‹ Souvenirs de la vie littéraire; portraits intimesChapitre 44 sur 47 · PECHE AVOUE, PÉCHÉ PARDONNE. — UN EMPRUNT LIITERAIRB · texte numérisé non relu

PECHE AVOUE, PÉCHÉ PARDONNE. — UN EMPRUNT LIITERAIRB

Je ne puis mieux terminer cette esquisse sur mon vieil ami Jules Sandeau, qu'en rapportant in extenso un article très-remarquable que j'ai trouvé je ne sais où, et dont je regrette de ne pouvoir citer le nom d'auteur.

Dans tous les cas, je n'ai jamais eu pour habitude d'imiter le geai de la fable et de me parer effrontément, comme tant d'autres le font, de ce qui n'est pas à moi.

Voici cet article :

(( M. Jules Sandeau, l'un de nos , auteurs contempo-

310 PORTRAITS D*AUTBURS.

rains les ptus aimés de la société d*élite, est né en 1811, à Àubusson (Creuse); — il fut élevé au collège de Bourges.

fl Destiné à la carrière du barreau, il vint, à Tâge de vingt ans, faire son droit à Paris ; mais il planta bientôt là les Institules et les Codes, pour faire du journalisme, — et, dès la fin de 1831, il était devenu l'un des rédacteurs habituels du Figaro, à ce moment dirigé par de -Latouche.

« Plus tard, il fut chargé de la critique théâtrale dans l'ancienne Bévue de Paris, et il s^acquitta pendant plus de dix ans de cette tâche ingrate et difficile ; — ce qui ne Tempêcha point de prendre, en même temps, une part active à la rédaction de l'ancienne Chronique de Paris (morte entre les mains d'Honoré du Balzac, chargé de la partie étrange — non, étrangère), à celle du Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture (sous la direction de mes vieux amis, William Duckett père, et Eugène de Monglave),non plus que de publier, en iSS2, Madame de Sommerville ; en i%BQ, Marianne; en 1840, le Docteur Herbeau; en 1842, Richard; en 1843, Vaillance Fernand;en 1845, Catherine ; en iSiQ, Madeleine ; en 1847, Valcreuse, et un Héritage ; en 1848, la Chasse aux Romans.

« Tous les romans que je viens de citer eurent un grand retentissement et ont depuis longtemps classé cet écrivain parmi les plus brillants stylistes de notre époque.

< La pensée-mère est toujours pure et chaste. — Jamais M. Jules Sandeau, pour accroître la curiosité de ses lecteursy ne songea à exploiter dans ses œuvres des idées subversives de la morale, non plus qu'à faire appel aux passions de la politique.

« Au lieu de prétendre à reconstituer la société sur des bases nouvelles, il se borne à en peindre les travers

avec une grande finesse d'observation, mais sans misanthropie.

« Ajoutons qu*il manie la langue avec une remarquable habileté, et que ses œuvres conseryeront toujours par là cette valeur littéraire qui manque à tant de productions dont le succès a peut-être été plus bruyant.

« En 1851, Jules Sandeau a fait représenter au Théâtre- Français Mademoiselle de la Seiglière^ comédie dont la vogue est loin d'être épuisée, et qui, traduite en plusieurs langues, se joue sur toutes les scènes de l'Europe. Plus tard, il a donné au même théâtre la Pierre de touche, comédie en cinq actes, et au Gymnase le Gendre de Monsieur Poirier, en quatre actes.

a Ces deux dernières pièces ont été écrites en collaboration de M. Augier et de M'. Goubeaux (je crois).

« Mentionnons enfin parmi les productions dont nous sommes redevables à cet infatigable écrivain : Rose et Blanche, en collaboration avec George Sand; la Croix de Berny, ouvrage composé avec M"»® de Girardin, Méry, Théophile Gautier, et deux volumes avec Arsène Houssaye. »

Voilà cependant Thomme de lettres dont un illustre baS'bleu {blae shocking) a osé dire dans l'un de ses romans :

« En grattant sous Tépiderme d'Horace, on mettrait à nu le tuf de son cœur ; il n'est qu'un paresseux, un rêveur, incapable de produire jamais rien de remarquable. »

Depuis 1834, comme Horace s'est triomphalement vengé de cet écrivain, Boi parmi les femmes, Reine parmi les hommes, dont Balzac a dit : C'est un littérateur du genre neutre ; la nature s'est trompée à son égard , car elle lui a prodigué trop de style, et pas assez de culotte.,,

« La colère et le dépit sont.de mauvais conseillers, »

a dit Jacques Amyot. Ce grand philosophe a eu raison. Qui veut trop prouver ne prouve rien !

Pour juger de la noblesse de cœur de Jules Sandeau, il suffira de lire cette esquisse.

Lui! un paresseux! Encore une ridicule exagération!

Jules Sandeau a victorieusement répondu aux prophéties de cet écrivain rancunier par tous les chefs-d'œuvre que sa plume a produits. .

Jules Sandeau depuis 1859 est membre de TAcadémie française ; il est de plus Tun des conservateurs adjoints à la Bibliothèque Mazarine ; à la boutonnière de son habit croisé est attachée la rosette d'officier de Tordre impérial de la Légion d'honneur.

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