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Souvenirs de Lulworth, d'Holy-Rood et de Bath

Ces lettres n'étaient pas destinées au public : la familiarité du style, la simplicité des détails, l'abandon des confidences ne le prouvent que trop-, l'une des premières, communiquée à

une personne que le sujet intéressait vivement, a été copiée, puis répandue , colportée et enfin vendue. C'est ce qui a décidé l'auteur, déjà sollicité par quelques amis, à les livrer toutes à l'impression. Il ne s'est pas nommé, parce que son nom est celui d'un père qui l'a rendu célèbre par sa fidélité, soncourag-e et son talent. La fidélité de Fauteur, ces lettres mêmes l'attestent. Il ose espérer que son courag-e ne se démentirait pas

dans l'occasion 5 mais le talent de son père , ce n'est pas à lui qu'il a été légué. Yoilà ce qui l'a déterminé à taire ce nom à la critique, quoiqu'il soit tout prêt à le prononcer devant la justice, si elle avait le malheur de trouver quelque chose de coupable dans l'expression de la reconnaissance et des regrets.

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DE LULWORTH ,

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Dieppe, 29 septembre i83o.

N'es-tu pas bien étonnée de la date de ma lettre, ma chère N***?

Moi à Dieppe , au mois de septembre! et pourquoi? Ah! ce n'est

pas pour y rester, quoique la ville m'ait paru fort agréable. A présent que je suis bien décidément en route , je peux te dire le but d'un voyage qui me paraît moins aventureux depuis que je l'ai entrepris.

Tu sais que depuis le départ de Charles X, nous n'avons eu que rarement et difficilement de ses" nouvelles. Après toutes les crises politiques , il se répand dans le parti vaincu une sorte de terreur qu^il décore du nom de prudence, et qui l'empêche de parler autrement qu'avec un prof ond mystère

des personnes et des choses qui l'occupaient le plus auparavant.

Je connais des gens fort assidus à faire leur cour aux princes, et qui pâlissent maintenant , si on prononce leurs noms auprès d'eux. Moi, qui n'ai pas été élevé dans cette sage réserve , et qui ai toujours dit hautement ce que je pensais, et surtout ce que je sentais, j'ai résolu d'aller à Lui worth, pour m'assurer de ce que je désirais tant d'apprendre, et pour le répéter à tous ceux qui auront la témérité de me le demander.

Jusqu'à présent, aucune difficulté , aucun obstacle ne sont venus donner quelque mérite à mon entreprise. Les passe-ports pour l'Angleterre s'obtiennent très-aisément ; et jusqu'à Dieppe , mon voyage ne m'a offert que de l'intérêt. J'ai rencontré dans la diligence un jeune avocat écossais qui m'a paru bon et aimable. Il vient demain avec moi à Brighton , et me sera sans doute très-utile pour mon début en Angleterre. Ensuite, je serai livré à moi-même , et au peu de mots que je sais prononcer.

J'ai trouvé Dieppe encore tout paré des noms de Madame et de Mademoiselle. Les marchands ne les ont point effacés de leurs enseignes, et j'ai été charmé de passer ma journée d'attente dans une ville où toute la reconnaissance de la France semble s'être réfugiée. C'est un bon augure pour mon voyage, et je l'accepte.

On m'annonce le départ du bateau. Adieu.

Soulharapton , 5 octobre i83a.

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