‹ Souvenirs de la vie de théâtreChapitre 5 sur 5 · BIANCHINI · texte numérisé non relu

BIANCHINI

qui est un degré dans le parisianisme, il devint un parisien fort élégant, et auquel, en fait de chic anglais, nul ne pouvait en remontrer.

Sa vie devint brillante. La réussite le rendit audacieux et même imprudent. Il rêva la grande fortune ce qui le conduisit à une catastrophe commerciale ; il rêva la vie bourgeoise et le mariage le conduisit à un drame de famille, parisien comme lui-même, et dont il faillit mourir. Il se réveilla de ses beaux rêves entre un divorce et une faillite. Mais quand on a traversé une jeunesse aussi rude que la sienne, on ne se laisse pas effrayer aisément par le retour de la misère, cette vieille connaissance avec laquelle on a vieilli si longtemps côte à côte. Il remonta, toujours le sourire aux lèvres, dans la mansarde du cinquième étage qui l'avait abrité si longtemps ; mais il n'en sortait que tiré à quatre épingles et dans la tenue d'un gentleman. Quant à son travail, je ne dirai pas qu'il le reprit, il ne l'avait jamais quitté ; mais il y mit plus d'acharnement, plus d'ardeur que jamais, acquittant de son mieux la lourde dette qu'il avait contractée. Il était assez jeune encore

pour refaire sa vie. Sa situation d'artiste avait grandi, il avait dans ses mains l'Opéra et rOpéra-Comique et toute la confiance de ses directeurs et le monde des théâtres l'entourait dune universelle sympathie.

C'est en plein espoir, c'est en plein succès qu'il est mort, emporté subitement par une crise cardiaque. La veille il avait donné tous ses soins à la répétition générale d'un ami et cette répétition avait été pour lui l'occasion d'un nouveau succès. (La Belle Marseillaise, à TAmbigu). Le lendemain soir au cours de la première représentation on s'étonnait de ne pas le voir. Il était mort.

C'était un artiste de grand mérite, qui s'était élevé au premier rang dans sa spécialité ; c'était un brave garçon, amusant, spirituel, dévoué ù ses amis, aimé de ses employés ; et puis c'était un parisien.

Celui dont je vais tracer le portrait, raconter la vie, énumérer les travaux, est bien vraiment un parisien, et, de plus, un parisien de Paris. Il l'est par sa naissance, par sa famille, par son mariage, par ses amitiés, comme par ses antipathies, par ses qualités et par ses défauts, par ses goûts, par ses habitudes, par la nature de son talent, par la tournure de son esprit, car il en a fait partie, enfin par le labeur courageux et persévérant de sa vie. Paris, sous sa parure de ville de plaisir, est avant tout et surtout une ville de travail.

A première vue, et à les juger par leur extérieur il est aisé de diviser les artistes parisiens en deux classes : ceux qui veulent avoir l'air

artiste, et ceux qui veulent ressembler à tout le monde. Les premiers arborent partout et toujours le drapeau de l'Art sous la forme de cravates lâches et de pantalons à la cosaque. Ils ne quittent le grand feutre mou que pour se coiffer du chapeau de soie à bords plats. Pourquoi? Mystère et esthétique !... Ça nem pêche pas d'avoir du talent : ça n'en donne pas non plus. Quelle influence peut avoir sur l'inspiration d'un artiste la coupe de son pantalon ou la forme d'un chapeau ? Mais c'est un trait de caractère. A ce titre je dois à mes lecteurs de classer celui, dont je trace le portrait dans la seconde catégorie : celle des gens qui n'étant remarqués nulle part, sont à leur place partout.

Auber avait l'air d'un diplomate. Ambroise Thomas d'un Membre de l'Académie des sciences ; Reyer est célèbre par sa moustache et son allure militaires non moins que par le succès de Sigurd. A voir Alphonse Duvernoy, la taille svelte, la démarche leste d'un habitué des salles d'armes, la tête pensive un peu enfoncée dans les épaules, le teint rosé, la mous-

ALPHONSE DL'VERyOY 295

laclie grisonnante, les cheveux blancs taillés en brosse, la lèvre gouailleuse, les yeux bleus au regard franc, convenablement abrités par la myopie derrière des verres épais, et le ruban rouge à la boutonnière, vous diriez plutôt d'un ofTicier d'artillerie en bourgeois, que d'un virtuose et d'un compositeur de musique.

Il y a pour certaines familles un art héré» ditaire. Les Duvernoy sont, comme la famille Bertou, musiciens depuis plus d'un siècle. Dans celte vieille race protestante originaire du Dauphiné, instrumentistes, chanteurs, compositeurs, tous ont été distingués dans les diverses branches de l'art musical. Sans en entreprendre dans cette étude, trop brève, l'in^ téressante nomenclature, je constate qu'ils ont fourni six professeurs au Conservatoire de Musique.

Le père d'Alphonse Duvernoy navait pas failli à celte tradition. Chanteur et comédien plein de talent, de ce stage, les vieux habitués de l'Opéra- Comique se rappellent encore son visage aimable, sa tournure élégante et ses manières distinguées. Il y dirigea pendant vingt ans les

études de la scène à l'époque brillante où régnait alors Auber, Halévy, Ambroise Thomas, Adam, de Victor Massé...

Titulaire de la classe d'Opéra-Comique au Conservatoire, il y était aussi chef du pensionnat supprimé depuis, et comme tel, logé à l'Ecole, qui avait alors pour directeur Auber. Ses deux fils Alphonse et Edmond entrèrent tout enfants dans la classe deMarmontel.

La carrière musicale s'est ouverte pour beaucoup de nos plus éminents compositeurs par l'étude du clavier et les classes de piano du Conservatoire ont été pour un nombre notable dentre eux, l'anti-chambre de l'Institut.

En 1810 Hérold remportait un premier prix de piano, et, fait unique, dans un concerto de sa composition. Aucun de ceux qui ont connus et, par conséquent, aimé Bizet n'a oublié qu'il était un remarquable exécutant. Il avait obtenu son Premier prix de piano en 1852. Alphonse Duvernoy eut le sien trois ans plus lard. Il n'avait pas encore treize ans. Puis viennent Paladilhe, en 1857, en même temps que le di-

ALPHOXSE Dl'VERyOY 297

recteur actuel du Conservatoire Théodore Dubois, qui n'obtint qu'un deuxième accessit. Guiraud en 1858 et Massenet en 1850. Ainsi sur sept pianistes lauréats nous comptons quatre membres de l'Institut. Nous en compterions deux de plus si la mort ne nous avait enlevé Hérold et Bizet en pleine jeunesse.

De cela nous pourrions conclure que le piano mène à tout... à la condition d'en sortir, si Saint-Saëns (qui lui aussi a commencé par le piano sans passer par les classes du Conservatoire) ne nous prouvait tous les jours que l'on peut être à la fois un grand virtuose et un grand compositeur.

Voici donc Duvernoy installé dans cette vieille maison du Faubourg Poissonnière qu'il devait habiter plus de vingt ans, car il ne la quitta qu'à la mort de son père, en 1872, commençant sa carrière de virtuose et préparant sa carrière de compositeur en entrant dans la classe d'harmonie de Bazin, vivant dans un centre bien propre à son développement artistique. Voyant défiler devant lui plusieurs générations de musiciens.

chanteurs, instrumentistes ou compositeurs, tous ceux qui, alors écoliers, sont aujoud'hui arrivés à l'apogée de leur carrière. Familier à rOpéra-Comique dont le foyer des artistes réunissait chaque soir un petit nombre de gens d'esprits, il fréquentait les théâtres, était appelé dans les salons en qualité de virtuose et de professeur, profession à laquelle il demandait de subvenir aux besoins de l'existence, Duvernoy apprenait la vie et l'art, très entouré des camarades mais choisissant ses amis.

Considéré comme un enfant de la maison au Conservatoire, on y avait fréquemment recours à lui. Son frère et lui accompagnaient souvent des classes, des exercices ou des concours de chant.

Un jour un garçon de bureau vient lui dire que M. Auber le demande dans son cabinet : « C'est, lui dit l'aimable vieillard, pour vous prier d'accompagner un jeune ténor qui arrive de Toulouse. » Duvernoy se met au piano : le ténor chante, puis se retire. Auber, en le suivant du regard se penche vers l'accompagnateur et lui dit : il a une jolie voix, et puis, avec ce

ALPHONSE DUVERXOY 299

physique-là, il pourra épouser la jeune fille à la fin de la pièce. » Celait Capoul.

A cette époque de notre vie où nos rêves naissent, où nos pensées prennent leur direction, et nos ambitions leur vol, et où le milieu où nous nous développons, influe si fortement sur notre cerveau, encore malléable, il eut le bonheur d'être accueilli dans deux salons de caractères difîérents, mais semblables par un même culte, celui de l'art musical.

Nul de ceux qui ont eu la précieuse faveur d'être reçus jadis au château de la Muette, n'oubliera la douce et bienveillante figure de M'"^ Erard, dont le salon était recherché, envié de tous les artistes parisiens. Il put entendre dans ce salon, pèlerinage obligé de tous les grands virtuoses étrangers de passage à Paris, Thalberg et Rubinstein écoutés et appréciés par un public d'élite.

L'autre maison, où il était non moins paternellement accueilli était celle de Ferdinand Hérold, le fils de l'auteur deZampa qui fut plus tard Préfet de la Seine. C'était un salon politique, un centre d'opposition contre l'Empire,

qui réunissait les vieux républicains de 1848, comme Glamageran et Garnier-Pagès, les futurs triomphateurs de 1871 comme Jules Ferry, Floquet, etc.. Mais l'ombre de l'auteur de Zampa planait là, et l'on faisait autant de musique dans cette vieille demeure où il était mort et où revivait son esprit. Ferdinand Hérold devait le prouver bientôt lorsque devenu Préfet de la Seine, il conçut l'idée d'un concours musical et fonda le Prix Municipal de la Ville de Paris.

Duvernoy devait en être un des titulaires. Il ne s'était pas laissé enliser par l'existence si agréablement mais si dangereusement enveloppante du virtuose. A travers les concerts, les leçons, les voyages annuels à Londres où son talent était très apprécié, il n'avait jamais cessé de cheminer vers son but véritable, la composition dramatique, carrière séduisante et décevante, semée de déboires, hérissée d'obstacles, alors plus encore qu'aujourd'hui ; loterie où l'artiste met comme en jeu toute sa vie, où les mauvais billets sont innombrables, mais le gros lot si tentant ?

Cherchant un guide sûr pour ses travaux, il s'était mis aux mains de Barbereau, prix de Rome de 1821, un remarquable érudit de la musique et le premier théoricien de son temps. Ce fut son véritable maitre.

Après avoir heureusement débuté comme compositeur par un fragment de suite d'orchestre aux Concerts Colonne, lui-même y exécutait un peu plus tard un concerto de sa façon. Ces premières rencontres avec le public l'avaient affermi dans sa vocation, lorsque la fondation du prix de Paris lui donna l'occasion de s'essayer à une œuvre de longue haleine, avec quelque chance de la faire entendre. Il résolut de courir cette grande aventure et fut assez heureux pour y réussir. La Tempête, poème symphonique dont le livret était tiré de Shakespeare fut exécutée au théâtre du Chàtelet sous l'habile direction de Colonne, et admirablement chantée par, Faure, Vergnet Gailhard. ^jmes Krauss et Franck, Duvernoy en 1880.

C'était beaucoup d'avoir réussi devant un jury composé de Ambroise Thomas Massenet. Delibes, Guiraud, Lamoureux, Colonne etc..

qui avait eu à examiner les œuvres de candidats dont plusieurs devinrent célèbres à juste titre. Ce fut plus encore de triompher devant le public, où les évincés étaient représentés par leurs amis. L'épreuve était concluante. A traversquelques longueurs et quelques inévitables inexpériences l'œuvre avait porté, elle était d'un mélodiste et d'un homme de théâtre, c'est-àdire ayant le don de tracer un caractère et de tirer parti d'une situation.

On pouvait donc croire que les théâtres allaient s'ouvrir au jeune compositeur. Il n'en fut rien, Son second ouvrage fut bien un ouvrage de théâtre, un opéra véritable. Mais il dut le déguiser en poème symphonique, pour être exécuté aux Concerts Lamoureux en 1882. L'exécution ne fut pas inférieure à celle de. La Tempête, (Faure, Brunet-Lafleur, débuts d'Escalaïs). Le succès fut grand, aussi grand que pouvait l'être celui d'une œuvre dramatique privée de tout mouvement et de toute représentation. Le compositeur était cette fois en possession de tout son talent, maître de son art. Son invention mélodique et son entente de la scène s'étaient déve-

ALPHONSE DUVERyOY 303

loppées. Mais les théâtres lui restaient fermés. Sardanapale complété, développé, fut repris dix ans aprôs à Liège par un directeur vraiment artiste, M. Bussac.

Quatorze années s'écoulèrent, avant que ce musicien, dont les aptitudes théâtrales avaient été deux fois démontrées, put enfin aborder la scène. Si elles ne lui permirent pas de marcher dans sa voie véritable, ces quatorze années n'en furent pas moins laborieuses et fécondes. Il s'essaya successivement dans tous les genres.

Nous n'avons pas appris, sans un certain étonnement, que la musique de chambre était considérée comme stérile, égoïste, parasite (?) par de notables compositeurs, qui déclarent ne pouvoir se satisfaire un instant à écrire de petites pièces pour piano, ce à quoi cependant Beethoven trouva jadis son plaisir. Tel n'est pas sans doute l'opinion de Duvernoy sur ce genre, qui fait le charme et la consolation de tant de modestes foyers, car le succès de son quatuor pour instruments à cordes est un de ceux dont il se montre le plus fier. Une sonate

pour piano et violon. Un duo pour violoncelle, deux pièces pour flùle et piano, un concertino pour flûte, joué aux concours du Conservatoire, ont attesté sa maîtrise dans ce genre et sa délicieuse sérénade pour Trompette, instruments à cordes et piano fut applaudie cinq fois aux Concerts Colonne.

]\fme Krauss y créa, en grande tragédienne qu'elle est, une scène lyrique Cléopàtre. Je cite encore parmi tant de morceaux de chant : Rose de Mai, Huit étoiles, Chanson du Rouet, Lcconte de liste, La Caravane (Th. Gautier), Chanson de Grand-père (V. Hugo) et surtout Chant d Alsace si dramatiquement dit par ^jrae Caron ; dans la musique religieuse : Un Ave Maria pour soprano et chœur de femmes. Un Miserere })Our chœur de femmes et d'hommes... Mais je ne puis tout citer.

Nommé professeur de piano au Conservatoire en remplacement de Le Couppey, il avait été décoré au concours de 1891 et n'avait pas craint, imitant l'exemple de Reyer et de Joncières d'ajouter à tous ses travaux le lourd fardeau d'un feuilleton. Il fit la critique musicale

ALPHONSE DUVERiXOY

à la République Française et à Vlndépendance belge pendant plus de dix ans.

Enfin son heure sonna.

En 1896, l'Opéra représentait Hellé. Ce fut la revanche d'une si longue attente et la consécration de son succès. Gailhard et Bertrand encadraient d'une mise en scène splendide des interprètes de premier ordre. M"^*' Caron qui fit de cette poétesse païenne une créature hors ligne, Alvarez, Delmas.

La partition méritait ces soins. Le poème intense du premier acte à double caractère, la passion du troisième, l'ensemble de l'ouvrage d'une si belle tenue, d'un sentiment toujours élevé, classaient définitivement Duvernoy parmi les compositeurs français.

Les airs de ballets de la Tempête formaient la meilleure partie symphonique de la partition. Ceux du divertissement du deuxième acte ciHellé étaient exquis. La direction de rOpéra y a songé sans doute en confiant à Duvernoy le livret du ballet de Bacchus, où nous retrouverons ses qualités de grâce et d'élévation, caractéristiques de son talent.

Dans cette esquisse rapide d'une existence très remplie, je ne pouvais songer à analyser une à une des œuvres aussi importantes que la Tempête, Sardanapale Hellé et Bacchiis, Je vais me contenter de caractériser en quelques mots son talent et ses tendances. Puis-je mieux faire que de citer les noms de ceux qui furent les amis de sa jeunesse et qui sont partis trop tôt pour être les compagnons de sa maturité : Bizet, Delibes, Guiraud. La sjaiipathie qui les unissait n'était pas seulement une camaraderie de jeunesse. Née d'un rapprochement d'âge et de travaux, chez ces gens qui se connaissaient et s'appréciaient à leur valeur, elle naissait d'une communauté d'idéal, d'une conception de l'art identique, d'aspirations de même nature.

Autour de Bizet, l'aîné de quelques années, le chef incontesté de l'école naissante, les autres se serraient pour marcher dans le même chemin, vers le même but. Tous ont perdu en lui, perdant un maître en même temps qu'un ami.

Dans la bataille musicale où chacun cherche le mot de l'avenir, ceux-là représentaient les révolutionnistes qui devaient être des compa-

gnons de lutte en face des révolutionnaires, de ceux qui ne croient pas devoir renier le passé et rompre la chaîne traditionnelle, rajeunir les formes vieillies et, dans l'héritage des ancêtres faire la part du suranné, sans violenter l'Art et le public pour leur imposer des formes nouvelles, de ceux qui voient dans le développement de l'Art comme un escalier gigantesque dont chaque artiste forme un gradin et, par lequel la foule monte progressivement vers un idéal toujours plus élevé et non comme une montagne dont les cimes isolées sont séparées par d'infranchissables précipices.

On entend parler d'art nouveau, d'art populaire, d'art national, d'art social, ceux-là sont pour l'Art tout court, sans épithètcs et sans tendances, lequel sera nouveau s'il est social et élevé, national s'il est sincère, populaire s'il est clair.

Mais cette originalité, cette nouveauté, ils pensent que l'artiste doit la prendre dans son propre fonds et non dans de vaines formules, dans des modifications de procédés destinées à vieillir.

Un sentiment profond de dignité, d'honneur d'artiste, c'est la base de la vie que je viens de retracer.

Quand on connaît ce qu'il faut de temps, d'efforts, de peine, pour sortir du rang et apprendre son nom à la foule, on regarde avec une intelligente pitié les efforts de tant d'artistes pour parvenir par la réclame. On n'ose les blâmer, tout en pensant qu'on ne les imiterait pas. Mais on salue au passage celui qui n'a pas cédé à la manie moderne du tapage à outrance, qui n'a jamais essayé de se créer une attitude, de s'appuyer sur une coterie et qui a pensé qu'un artiste ne doit se faire valoir que par la puissance de ses œuvres.

Alphonse Duvernoy est l'homme du Conservatoire. Par sa famille, il remonte à la création de TEcole. Fils de professeur, élève, puis professeur lui-même il ne l'a pas quitté depuis un demi-siècle. Il y a été élevé, il y a vécu aussi familièrement accueilli par Ambroise Thomas, à qui l'attachaient les liens d'une respectueuse amitié,qu'iiravaitétéparAuberdans sa première jeunesse. Il a été en relations intimes et person-

nelles avec les anciens directeurs comme avec le nouveau, son condisciple et ami de jeunesse. Il n'est pas pendant cette longue période un acte administratif, une modification du personnel ou du règlement extérieur, dont il n'ait été à même de connaître les principes et d'apprécier les résultats. Un seul homme connaît comme lui la vieille maison du Faubourg Poissonnière, Emile Réty, son vieil ami, qui en fut si longtemps le très actif secrétaire. Nul mieux que lui n'en possède les traditions, les besoins, les lacunes, le personnel ; nul n'est plus apte à juger, en toute connaissance de cause, entre les transformations utiles et les bouleversements dangereux qu'on peut y apporter. Les connaissances spéciales et le courage moral, trait distinctif de son caractère, qui le porte à dire toute sa pensée, en font un des membres les plus actifs et les plus écoutés du Conseil d'Enseignement dont il fait partie depuis.

BIBLÎOTHECA i

Page 1