‹ Souvenirs de la vie littéraireChapitre 4 sur 44 · LE MARQUISAT DE SGARRON · texte numérisé non relu

LE MARQUISAT DE SGARRON

Dans les Échos de Paris de l'un de nos plus spirituels journaux de littérature légère, du 24 mai 1864, je découvris mon nom, pauvre éditeur, jadis assez connu, aujourd'hui parfaitement oublié, parmi ceux de certains personnages qui, « jaloux de se faire mousser, n'importe à quel prix, ont l'habitude de crier par-dessus les toits : J'ai été l'intime ami de telles ou telles célébrités littéraires contemporaines défuntes. »

Je n'eus jamais, grâce à Dieu, une aussi outrecuidante prétention, et nul n'a moins mérité que moi d'être mêlé, par le mordant et caustique écrivain qui a rédigé cet Echo, à la cohue importune qu'il a cent fois raison de fustiger impitoyablement.

Je n'ai pas seulement dit à qui a voulu l'ontendro : « J'ai trop vécu, pour mon malheur et celui de mes pauvres

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petits écus, dans la plus grande intimité avec l'auteur des Ressources de Quinola. »

J'ai dit aussi : « Pour faire revivre l'auteur de la Comédie humaine, il faut le dépouiller de tous ces oripeaux qui l'enveloppent ; — il faut lui enlever cette brillante auréole de gloire qui lui ceint le front, et nous révèle en lui un demidieu de la pensée; ainsi mis à nu, de Balzac nous apparaîtra AU NATUREL. Gc scra un simple mortel comme chacun de nous tous ; il prouvera qu'il possédait sa part de faiblesses humaines, un orgueil incommensurable, une soif ardente des richesses ; — quelques vices mêlés à quelques vertus ; de bonnes comme de mauvaises qualités du cœur; tout ce qui caractérise, enfm , notre fragile et souffreteuse espèce. »

J'ai fait mieux : je l'ai surabondamment prouvé et démontré, pièces en mains, à quiconque s'est donné la peine de lire mon livre intitulé : Portrait intime d'Honoré de Balzac, sa vie, son humeur et son caractère (1).

Qu'est-ce, après tout, que l'intimité?

N'est-ce pas un échange de bons procédés réciproques? — J'ai dit :

« Tant que la caisse de l'éditeur malheureux fut à la disposition de son illustre auteur, le préféré, tout marcha à merveille dans cette vie à deux. »

Scarron avait pour libraire Toussaint Qui net, son Werdet, à lui. — Quand il n'avait plus le sou, ce qui lui arrivait souvent, il disait : « Je vais frapper à la porte de mon marquisat de Quinet. »

Or, Quinet avait pour emblème une fontaine et pour devise ces mots : « Heureux celui qui naît ainsi la bouche ouverte sous le robinet de ma fontaine. »

Pour Balzac, ma fontaine fut longtemps intarissable.

(1; i vol. gr. in-18 Jésus, l'aris E. Dentu, 1839. — Voir page 2G.

Tant qu'il put y puiser, je fus son ami à la vie, à la mort.

Tout cela cessa quand il l'eut mise à sec.

Et il ne me serait pas permis, pour essayer de me consoler un peu, de parler du grand écrivain dont la réputation m'a coûté mon repos, le fruit de mon travail , ma santé, mes yeux, mon présent, mon avenir!

Ce serait par trop fort, en vérité ; je ne pourrais être Balzacophile jusqu'à ce point-là !

Le poëte Longepierre a dit :

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux. Certes, je me serais bien passé d'un tel bienfait I

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