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qu’elle se piquât de fermeté dans ses sentimens, et de constance dans ses amitiés. Il est vrai aussi qu’elle faisoit toujours paroître beaucoup d’esprit dans les différentes formes que son humeur et ses desseins lui faisoient prendre. Madame de Maintenon joignoit à l’envie de plaire au Roi, en attirant chez, elle madame la comtesse de Grammont, le motif de la soutenir dans la piété, et d'aider autant qu’il lui étoit possible une conversion fondée sur celle de du Charme] . C’étoit un gentilhomme lorrain connu à la cour par le gros jeu qu’il jouoit : il étoit riche et heureux ; ainsi il faisoit beaucoup de dépense, et étoit à la mode à la cour; mais il la quitta brusquement, et se retira à l’Institution, sur une vision qu’il crut avoir eue ; et la même grâce, par un contre-coup heureux, toucha aussi madame la comtesse de Grammont. Peut-être que l’inégalité qu elle a fait paroître dans sa conduite, et dont j’ai été témoin, étoit fondée sur le combat qui se passoit continuellement eu
elle entre sa raison et ses inclinations; car il faut avouer qu’elle n’avoit rien qui tendît à la piété.
Je crois qu’il n’est pas hors de propos de parler ici de madame d’Heudicourt, quoiqu’elle ne fût pas encore revenue à la cour dans ce temps dont je parle ; elle y revint peu après. Comme elle est une des plus singulières personnes que j’y aie vues, et qu’une infinité de circonstances la rappelleront souvent à ma mémoire, il est bon de la faire connoître.
Madame d’Heudicourt étoit cette même mademoiselle de Pons , parente du maréchal d’Albret, et dont la chronique scandaleuse prétend qu’il avoit été amoureux ; amie de madame de Maintenon et de madame de Montespan jusqu’à sa disgrâce. Il est certain que sa fortune ne répondoit pas à sa naissance , et qu elle n’auroit pu venir en ce pays-ci sans le maréchal d’Albret, ni avec bienséance sans madame sa femme, à laquelle il étoit aisé d’en faire accroire.
Elle parut donc à la cour avec elle ; et elle ne put y paroître sans que sa beauté et ses agrémens y fissent du bruit. Le Roi ne la vit pas avec indifférence, et balança même quelque temps entre madame de La V altière et elle ; mais les amies de madame la maréchale d’Albret, poussées peut-être par le maréchal, lui représentèrent qu’il ne falloit pas laisser plus longtemps cette jeune personne à la cour, où elle étoit sur le point de se perdre à ses yeux, et qu’elle en partageroit la honte, puisque c’étoit elle qui l’y avoit amenée. Sur ces remontrances, la maréchale la ramena brusquement à Paris, sur le prétexte d’une maladie supposée du maréchal d’Albret.
Madame d’Heudicourt n’étoit pas mauvaise à entendre sur cette circonstance de sa vie, surtout quand elle en parloit au Roi même; scène dont j’ai été quelquefois témoin. Elle ne lui cachoit pas combien sa douleur fut grande quand elle trouva le maréchal d’Albret en bonne santé , et qu’elle
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reconnut le sujet pour lequel on avoit supposé cette maladie. Ce fut en vain qu’elle retourna, après le voyage de Fontainebleau, à la cour ; la place étoit prise par madame de La Vallière.
Madame d’Heudicourt, vieille fille sans bien, quoique avec une grande naissance, se trouva heureuse d’épouser le marquis d’Heudicourt ; et madame de Maintenon , son amie , y contribua de tous ses soins. Amie aussi de madame de Montespan , elle vécut avec elle à la cour jusqu’à sa disgrâce, dont je ne puis raconter les circonstances, parce que je ne les sais que confusément. Je sais seulement qu’elle rouloit sur des lettres de galanterie écritesà M. de Béthune, ambassadeur en Pologne, homme aimable et de bonne compagnie ; car, quoique je ne l’aie jamais vu, je m’imagine le connoître parfaitement à force d’en avoir entendu parler à ses amis, lesquels se sont presque tous trouvés des miens.
Sans doute qu’il y avoit plus que de la
DE MADAME DE CAYLÜS. l'il
galanterie dans les lettres de madame d’Heudicourt à M. de Béthune; et il n’y a pas d'apparence que le Roi et madame de Montespan eussent été si sévères sur leur découverte d’une intrigue où il n’y auroit eu que de l’amour. Selon toutes les apparences , madame d'Heudicourl rendoit compte de ce qui se passoit de plus particulier à la cour. Je sais encore que madame de Maintenon dit au Roi que pour cesser de voir, et pour abandonner son amie, il falloit qu’on lui fît voir ses torts d’une manière convaincante. On lui montra ces lettres dont je parle , et elle cessa alors de la voir. Madame d’Heudicourt partit après pour s’en aller à Heudicourt, où elle a demeuré plusieurs années, et où le chagrin la rendit si malade, qu’elle fut plusieurs fois à l'extrémité. Une chose bien particulière qui lui arriva dans une de ses maladies, c’est qu’elle se démit le pied dans son lit : et, comme on ne s’en aperçut pas, elle demeura boiteuse; et cette femme, si droite
et si délibérée, ne pouvoit plus marcher quand elle revint à la cour.
Je ne l’ai vue qu'à son retour, si changée qu'on ne pouvoit pas imaginer qu’elle eût été belle. Elle y fut quelque temps sans voir madame de Maintenon , mais elle m’envoyoit assez souvent chez elle, parce que j'avois l’honneur d’être sa parente ; elle me témoignoit mille amitiés.
Insensiblement tout s’efface. Le Roi rendit à madame de Maintenon la parole qu’elle lui avoit donnée de ne jamais voir madame d'Heudicourt ; et elle la vit à la tin avec autant d’intimité que si elles n’avoient jamais été séparées. Pour moi, je trouvois madame de Maintenon heureuse d’être en commerce avec une personne d’aussi bonne compagnie, naturelle, d'une imagination si vive et si singulière , quelle trouvoit toujours moyen d’amuser et de plaire. Cependant, en divertissant madame de Maintenon, elle ne s’attiroit pas son estime, puisque je lui ai souvent entendu dire : Je ris
des choses que dit madame (F Heudicourt , il m'est impossible de résister à ses plaisanteries ; mais je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien entendu dire que je voulusse avoir dit *.
Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai déjà dit de madame de Montchevreuil ; si ce n’est qu’elle fut la confidente des choses particulières qui se passèrent après la mort de la Reine1 et qu’elle seule en eut le secret.
Pendant le voyage de Fontainebleau qui suivit la mort de la Reine, je vis tant d’agitation dans l’esprit de madame de Maintenon , que j’ai jugé depuis, en la rappelant à ma mémoire , qu’elle étoit causée par une incertitude violente de son état, de ses pensées, de ses craintes, et de ses espérances; en un mot son cœur n’éloit pas libre, et son esprit étoit fort agité. Pour cacher ses divers mouvemens , et pour justifier les