I . Cette séparation eut lieu au mois de juillet
Madame de Maintenon en parle par rapport à la sûreté d'une fondation que madame de Montespau vouloit faire aux Hospitalières. On voit encore par là qu’elle a dans tous les temps été occupée de bonnes œuvres.
La mort de la Reine ne donna à la cour qu’un spectacle touchant. Le Roi fut plus attendri qu’affligé ; mais comme l’attendrissement produit d’abord les mêmes effets, et que tout paroit considérable dans les grands, la cour fut en peine de sa douleur. Celle de madame de Maintenon, que je voyois de près, me parut sincère, et fondée sur l'estime et la reconnoissance. Je ne dirai pas la même chose des larmes de madame de Montespan, que je me souviens d’avoir vue entrer chez madame de Maintenon sans que je puisse dire pourquoi ni comment. Tout ce que je sais, c’est qu’elle pleuroit beaucoup, et qu’il paroissoit un trouble dans toutes ses actions, fondé sur celui de son esprit, et peut-être sur la
crainte de retomber entre les mains de monsieur son mari.
La Reine expirée , madame de Maintenon voulut revenir chez elle ; maisM. de La Rochefoucauld la prit par le bras, et la poussa chez le Roi , en lui disant : Ce ri est pas le temps de quitter le Roi , il a besoin de vous. Ce mouvement ne pouvoit être dans M. de La Rochefoucauld qu’un effet de son zèle et de son attachement pour son maître, où l’intérêt de madame de Maintenon n’avoit assurément point de part.
Elle ne fut qu’un moment avec le Roi, et revint aussitôt dans son appartement, conduite par M. de Louvois, qui l'exliortoit d’aller chez madame la Dauphine, pour l’empêcher de suivre le Roi à Saint-Cloud, et lui persuader de garder le lit, parce qu’elle étoit grosse, et qu'elle avoit été saignée. Le Roi ri a pas besoin, disoit M. de Louvois, de ces démonstrations cT amitié , et l'Etat a besoin (F un prince.
Le Roi alla à Saint-Cloud, où il demeura
depuis le vendredi que la Reine mourut jusqu'au lundi, qu'il en partit pour aller à Fontainebleau; et le temps où madame la Dauphine étoit obligée de garder le lit pour sa grossesse se trouvant expiré, elle alla joindre le Roi , et fit le voyage avec lui. Madame de Maintenon la suivoit, et parut aux yeux du Roi dans un si grand deuil, avec un air si affligé, que lui, dont la douleur étoit passée , ne put s’empêcher de lui en faire quelques plaisanteries; à quoi je ne jurerois pas qu’elle ne répondit en elle-même comme le maréchal de Grammont à madame Hérault * .
1. Madame Hérault avoit soin de la ménagerie, et, dans son espèce, étoit bien à la cour. Elle perdit son mari, et le maréchal de Grammont, toujours courtisan, prit un air triste pour lui témoigner la part qu’il prenoit à sa douleur ; mais comme elle répoudit à son compliment : Hélas! le pauvre homme a bien fait de mourir; le maréchal répliqua : Le prenez-vous par là, madame Hérault ? ma foi, je ne m'en soucie pas plus que vous Cette réponse a passé depuis en proverhe à la cour. (Note de madame de Cavlus
Pendant le voyage de Fontainebleau dont je parle, la faveur de madame de Maintenon parvint au plus haut degré. Elle changea le plan de sa vie ; et je crois qu’elle eut pour principale règle de faire le contraire de ce qu’elle avoit vu chez madame de Montcspan.
Mesdames de Chevreuse et de Beauvilliers , avec lesquelles elle se lia d’une étroite amitié, avoient le mérite auprès d’elle de n'avoir jamais fait la cour à madame de Montespan , malgré l'alliance que M. Colbert leur père avoit faite de sa troisième fille avec le duc de Mortemart son neveu. Ce mariage coûta au Roi quatorze cent mille livres : huit cent mille livres pour les dettes de la maison de Mortemart, et six cent mille pour la dot de mademoiselle Colbert. Cependant, ni cette alliance, ni le goût que ces dames avoient naturellement pour la cour, ne purent les déterminer à faire la leur à madame de Montespan. Elles crurent que madame de Maintenon leur
ouvroit une porte honnête pour se rapprocher du Roi, et elles en profitèrent avec une joie d’autant plus grande qu’elles s’en voyoient plus éloignées par la mort de la Reine, dont elles étoient dames du palais. Cette liaison devint intime en peu de temps, et dura jusqu’à la disgrâce de M. de Cambrai : mais je réserve à parler ailleurs et de cette disgrâce, et de la faveur de M. de Cambrai , auquel ces dames furent si attachées.
Si mesdames de Chevreuse et de Beauvilliers recherchèrent l’amitié de madame de Maintenon, elle ne fut pas fâchée, de son côté, de faire voir au Roi, par leur empressement, la différence que des personnes de mérite mettoient entre madame de Montespan et elle.
A ces dames se joignirent madame de Montchevreuii, madame la princesse d’Harcourt, et madame la comtesse de Grammont. M. de Brancas, chevalier d’honneur de la Reine, fameux par ses distrac-
lions, et ami intime de madame de Maintenon, étoit le père de madame la princesse d’Harcourt, que madame de Maintenon avoit mariée, et à laquelle elle s’est toujours intéressée, par ces raisons nécessaires à dire pour la justifier d’une amitié qu’on lui a toujours reprochée ; à quoi il faut ajouter que madame de Maintenu!) n’a jamais su les histoires qu’on en a faites, et quelle n’a vu dans madame la princesse d’Harcourt que ses malheurs domestiques et sa piété apparente.
Madame la comtesse deGrammont* avoit pour elle le goût et l’habitude du Roi; car madame de Maintenon la trouvoit plus agréable qu’aimable. Il faut avouer aussi qu'elle étoit souvent Angloise insupportable, quelquefois flatteuse, dénigrante, hautaine, et rampante; enfin, malgré les apparences, il n’y avoit de stable en elle que sa mine, que rien ne pouvoit abaisser, quoi-