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Séipion l'Africain. Et remarquez ici, Romains, l’attention scrupulense du vainqueur , afin que les grands exemples de vertu qu’offre votre histoire , en vous rappelant des souvenirs flatteurs , vous pénètrenf d’une juste indignation xontre Taudace inconcevable de l’accusé. Sachant que. la Sicile avait été souvent ravagée par Jes- Carthaginois , il convoque tous les Siciliens; il s’engage , à fa^ les plus exactés ■ recherches , et promet à chaque peuple la restitution , s’il y a Heu , de tout ce qui peut lui avoir appartenu. Ce fut alors que ^’on 'rendit aux Thermitains lés statues enlevées de la ville d’Himère, et dont je vous ai parlé. Qn réhdk pareillement .à ceux de Gela et d’Agrigente ce qu’ils avaient perdu. Ceux -ci recouvrèrertt', • entre autres choses, le fameux taureau de Phalaris, où ce tyran , le plus cruel jamais , se plaisait à faire
enfermer des iiommes viVans’, pour les tounnenter par la violence des feux allumés tout autour. On rapporte que Scipion , en le rendant aux AgrigentiAs, leur dit qu’ils pouvaient juger s’H n’était pas plus avantageux pour eux d’obéir^aux Romaiys'que d’étre esclaves de leurs . (XflTi|}atribtes , puisque, ce monument attestait tout à-la-fois et la cruauté de ces derniers et la douceur de notre empire. . ^ j
A cette même époque,' la statue dont il s'agit fut rendue soigneusemént aux Ségestains , reportée à gégeste , et replacée dans son ancien temple,, au
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milieu des acclanultioiis de toute la ville' et des tràn^ ports de la joie la plus vive. Le piédestal, fort élevé, retraçait & nom de Scipion , écrit en gros caractères, avec une inscription qui rappelait la prise de Carthage, comme cause de ce rétablissement.' Cette Diane était l'objet du. culte des habîtans et^de .la curiosité t|es étrangers. Pendant ma questure en Sicile, ce fut. la première chose qu’on me montra. Elle avait pour costume une robe longue , sur une taille presque colossale, . et d’une grosseur proportionnée ; ce qui n’empêehait pas qu’elle n'eùt l'air et les traits déhcâts d'une viei^e. Un carquois pendait sur scs épaules; elle tenait un arc de sa main gauche, et de la droite une .torche enflammée.
, Cet.. ennemi de toute religion, ce ravisseur des choses sacrées, ne l'eut pas plutôt aperçue, qu’on eût dit que le flambeau de la dé^w avait porté le. feu dans son ame^ tant il ’est possédé cui désir insensé de l’avoir. Il ordonne aux magistrats de la faire descendre dé sa base, et de la lui donner^ ajoutant qu’ils ne pouvaient lui (aire un plus grand plaisir. Iis s’y réfusent par. des considérations tirées de rénormitéifun tel sacrilège ; d’autant plus que la crainte des' lois et des jugemens, non moins que la ^religion , leur impose la nécessité de lui désobéir,. Point de raisons : il prie , il menace , employant tour à tour les promésMS et la crainte. Les Ségestains opposent le nom de Scipion l’Africain, et lui représentent que c’est un présent du peuplé
romain ; qu’ik n ont fias le droit de dispt^er de cette espèce de trophée qu'un illustre générai, devenu maître d'une TÜie ennèmie , avait voulu laisser* à ’ Ségeste comme un monument de cette importante conquête.
' Verrès , bien loin de se ralentir , devient chaque jour plus pressant ; mjiis sa demande, a3tant été soumise au sénat, est suivie d'une réclamation générale; de sorte que, dans ce voyage, le premier qu'il fit à Ségeste , il ne remporta qu’un refus absolu. Depuis cela , dans teu.tes les ' répartitions publiques ; c'est-à-dire , autant de' fois qu'il fut quéstion d'exiger des rameurs, des matelots ou des grains; il ne manquait pas de taxer les Ségestaios plus que tous les autres, et inéme au-dçlà de leurs forces : de plus , il , mandait leurs magistrats ; il retenait auprès de lui les plus honnêtes gens et les plus qualifiés; il les traînait dans- tous les lieux où <11 tenait ses assises; il déclarait à chaêun d'eux en particulier qu'il le perdrait ; il ne pariait de rien moins qtié de ruiner la ville de .fond en comble. Enhn'ies Ségestains,'làs de tant de persécutions , et craignant des maux plus'grands eiicoré , se déterminèrent à céder. En conséquence , au grand déplaisir de tous les habitans , au milieu- <^es pleurs et des lamentations des hommes et des femmes , on propose au rabais le déplacement de la statue de Diane. ■ Vous jugerez , citoyens , de la sainteté de son culte*, en apprenant qn'il ne trouva personne à
Sieste, soir honiine iilire, sert «sdsve, ou citoyen,.
.ou étranger, qui voulût y porter h nuun. Sachez ^ *1
qu’on ht venir de L^yhée quelques barbares,. qui, ne soupçonnant riçrt-^ cette knpidtd,.'.s’èh^èrent ■pour de l'argent à rûtôr-de sa base. F^urez-vrous le concours prodigieux des femmes,)- ^ k yàe às -eè jdëploiabie spectacle. CpnçevM les gémissemm 'des vieillards, dont quelqüeS-uns jSe 'souvenaient .du* |d«r où cette même Diane, re|wrtée.de Gaitiisij^à Sdgestê,avait annoncé le^'stftx^ des armes roniaines. Quel Contraste! A cette époque /brûlante, un.Hâos;^^ néral du peuple romain, .reiidait adx S^ekains*les dieux' de leurs pères, qu’il avait repris 'sur les énncmis ; et dans leur vieillesse ils voyaient un préteur de ce même peuple, non moins infanie-que^étestable, les. enlever par le sacrilège le plus horrible. Qui ne sait pas, dans toute la Sicile, que, lors de cette exportation , les femmes et les filles de Ségeste, entourant la statue , ‘répandirent sur elle des parfums précieux, la couvrirent de fleurs et de guirlandes, brûlèrent de l’encens en soi) (lonneur et l’accompagnèrent jusqu’aux confins ddeur territoire? (Cicéron, l^err. ly, 3^) ’ - ^ ‘
'(7) Page 64, Il ne sera pas mal’d’expo^ ici trèssuccinctement l'histoire de cette mémorable vengeance, Charles d’Anjou régnait en Sicile depuis l’an 1265,
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Ses ministres, ses lieutenans, ses principaux magistrats, étaient Français.' Charles levait sans cesse de nouveaux impôts; chaque .jour des ordonnanoes tyranniques opprimaient la nation , mortifiée chaque joui; aussr par des .violences, et sur-tout par des insultes faites aux femmes de. toutes les classes. Cet état insupportable^ dura dix-septans. Ciiarles, qui était alors à Viterbe, ne. tint -aucun compte des plaintes que la Sicile entière .portait contre Herbert Orillon, vice-roi du pays, Jejgi de Saint-Remi et Thomas Boussan,' Charles'sc contenta d’écrire; et rappela, vainement ces hommes pervers à deS principes plus équitables. . ■
Le pape Niçoias III, ennemi de Chaifes,' chargea son légat d’assurer les Sjcilians de son appui. Enfin dean de ntôcida, homme courageux, anii de ce Mainfroi qui avait pefdu la couronne de Sicile et la. vie . dans une bataill* livrée à Charles d'Anjou conçut le projet de délivrer son pays du joug des Français. 11 confia Son plan à Alano de Lentini, Palmerio Abbate,
Gautier de Cal ta Girone, tous gens influens et dévoués à la maison d’Aragon. Procida est dépêché vers Paléologue ; il arrive à-Constantïnopie, effraie l’empereur d une guerre que Charles d’Anjou est près de lui susciter'. Paléologue l’écouté; H èntre dans les intérêts des Sfêiliens,, écrit à Pierre d’Aragon et à Nicolas 111.
Procida; revenu sans péril à Messine, fait part aux conjurés dti succès de cette première entreprise. On •
chai^'e de la tnis^iotV honorable, mais toujoars hasardeuse, de porter tes lettres de Paléologue à Pierre -et à NicoFas III i ce dérnier le bénit, et promet cTôurdir une. trame. aoMr/fliMe et cruelle contre les Français. Mieux reçu encore par le' prince aragonais/ Procidâ ' fe.tounie à ' Constantinople , et - ramène à Barcelone. Accardd Latino, homme de conhance de l’empereur, chargé ^.d’une grosse 'somme d’or et qui devait ‘s'e'ntendre avec Pierre d’Aragon sur le plan et les moyens - d’exécution de la conspiratfon. Là fut arrête le massacre général des Français en Sicile. .
Procida retournait dàns cette île lorsqu’il apprit la nouvelle de la mort du pape Nicolas III,* qui était lame de cette grande entreprise. Procida , atterré , sentit néanmoins qu’il làllait brusquer ’ ce ‘terrible dénoue-' mentf La police, peu habile à cette e'pqque, le laissa , dit-on, parcourir les villes de la Sicile , passant pdUr fou , et , selon quelques liistoriens,- soufflant dans une sorte de tube qu’il appliquait^à l’oreille de tout le monde. Il avait soin ,’ ajoute-t-On de ne dire aux Français' qu’une bouironnerie qUi les faisait rire , tandis qu’il transmettait aux Siciliens, au nom’de Pierre et du saint-siège , l’ordrê de massacrer les Français le 30* mars 1282. Quoi qu'il en soit de ce "detail , le massacre eut lieu cé' jour-ià sur tous les points' de la Sicile. Huit mille Français en' furent victimes : on ue respecta ni Lige, ni le rang, ni le sexe; renfiinl