‹ Souvenirs de la vie littéraire; portraits intimesChapitre 12 sur 47 · STUPEUR ET RAGE DU LION AMOUREUX · texte numérisé non relu

STUPEUR ET RAGE DU LION AMOUREUX

c Enfin M. de Balzac reprend sa présence d'esprit, et s'écrie d'une voix, formidable :|

— Que signifie tout ceci ? Quels sont les audacieux qui se permettent à cette heure de violer mon domicile ?

Je pars d'un grand éclat de rire,-* je lui réponds d'une voix ferme :

— Gela signifie, monsieur de Balzac, que vous êtes bafoué et mystifié par moi. — J'ai voulu venger mon sexe calomnié par vous dans votre Physiologie du mariage , j'ai voulu prouver à son auteur que^ quoi qu'il en dise. Il se rencontre et se rencontrera toujours des femmes assez courageuses et vertueuses pour savoir à l'occasion résister à toutes les séductions.

Cette dame que vous voyez là, c'est ma mère , — • la

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camériste fidèle dont je vous ai parlé ,'qui vveillait .sans cesse , sur sa fille,.— «Be. était du complot; — ce grand escogriffe , qui se tord. dans des convulsions.de rire, c'est un nègre faux teint., — c'est mon . camarade ,iun simple figurant à l'Opéra. Lève la manche de. ton habit, Pasléger, — prouve. à Monsieur que Ja peau :est. aussi blaache que la sienne. — De tout ceci, mon bon ange peu gardien, vous devez conclure que je ne suis pas la fille de M. le duc de la Roche- Antique, pas plus que la fiancée du comte de Champs-NouiQielles ; que je ne suis en réalité .que Irène Gobald, une figurante de l'Opéra... Je me retire donc, satisfaite de ma vengeance, — en vous disant, cher monsieur de Balzac, que lorsqu'un chasseur tient en ses mains une caille, il doit savoir la plumer, la paire et la croquer... et votre ccdlle s'envole.

A, ce poignant persifflage, M. de Balzac, qui s'était arrêté au milieu du boudoir , immobile , comme frappé par la foudre , de pâle de rage et de colère qu'il était, devient pourpre ; le sang lui monte à la tète. Sa poitrine se soulève et s'abaisse comme le sein d'une femme fortement émue ; il chancelle, se jette sur le divan, porte ses mains à ses tempes comme pour comprimer le battement de ses artères... Il s'écrie d'une voix, de possédé :

— Démon de l'enfer, misérable créature, sois maudite I Tu m'as indignement mystifié et joué...

Auguste s'empresse de lui porter secours. Nous nous éloignons silencieusement.

, Voilà , Messieurs , ce que j'avais à vous conter sur le plus, grand des conquérants du cœur des femmes, monsieur de. Balzac! /.„,,., '. Ce sont là mes preuves morales, comme vous les Aommez.

/flÊtesnvous satisfaits? » . . . , , . .

À cette simple interrogation, nous inclinâmes tous la tète, et d'une voix unanime nous répondîmes : a Au delà de nos espérances. »

—Un mot encore, Messieurs, reprend Irène^ Nous nous sommes juré, réciproquement, un inviolable secret; je vous en demande jde nouveau la confirmation.

Six mains droites se levèrent spontanément ; elles voulaient dire : a Nous le jurons sur nos blasons. »

En nous retirant , sur la porte du salon , ce démon de jeune fille donna à chacun de nous une vigoureuse et cordiale poignée de main.

— A bientôt votre récompense bien méritée, mademoiselle , lui dit le marquis de Podensac.

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