L*H0MME PROPOSE , DIEU SEUL DISPOSE
Presque mourant , je voulus essayer do vivre.
Jo mis en ordre mes affaires; dans mon secrétaire, bien eu vue , je plaçai un volumineux paquet avec lettre sous enveloppe sur laquelle j'avais écrit ces mots : <€ A n*onvriv qu après ma 'mort. Ceci est mon testament. Paris , le 25 juillet 1886.
c Ed. Wehdet. j>
Ces sages et prudentes précautions prises, j'allai rejoindre Jules. Donc le 27 juillet 1836, je me fis transporter au bureau de la diligence Lafitte et Gaillard ; une place
■Ma*
de coupé avait été retenue la veille pour moi, jusqu'à Orléans seulement , où je comptais me reposer un peu de mes fatigues.
L'homme propose , Dieu seul, dispose.
On va juger de la vérité du proverbe.
J'occupais la première place du coupé ; il était près de huit heures du matin, la diligence allait partir.
Je croyais gue j'allais voyager seuHg'en étais enchanté; je fus déçu de cet espoir.
Un monsieur et une dame, l'un et l'autre d'un certain âge, mais d'une très-haute distinction, se présentèrent au moment du départ.
A l'aspect de cette respectable dame , je me levai pour lui offrir ma place.
— Non , non , me répondit le mari , ne vous déplacez pas, monsieur; vous paraissez bien faible et bien souffrant. Quelle maladie vous a donc mis dans cette piteuse position , car vous êtes jeune encore ?
— Lorsque la voiture aura atteint la grande route , je répondrai , monsieur , à vos bienveillantes paroles ; — dans Paris , le bruit me force à élever la voix , — ce qui me fatigue beaucoup, je vous assure.
— Vous avez raison, monsieur, ne parlez plus. Nous avions à peine dépassé le grand Montrouge, que
mes obligeants voisins m'avaient pris en grande affection.
— Voulez-vous , monsieur, me dit la dame , que je sois voire mère, — que je vous soigne comme un fils pendant tout le temps que nous passerons ensemble ?
— Soyez, madame, répondis- je avec feu, — soyez mon bon ange gardien , -^ soyez ma mère , — votre fils vous obéira avec reconnaissance.
A Etampes , la diligence s'arrêta pour donner le temps aux voyageurs de déjeuner.
Sur l'ordre de ma protectrice, deux côtelettes de mouton
rôties sur le gril , avec du vin de Bordeaux , me furent servies.
— Vous ne mangerez, monsieur, que les coquilles seulement de ces côtelettes ; — vous ne boirez que deux petits verres de ce vin de Médoc , me dit cette obligeante dame. Vous avez l'estomac très-affaibli par le régime débilitant que vous a fait suivre votre Esculape ; — il a besoin d'être affermi. Voici celui qu'à mon. tour je Vous prescris : — des viandes rôties sur le gril, mouton ou bœuf, accompagnées de quelques petits verres de vin vieux de Bourgogne ou de Médoc ; — manger peu à la fois , mais souvent ; — si vous suivez à la lettre mon ordonnance, je vous prédis qu'en très-peu de temps vous retrouverez vos forces épuisées avec votre santé.
A six heures nous étions arrivés à Orléans.
— Conducteur, m'écriai-je en descendant de voiture, je continue jusqu'à Tours.
— Suffit, Monsieur.
J'avais passé une journée si heureuse !
A cinq heures du matin, la diligence s'arrêta à l'hôtel de la Boule-d'Or, à Tours. Je continuai ainsi mon voyage jusqu'à Angers, où nous arrivâmes le soir.
Là, nous dûmes passer la nuit pour nous embarquer le lendemain matin à six heures sur un bateau à vapeur qui, de la Maine à la Loire, devait nous déposer à Nantes.
Mêmes soins délicats , même empressement pendant notre dîner de la part de mes aimables inconnus que je brûlais du désir de connaître, puisque je devais le lendemain me séparer d'eux.
L'heure d'aller nous coucher arriva.
— Mon enfant, dis-je à la soubrette qui vint m'indiquer ma chambre , quelles sont les personnes avec lesquelles j'ai eu l'honneur de dîner et de passer une si agréable soirée ?
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— Quoi ! vous ne les connaissez pas, Monsieur ?
— Non, en vérité.
— Mais ils ont eu pour vous tant d'attention et tant de prévenance , que . . .
A cette réticence à laquelle je m'attendais, je lui glissai dans la main un argument irrésistible , — une pièce d'argent....
— Ce sont M. le baron et M™* la baronne de V..., son épouse. M. le baron est président de chambre à la Cour royale de Paris ; il va passer ses vacances à son château de Pornic. Lorsqu'il s'arrête dans cet hôtel , c'est jour de fête pour nous tous ; Monsieur et Madame sont si généreuse ; pas fiers du tout ! Ils sont la Providence de tous les malheureux de leur commune où il n'y a pas de pauvres , grâce à eux.
Quelle bonne fortune j'avais eu l'heureuse chance de rencontrer...
A six heures du matin le lendemain , nous étions embarqués sur le bateau à vapeur.
Le temps était admirable.
Vers les onze heures, sur Tordre de M. le baron de V. . . , une table à trois couverts fut dressée sous la tendille où notre déjeuner fut servi.
Plus le moment de la séparation approchait , plus les paroles devenaient affectueuses, à ce point que M. le baron me demanda mon calepin. — « J'ai, me dit-il, à vous donner par écrit notre adresse à Pornic , où vous viendrez , je l'espère , nous rendre visite ; — je prends cette précaution dans la crainte que vous ne l'oubliez. — Oui, cher monsieur, venez passer quelques jours à notre château, ajouta gracieusement son excellente femme, — nous vivons là très-retirés, — le grand air de la mer vous fera du bien ; — Il fortifiera votre santé, soyez-en bien persuadé. — Nous ferons en sorte que vous ne puissiez vous ennuyer
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près (le deux vieilles gens comme nous. — Vous nous promettez ce plaisir, nVst-ce pas ? » ajouta avec une courtoisie pleine de charme M. le baron.
tracccptai cette offre gracieuse.
Fouvais-je faire différemment , à moins de paraître un goujat.
La séparation eut donc lieu à Nantes.
Une place sur la banquette était heureusement disponible dans la petite diligence de Clisson , je la pris.
Deux heures après, je tombais dans les bras de mon ami Jules comme un aréolite, juste au moment où il allait se mettre à table pour dîner soûl , à Thôtel du Grand Ciisson.
Je renonce à vous reprimer la joie de Jules Sandcau , que je n'avais pas prévenu de ma visite , lorsqu'il me serra dans ses bras.
En quittant Pornic, mon ami était venu planter sa tente de nomade à Clisson.
SOINS ET tendresses FILIALES DE JULES SANDEAU POUR