‹ Souvenirs de la Sicile, par m. le c. de ForbinChapitre 3 sur 26 · AVERTISSEMENT. V · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. V

,vrage , se trouve dans sa nature même :

je n* écris qu*un journal , sans avoir la prétention de fournir des matériaux à Vhistoire.

Ceux qui étudieront désormais le caractère de la nation sicilienne , le < trouveront peut-être bien différent de ce qu'il parait être d'après des' relations faites avec exactitude , et de ce , que j'er{ ai dit moi-même. La physionoffiic des peuples est changée par les révolutions, comme celle d'un individu est souvent altérée sans retour par une maladie. Quelquefois aussi, et les Grecs en offrent un mémorable exemple , des convulsions subites, une juste résistance, ennoblissent des traits (pue la servitude avait long-temps dégradés.

J'ai laissé à mes notes comme à mes croquis leur seul mérite , celui de la

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vérité. H faut être bien habile pour ne pas gâter, en le terminant, ce que Von a esquissé d/après nature.

Un éditeur éclairé , M. Osterwald de Neufchdtel , s'est chargé de la publication de tous les dessins que fai rapportes de la Sicile. Plusieurs livraisons de son grand ouvrage ont déjà paru : elles ont réuni tant de st^Jf rages, leur exécution est si pure et si vraie , que je me contenterai de renvoyer à cet ouvrage, sans louer davantage cette belle entreprise.

Les origines , les époques, des nomenclatures , des recherches géologiques , enfin des généalogies depuis SatürrCe jusqu'au monarque actuelFerdinand I.*' , tout cela se trouve dans quelques ouvrages sur la Sicile, publiés par des Français depuis peu d'an-

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nées. Parmi ces voyages , plusieurs me

semblent instructifs.

^Uouvrage de Houel offre assez d* unité et d'exactitude. Les gravures anglaises, publiées récemment, où Vart du burin est poussé à un si haut degré de perfection , ont peut-être le tort de rapetisser les sites , d'en détruire le caractère, et de transporter en Sicile la lumière douteuse , le ciel incertain

de l'Ecosse.

Urf voyageur français n'a presque confié qu'à moi qu'il sortait du collège lorsqu'il est allé en Sicile; en effet ,

son style a de la jeunesse et de la cha-

leur. Séduit par la naïveté de sa narration, je n'en ai senti qu'avec plus de regret qu'on ne pouvait être ni jeune

ni naff à volonté.

Si le lecteur veut bien s'unir à mes

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impressions et tolérer mes jours de tristesse , s^il daigne continuer à me suivre dans mes excursions , il verra peut-être que V aspect d'un beau site, ou V effet puissant d'un noble souvenir, parvient quelquefois à dissiper les nuages de mon imagination,

L'éditeur de l'ouvrage de l'abbé de Saint-Non , publié avec un si ^and luxe , monument de l'infériorité des arts à cette époque , si l'on en excepte toutefois les planches dè Després ; cet éditeur, dis-je, estloin d'être ingénu. Entraîné par une imagination brillante , il n'a rien vu comme un autre f et je suis tellement comme un autre,

que je n'ai rien vu comme lui.

AVANT-PROPOS

La Sicile , placée entre fe 30.* et ie 34.* degré de longitude , le 36.* et le 38.* degré 25 minutes dé latitude, à Textrémîté méridionale de Tltalie , est l’île la plus considérable delà Méditerranée. Un détroit d’environ deux lieues la sépare du continent. C’est à sa forme triangulaire qu’elle dut jadiÿ le nom de Trinacrid.

Son circuit est âe six cent -vingt-quatre milles d’Italie ; et sa longueur , du cap de Lilybée au cap Peloro , est de cent quatre - vingts milles. Trois jambes d’homme , placées en forme de rayons autour d’une têfe, et un épi de blé entre chacune d’elles, désignent à -la -fois, dans les anciennes n^édailles de Sicile,

AVANT-PROPOS

et sa fécondité et ses trois promontoires les plus célèbres.

Tout porte à croire, avec Piine, que quelque tremblement de terre a séparé ' cette île de fltalie. Les poètes se sont emparéâ de ce phénomène. Strabon et Dîodore n’en parlent que comme d’un fait incertain , et dont l’époque se pefd dans la nuit des temps. M. de Bufibn assigne une autre cause à cette révolution d’une partie du globe, celle de l’accroissement subit de la Méditerranée , lorsque les «barrières <îu Bosphore ne fermèrent plus le passage aux eaux de la mer Noire et de la mer cTAzof. Ce grand événement, dit-il, doit avoir été bien antérieur à ces fameux déluges de Deucalion et d’f^gjgès*, dont la fable ’ seule nous a conservé la mémoire.

Peu de pays soqt aussi montueux que

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la Sicile; les monts Scuderi,et Gomelli sont presque d'une élévation égale à celle de l'Etna, qui est Tune des plus hautes montagnes du monde, et ^utêtre le plus terrible volcan. L'Etna épouvante toute la Sicile; et, quoiqu'il en ravage une partie, il n'ést pas dou> teux que cette île ne doive à ce volcan le germe d'une inépuisable fécondité, ses bains sulfureux et ses eaux thermales si salutaires. ^

Cicéron, qui défendit si noblement la Sicile contre les déprédations de Ver*-' rès, donne le titre de mère nourrice de Rome à cette belle contrée. Elle éleva la

première des autels à Cérès ; et Fazelii ,

histoifen sicilien, y voyait de son temps encore le blé germer de lui -même et atteindre un degré de parfaite maturité.

. La douce chaleur du climat, célujtede

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végétation , le miel si célèbre du mont Hyhla, des vins exquis , de Thuile en abondance, des fruits savoureux, font de la Sicile une terre promise. La canna mele donne un sucre égal à celui des Antilles. Le coton de Sicile est préférable à celui de Salonique. On cultiverait avec succès dt^ns cette île le café , -l’indigo, la cochenille , la garance. Enfin ses montagnes fournissent du sel gemme e| du soufre de première qualité.

On peut croire que les îles qui entourent la Siçile sont des émanations de l’Etna , et que , comme Santorin ét le Monte Nuovo, la mer les a vues sortir de ses flots. Le volcan de Strombÿ^ est très-actif ; il lance presque contimiellement des pierres enflammées.

Berceau de toutes les fables , cette terre de merveilles et de. prodiges a ins- .

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pire tous les poètes, et en a vu nahre plusieurs : Stésichore, que Denys dTHalicarnasse comparait à Pindare, Aristoxène , Théocrite , Moschus , Epicharme , Empédocle , étaient Siciliens.

Platon fit plusieurs voyages en Sicile; Xenophane et Zenon y moururent. Simonide eut pour ami ce rfiéron , roi de Syracuse, le modèle des princes. Parmi les orateurs que la Sicile dût à sa liberté , oublierions - nous Gorgias de Leontium , dont l’éloquence charmait Athènes, qui lûi fit élever «une statue?

Delphes décerna à cet orateur une couronne d’or, et, chose plus rare, du vivant même de Gorgias, sa patrie fit frapper une médaille en son honneur. Cicéroû parle de trois historiens siciliens, Philiste de Syracuse, Timée de Tauromeniuirif aujourd’hui Taormine, et

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Dicéarque de Messine. Enfin Diodore, écrivain célèbre , contemporain cT Auguste, était natif SArgyrium. Le nom seul d’Archimède suffirait à la gloire de la Sicile ; ce grand géomètre naquit à Syracuse la troisième année de la GXxiii.^ olympiade, et s’ensevelit sous les ruinés de sa paitrie , le jour même où les Romains s’emparèrent de Syracuse.

Tout nous prouve que les arts furent aussi portés à un haut degré de perfection en Sicile; piais rien ne parle mieux • de sa grandeur passée ({ue les proportions colossales de ses temples : et quel rivage offre de plus nobles , de plus grandes ruines que celles de Sélinonte, d’Agrigente et de Taormine ! Enfin la Sicile donna le jour à Démophile , et ce maître heureux eut Zeuxis pour disciple.

Digiti^u. by

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. ün peut étudier en Sicile des ruines de toutes les époques et de tous les styles : Troyens, Grecs, Africains, Romains , Goths , Sarrasins , Normands , Angevins et Aragonais , toutes ces dominations ont laissé là leur empreinte.

ThucydiSe , dans le vi.' Kvre de son Histoire, regarde les Cyclopes et les Lestrygons comme ayant été les premiers habitans de la Sicile. Les Sicaniens y arrivèrent de ritalie, et i’île perdit son nom de Trinacrie pour prendre celui de Sicanie. Quelques Troyens y abordèrent,

et y fondèrent , dit-on , Eryx et Ségeste.

Les Sicules , chassés de l’Italie , .vainquirent à leur tour les Sicaniens , s’emparèrent de la partie méridionafe et de la partie occidentale de l’île, et lui imposèrent le nom qu’elle a .conservé jusqu’à ce jour. Trois cents ans après, les Grecs

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de Chalcis en Ëubée fondèrent en Sicile JVaxos, et y érigèrent Tautel d’ Apollon Archagète. Archias de Corinthe fonde Syracuse ; Naxos fonde elle-même heontium et Cutana. Une colonie de Mégare débarque en Sicile; elle y bâtit .TVoft/o^ et Thapsos : celles-ci construisirent Mégare , Hyhla et Sélinopte. Une colonie crétoise fait naître Gela, qui, cent ans après, eut pour fille la riche Agrigente.

Des corsaires de Cumes commandent dans le détroit ; ils fondent cette ville de Zancle, ainsi ndmméè dè sa configuration , zancle signifiant faulx dans la langue des anciens Siciliens, mais à laquelle les Messéniens donnèrent plus tard le nom de Messène , et qui est au<^ jourd’hui Messine. Himera dut son origine à Zancle; Acra, Casmene et Camarina sont des colonies de Syracuse. '

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>■ Ce que Thucydide rapporte de la Sicile finit à l’expédition que les Athéniens, sous le commandement de Nicias, tentèrent contre^ cette*^ île.* Les 'Athéniens sont repoussés j Syracuse , riche, glorieuse, maîtresse de la mer, ’ '

eveille la jalousie des Carthaginois; ils* ' appuient les habitans de Ségeste contre les Sélinontins , alliés de Syracuse. Sé-

linonte est prise d’assaut;^/mera^ Agrr-

gente et Gela sont occupées; Syracuseest forcée par Carthage de conclure une paix désavantageuse. Le vieux Denys, .

qui tyrannisait alors Syracuse, repi^ . '

les armes bien moins pour venger une v offense que pour distraire ses sujets du souvenir amer de la perte de leur indé- % pendance. Les Carthaginois obtinrent' *' d’abord quelques avantages ; mais la peste les força de regagner leur patrie.

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-AViÂNT-PROPOS.

-'■* Après une longue guerre et des succès rariés , les Carthaginois mirent à profit les troubles qui suivirent la mort de Denys, et consolidèrent leur puissance en Sicile : sans l’arrivée de Timoléon,* les Africains demeuraient maîtres de . Syracuse. Les victoires du héros de Corinthe les obligèrent à conclure un nouveau traité de paix. Cette paix fut de peu de durée : Agathocle , pressé de nouveau par eux, conçut et exécuta la pensée hardie d’aller mettre le siège devant Carthage. Pyrrhus, allié de cette ^lle , fait encore une fois de la Sicile le théâtre de la guerre ; il en est repoussé.

L’occupation de Messine par les Mamertins est le prétexte de la première guerre punique j la seconde rendit les Romains maîtres de la Sicile.

A la chute de fempire d’Occident,

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