‹ Souvenirs de la vie littéraire; portraits intimesChapitre 39 sur 47 · UNE AMITIE SANS NUAGES · texte numérisé non relu

UNE AMITIE SANS NUAGES

Dés ce.jour, l'amitié la plus sympathique m'unit a Jules Sandeau ; jamais le moindre nuage ne vint l'altérer, môme pendant mes désastres commerciaux, alors que je me trouvais abandonné d'autres gens de lettres, tandis que je luttais avec l'héroïsme du désespoir contre les coups

redoublés de la fortune qui semblait do plus en plus s*éloi« gner de moi ; car c'est surtout dans ces délicates et dou- 1 oureuses circonstances qu'on reconnaît ses vrais amis.

Quant à Jules Sandeau , plus il me sentait malheureux , plus sa tendresse pour moi devenait ardente, cxpansive et généreuse, à tel point qu'étant alors bien loin, certes, d'être riche, il ne balança pas à s'exiler volontairement de Paris, à courir pour moi à Pornic, sur les grèves de rOcéan, à écrire en ma faveur à ses meilleurs amis, à me faire môme cadeau , oui, cadeau, du manuscrit d'un roman intitulé le Docteur Aristide Herbeau,

Voilà ce que fit ce jeune écrivain, qui devait être un jour célèbre, pour son ami, pour son éditeur malheureux, ruiné, spolié par le machiavélisme et l'égoïsme d'un autre homme de lettres qui avait une pièce d'or à la place du cœur... ,

J'ai déjà dit autre part, qu'à la suite de mon Waterloo , signifié si froidement et préparé avec tant de perfidie par de Balzac , ma santé jadis si robuste avait été compromise à un tel point par une gastrite aiguë, que je fus contraint de m'aliter et d'arrêter mes travaux.

Je résolus de faire une assez longue absence, dans l'espoir qu'arraché âmes déplorables affaires, les distractions que procurent toujours les voyages, le changement d'air et de climat, pourraient peut-être me mettre à même de rétablir ma santé.

Le jour de ma chute, fou de douleur et du désespoir d'abandonner à la rapacité des huissiers ma boutique de libraire, jusqu'alors si paisible, je fis placer dans une voiture mes livres de commerce, pour aller chez Jules Sandeau, lui demander un asile, afin de pouvoir faire un inventaire très-exact de ma situation.

Ce fut à cet ami si dévoué, que je résolus d'aller demander les secours de ses consolations , dé toute

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feon amitié, et le repos qui m'étaient si nécessaires.

Jules Sandeau n'habitait plus Paris : il avait dû abandonner son joli appartement de la rue Cassini, pour soustraire sa jeune et fraîche imaginatron si féconde , aux obsessions égoïstes de ce colosse nommé de Balzac, qui, de même qu'une pompe aspirante, absorbait à son profit toutes les facultés créatrices de ce jeune écrivain , comme il avait déjà fait de celles de Maurice Alhoy, Emile /?egnaiilt, Lassailly, Chaudesaigues , et plus tard Dutacq ; tous seraient devenus fous, sous cet exploiteur qui enfantait chaque jour projets sur projets, drames, contes ^ BouvelJes, romans, etc.

Mais je savais'où je pourrais rejoindre au besoin Sandeau, car nous étions en correspondance réglée.

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