diego Naselli, noble sicilien, alors âgé

soixante ans, était peu propre à gouverner la Sicile dans un moment de révolution. Toute sa conduite porte l’empreinte de la faiWes.se et de Pirrésolution ; mais il ne mérite pas les

l'cproclies odieux dont il u été Fobjet. Sa plfis grande faute, celle qu’on peut regarder comme la cause de tous les événemens qui suivirent, fut d’armer le peuple ; dès-lors aucune barrière ne put arrêter ce torrent impétueux ; et certes fétat de l’Europe depuis trente ans olTrait pourtànt à ce gouverneur de grandes et tenibles leçons, qui furent perdues pour lut et pour la Sicile. ' . ‘ ■

On aurait sans doute assoupi les premièras convulsions de ce mouvement par une grande fermeté et une juste sévérité; peut-être aus.si fallait-il mettre plus de franchise et de promptitude dans la communication des nouvelles' de Naples. Telle fut enfin la révolution de Palerme, dont l’explosion fut déterminée et rendue plus teirible par .l’ignorance du peuple et le silence timide du gouvernement. r

Terminons ce précis des événemens dont’ la Sicile a été le théâtre. Le prince de Villafranca arriva de Naples à Palerme le 24 juillet. Il fut poçté en triomphe par le peuple , et immédiatemc*it investi de la-présidcnce de la junte. On re- . fu.sa Centrée du port à deux frégates na|)olitaines et à (feux brigantinsqiii sollicitaient la liberté des

24 â APERÇU DES. ÉvÊNEMENS .

sùldate napolitains emprisonnés depuis les 16 et 17 juillet. Cette réciaii>ation fut troussée. La junte de Paierme jidressa une circulaire à toutes les municipalités siciliennes. Messine , toujours rivale de Paierme , restait unie aux intérêts napolitains. L’opposition de . Calta Nisetta fut punie par les Palermitains de la manière la plds cruelle. Les villes de CefaIu, Bisacquino, Carini, Calta Girone, Ficarra, Aidone, Licata, Mai^alla, Titiina . Mistretto , s’empressèrent de nommer des représentans à la junte palermitaine. Cette junte, investie de l’autorité nationale, constitua la force militaire, l'ecueillit les dons'patriotiques, et chercha à établir une* sorte de régularité dans la perception des impôts. Elle épura les autorités , enrôla les citoyens , et déclara que tous les em])!oyés faisaient partie, de la force 'aniiitaire.

Pendant que tout se passait ainsi en Sicile, la députation envoyée à Naples y recevàit une réponse propre à calmer les esprits, et le prince vicaire général choisit bientôt don Piorestan ^ Pépé pour traiter avec la junte* palermitaine. La députation, revenue de Naples à Pionne le 8 septembre , annonça aux Siciliens que

rindépendanee ^de l’jle serait accordée pai' Sa Majesté napolitaine, pourvu qu’il fût prouvé que cette indépendance- était le voeu de la ma* jeure - partie de la population. Ainsi le -roi de Nàjiles aurait gouverné' deux peuples indépen-' dans l’ un de l’auti^et régis par des constitutions diflerentes. • •• ' •

Le général Pépé débarque à Milazzo, le 1.5 sep* tembre , à la tête de quatre mille hommes envi* ron; il refuse de traiter avec huit députés, de la junte, et manifeste fintention de marcher immédiatement sur Païenne. Cette ville sé pré* pare à soutenir un siégé. Les. gens sages sentaient tout le danger de confier la défense d’une capitale à une populace, plus disposée au pillage qu’au combat. Le président de la junte et sept autres membres partent pour Têrmini, et veulent . régler avec Pépé' les conditlhiis d’une capitulation. Une tempête violente empêcha la députation de ^tourner par mer à Païenne et de faire connaître à cette ville les termes du traité. Le peuple de Palerme s’assembla tumultueusement, et l’approche des troupes du ^né-* ral Pépé fut regardée comme une trahison de la junte, soupçonnée de vouloir livrer tous les

244 ■ APERÇU DES ^VÉNEMENS '

chefs et les fauteurs des évéïuyiens des 16 et 17 '.juillet. Bientôt tous les postes de la garde civique furent assaillis, l’autorité de la junte fut entièrement méconnue, le palais de Villafranca forcé et pillé. ' . ' '

. L’airivée des troupes dè ^pé aux portes de Palérme contraignit ces-baifdes indisciplinées à ne plus songer qu’à leur défense : elles se portèrent avec violence contre les troupes napolitaines, les attaquèrent sur tous les jioints, et obligèrent. Pépé de reculer jusqu’aux eaux du Corsaire. La flotte de Naples n’ayait pu venii’ au secours de son armée de terre , parce tjue la forteresse et les barques canonnières de Palerme firent sur elle pendant quatre jours un feu continuel , si bien soutenu., qu’elle fut obligée de s’éloigner' de la <ète.

, La, position dé Pépé devenait d’autant plus ; critique , que les ‘attaques des PaleCniitaiiis étaient appuyées par les mouvemens /les' petites villes voisines, qui ne cessaient de harceler ses troupes pendant la nuit. Un renfort de 'mille -bojnnies qui lui venait de Trapani j fut mis en déroute à Monréalc. Ces revers engagèrent le général napolitain à envoyer des parlementaires

à Pfderme. Le major Ciancniüi chargé (le cette mission , troava cette ville livrée à la pfus horrible anarchie. Le princé de Paterno , fort, aimé des Siciliens', pi^' dès ce moment «sur lui la direction des adirés;' Àprèè plusieurs conférences, un-^^aité signéà bOrd de !»■ goélette anglaise the Bazor générai

maître de la ville, et garantit auii'Siciliiens jl’exécution de plusieurs cp^d^ms stipulée^datts ips limit^ de ses pleins pouv<^n. Palerme Ouvrit ses portes ; Pépé' occupa les forts , plaça le prince de Paterno a la tête d’une junte provisoire , consolida l’oi’dre public dans la ville et dans les vallées voisines, désarma le peuple ,- et nomma le générai Carapana gouverneur de Pàlermé.

Dès <jue le. parlement de Naples fut instruit de cet événement, il déclara nulle et non avenue la convention militaire que le général Pépé et le prince "de Paterno venaient de faire entre eux.- L'anhullattOB du traité porta le mécontentement (le la Sicile à son comble. Fiorestan Pépé fut rappelé , et le parlement napolitait^l^j^mplaça par le généi ui Coletta : celui-ci p^^|K>ur Paleiiiie avec un nouveau renfort de troupe#, et prit les mesures les plus sévères contre toutes

246 APERÇU DES ÉVÉNEMENS iè» dstsses de citoyens. Beaucoup de propriétés furent séquestrées, et rim|X>sition d’une contribution de 90,000 onces réduisit ia Siciie au désespoir.

Le |)aHeinen^ napolitain déclara Messine capitale de la Sicile ; . mais . cette mesure né fit qu’exalter davantage fesprit d’opposition et de rivalité qui existait entre Messine , Catane et Girgei>ti, d’une part, et Païerrae et tout le reste de la Sicile , de l’autre. Le désordre augmentait avec la faiblesse et f incertitude du gouv ernement napolitain. Mis hors de |a loi de» nations ptû' le congrès de Laybacb , préparant avec activité la défense de son territoire, le parlement napolitain abandonna la Sicile à ses 'propres ■ fureurs. L’anarchie était à son comble dans cette belle contrée, lorsque les Autrichiens s’emparèrent de Naples, occupèrent le rôyaume , et , sous la conduite do généraLWalmoden ,' débarquèrent à Palerme, le 31 mai. 1821, au nombre de six mille hommes. Une seconde expédition autrichienne , abordant à Messine, fut disséminée sur la côte orientale de la Sicile.

• Des bandes habituées au désordre, et formées de tous les forçats, qui, à la faveur des derniers

troubles , sont parvenus à rompre leurs chaînes . et à s’échapper des bagnes où ils étaient. renfer> inés., «e sont réfugiées dans les parties les plus désertes du pays : on poursuit ces brigands ÿ mais une fuite précipkéé les transporte loin de fendroit où l’on croyait les atteindre j et ils reparaissent sur**un autre point H n’existe aucurie sûreté intérieure en âicile, e^ tout ’y est provi- ■ soire. Cependant un décret du roi de Naples rétablit le siège du gouvernement à Païenne.

Un conseil suprême doit régir ce pays; il ne règne jusqu’^ présent que sur des haines, sur des cendres, enfin sur une misère générale et profonde. - . ,

(1) Page tO, Il arriva dans ce genre un^ shigu- .

iiüi% méprise. Meibooni ie fiis , ayant iu dans un itinéraire d'Italie nouvellement publié , Petr9nius Bononice integer asservatitr , ipsumque ego meis oculis non .sine ddmiratione vidi, crut que Ton venait de découvrir à Bologne un manuscrit entier et complet de la fameuse .satire de Pétrone, et il ■partit de Lubeck pour voir cette merveille sur le lieu. Arrivé à Bologne, il va chez mi antiquaire, le livre à la main , et lui demande si le fait qui s'y trouve annoncé est vériLible. L'antiquaire le lui confirme , et le conduit à l'église de Saint-Pétrone., dont le sacristain , mandé pour cela, lui fait voir le Petrortium integrum', c'est^-dire , le corps du saint évcque conservé en entier. < • • ’ .

(2) Page 99. Les médailles de Tyndare représentent ordinairement : • ' ;

' Une tête de jeune homme. — B. Léda et le cygne.

Une tête de Vénus. — R. Vénus en pied, avec l'Amour. '

Une tête de Minerve ou de Cérès. — /î. 'Deux étoiles au-dessus de bornes ou d'épis.

'(3) Page’33. l«s<inëdaiiles de* Pïilerâie/ tique Pa/ionn« /représentent ordinaireilient:^ ' y - ' La tête de iSiierve, ou cel(e de Cérès » couronnée (Tépis. — ’.R; Troii |alB{teaÿ<.aujBaiIieW'<lea({Uelies se trouve ifm tête de <Médusc^ «t dâ ^s de' bié tientour V ce qui est ie, symboie do is ^(Vinaci^«w SieSe.

Une. tête de Jupitex.-^iL • Màr^eb pied>^

‘ La tête d’Auqgoste.-^^ La.Vtqtoifift, ou unedH»' nité quefcênque.: CeMiènuères ont souvent leXecgne en lettres grecques, K - ' ^

i, Oucique»-unes repiësentênr.soit Juphâr od Apei> k>n;.soit Juies-César,' MéteOus ou un atfAi .consid romain, soit un aigle avec uhe tête au revers.

Celles qui furent fr;ip|)éeS par les Carthaginois, lorsqu’ils étaient maîtres de Palermé, sont plus estimées que les précédentes. Voici la description du plus grand nombre .‘ •

Ün 'psdmier, emblème de fa Phénicie, mère-patrie des Carthaginois. — R. Une tête de cheval et des caractères puniques.' . . «

D'autres médaifies' ont' ^ur effigie une tête de femme avec des poissons alentour. — -R. Un quadrige ou une tête de cheval avec un palmier.

On voit sur d’autres la tête de Cérès , et au revers un. bœuf, ou P^se , ou un palmier.

(4) Page 56. Les médailles A'Hyccara sont nues:

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elies représeotent urdinaimnen} unfe tête d’homme bai^o , et le reversé un, chien. - • / . •.

(5) Page. 63.' Le portique du temple' de Sêgeste forme un pacailéiogmmme r^tangie , ei'a< cent soixante-quinze: pieds de long sur, so.ixahte> treize de ,iai^; chaque colonne a vingt-huit pieds et un pouce de hauteur six pieds .deux pouces de diamètre ihierieur ; e^ le diamètre supérieur se réduit à cinq pieds deux pouces.-' L’entre-coionnement varie de six pieds *

six pouces à sept pieds deux pouces ; mais , entre les deux cojoVmes d’entrée., il est de sept pieds’six pouces.

Le nombre des pièces composant chaque colonne est de dix, onze .ou douze assises. Les corniches, ont douze pieds six pouces chacune ; la hauteur de la frise est de trois pieds un poi^six lignes, èt*celie de tout l’entablement est de dix pieds huit pouces ; mais les moulures ont peu de relief j et le fronton est très>^rbaissé. Le temple a cinquante-six pieds d’élévation, 'y compris les trois degrés. . . ' > •.

Les médaillés d’ÉgesIe ou Ségeste . représentent ordinairement:

Cybèle. — R. Un soldat, ou Ence portant son père sur ses épaules. • • . . '

Un combat de lutteurs. — ïî. Un chien.

Hercule tirant de l’arc. ^ — 'R. Deux hommes levant un sac. ■ • . • .

NOTBS. 251

• Une . tète de Itéras couronnée du diadème , ’ avec l'exeipie : B G BS TE. — R. Un ohien avec diilerens embièmes. • .•

üifc tète de Minérve. — R, Hercule.. , .

LA DIANE DE SÉGESTe!

(6) Page 63. Ségeste est une dis plus ancieiuïès vtlies de la Sicile ; et Ton £iit remonter son orig^ à Énée , qui , s étant sauvé du sac de Traie , en jeta , dit-on , les fondem'ens , iorsqu’U venait en Italie. Voilà pourquoi les Ségestains se croient unis au peuple rômam , . plus encore par les liens du sang que par ceux de l’alliance et de Famitié qu’ils ont entretenues de tout temps avec lui. Cette ville autrefois , dans une guerre qu’elle eut à . sout Aüten son nom et avec ses seules ftMces , ' fut prise et ^truite par les Carthaginois , qui transportèrent en Afrique tous les omemens qûi pouvaient embellir la leur. Parmi ces dépouilles était une Diane en bronze \ aussi renommée par la perfection du travail que parj’ancienneté de son culte: mais tout se borna ponr elle à*ceMenIèvement car, en aHant à Carthage , elle changea seulement de domicile et d’adorateurs ; et son extrême beauté lui fit reb-ouver chez un peuple ennemi ce religieux concert d’hommages qu’elle obtenait auparavant.‘ Long-temps après , ^Carthage elle-mcme fut. prise par le second

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