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Elle mourut persuadée que sa dernière couche lui avoit donné la mort , et elle dit en donnant sa bénédiction à M. le duc de Berri :
Ah ! mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère !
Il est aisé de comprendre qu’un jeune prince, tel qu'étoit Monseigneur alors, avoit dû s’ennuyer infiniment entre madame sa femme et la Bessola, d’autant plus qu’elles se parloient toujours allemand, langue qu’il n'entendoit pas, sans faire aucune attention à lui. 11 résista cependant par l’amitié qu’il avoit pour madame la Dauphine; mais, poussé à bout , il chercha à s’amuser chez madame la princesse de Conti, fille du Roi et de madame de La \allière. Il y
goût, ni fie sensibilité ; mais sa santé toujours mauvaise la rendoit incapable de société. On lui contestoit ses maux; elle disoit : Il faudra que je meure pour me justifier. Et ses maux empiroient par le chagrin d’étre laide dans une cour où la beauté étoit nécessaire.
trouva d’abord de la complaisance et du plaisir parmi la jeunesse qui l’environnoit : ainsi il laissa madame la Dauphine jouir paisiblement de la conversation de son Allemande. Elle s’en aflligea quand elle vit le mal sans remède, et s’en prit mal à propos à madame la princesse de Conti. Son aigreur pour elle , et les plaintes qu’elle fit souvent à Monseigneur, ne produisirent que de mauvais effets. Si nos princes sont doux, ils sont opiniâtres ; et, s’ils échappent une fois, leur fuite est sans retour. Madame de Maintenon l’avoit prévu , et en avoit averti inutilement madame la Dauphine.
Monseigneur, ainsi rebuté, ne se contenta pas d’aller, comme je l’ai dit, chez madame la princesse de Conti ; il s’amusa aussi avec les filles d’honneur de madame la Dauphine, et devint amoureux de mademoiselle de Ramhures : mais le Roi, instruit par sa propre expérience, et voulant prévenir les désordres que l’amour et l’exem-
pie de Monseigneur causeraient infailliblement dans la chambre des filles , prit la résolution de la marier. Plusieurs partis se présentèrent, dont elle ne voulut point. M. de Polignac fut le seul avec lequel elle crut ne pas perdre sa liberté ; c’étoit le seul aussi que le Roi ne vouloit pas, à cause de madame la vicomtesse de Polignac, sa mère, qu’il avoit trouvée mêlée dans les affaires de madame la comtesse de Soissons, et qu’il avoit exilée dans le même temps. Le refus du Roi ne rebuta pas mademoiselle de Rambures : elle l’assura quelle sa voit mieux que lui ce qu’il lui falloit, et qu’en un mot M. de Polignac lui convenoit. Le Roi, piqué, répondit qu'elle étoit la maîtresse de se marier à qui elle voudrait ; mais qu’elle ne devoit pas compter, en épousant malgré lui M. de Polignac, de vivre à la cour. Elle tint bon , se maria , et vint à Paris. Je laisse à juger si M. de Polignac a justifié le discernement de sa première femme.
Il est , je crois , ù propos de parler présentement de madame la princesse de Conti, fille du Roi, de cette princesse belle comme madame de Fontanges, agréable comme sa mère, avec la taille et l’air du Roi son père, et auprès de laquelle les plus belles et les mieux faites n'étoient pas regardées. Il ne faut pas s’étonner que le bruit de sa beauté se soit répandu jusqu'à Maroc, où son portrait fut porté*. Cependant le plus grand éclat de madame la princesse de Conti n’a duré que jusqu’à sa petite vérole , qu’elle eut à dix-sept ou dix-huit ans; elle lui prit à Fontainebleau , et elle la
1 . Cela est très-vrai : l’ambassadeur de Maroc , en recevant le portrait du Roi , demanda celui de la princesse sa fille. Comme elle eut le malheur d’essuyer beaucoup d’infidélités de ses amans, Périgny fit un couplet pour elle :
Pourquoi refusez-vous l'hommage glorieux D’un roi qui vous attend, et qui vous croira belle?
Puisque l’Hymen à Maroc vous appelle.
Partez , c’est peut-être en ces lieux Qu’il vous garde un amant tldèle.
donna à monsieur sou mari, qui en mourut dans le temps qu’on le croyoit hors d'affaire, et qu’il le croyoit si bien lui-même qu'il expira en badinant avec madame sa femme et ses amis.
On ne peut nier que la coquetterie de madame la princesse de Conti ne fut extrême. Sou esprit est médiocre, et sou humeur capable de gâter d’excellentes qualités qui sont réellement en elle. Elle est bonne amie , généreuse , et a rendu de grands services aux personnes pour lesquelles elle a eu de la bonté; mais plusieurs se sont crues dispensées d’en conserver de la reconnoissance par cette humeur qui les leur faisoit trop acheter. Il faut excepter de ce nombre les princesses de Lorraine, mademoiselle de Lillebonne, et mademoiselle de Coinmercy : j’ai vu de trop près la fidélité de leur attachement, et la persévérance inébranlable de leur reconnoissance.
Je ne sais si l’humeur de madame la
UE MADAME DE CAYLtlS.
princesse de Conti contribuoit à révolter les conquêtes que sa beauté lui faisoit faire, ou par quelle fatalité elle eut aussi peu d’amans fidèles que d’amis rcconnoissans ; mais il est certain qu’elle n’en conserva pas, et ce qui se passa entre elle et mademoiselle Chouin est aussi humiliant que singulier.
Mademoiselle Chouin étoit une fille à elle , d'une laideur à se faire remarquer, d’un esprit propre à briller dans une antichambre, et capable seulement de faire le récit des choses qu’elle avoit vues. C’est par ces récits qu’elle plut à sa maîtresse, et ce qui lui attira sa confiance. Cependant cette même mademoiselle Chouin enleva à la plus belle princesse du monde le cœur de M. de Clermont-Chatte, en ce temps-là officier des gardes.
Il est vrai qu’ils pensoient à s’épouser ; et sans doute qu’ils avoient compté, par la suite des temps, non- seulement d’y faire consentir madame la princesse de Conti ,
mais d’obtenir par elle et par Monseigneur des grâces de la cour dont ils auroient eu grand besoin. L’imprudence d’un courrier, pendant une campagne, déconcerta leurs projets, et découvrit à madame la princesse de Gonti, de la plus cruelle manière, qu’elle étoit trompée par son amant et par sa favorite. Le courrier de M. de Luxembourg remit à M. de Barbezieux toutes les lettres qu’il avoit ; ce ministre se chargea de les faire rendre; mais il porta le paquet au Roi : on peut aisément juger de l’effet qu’il produisit, de la douleur de madame la princesse de Conti. Mademoiselle Chouin fut chassée, M. de Clermont exilé, et on lui ôta son bâton d’exempt.
Nous retrouverons ailleurs mademoiselle Chouin, et on la verra jouer par la suite un meilleur et plus grand rôle.
Madame la princesse de Conti donna l'exemple aux autres Elles naturelles du Roi d’épouser des princes du sang. Madame de Montespnn , persuadée que le mariage
de la fille de madame de La Vallière seroit le modèle et le premier degré de l’élévation de ses propres enfans , contribua à celui-ci de tous ses soins. Le grand Coudé, de son côté, ce héros incomparable, regarda cette alliance comme un avantage considérable pour sa maison. Il crut effacer par là l'impression que le souvenir du passé auroit laissé de désavantageux contre lui dans l’esprit du Roi. M. le Prince sou fils, encore plus attaché à la cour, n’oublia rien pour témoigner sa joie, et il marqua dans cette occasion, comme dans toutes les autres de sa vie, le zèle et la bassesse d’un courtisan qui voudroit faire sa fortune. J’oserai même assurer, et par ce que j’ai vu, et par ce que j’ai appris de gens bien informés, que le Roi n’auroit jamais pensé à élever si haut ses bâtards, sans les empressemens que ces deux princes de Condé avoient témoignés pour s'unir à lui par ces sortes de mariages.
Messieurs les princes de Conti avoient
été élevés avec monseigneur le Dauphin, et, dans les premières années de leur vie, par une mère d’une vertu exemplaire*. Us avoient tous deux de l’esprit, et étoient fort instruits; mais le gendre du Roi, gauche dans toutes ses actions, n’étoit goûté de personne par l’envie qu'il eut toujours de paraître ce qu'il n’étoit pas. Le second, avec toutes les connoissances et l’esprit qu’on peut avoir, n’en montrait qu’autant qu’il convenoità ceux à qui il parloit : simple et naturel, profond et solide, frivole même quand il failoit le paraître, il plaisoit à tout le monde; et, comme il passoit pour être un peu vicieux, on disoit de lui ce qu’on a dit de César.
M. le prince de Conti l’aîné, pour faire l’homme dégagé, et montrer qu’il n’avoit pas la foihlesse d’être jaloux, amenoit chez
1 . Anne-Marie Martinozzi , nièce du cardinal Muzurin , mariée à Armand de Bourbon , prince de Conti, le 22 février 1634 Elle mourut le 4 février
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madame sa femme les jeunes gens de la cour les plus éveillés et les mieux faits. Cette conduite, comme on peut le croire, fournit une ample matière à des histoires, dont je ne parlerai que quand l’occasion s’en présentera, et lorsque je les croirai propres à éclaircir les faits que j’aurai à raconter.
Je vais présentement parler de la mort de la reine Marie-Thérèse d’Autriche. Elle mourut en peu de jours, d'une maladie qu’on ne crut pas d’abord considérable; mais une saignée, faite mal à propos, fit rentrer l’humeur d’un clou, dont à peine s’étoit-on aperçu. Cette princesse perdit la vie * dans le temps que les années et la piété du Roi la lui rendoient heureuse. Il avoit pour elle des attentions auxquelles elle n’étoit pas accoutumée : il la voyoit plus souvent, et cherchoit à l’amuser; et comme elle attribuoit cet heureux changement à