Le 30 juillet
souvF.vins
madame de Maintenon , elle l'aima , et lui donna toutes les marques de considération qu’elle pou voit imaginer. Je me souviens même qu’elle me faisoit l’honneur de me caresser toutes les fois que j’avois celui de paroître devant elle; mais cette pauvre princesse avoittant de crainte du Roi, et une si grande timidité naturelle qu’elle n’osoit lui parler ni s’exposer au tête-à-tête avec lui.
J’ai ouï dire à madame de Maintenon.
qu’un jour le Roi ayant envoyé chercher la Reine, la Reine, pour ne pas paroître seule en sa présence, voulut qu’elle la suivît; mais elle ne fit que la conduire jusqu’à la porte de la chambre, où elle prit la liberté de la pousser pour la faire entrer, et remarqua un si grand tremblement dans toute sa personne, que ses mains même trembloient de timidité.
C’étoit un effet de la passion vive qu’elle avoit toujours eue pour le roi son mari, et que les maîtresses avoient rendue si longtemps malheureuse. Il falloit aussi que le
confesseur de cette princesse n’eût point d’esprit, et ne fût qu’un cagot, ignorant des véritables devoirs de chaque état. J'en juge par une lettre de madame de Maintenon à l’abbé Gobelin1, où elle lui dit: « Je suis ravie que le monde loue ce que fait le Roi. Si la Reine avoit un directeur comme vous, il n’y a pas de bien qu’on ne dût attendre de l’union de la famille royale ; mais on eut toutes les peines du monde, sur la médianoche , à persuader son confesseur, qui la conduit par un chemin plus propre, selon moi, à une carmélite qu’à une reine. »
Enfin, soit par la faute du confesseur, soit par la timidité de la Reine, ou par la violence, comme je l’ai dit, d’une passion si longtemps malheureuse, il faut avouer qu’elle n’avoit rien en elle de ce qui pouvoit la faire aimer, et qu’au contraire le Roi avoit en lui toutes les qualités les plus propres à