‹ Souvenirs de ma jeunesseChapitre 12 sur 12 · IK · texte numérisé non relu

IK

à no se pas décourag*er et à lutter ([iiand même pour le triomphe du bien !

Lui aussi , brisé et renouvelé dans sa \ ieillesse par le sacrifice purificateur de l'obéissance et de la courag*euse humilité , plus gTand dans la pratique de cette abnéi^^ation intellectuelle inspirée par son tendre amour pour l'Eg'lise (juil ne l'avait été aux jours de ses plus beaux triomphes littéraires, lui aussi, aurait trouvé de nouveaux accents pour nous encourag'cr à l'effort, à la lutte, à la compassion évang'élique, au dévouement sans réserve, à la foi vivante, à la prière (|ui transporte les montag-nes, à cette entière pureté de cœur qui ne fait pas seulement voir Dieu, mais qui le donne, et, aA^ec lui, le secret des vrais prog^rès!

Mais quoi! est-ce qu'il n'est plus avec nous? est-ce que tout est fini? Ne peut-il plus se faire entendre de nous et nous redire un vig'oureux sursum corda?

Cependant, je me le rappelle, il y a huit ans, après la mort d'Henri Perreyve, ce tils, ce frère tant aimé de son âme et de la mienne, quand nous nous entretenions ensemble de ce vaillant soldat frappé si jeune sur le champ de bataille; quand nous cherchions à nous consoler avec les amis <|ui l'avaient connu (et parmi eux se trouvait alors ce noble cœur, cet ouvrier évang-élique qui a eu le bonheur de réaliser plusieurs des g'randes idées du P. Gratry, notre admirable Aug^uste Gochin).

pour nous encourag'er (^t se fortifier luimême, le Père nous rappelait une mystél'icuse parole de saint Pierre :

« J'aurai soin , dit l'apôtre aux prc- '( miers chrétiens, de vous visiter après ma « mort, pour vous rappeler ces enseig*ne- « ments (Ij. »

N'est-ce pas lui encore qui , ici même,

(I) I PKTIi., 1, 14.

dans celte chaire, a dit cette gracieuse et consolante parole où son âme se peint tout entière :

(( Si nous avions une foi plus vig'ou- « reuse, la mort ne serait plus qu'un « voile semi-transparent, sous lequel nous « sentirions, pour ainsi dire, les chères (1 âmes que nous avons perdues , comme « un petit enfant qui, jouant avec sa mère « ou sa sœur cachée sous un tapis , la « touche s'il ne la voit plus. »

Ah! mon père et mon maître bien-aimé!

depuis un an je ne vous vois plus. Mais mon âme a bien souvent senti la vôtre, et la vôtre, je l'espère, a plus d'une fois touché la mienne.

Et, en ce moment, il me semble que vous êtes si près de nous , si près de ces âmes qui vous aiment et qui sont venues prier pour vous! si près de cet autel où votre main sacerdotale a plus d'une fois ofTert la g*i'ande victime!

0 mon père, que ma faible voix ne soit ((u'un écho de la vôtre!

Et moi aussi, en votre nom, je veux exhorter ces âmes !

Je veux leur rappeler ce mot(jui, passant du cœur de Jésus-Christ dans votre cœur, et de votre cœur dans le mien, m'a f\iit prêti'e pour annoncer aux hommes l'Évang'ile de la divine lumière et de la divine compassion. Amice, ascende SKperius (1).

Mes amis, mes frères, voulez-vous honorei' vraiment la mémoire du Père que nous pleurons?

Eh bien, je vous demande de monter phis haut.

Vous, Ames consacrées à Jésus-Christ, (pii avez eml^rassé la vie parfaite, et foulé aux pieds le monde pour vous ensevelii' dans le sépulcre fécond de la mort volontaii'e, montez plus haut encore, allez à des vertus plus complètes, à des audaces plus

décisives pour entreprendre, par la prière et par le zèle, la conversion de l'humanité !

Vous, que vos devoirs retiennent dans le monde, vivez-y davantag'e de l'esprit de rÉvang*ile; dég^ag'ez-vous de tant de servitudes qui oppriment et étouffent en vous les meilleures inspirations de la g'ràce ! Soyez le sel de cette terre affadie avec laquelle vous êtes en contact quotidien ; soyez, par vos œuvres, la lumière de cette société si souvent ténébreuse, et oblig-ezla à g-lori fier votre Père céleste!

Vous, qui êtes riches, faites de votn' or un emploi plus évang'élique, au lieu de le jeter en proie à ces passions et à ces sottises que notre ami comparait si éloquemment aux faux dieux du pag-anisme antique.

Vous, femmes chrétiennes, multipliez par le dévouement ces admirables ressources de cœur que Dieu vous a données; allez essuyer les yeux qui pleurent, con-

soler les âmes qui g*émissent et se désespèrent, et prouver qu'il y a un Dieu bon, en vous constituant la providence de tous ceux qui souffrent !

Vous , chers jeunes g*ens , qui êtes à I "aurore de votre vie, dans la splendeur de vos ving't ans , accomplissez sur vous ce travail que le Père a si admirablement décrit en parlant d'Henri Perreyve, je veux dire la transformation du courag*e et de lamour, la transfîg'uration évang'élique de la volonté et du cœur. Ne vous laissez pas rétrécir et étouffer par les préoccupations stériles de l'ambition et de la cupidité. i\e dispersez pas, dans les joies fausses qui mènent si vile aux irréparables tristesses, ces forces principales de la vie qu'il faut appliquer aux prog-rès du royaume de Dieu. Ayez ces gTands élans d'àme que, par une dialectique encore meilleure que celle de Platon, le Père nous persuadait de transporter du monde idéal de la philosophie

au monde pruli(}uc des elï'orts personnels et des sérieuses verlus! Ii^coutez en cet instant la voix tle noire invisible ami qui vous crie de monter plus haut! Amice, as- I ciide siipcrius l

Puis à tous, à vous comme à moi, je veux redire ces paroles que je trouve à la lin du livre sur Henri Perreyve :

« 0 amis! eiforrons nous par la prière, <( par le recueillement, par la vraie vie du « fond de l'àme, d'apprendre à vivre avec « ceux qui sont dans Je ciel, dans ce i< monde où Ton est ensemble! »

f]t encore :

<c Devenons g^rands dans notre humi- « lité, en prenant le g'rand cœur, les « g'randes pensées des g'iorieux aînés (jui « sont morts , ou, pour mieux dire, pre- « nous le cœur de Dieu et les pensées de « Dieu <pii seul est tout en tous! »

Et maintenant, je vais achever le mystérieux sacrifice de nos autels !

Dans quelques instants, Notre-Seig'neur Jésus-Christ, présent et caché, sera descendu dans l'hostie du sahit!

Le prêtre embrassera dans une prière sublime toutes les parties de l'Eg-lise universelle , de la g'rande assemblée des âmes unies entre elles et avec Dieu, et celle qui combat encore sur la terre, et celle qui souffre dans le lieu des expiations, et celle qui jouit de la lumière et de la paix ; puis il redira les paroles dictées par le Sauveur lui-même à ses apôtres :

« Que votre règ^ne arrive, que votre « volonté soit faite en la terre comme au (( ciel! »

0 chrétiens! ô mes frères bien-aimés!

vous direz cette prière avec moi ; vous la direz avec lui. Oui, avec lui, car, en vérité, son âme nous touche et n'est séparée de nous que « par un voile semi-transparent » .

Peut-être alors, dans cette union de nos prières avec la sienne (et ici je me tais pour le laisser parler) : « sentirons-nous son « cœur tressaillir dans le nôtre, comme '( nous le sentions ici-bas , mieux encore! « et nous attirer, par l'infinie bonté du « Père, à ce royaume de l'amour! » où, vous vous le rappelez , il nous a donné le définitif, l'éternel rendez-vous !

Ainsi soit-il !

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