‹ Souvenirs de la vie littéraire; portraits intimesChapitre 26 sur 47 · L'UN DES ROIS DE LA BOHÊME · texte numérisé non relu

L'UN DES ROIS DE LA BOHÊME

Il éMit Miii, Ml bord do U grftDdt rouit, sur uae borne. Près de lui reposait sur l'herbe au bout d*an bftton qu'il portait snr répaule, ehomin falMBt, ua mouchoir viovx, usé, troud, noué par les quatre bouts, rtnfermant deux chemises grossières , déchirées, une blague à moitié pleine do mauTtis Ubac, uM pipe do Mrro ortistanoot culottée, une marotte, un chapelet, un sca pulaire, un costume complet de paillasse et ane robe de chartreux. Depuis pluiieurs aanéos il courait le monde à Tavoiiture, ossayant de tous les métiers imaginabloi »

on vrai bohémien qu'il était.

Qditsbo — £1 ffM iêCÊKê,

Maurice Alhoy est mort il y a quelques années, après avoir j^té dans le monde littéraire l'éclat d'un météore, se survivant, hélas 1 à lui-même, et quand son nom, par ha-

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sard, était prononcé, ne recueillant de toutes les lèvres dédaigneuses que ce peu de mots : Maurice Alhoy ! qu'est-ce que cest que cela ?

Oui, de tous les écrivains dans Tintimité desquels j'ai vécu pendant quinze ans, c'est, à mon avis, celui qui a le plus follement gâché la plus belle des existences.

Grand, brun, élancé, d'une figure avenante, de manières distinguées, pétillant de verve, d'entrain et d*esprit, possédant tout ce qu'il faut pour plaire et réussir, il s'était vu constamment empêché, par son caractère léger, frivole et inconstant, de mettre à profit les dons heureux dont la nature 8*était plu à le combler.

Je Tai tour à tour connu littérateur correct et élégant; fondateur et créateur du premier Figaro y dans le passage du Commerce, au faubourg Saint- Germain, avec Etienne Jourdan, le graveur-chansonnier; directeur des journaux le Voleur et TOurs ; collaborateur du Miroir, de la Pandore, de r Opinion f du Diable boiteux^ du Constitutionnel des Dames ^ de la Nouveauté t du Corsaire^ avec Jay, Jouy, Montigny, Gauchois-Lemaire, Monglave, Latouche, Ader, Fontan, Ghalas, Moreau, Léonard Gallois, Ferdinand Langlé, de Forges, Adolphe de Leuven, Virmaître, Amédée de Bast, Marie Aycart, Etienne Arago, HippolyteRolle, Le Poittevin Saint- Elme, etc., etc.; chartreux dans les montagnes du Dauphiné ; bohème dans tous les quartiers de Paris ; puis, nouveau saint Vincent de Paul, parcourant les bagnes pour étudier les mœurç des forçats; capucin, je ne sais où ; directeur du Théâtre BeauwsrchaiSy sur lequel il chevaucha quelque temps, et qui agonisa, tué sous lui; auteur, plein de verve, d'innombrables drames, mélodrames, farces et fantasmagories ; prestidigitateur hors ligne dans son Zig-zig, qui fit courir tout Paris ; puis encore riche marchand de marrons du Luc, sur le liguai de Marseille : que sais-je, enfin ?

Depuis vingt ans, on l'avait perdu de vue, et ses vieilles connaissances le croyaient passé à l'état de mythe.

Quand, peu de temps avant sa mort réelle, définitive et sans remise^ il ressuscite tout à coup dans le Figaro- Villemessant, offrant aux abonnés de cette feuille, comme du fruit nouveau, ses Bagnes, le seul de ses ouvrages qui restera peut-être, quoique ce soit une triste célébrité, après tout, que d'être le chantre, l'Homère des Gontrafatto, des Maingrat, des Collet, des comtes de Sainte-Hélène et de jtoutes ces illustrations du faux, du vol, du viol, de l'assassinat, du poison, du poignard et de l'incendie.

Peu d'hommes ont possédé une imagination aussi fertile que la sienne. Il en aurait revendu, sous ce rapport, au plus riche.

Il avait créé non-seulement le Figaro , l'Ours et le Voleur, mais une multitude d'autres journaux, de l'énumération desquels je crois devoir charitablement faire grâce au lecteur.

Il avait écrit les Bagnes ; il avait commejicé Sous le Froc, roman que, à bout d'idées, il ne put conduire au dénoûment ; il avait fait paraître les Prisons de Paris, en collaboration avec Louis Lurine ; enfin, pendant dix ans, l'éditeur Ambroise Dupont avait annoncé de lui, comme devant paraître sans cesse, et ne paraissant jamais, le Bachelier de Paris, un fort joli titre, ma foi !

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HAmsAiieB BU JOURNAL REPRODUCTEUR le VoJeur.

L'idée première et la création du journal h Vb7etfr appartiennent en propre à Maurice Âlhoy seul, et non à M.Emile de Girardin, comme, à toi*t, on le croit généralement.

\ tout seigneur, tout honneur I Saum cuique.

C'est de Maurice lui-même, un jour qu'il était dans sou bon sens, ce qui lui arrivait fort rarement d'ailleurs, que je tiens cette histoire véridique de volear ou du Volent, dont je laisse à son ombre toute la responsabilité.

t Une nuit que je rêvais dans mes draps, me dit*il, une idée lumineuse me traversa subitement l'esprit : il ne s'agissait de rien moins que de créer un journal reprodaeteur avec les meilleurs articles des feuilles le plus efi vogue, avec les plus jolis contes, les plus attrayantes nouvelles, les meilleurs romans des écrivains en renom, sans avoir à leur payer le moindre droit d'autear. Et è celte excellente idée, j'accolais un excellent titre, un article et un substantif, la résumant tout entière, !o Voleur. Mais ce n'est pas tout que d'avoir une bonne idée, il faut avoir encore de l'argent pour la mettre à exécution.

« Or, je ne possédais que quarante francs pour toute fortune, et je ne pouvais espérer, dans ma position, obtenir du crédit, ni chez l'imprimeur, ni chez le marchand de papier.

« Que faire ? Je parlai de mon embarras à James Rousseau, mon ami, homme de lettres comme moi. Par grand extraordinaire il possédait, ce jour-là, soixante francs, qu'il mit à ma disposition, m'offrent de s'associer à moi dans

MAURIGB ALBOT. IW

rexploitation nouvelle. J'aoeeptai avec em]preMemeol9 mais il me fallait cent francs de plus, car un auméro du Voleur derait eoûter tOO francs.

« Je ne perdis pas courage. J'allai voir mon camarade Emile Girardin, qui n'usait pas eneore de la particule ae* biliaire, et avait un emploi qui le mettait à même de faire des économies. Je lui demandai de me prêter cent francs.

« — Cent francs ! s'écria*t-il. Y penses- vous ? Et pour* quoi faire ?

La fourtni n'est pas prêteuse; C'est là son moindre défaut.

a Je lui expliq[uai le plan de mon Voleur dont la réussite me paraissait infaillible. Il paraît que ce projet ne sourit pas moins à mon bailleur de fonds en expectative, puisque, bondissant sur son fauteuil, comme un homme frappé de la pile de Volta, il s'exelama :

« — Part à trois, Maurice ! je donne les cent francs. « Il leo donna, en effet, et d*autres encore ; l'entreprise réufiwit, et, plus tard» M. de Girardin devint seul propriétaire de ee recueil, dans lequel il fit des bénéfices considérables. »

Le sort de cette publication a été bizarre, étrangç. Après être montée fort haut comme instrument de vulgarisation et comme spéculation commerciale, elle s^est insensiblement affaissée sur elle-même. Mais M. de Girardin avait pris ses précautions : il s'était prudemment retiré lorsqu'il avait vu le succès décroître. Depuis s» retraite, le Voleur, descendant toujours, a passé par bieu des mains.

K l'heure qu'il est, un homme pourtant habile s'il en fut, sue sang et eau pour faire en sorte de galvaniser le défunt, c'est du journal dont nous voulons parler. Peine inutile 1 Annonees, réclames, fifres, tambours, clairons.

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trompettes et tam-tam n'y peuvent i*ien. I^es conditions 4e publicité chang^ent tous les dix ans. Ije régne da Voleur est passé : on a beau abaisser ses prix, que voulezvous qu'il fasse en présence de la presse populaire a lx sou ? Certes, ni Maurice Al boy, s'il était encore de ce monde, ni Km île de Girardin, qui vient de prouver qu'il en est en se remariant, ne songeraient aujourd'hui à essayer de remettre sur ses pattes leur vache à lait d'autrefois.

La première condition de tout succès est d'être de son temps et de venir ù propos.

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