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AVAPÏT-PROPOS.
les Goths s’emparèrent de cette He, que les victoires de Bélisaire rendirent de nouveau à Justinien Elle était, en 828, sujette des empereurs de Constantinople , lorsqu’un Sicilien , nommé Uphemius , y attira les Sarrasins de l’Afrique. Ceux-ci en furent chassés, en 1061, par les Normands. Les Suèves s’étaient rendus maîtres de ce royaume, lorsque l’empereur Henri VI en fit la conquête en 1194. Mainfroi fut vaincu et tué par Charles I.", duc d’Anjou , en 1266. Le 31 de mars 1282, les vêpres siciliennes délivrèrent la Sicile du joug des Angevins , et les princes aragonais en demeurèrent les maîtres jusqu’en 1516.
•iFerdinand le Catholique réunit alors la ' Sicile à la couronne d’Espagne. Le traité ffUtrecht de 1713 la donna au duc de Savoie, Victor-Amédée. Cette belle île,
AVANT-PROPOS
conquise et perdue encore une fois de- .
puis par les Espagnols , est possédée , ' depuis 1734 par la branche des Bourbons qui règne en Espagne, et dont un ^ infant est aujourd’hui roi de Napies et '
. de Sicile. . i
La Sicile, sous le gouvernement d’un ' vice-roi , est à présent divisée en vingt- • trois districts , aÜisi qu’en sept inten- ^
’ dances , Palerme , Messine , Catane , .
Syracuse , Trapani , Girgeuti et Calta ,>Nisetta.
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DE
•^vLA SICILE.
Je m’embarquai à Toulon le 10 février 1820; •
"• j’allais visiter la Sicile. Nous fîmes voile pour Palermc ; les vents contraires disposèrent autrement de nous. Après avoir tenu la mer par un temps, fort rigoureux pendant huit jours , nous fûmes très-heureux de trouver un abri et de nous radouber à Porto-Longonc , dans llle
(l’ElIbe. L’attente est devenue l’état habituel de toute la population de cette ile, qui, du reste, semble être vouée au sommeil, parce quelle préfère sans doute ses rêves à la triste réalité de son existence oubliée. Encore fraj)pés du merveilleux de la chute, de l’exil et du départ de Napoléon , les habitans de l’ile d’Elbe ne semblaient pas croire que cette grande scène fût terminée. A peine signalait-on quelques voiles (|ui s’approchaient des côtes; ils accouraient tous, persuadés qu’un nouvel événement venait ranimer leur rivage si triste , si délaissé.
Je parcourais la maison qu’avait habitée Napoléon , lorsque notre consul nous apprit le nouveau forfait qui plongeah la France dans Kueuü. Consternés de ce.crime , nous récapitulions toift ce que le poignard venait d’enlever à notre patrie, en frappant ce cœur inaccessible à la haine comme il Tétait à la crainte , ce cœur ouvert à toutes les nobles affections et digne de toutes ' •* les gloires. Dominé par ces tristes pensées , je ne vis plus rien, et me hâtai de quitter les rues solitaires de Porto -Feiraïo. Nous i^ümcs à la voile bientôt après : la violence du vent d’ouest nous contraignit à entrer dans le port de Civita-
Vccdiiu, où je nie trouvai si fatigué de la nier, que je nie décidai à me rendre à Naples [lur terre. Arrivé de nuit à Civita-Vecchia , j’attendais le jour avec impatience.
Je n’ai jamais vu i’Itaiic sans une vive émotion. Le soleil se leva et me moiiti-a ce pays dont j’ainic jusqu’à la langueur. Ces tours si pittoresques, peintes tant de fois par Vernet et (pii senihlcnt vouloir défendre l’entrée du port de • . Civita-Vecchia , n’étaient gardées que par de pauvres soldats malades. La sentinelle la plus voisine de nous, minée par la lièvre, pouvant à peine soutenir le poids de son fusil , causait arec un abhé en manteau court , (|ui venait d’acheter un poisson et le portait avec distraction .et lionne grâce. J’étais donc en Italie ! j’abordais encore une fois cette terre le cœur plein de sentiniens alTectueux ! C’était aussi une patrie pour moi , parée de tous les souvenirs de mes jeudis années. Le charme de l’Italie ne saurait se peindre ni s’exprimer ; sans chercher à Tappi'cndre àceux aux(|ueis il échappe , je me contenterai de les plaindre. L’aspect de cette terre foilunée produit sur Famé une sensation qui ne pourrait se comparer qu’à l’elTet d’une musique lointaine
<)u’on entend le soir après une journée douloureuse. Tant que l’âge n’aura pas glacé mon sang, je reviendrai toujours chercher les promontoires de lltalie , sa mer d’azur et sa douce lumière. Quel plus noble passé que le sien !
Quoi de plus grand que son histoire ! Respectons jusqu’à son sommeil; c’est celui qui succède à d’immenses travaux. Heureux celui dont la vie s’écoule ' doucement sur le rivage dè ^ Naples, en consultant sés ruines, en écoutant . ses ‘ chants , en admirant scs arts !
On conçoit qne le premier aspect de Ronie ait fait dire à Montaigne : « J’ai vu ailleurs des mai- » sons ruynées , et des statues , et du ciel , et de . » la terre ; et si pourtant ne sçaurois rêveoir le,
» tumbeau de cette ville si grande et si puissante » que je ne l’admire et revere. J’ai eu cognois- » sancc des affaires de Rome long-temps avant que je l’ayé eue de celles de ma maison : je » sçavois le Capitole et son plan avant que je » sçusse le Louvre , et le Tibre avant la Seine.
» J’ay eu plus en teste les conditions et fortunes » de Lucullus , Mctellus et Scipion , que d’aucuns » hommes des nostres. . . . Me trouvant inutile à » ce siècle , je me rejectc à cet aultre ; et en suis
■ PE L\ fJiditP' ?î
» si omI)abnuiné , q«d Testât do cette, vieille Rome U iihi'c, juste et llorissantc (car je n’en aime ny la » naissance ny la vieillesse), m’intéresse et me » passionne : j)ar quoy je ne sçaiirois revèo'ir Tds- » siette de leui^i rues et de leurs maisons,. et 'écs » ruynes profondes jiisqiies aux antipodes, que je » UC m’y amuse. Il me plaist de considérer le vi- . » sage de ces Romains, leur port et leurs vestc- . » mens. Je remaschc ces grands noms entre les » dents, et les fais retentir à mes aiireilles ; tUos vcncrori et tmitis nomimfms sempci'
nssurgo. »
(luelques journées de printemps à Rome suffiraient pour réconcilier l’iiommc le plus malheureux avec la vie. Le charme de cette saison 4 ^
. y est inex|)rimable; une foule d’idées douces et gracieuses envahissent le cœur et l’imagination. Déshéritée de la pourpre souveraine , l’Italie > ‘ humiliée semble s’cfTorccr de voiler sous un v . manteau de fleurs la mutilation des moniimens •de sa gloire j)assée.
Cependant la fièvre ravageait.ces belles con-' •' tiées : ce n’est , pour ainsi dire , que par elle qu6 les Romains sentent la vie. A Monterone, entre • • Civita-V’eechia et Rome, la fièvre tierce régfnil */
G * . SOÜVENinS '
l’ordre dii départ des postillons; ce calendrierfuneste les aidait à compter lenre tristes jours, ; Ainsi dos mourans nous conduisaient à tra- .
vers cette campagne charmante; l’horizon était chfonissant de lumière, les bumsons couverts d’oiseaux, et nous roulions souvent sur la voie * anticjue : on la quitte avec peine; car la rotite papale n’est qu’un bourbier. Personne n’a de ' ‘ droits mieux acquis que le Pape à répéter aveé. . Jésus-Christ : Mon royaume n est pas de ce monde. A chaque pas que l’on fait dans les états ^ . du Saint-Père, on ne rencontre que misère et que soulTrance. Je n’ai vu ici d’action , d’agitation, d’activité, que da^Hadm^c évanp^liquc.
Les prédicateurs se démflRMP^t à ïa lîteur leur front qu’ils fécoiuîffllpi vigne du Seigneur, , tandis que l’agricultehr dort dans la plus profonde paresse.
Voilà le dénie de Saint-Pien’c, voilà Rome; et par-tout les traces de la fièvre : on la trouve en garde avancée hors des portes , marquant au hasard (a)\c% maisons quelle désole. Ce fléau des-
(a) Telle maison e=t mortelle à habiter, tandis que la maiscii voisine est fort snine.
jt-r,.
DK hè^ SICILE. 7
tracteur semble faire le siège de la ville sacrée ; il s’empare chaque année d’une rue, d’une colline immortelle. De vastes habitations , des jardins , des colonnades , frappent les yeux : on approche ; quelle solitude ! les portiques s’affaissent, les bassins demeurent à sec , les treilles sont renversées ; le toit qui a cédé , livre aux orages des voûtes couvertes de peintures et tout ce qui annonçait le luxe des anciens Iiabitans de ces palais abandonnes. Là pourtant une jeime femme, consumée par la souffrance , allaite un enfant , fils de la douleur , et qui lui sera voué , s’il résiste à ses premiers maux.
Le silence des faubourgs de Transtevere et de la Longara n’est troublé que par le bruit des voitures de quelques étrangera qui cherchent la maison de Scipion, ou vont admirer Raphaël à U Famesina, Au char du triomphateur a succédé le carrosse d’un cardinal ; un énorme parapluie , signe de la dignité des princes de l’église, figure sûr l’impériale de cette voiture gothique , et remplace les enseignes romaines.
J’ai retrouvé ce Forum romanum , vaste cimetière de temples et de colonnes: il est devenu le chan^de bataille de tous les antiquaires de Rome,
SOUVENIRS • sur-tout de MM. Fea et Nibby. A leur suite se disputent leurs élèves , et de proche en proche tout ce qui s’y entend ou qui n’y comprend 'rien. Une brique est consultée, la moindre voûte est baptisée, enhn toutes les décisions consacrées par le temps sont anéanties. Dans quel profond découragement ne jette-t-on pas ces voyageurs scrupuleux qui reviennent à Rome pour ne plus s’y rcconnaitre ! Ces bons voyageurs à qui il en • avait coûté tant d’argent pour apprendre des . noms , sont obligés , en conscience , d’eir dépenser tout autant pour oublier cette première éducation. ' n ^f**-*^^
Montaigne disait « qu’on ne voyoit rien de w Rome que le ciel sous lequel elle avoit esté as- » sise, et le plant de son gite; que cette science » qu’il en avoit estoit une seience abstraite et • » contemplation ,*'de laquelle il n’y avoit rien » qui tombât sous les sens ; que cens qui di- * » soint qu’on y voyoit au moins les ruines de » Rome , en disoint troj) : car les ruines d’une » si espôuventable machine rapporteroint plus « d’iionncur et de révérence à sa mémoire ; ce j> n’estoit rien que son sépulcre. Le monde , en- » nemi de sa longue domination , avoit premic-
' tt rement brisé et fracassé toutes les pièces de ce » corps admirable , et , parce qu’encore , tout » mort, ranversé et desfiguré, il lui faisoit lior- » reur, il en avoit enseveli la ruine mesme. Que » ces petites montres de sa ruine qui paressent M encorcs au-dessus de la bière, c’estoit la fortune U qui les avoit conservées pour le tesmoignage » de cette grandeur infinie que tant de siècles , . » tant de fus (a)^ la conjuration du inonde rei- M tcréc à tant de fois à sa ruine, n’avoint peu » universelemant esteindre. Mais estoit vraisam- » blablc que ces inainbres desvisagés (b) qui en M restoint, c’estoint les moins dignes, et que la U fiirie des ennemis de cette gloire immortelle » les avoit portés, premièrement, à ruiner ce w qu’il y avoit de plus beau et de plus digne ; U que les hastimaus de cette Rome bastarde » qu’on aloitastcure atachant à ces masures, ^ » quoi qu’ils eussent de quoi ravir en admintion U nos siècles presans , lui faisoint resôuvenir upropremant des nids que les moincaus et a les corneilles vont suspendant en France aus » voûtes et parois des églises que les Huguenots
(a) feux, (b) Ces parties dcfigurc'cs. (c) A cette heure.
a viennent d’y démolir. Encore crugnoi(*il , à » voir l’espace qu’occupe ce tumbeau, qu’ou ne U le reconnût pas tout , et que la sépulture ne » fût elle-mesme pour la pluspart ensevelie.
» Que cela , de voir une si chetifvc descharge, ‘ U comme de morceaus de tuiles et pots cassés , a estre antiennemant arrivée à un monceau de a grandur si excessive , qu’il egde en hauteur a et largeur plusieurs naturelles montaignes ( a) a ( car il le comparoit en hauteur à la Mote de a Gurson(b)y et l’estimoit double en largeur), a c’estoh une expresse ordonnance des destinées , a pour faire santir au monde leur conspiration à a la gloire et préeminance de cette ville , par un a. si nouveau et extraordinere tesmoignage de a sa grandur. Il disoit ne pouvoir aiséemant a faire convenir , veu le peu d’espace et de lieu a que tiennent aucuns de ces sept nions , et noa tammant les plusfameus, comme le Capitolin a et le Palatin , qu’il y ranjat un si grand nombre a d’edifices. A voir sulemant ce qui reste du a tamplede la Paix, le long du Forum romanum, .... .... ^ — (a) Il forme ce qu'on nomme aujourd'hui le mont Tcstacé , monte Testaceo.
(h) En Pe'rigord.
» duquel ou voit encore la chute toute vifve,
U comme d’une grande montaigne, dissipée en ■ •
» plusieurs horribles rochiers, il ne sambic que
» deus tels hastimans peusseut tenir en toute •
» l’espace du mont^du Capitole, où il y avoit i ’
Jkbieu 25 ou 30 tamples, outi'c plusieurs niai-
. »• sons privées. Mais, à la vérité, plusieui's con jec-
» turcs qu’on prent de la peinture de cette ville •
» antienne, n'ont guiere de verisimilitude, son
plant mcsmcestantin(inimant changé de forme; "
» aucuns de ces vallons estans comblés , voire •
» dans les iieus les plus bas qui y fussent : commej*
» pour exemple, au lieu du Velahrum, qui pour i ,
sa bassesse recevoit l’esgont de la ville , et avoit
» un lac , s’est tant eslevé des mons de la hau-
» teur des autres mons naturels qui sont autour ..
de là , ce qui se faisoit par le tas et monceau^
» des ruines de CCS grands bastimans; et le ^Savcllo n’est autre chose que la ruine d’iine .
» partie du teatre de Marccllus. Il croioit qu’un ' > '
» antieu Romain nesçauroitreconuoistre l’assicte * ' "
. a de sa ville, quand il la ven-oit. Il est souvent • , - ' .
a avenu qu’après avoir fouillé bien avant en terre * ' a on ne venoit qu’à rencontrer la teste d’une fort .
«haute couionne qui estoit encor en pieds ati- ' ..
Dfe LA SICILE.
» dessous. On n’y ehcrclic point d’autres tonde»
» mens ans maisons, (pie des vieilles masures on ' » voûtes, comme il s’en voit au-dessous de toutes » les caves , ny encore l’appuy du fondement a antien ny d’un mur (jui soit en son assiete. ' ^ » Mais sur les hrisures mesmes des viens hasli- » mans, comme la fortune les a logés, en se disa.sipant, ils ont planté le pii'd de leui-s palais » nouveaiis, comme sur des gros loppins de rn- » cliiers, fermes et assurés. Il est aysé à voir (pie a plusieurs rues sont à plus de traiite pieds pro » fond au-dessous de celles d’à-cctte-lieure. m U ome voyait alors fouiller le Forum par les .soins de deux étrangers , la duchesse de Devonsliire et le duc dp Blacîà^..tcs efTorts éW$lans et éclaires de ce dernier jetaient une grande ' lumière sur le pian de cette partie la plus hité^ cessante de Home anti(pie. Il venait de faire (lél)luyer un plateau de ciiuj cents jiieds de long et de six cents pieds de large y sur lequel s’élevait le temple de Vénus et de Home. Adrien, eu dirigeant lui-même les travaux de cet édifice, dont on croit lui devoir la première idée, vouhit sur|)asser on magnificence \c Forum Trajauum , clR’f-d’(euvrc (fApollodore. L’em|K‘reur fut
(iit-on, trop jaloux de i’arcliitcctc , qui mourut victime de cette singulière rivalité.
Ce temple de Vénus et de Rome , ampli iprostyle et pseudo-diptère (a) y doit avoir eu deux cclla appuyées l’une contre l’autre. Dix colonnes de marbre blanc d’ordre corintbien ornaient chaque face principale; il pamitnen avoir pas eu plus de dix-neuf sur les flancs. Cet édifice était entouré d’un jiortique formé de co-' lonncs de granit, dont un des côtés décorait la voie Sacrée. Honorins I." , pape dans le VIL' siècle , obtint d’Héraclius la permission d’enlever le toit d’airain de ce monument pour en couvrir la basilique de Saint-Pierre. La Summa via jiassait vis-à-vis le temple de Vénus et de Rome. Les mêmes soins viennent de faire connaitre toute la voie Sacrée , et ce (|ui dépendait de l’édifice connu sous le nom de temple de la Paix. Cette basilique avait été érigée par
(a) Amphiproslÿle , c'est-à-dirc , il double fronton. Pseudodiplrre sc dit d'un édifice qni est non-seulemcnt entouré de colonnes, mais dont les denx façade.! en sont également ornées , et dont la nef a une double entrée décorée aussi de deux antres colonnes ; d'où il résulte que , lorsque le monument est vu de front , e'est-à-dire , de l'un ou de fautre côté de scs deux façades, chacun de ces côtés présente aux yeux comme un double rang de colonnes.
Maxence : en effet , la construction et les détails rappellent évidemment l’époque où fut élevé l’arc de Constantin. Selon Aurélius Victor, l’entrée de ce monument consacré par ce même prince était alors placée vers le Colisée.
La duchesse de Devonshire partage ainsi ses journées : elle emploie ses matinées à encourager les lettres , à visiter les ateliers dés artistes, et le soir elle fait les honneurs de Rome. C’est à son goût pour l’antiquité qu’on doit l’achèvement des fouilles de la colonne de Phocas, monument isolé , que fon conjecturait avoir appartenu à un temple ou à un portique. ‘
On a tout dit sur Feffet que produit la basilique de Saint-Pierre ; mais on n’a pas as^ vanté, selon moi , Fagrément de sa température intérieure. Aussi, quand la musique sacrée vient ajouter son charme à Féclat de ce somptueux monument, le peuple romain se persuade-t-il aisément qu’il jouit d’un avant-goût du paradis. Tout, jusqu’aux parfums, ajoute à son illusion ; et ce n’est qu’à la porte de ce temple admirable qu’il retrouve ses mise res.
La majesté de Dieu est trop souvent méconnue à Saint-Pierre ; la galanterie fait parfois
de cette basilique un lieu de rendez-vous. Nous fûmes témoins de la (in malheureuse d’une aven- ' ture de ce genre. Une belle Romaine avait remarque un etranger à l’une des cérémonies de la semaine sainte. La timidité du jeune homme fut vaincue , et le rendez-vous donné dans une villa. Autant pour fuir la chaleur que pour chercher le mystère, les deux amans s’enfoncèrent sous les voûtes des catacombes ; s’arrêtant près d’une fontaine, ils jouirent de cette fraîcheur perfide : mais leur bouche avait prononcé' pour la dernière fois des paroles de tendresse , leur ' sang s’était glacé ; la mort les frappa du même coup. Ce double convoi effraya la jeunesse romaine , qui les suivit dans ces mêmes souterrains, dépôt d’innombrables ossemens.
En sortant de Saint-Pierre, où je venais d’entendre prêcher avec force contre les nudités et f indécence, y entre dans le musée Fio-Clementino, et je vois deux cents statues , Vénus , Léda, &c. , restaurées par les soins des papes. Sous chaque impureté antique , se trouve écrit en gros caractèi'es : Ex dono et munificentia Pii sexti ou Pii septàni. Je puis donc admirer en toute sûreté de conscience.
On regrettait alors à Rome un jiirisçonsulto
célèbre, Bartolucci, dont je rencontrai. Tenter- > •
rement. Il venait de terminer naguère , par ordre • du Pape , le mélange de l’ancien code pontifical avec les lois fraiu,'aises , et disait peu de jours avant sa mort : Morro contenta , sono injine riuscito di vestire da ahbate il codicc Napoleone. ...
Je me promenais souvent dans les ruines de la maison dorée de Néron , dans ce lieu marqué par des magniiicenccs , des pompes , théâtre de tant de voluptés et de crimes. J’y jouis encore d’une fête, mais c’était la nature qui la donnait.
Le soleil descendant vers la mer éclairait cette campagne de Rome riche de ces lignes de ruines, riche aussi de son abandon et belle de son deuil.
Le reflet d’une lumière dorée en dessinait tous ' les plans, depuis le cirque Maxime, jusqu’au rivage d’Ostie. Enfin le lierre , le myrte , les fleurs suspendues en guirlande d’une arcade à Tautie , SC balançaient mollement au-dessus ^dc ma tête. L’aigle s’élance encore des sommités de > ce monument: mais il ne 'guide plus des légions victorieuses; il n’intimide plus que les milliers d’oiseaux qui sc jouent dans les caissons des
ir. *
voûtes j ' et sont désormais les seuls' iiabitans du
taste et silencieux palais de's maîtres du monde.
. Je fegrettais souvent de ne plus voir avec le' meme intérêt ce que j’admirais avec transport dans ma jeunesse*: il en est des sensations , des illusions dè la vie, comme des verres ‘d’une optique qui suHit à charmér les enfans ; plus tard les peintures nous en paraissent trop médiocres; 1^ verres se brouillent , se ternissent ; nous ne jouissons plus de rien. . * « •
' Si Ton est plus frappé de la vue des grands inonumens de l’antiquité, des ruines en général, la première fois qu’ils s’offrent à vos regards , c’est qu’à la nouveauté de cette sensation sc joint un attrait irréfléchi : il semble que les dernières pensées des anciens se confondent avec votre première émotion*, et qu’entre eux et vous il n’y ait rien eu d’intermediaire. ,
Je trouvais, avec de grands changemens dans la société romaine , quelque chose d’éteint chez les personnes que j* avais connues les plus animées et les plus spirituelles. Je ne parle pas des beaux visages qui s’étaiént flétris , mais de tous les amis de ma jeunesse qui avaient marché à grands pas dans notre vallée de misère. Com-
ment ràgc mûr ne serait-il pas tn'ste? II a en le temps de voir onhlior ce (jn’il croyait devoir être immortel , d’entendi-e blâmer ce qui lui avait paru admirable , enriii d’assister à la destruction de toutes les idoles de ses bcatix jours.
Loin de partager des préventions généralement établies contre la société italienne , je pense , au contrairc , qu’on peut y l'cncontrer beaucoup d’esprit , de la droiture et des alTections sincères. Il faut favoir connue dans la jeunesse pour se ))laire à sa traïupiillc monotonie.
Les Italiens suivent assez habituellement lc.s '■ voies communes de la vie ; dans ce ebemin épineux , leurs pieds se jdacent sur la trace des pas ' de leurs pci'cs : chez' eux point d’illusions, point de rêveries , point de cette mélancolie mère du talent et parfois ]>uissairte comme le génie ; jamais de cette tristesse à laquelle le bonheur môme paie un tribut volontaire. Les Italiennes ne demandent pas à la vie des joies j)Ius vives qu’elle n’en peut donner. On chercherait vainement chez elles ces nuances fugitives, hem-eux mélange de faiblesse et de dignité qui rend la société des femmes du Nord si douce et si attachante. De la vérité dans leurs sentimens, de la
bonne foi dans leurs passions, peu de'goût pour Tesprit et raniitié , voilà, en général , ce qui me paraîtrait caractériser les femmes italiennes, d’admets cependant toutes les exceptions , j’en ai môme rencontré plusieui-s. Ne jugeons point, comme quelques voyageurs , les Italiens d’après ' les laquais de place de Rome , et leurs religieux d’après certains frères lais qui vont quêter dans les auberges. ’ ’ ‘
Les prétentions de deux couyens de moines • * franciscains d’ Assise divisaient alors les Romains; on ne se disputait rien moins que le coq)s de S. François (l) : le procès était entamé , et le tribut déposé par les âmes pieuses sur la tombe du Séraphique produisait tout de suite de gros lachims qui proiitaient merveilleusement au bar> reau romain.
Le sceptre des arts échappe des mains de ritalie. La mort de Canova les rétablit en république ; personne Vuura la force ou la volonté de ressaisir l’influence qu’il, exerçait d’une manière si noble et si 'juste pour les artistes de tous les pays. On ne fit jamais un meilleur -usage d’une. fortune considérable-ef d'un crédit mérité que' cet illustre statuaire-, bienfaiteur .spécial de
1 sa ville natale, Xtît .éloge ncst pas suspect do la part d un Français qui regrette le temps perdu' pour les arts et si mal employé par cet habile sculpteur 'pendant son dernier séjour i\ Paris. ■ Des écrivains italiens qui espèrent avoir leur pai’t de fimmortalité deCanova, parce qu’ils la proclament lourdement depuis long-temps, vont jouir de leur prérogative et créer ou détruire les ‘ réj)Utations des écoles. C’est de leur façon qu’on ’ sera désormais /;overo//o ou ceîebrissimo. On élevait alors sur le pavois un jeune Romain qui fait avec patience des pastiches deRaphaël et d’André del Sarte. L’habitude de copier les grands maîtres, la vénération pourJeurs ouvrages, 'détruisent enticrementi’originalité chez les artistes italiens.
' Les statuaires singent Fantiqüe, au lieu de s’inspirer de scs chefs-d’œuvre ; les peintres se traînent avec plus ou moins de succès sur les traces de Carie Maratte. Les Allemands qui habitent Rome, et qui reprennent l’art à sa source, ne trouvent de vérité, d’élévation , 'que dans le Giotto et le Cimabué. Ils. sont intimement persuadés que fécoie italienne a été égarée sans retour par la dernière manière de Raphaël.
- ’Je pris le chemin de Naples le plus tôt pos-
siblc , pressé de nie rendre en Sicile, sans que
j eusse néanmoins l’espérance de la visiter avant
Fépoque des plus grandes cfialeurs. Après nous
avoir fort eflVayés de la rencontre des brigands ,
on alla jus(}u’à me proposer un abonnement avec
eux. Je ne pus accorder aucune sorte de confiance
àfliomme entre.les mains duquel il fallait s’aban-
douiier : une ligure sinistre , de gros diamans à <
scs doigts , et des pistolets dans sa poche ; tout
cela , soutenu d’un pâr^r patelin et de révérences
profondes , me dégoûta de la négociation. J’eus
lieu de in’cn applaudir; mon voyage fut parfaite- *
ment tranquille. Parti de Rome la nuit , je me
réveillai au commencement des mai-ais Pontins.
Jamais une inscription plus modeste que celle
que je vais rapporter , ne fixa le .souvenir d’un
grand bienfait. Un chcmiu.magniliquc traverse
les maiais Pontins ; de vastes canaux assurent ^ .
d’écoulement des eaux; lamerest repoussée dans
scs limites naturelles. On se demande à (lui les .
états romains doivent ces rares avantages, et oïl
lit les paroles suivantes sur une simple borne :
OUM PONTINA PALVS, . ' ^
’ ■ NVNC ACER PONTINVS. '
OPVS ni VI. . . .
. . • ' ANNO MOeexem. . l . • • •
Je traversai rapidement Terracina, l’ancienne 'Anxur. A Fondi, je fus frappé du grand nombitï des mendians et de la belle tenue des troupes ; j’étais dans les états du roi de Naples : ce sont sans doute les mêmes soldatssur lesquels Joachim fondait de si belles espérances , parce qu’ils manœuvraient comme l’cx-gai'dc française. . . .
Je m’arrête à Gaête ; quelle douce chaleur î Voici le midi de l’Italie. L’auberge est située j)rcs de la mer : appuyé ^r le parapet d’un jar- * din eu terrasse , j"e me laisse éblouir j)ar cette lumière brillante. Les débris d’un temple, qui faisait, dit-on, partie de la maison de Cicéron, sont cachés sous des bois d’orangers chargés de fruits ; quelques cyprès s’élèvent et coupent la ligne ; enfin des colombes blanches sc pro- mènent avec confiance aupri*s de moi.
Le costume des femmes de Mola di Gaôta est pittoresqïic ; il sans doute jamais varie depuiÿ. le voyage d’Horace : ces jeunes filles qu’il admirait, avaient les cheveux tressés et roulés avec une étoffe, et retenus par une grande épingle d’argent. Telles sont encore les habitantes de ces petites maisons qui sc découpent sur des coteaux couverts d’olivieis et sc rèpèteut dans la mer.
Tous les villages de la route ne sont pas si élégaiis que Molâ. Itri semble être de loin un lieu , cliarniant : un vallon le partage et lui porte une source abondante ; des palmiers le couronnent : mais dans l’intérieur tout est ruine, misère, abjection ; la population est hideuse.
On croii-ait, en entrant à Naples , que cette ville est occupée j)ar des troupes étrangères : 'tant la copie des uniformes des autres nations est scrupuleuse. Les olficici-s de marine veulent à tonte force être pris pour des Anglais* ; les trou])cs de terre ctoufTent dans des habits russes ou autrichiens ; et cependant le .véritable costume national est le froc de moine, l’habit ecclé- • siastique à l’espagnole, runiforme militaire en tadetas , et le simple caleçon pour les lazza- ■roui : tout le reste est emprunté.
On est toujours surpris de l’immense quantité de ducs, de princes, dont la ville de Naples
(a) Le l'ejaïune de Naples eatsitué entre le 37.* dc^re' 40 minâtes et le 43.* degrd 10 minntes de latitude septentrionale. Sa longitude est entre le 10.* degré 10 minutes et le 16.*degrtf 30 minul^ du lAc'ridien de Paris. Sa plus grande longueur , du Qeuve Tronlo au cap Spartivento, est de 430 milles ; sa largeur, de la pointe de Campanello au promontoire Gargano, est de 131 milles. On croit 4|ue.le royaume de Naples a 33 milles carres de superücie.
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roiii-niilic. Si CCS titivs furent originairement la récompense de grands services^, peu de pays virent naître plus de héros et de citoyens utiles que le royaume do Naples. L’Italie a toujours été couverte de gens qui portaient des titres. Le Tassoni fait tuer par un de ses héros trente marquis dans un seul combat : .c.
üccîte di sua man trentainarclitfi : ■ ' *■
Pero che i warcheaati i» quelle bande' ' V
. ^ Si vcndevaoo allor pochi torneai ;
An*i vi fù chi, per raoslrarsi grande, .
'■ Si fe’ inveatir d’incogniti paesi
Ua un loi oignor che , pei" coTarne fruit* . ^ ;
1 litnli vcndca per uü prcociutto; ' ,
' • {Secchia rapiitt, tant, vu, al. 21. )
C’est à Naples que Rome ancienne et fEurope moderne doivent*la pjxiraicre idée de ce polichinelle qui fait le bonheur de l’enfance et obtient un sourire de tous les âges. Une peinture trouvée à Herculauum, et qu’on revoit aussi sur plusieurs vases , rappelle ce personnage comiijiic : au-dessous était écrit , civis' alellanits. La pose , la physionomie du polichuiclle a'ntiquc, sont d’un burles(|uc achevé. On peut « penser que ce bouffon jouait des rôles dans ces atclianes si bien accueillies jadis par la jeu-
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DE LA. SICILE. èS
liesse patricienne. Les descendans immédiats de ' ces boun'ons passent tous pour être natifs d’Acerra , ville près d’AtclIa, dans le royaume de Naples. Les lazzis , la gounnandisc et sur-tout ' la poltronnerie de polichinelle, réjouissent toujours les Napolitains. iJIfetrangers eux-mêmes s’en amusent,* quoiqu’ils sorent privés de l’avJhtage de sentir toute la finesse des équivoques de CCS boufTons et l’à-propos de Icui*s satires souvent ti'ès-piquantcs.
Avant de m’embarquer pour la Sicile , je youlus revoir Poinpcii : cette ville, qui ressuscite par lambeaux , nous initie dans les secrets de la vie intérieure des anciens , sans rien détruire des idées d’élégance qui s’attachent à leur souvenir.
Les travaux ont été suspendus au moment où quelques légères recherches complétaient Fcnscmble de cette importante découverte. On peut dire que les états du roi de Naples sont doubles ; ^ '
il possède autant de villes souterraines que de villes habitées, et presque autant de statues qu’il compte de sujets. Nous revinrajês de Pompeii par le Vésuve j je l’avais vu plus menaçant.
Arrivé sur le 'sommet du cratère ,• je plongeais mes regards'duns les profondeurs <le cette four- •