LA RUE DES BATAILLES, A GHAU.LOT
K Le 30 du mois arriva enfin 1
Vers les deux heures , «impatiente que j'étais , j'allai rendre visite à ma camarade «intime, M"* Elvire, la première ouvrière du magasin de modes de la célèbre
Nous causâmes tout d'abord de choses indifférentes, puis sans avoir l'air d'y attacher une grande importance, je lui demandai si, par hasard, un jeune homme ne
96 PORTRAITS d'auteurs.
se serait pas présenté à elle, pour la prier de recevoir un objet sans aucune indication de nom ni d'adresse,
— Si, vraiment; voici cet objet : c'est donc pour toi qu'est ce «message?
— Oui, il me vient de mon oncle Léonce Gobald ; c'est une surprise, un cadeau qu'il veut faire à ma mère sans qu'elle puisse s'en douter ; — c'est pour cette raison que nous sommes convenus que ce petit paquet te serait remis, et que je viendrais te le réclamer.
Je pris cet objet ; — comme • si je portais la boîte de Pandore, j'accourus comme une folle chez moi.
Ma mère et moi, eûmes bientôt déballé cet envoi mystérieux qui contenait ce coffret, ce bouquet et ce billet.
De suite nous allâmes 98, rue du Bac, chez un loueur de voitures, — nous choisîmes un élégant coupé sans armoiries, pour la nuit suivante; ordre très-exprès fut donné qu'à dix heures et demie cette voiture, don{ nous payâmes d'avance lo prix de location, serait à notre disposition, 13, rue Taitbout.
En rentrant à la maison, je déposai chez le concierge du n» 21, rue LePeletier, un petit billet sous enveloppe, à l'adresse de M. Pasléger, artiste de l'Opéra,
Ce billet ne contenait que ces mots :
« A quelque heure que vous rentriez, accourez : j^ai besoin de vos services. — Irène. »
M. Pasléger est , comme moi , un figurant de l'Opéra, c'est mon camarade ; il se ferait tuer pour moi. Je le soupçonne de m'adorer , — mais bien discrètement : j'étais sévère I Cependant j'étais certaine qu'il accourrait avant son dîner.
Il vint en effet à cinq heures; je lui expliquai ce que j'attendais de lui ; il se retira tout joyeux, enchanté de cette preuve de confiance.
Tous ces premiers préparatifs terminés» je procédai à
ma toilette, chose toujours si importante, chez une jeune femme. '» i. * • ...:..••:., , ^
■ — Quelle robe vais- je. mettre, chère maman?
— Mets celle-ci,' mets celle-là, me disait-elle. .-..,•. .
Je me décidai à la fin pour une robe de satin, noir .qui m'allait à ravir, faisant valoir ma taille cambrée, — Je plaçai dans mes- cheveux noirs arrangés en larges bandeaux, une simple rose de Bengale. .>.. . . .„ .
Dans cette toilette simple mais de bon goût, avec mon teint doré, je ress6mblais' à une Andalouse. . .1
' Bien enveloppées .dans nos fourrures, / car . il , faisait froid, ma mère et moi prîmes place dans notre, locatis. Mon nègre, après avoir abattu et relevé avec fracas le marchepied de notre équipage, monta derrière. Le. cocher avait été prévenu à l'avance par mon valet qu'à onze heures très-précises il devait être rendu 1, rue des Batailles, à Chaillot.
Gomme onze heures sonnaient à l'horloge ,de . l'église, , située en contre-bas, notre voiture s'arrêta brusquement , au point le plus culminant de la rue paisible, malgré son mym belliqueux. ^ . i .
Mon nègre vint ouvrir la portière ; il m'offrit le bras; à peine je m'y appuyais que mes pieds franchissaient, légère comme' une gazelle, les. trois marches du perron, où je trouvai un. petit jeune homme de^noir tout habillé, linge et gants blancs, comme un valet de bonne maison, qui m'éelaira', portant dans chacune de ses mains un candélabre de bronee a deux bougies allumées. ; r • Au premier .étage, sur.le.seuil.de la porte ouverte d'un riche .salon,- splendidement éclairé, se trouvait mon adorateur .qui m'enleva. dans. ses robustes bras, et me déposa doucement, j' toute . palpitante d'émotion , sur ..;un ; large divan.demi*circulaii*e.,en. caohemire Hanc. Cette action fut aussi rapide qu'un éclair^ » . . ..w . . . .^ u . >. .. < .. j
08 POA^QUklTS o'AUT«UII8.
— Ici^ cher MonBleur^me dit M. Alexandre Thierry, j'interromps le récit de mon jeune ami le vicomte Charles de Rastignac*Cadillac, pour vous apprendre une particularité que vous n'avez pas connue , car vous en auriez parlé lorsque vous fîtes la description du boudoir de la Fille aux yeux d'or^ particularité bien digne de l'excentrique M. de Balzac, dont le suprême bonheur était toujours que l'on parlât de ses ouvrages, de ses travaux, de ses folies, de ses originalités même.
lorsque M. de Balzac eût pris possession des clefs de l'appartement de la rue des Batailles, à Chaillot, dont le bail était au nom de votre médecin, votre ami alors, M. -Mège (et cela par prudence, en cas d'alerte), il appela, comme vous le dites, un architecte, un tapissier et autres qui, à Leur tour, envoyèrent une foule d'ouvriers, maçons» peintres décorateurs, serruriers, etc. Les travaux de démolition et de reconstruction commencèrent sur-le-champ; il n'y avait pas de temps à perdre, — il fallait que cet appartement fût reconstruit de fond en comble dans ses dispositions, et meublé avec une élégance et une richesse dignes d'y recevoir l'idole de son âme, sa conquête, Blanche de la Roche-Antique.
Afin d'activer les travaux de nuit et de jour, voilà le moyen original qu'il prit; moyen bien digne de celui qui, chaque jour, par sa plume, créait des merveilles, à qui l'or glissait entré les mains comme une vapeur.
A la place qu'occupait une glace au-dessus de la cheminée du salon qui allait être démoli, il appliq[ua sur le mur, au moyen de quatre pains à cacheter , un billet de banque de 600 francs, puis au-dessous , sur une bande de papier, ces mots écrits en très-gros caractères : Mea ëmia, ai, le £4, v4Hia me remeUea lea clefs de cet appar^ iement, toaa vos itavuux paMiàitemeut iermiaàs, cea duq eenia franoa seront votre récompense*
HONORÉ DB BALSÂO. 99
Avec «m tel stimnlant, on le pense, tous les travaux {nveni parachevés f selon Texpression de cet écrivain : il prit tout aussitôt d'autres dispositions très-importantes.
N'est-ce pas, cher Monsieur, que vous ignoriee He piquant' et original trait d'excentricité du créateur de ce salon si séducteur de la Fille aux yeux d'or ?
•— En effet, Monsieur, je FigHorais, mais dite»»moi de suite ce que devint Irène lorsqu'elle fnrenlevée dans les bras vigoureux de Balzac et déposée sur un divan moelleux de cachemire blanc ?
•^ Gomme vous êtes impatient, cherl -*> Attendes donc encore un peu, j'ai besoin de me reposer et de savourer le parfum d'un panatellas. — Allumons nos cigares ; ensuite |e reprendrai le récit de la rusée Irène.
LE BOUDOm DE LA FILLE AUX YEUX d'OR.
<c Légère comme une plume, ai-je dit, M. de Balzac me déposa amoureusement, je vous assure, sur le divan, en ibce de la cheminée, 'dans laquelle brûlait un feu vif et pétillant.
Sur cette cheminée se trouvait une pendule magnifique, accompagnée de deux beaux vases; les aiguilles de la pendule marquaient déjà onze heures douze minutes. — Les minutés ici. Messieurs, vont avoir àBXks mon récit, une immense portée : j'avais tout calculé d'avance, — ainsi que la scène qui va suivre entre les deux valets de chambre, le noir et le blanc.
Après avoir fermé sur nous la porte du boudoir^ que
100 PORTRAITS' D'AUTBimS.
^^Ita
rdt^ouvrait'à Vintérieur une épaisse tapisserie en Velonrs bleu; 'Auguste rencontra dans Tantichambre mon nègre quii'aUtBndait, et qui lui dit tout aussitôt' :'— « Camarade, j*'aisoif, j'ai faim; j'ai froid. i.. » •: » ^
' Dans la prévision que la séance du boudoir pourrait être longue, Auguste avait'pris ses précautions : il s'était pourvue de ' comestibles fins,'' délicate même; et surtout de quelques' flacons d'excellents ' vins.' C'était le mettre qui payait 1 «• - r :. • . ' • "', •('''.>'
Les deux nouveaux amis se placent à table, en face l'un' de ' l'autre ; 'ils foiit' honneur aux- reliefs, mais plus encore ' aux ' flacons ' de vins : si bien qne le blanc roule sous la table,' où il ne tarde pas à s'endormir.- . > «
t Le noir a do ne déjà 'vaincu le blanc !. r , - -
Voilà le prologue des scènes qui vont suivre. .».. .
Mais je me hftte de revenir à moi.*
Ma situation, vous pouvez en juger, était des plus scabreuses et des plus délicates, y
J'allais jouer une scène dans laq[uelle je pouvais perdre mon honneur et ma vertiu, — biens ^ précieux que j'estime le plus en ce monde.' ' - . i " i i
Je ne puis , Messieurs , vous donner une description que bien sommaire deis merveilles d'art et de goût exquis qui se sont présentées à mes yeux éblouis par des flots de lumière : j'avais du* reste, ^pour- observer,' l'esphrit et la tête trop préoccupés par les dangers que j'allais affronter. — Voici cependant" ce que, dans ma fébrile attente, j'ai pu remarquer. - ' , . . . ;
Je me trouve donc dans un salon assez spacieux , dont l'un des côtés, celui opposé à la cheminée, forme une demi-ellipse très-gracieuse; un large et moelleux divan avec des coussins en cachemire blanc l'entoure dans toute sa longueur ; les murs sont dissimulés par des étoffes de mousseline de couleur blanche et rose : ces
RONOniiDB BALIAC*: '101^
dmperîës. alternativement blanches et ros^ds^ sont retennes 'par;lelhaut^et?par le bas dans de larges')plinthes dorées ^: du.' pla{ond ? descend un -, ustroi en cristal»; {des , candélabres : dorés : à trois ; bougies sont placés , à égales , dis- 'tancés,ctont'à l'entour de ce salon, dont. le. parcpiet est , recouvert • par un ;épais ..et - discret , tapis .^d'^Àulbu^son, à fond'blanc à grandes 'fleurs roses ; à droite ^et/à gauche de - la «cheminée - sont ' placées ^ des , consoles . en ^ marbre blanc /.supportant! des yases;en tporcelaine; du^^Japon, remplis des plus t belles fleurs* exotiqufs»raux parfums voluptueux et éneryants. I,' < ! » ' • i ♦• j • , f
Partout' où l'œil s'arrête, il n'aperçoit que blanc, rose, or et lumières ; un tel bo.udoir,est,^vraiment féeriq[ue. —
. Un jour, très-certainement,* l'enchanteur/ Merlin, dont. la magique baguette Ta créé ,' nous, en -donnera une description à la manière; de Walter; Scott,' qui n'a garde d'oublier
I les. plus vulgaires détails: (1). f. ^ r^ . r
Et pour qui,* grand Dieu, ont été faites ces folles et
mineuses dépenses ? Pour la fille d'un duc, dont ce vaniteux écrivain s'imagine avoir fait la conquête I t
t Mais si' je ne, puis, comme je le désirerais, vous décrire les merveilles de ce salon, je puis du moins vous détailler la toilette de M. de Balzac, toilette ëxcentriq[ue,
i ébouriffante, qui faisait ressortir les dons heureux. que dame nature, comme vous le savez, lui a prodigués. > , Une robe de dominicain (moins le capuce) en cachemire d'une .'éblouissante blancheur, enveloppe son corps, dis-
« simulant son obésité, — une dentelle blanche en point
^d'Angleterre d'un admirable travail s'enroule,, à ^ son
, cou ^e taureau, et retombe sur sa large poitrine, où chatoyent les mille anneaux d'une imperceptible chaîne d'or ; des manchettes de dentelle aussi en ^ point d'An-^
(1) Voir le boudoir de la Torpille, dans la nouvelle de Balzac,' la^Fille aux yeux d'or : c'est un vrai petit chef-d'œuvre descriptif. . ' ^
f02 pORfRÀrrs d'âutsurs.
j^Ietérré, des eotideft, où elleft sont retenues p*ar des bracelets d'oi* ciselé, retombent sur les poignets , laissant seulement libres ses belles mains si aristocratiques. -- Dés babouches brodées en or, en maroquin rouge du Lëvaht, chaussent ses pie4s ; tfh artiste coiffeur a ondulé et parfdmé ses longs cheveux plats ; -— sa large figure à la Rabelais, rasée avec grand soin, ne laisse apercevoir le plus léger indice de mascnlinitéy si ce n'est une moustiiche sur la lèvre supérieure , d'un noir tirant sur le bleu, fièrement retroussée à la façon des mousquetaires.
Telle était la riche et splendide toilette de mon futur vainqueur, — comme il le croyait, comme il Tespérait
J*ai dit qu'à mon arrivée M. de Balzac m'avait enlevée dans ses bras vigoureux et placée sur le divan ; il se hâta de me venir en aide pour me dépouiller de mes fourrures.
tl put alors admirer non-seulement l'ensemble d» ma personne mais encore les traits de ma figure, qu'il ne connaissait pas encore. «
Tout-à-coup, mon adorateur se prosterne à mes pieds ; tout son corps tremble comme si une subtile flamme partant de son âme envahissait tout son être, et le faisait ainsi, s'agiter dans un transport de joie délirante d'un bonheur inespéré ; il s'écrie :
— ma Blanche I ô mon adorée ! que tu es donc belle et ravissante I....
A ce tu eSf mes yeux lancent des éclairs.
D'une voix brève, mais très-impérieuse, je lui dis :
— Monsieur ! pas tant de licence et de familiarité, je vous prie, — sinon mon nègre est là; — au premier cri que je pousserai il a ordre d'enfoncer votre porte et alors...
A cette vigoureuse défense, M. de Balzac pâlit
Le coup a produit l'effet que j'en attendais. Il se relève vivement, s'assied à mon côté, par les plus enivrantes et séduisantes paroles il cherche à calmer ma
juste colère : de ses grands et beaux yeux ardents (ils sont très-remarquables, en effet, ses yeux)» il s'efforce de faire pénétrer dans les miens des flots d'effluves magnétiques. ,
Ses tentatives sont impuissantes contre ma volonté, •— sous ce raifort je suis invulnérable. Il s'empare alors de l'une de mes mains qu'il couvre de baisers passionnés, •— il s'exalte encore plus, •— il veut m'embrasser !....
Pour le coup je me crois perdue. — J'ai eu peur* je l'avoue
Je me rejette brusquement en arrière; — tout mon corps est sous l'impression d'un tremblement nerveux^ d'une voix défaillante je m'écrie :
— de grâce, Honoré ! de grâce, de l'air, j'étouffe ici, je sens que je vais m*évanouir.
A ces paroles, le cher homme me quitte, court à l'uninicpie fenêtre donnant sur la Seine, — il l'ouvre précipitamment; un air froid, sec et piquant envahit cette pièce, fait vaciller les bougies.
Quelques minutes après la fenêtre est refermée. — M. de Balzac, d'une voix remplie d'anxiété et de tendresse, me dit:
-^ Est-ce bien, mon adorée? — comment vous trouvezvous maintenant ?
Il avait été dupe de ma ruse !
A quoi sert àonc dé passer pour le plus profond observateur et scrutateur du cœur de la femme, pour se laisser tromper ainsi!...
— Idole de mon âme, ô ma Blanche adorée, pour achever de vous remettre de cette cruelle et subite indisposition, si vous prôniez quelque. chose de réconfortant ?
— Je le veux bien, mon bon ange gardien, lui répondisje, pour le remercier de sa tendre sollicitude.
Ces mots, bon ange^ prononcés 'd'une voix encore haie-
104 PORTIUITS D'AUTBimfl.
tante,' produisirent sur cet ange très-peu* soucieux «de protéger ma vertu, un effet magique. • . . . : .
* Tout aussitôt un guéridon en laque de Chine placé près de la cheminée, recouvert d'un tapis en cachemire blanc, est roulé à mes pieds. ■ î • .■;.>.
' Le tapis est enlevé : un délicieux ambigu froid : est prêt ; rien n'y manque ; ni les couverts, ni les plats; ni leûs assiettes; — tout est eh vermeil; sur chaque pièce/les'initiales H. B. surmontées de la couronne fermée : des' d'Entragues sont en relief; — pas plus qpie d'élégants -flacons remplis des plus enivrantes^ suaves et parfumées liqueurs.
M. de Balzac se place à: mon côté, nos genoux' se touchent : je sens que tout son corps frissonne de la tête aux pieds." '". •• ': ' : - '.. . ; : •,;'.<
La pendule marquait alors onze heures quarante 'minutes. • '• ' ' . : •
L*ENLKVElfENT DE LA BfeLLE DEJANmE.
a Gomme je n'avais mangé que fort peu, à notre dîner, la tête préoccupée de ce que j'allais faire, ainsi que des dangers qu'allait courir ma vertu, pour venger, mon sexe indignement - outragé dans .l'un, des . ouvrages de celui dont j'allais affronter les attaques sans aucun doute^je fais honneur aux mets fins et succulents que m'offre mon galant chevalier. . , • . . , ^. '^ - ■. «
Mon .'bon ange gardien qui me voit en appétit, mange et boit comme un affamé. • , •
Les mets, les vins, les liqueurs . se succèdent rapidement, tout en causant et riant.- Ce tableau devait être
HONORA' DB. BALSÀC. ,. 105 '.'
charmant: un lion et un rat festoyant gaiement ensemble ! en tête-à-4ôte I ' • ' - • ' : i ' • i
Mon chevalier me verse .de fréquentes. rasades. dans des verres en cristal de Bohème, si frêles,' si' légers; si minces, que lemoindre ohoo les brise !.... " • m. • < ;
Je ne fais qu'effleurer du bout de mes lèvres ces vins et ces liqueurs perfides dont je me défie; je place mes verres si fragiles sur le guéridon; M. de Balzac s*en empare^avi- " dément, et boit avec délice le contenu. « ' • ' î. ' ' * *\\ \ ' La pendule marchait, marchait toujours, 'il était déjà s onze heures cinquante-cinq minutes. 1 f li '<; ^ «
Notre appétissante collation terminée, le guéridon, est *.^ remis à sa place; mon bon ange vient de -nouveau* alors s'asseoir à mon côté. . : p ;
' Ainsi placé, mon adorateur se réjouissait déjà de triompher d'une jeune fille, livrée à sa merci:-^De môme qu'une gazelle affolée de terreur qui s'est imprudenin^ieàt. 'fourvoyée' dans l'antre d'un lion, pantelante' d'effiroi^ attend le moment d'être dévorée, telle je parais être, /t r .; o
Nous causons donc paisiblement^ Je .' parais heureuse d'écouter les douces flatteries de' mon ange; si pleines* de charme et si fascinatrices. •. > • 'i : . i- i \
Bien que je me tienne toujours sur le qui-vive contre toutes ses audacieuses tentatives, tout-à-coup; trattfeuse* ment, de même que la belle et séduisante Déjanire,jéWs enlevée par deux 'robustes 'bras,' ceux' de mon félon centaure. ' ' ' ' ' .' * ' - ^ • f
Il se dirige rapidement vers la fenêtre à gauchej soulève une draperie qui dissimule une porte secrète; — fait jouer un ressort; — cette 'porte 'roule sûr ses 'gonds 'silencieusement — une chambre' apparaît. ' « *
Mon traître ravisseur^ me' serré ' avec ' force ' contre' sa poitrine; il comprime ainsi l'usage de mes bras, '-^ mais j'ai les genoux et les pieds ' libres ,' qui le fï*appent à
106 PORTRAITS d'AUTEVRS.
coups redoublés dans son gros ventre et sur ses jambes; ma vigoureuse défense est telle que je parviens à me dégager de son étreinte, — mes pieds reposent sur le parquet.
Je n'eus que le temps de jeter un rapide eoupd'œil dans cette chambre mystérieuse.
Par son élégant ameublement elle me parut bien digne du boudoir.
Elle est tendue en percaline d'un J)leu céleste ; du plafond descend un lustre doré, recouvert d'une gaze bleue qui ne laisse pénétrer qu'une demi-pénombre si favorable, adsure-t-on, à ces témérités.
Eli face de la fenêtre, est placé un lit garni de ses riches accessoires.
Gomme M. de Balzac m' enlace de nouveau dans ses bras, pour me placer sur ce lit — futur témoin de son triomphe, la pendule sonne minuit.
Un grand bruit se fait tout aussitôt entendre à la porte extérieure du salon.
c II est minuit, Irène! >
Surpris, alarmé, M. de Balzac s'arrête dans sa dernière tentative : il écoute...
Que je vous explique la cause de ce bruit.
Ma mère était restée dans le coupé ; — sa montre à la main , à la faveur dos bougies éclatantes des lanternes , anxieuse, elle suivait la marche des aiguilles.
A minuit, comme nous en étipns convenues , elle met silencieusement pied à terre, monte lestement au premier où elle rencontre mon nègre très-désappointé , parce que la porte du boudoir est fermée à clef.
Que faire ? une idée subite Téclaira.
Son camarade , le blanc, plus que ...gris, dormait du sommeil du juste, — il le fouille, — trouve la clef... Le
blanc se réveille en sursaut , — une lutte s'engage entre ces deux, fidèles serviteurs. C'est encore le nègre, cette fois , qui est le vainqueur , — d'un vigoureux coup de poing, il fait rouler par terre le blanc.
La porte du boudoir est ouverte.
*- Irène, ma âïle, il est minuit ; viens me rejoindre.
Ces paroles avaient été poussées par ma mère en pénétrant avec mon nègre dans le boudoir.
A ce tumulte, à ces cris, au moment d'arriver au port, ô fatalité 1 le lion amoureux reste immobile , il est eomme pétrifié...
Je profite de ce moment de répit , — je me dégage de ses bras, -^ je cours au boudoir , où je me hftte de reprendre mes fourrures.