VII. » Souvenirs de Cliison
VUI. — Le retour à Paris. — Marianne et M Jules Janln. IX. -- Péché avoué, péehé pardonné. — Un emprunt littéraire.
« Chacun se dit ami; maig fou qui B*y reposa, fc Rien n'est plus cominàn que le nom , « Rien n'est plus rare que la chose»
La Fortauie.}
Parmi les portraits que le cours vagabond de mes rêveries me fera retracer, aucun peut-être ne m'offrira plus de facilité et de plaisir que celui du jeune écrivain devenu si célèbre, auquel je vais consacrer ces quelques pages.
Âtitant de Balzac réveillera en moi de douloureuses et amères réflexions, autant Jules Sandeau'fera vibrer dans mon cœur de douces et affectueuses émotions.
De tous les hommes de lettres que j'ai fréquentés, il n^en est aucun dont le souvenir me revienne plus volon- Uers, et que j'aime à peindre sous de plus riantes couleurs , atin de faire ressortir les qualités aimables qui sont i*apanage de cet auteur si remarquable.
216 PORTRAITS d'auteurs.
J'ai connu Jules Sandeau à cette phase de la vie (il avait alors ù peine vingt-cinq ans), où fermente la sève du talent et de la jeunesse, où les passions généreuses débordent sur toutes les autres, où Tamitié, cette avantgarde de Tamour, éclate, pleine de dévouement et d'abnégation.
J*ai assisté à tous ces instants de douloureuses angoisses, où les entrailles du poëtc se déchirent pour livrer passage aux premiers fruits qu'enfante le génie. ' J'ai été le témoin, le confident des plaintes qui s'exhalaient d'un cœur blessé dans ses plus tendres, dans ses plus chères affections, les premières qui s'en échappent, et dont l'amertume n*est pas exempte d'un certain charme.
C'est dans mon sein qu'ont retenti les cris étouffés de ses premiers enfantements. Eh bien ! j'en ai conçu pour cet écrivain une estime si profonde, une amitié si sincère, que les souvenirs qui m'en sont restés font encore le honheur de ma vieillesse, quand je pense à l'amitié intime qui m'a uni à un homme si supérieur.
Chaque fois que je me reporte à cette époque de ma carrière d'éditeur, mon sang réchauffé coule dans mes veines avec plus de liberté et d'abondance; au souvenir de cette intimité, il me semble que je n'ai pas vieilli.
Je suis comme ces voyageurs qui, se trouvant tout à coup assis au foyer d'une hospitalité généreuse, après avoir franchi les fondrières de la route, se disent, en se frottant les mains avec bonheur : — Décidément il fait bon ici.
En est-il aujourd'hui de l'écrivain de môme que du vieil éditeur ?
En douter un instant serait un crime.
Les succès si grands, si mérités de Mademoiselle de la Seiglière, du Neveu de M. Poîrson, de tant d'œuvres dé-
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licates et artistemeut ciselées, ont-ils fait oublier au poëte son ancien éditeur de Marianne^ de M»» de Sommerville, du Docteur Aristide Herbeau ?
Et les amitiés équivoques qu'attire le succès ont-elles effacé la cordiale affection qui s'épanouissait au feu de la lutte et bravait le destin ?
Non, non, c'est impossible.
Je repousse une pareille idée, parce qu'elle m'est douloureuse, je la repousse plus encore parce qu'elle serait injurieuse à l'homme que j'ai pris l'habitude d'aimer depuis longtemps.
La gloire , surtout lorsqu'elle est légitimement acquise^ ne saurait transformer à ce point un noble cœur ; et eûtelle celte influence délétère sur tous les autres, il me semble qu'une exception devrait être invoquée en faveur xle Jules Sandeau.
Quoi qu'il en soit, je tiens, et même beaucoup, à ce que le lecteur connaisse à fond l'écrivain au talent duquel il doit tant d'œuvres charmantes, et auquel je dois, à mon tour, tant d'affectueux souvenirs .