Le 18 novembre
2 Petit-fils fin grand Coudé.
mit ensemble que quelques aimées après.
Ce mariage se fit à Versailles, dans le grand appartement du Roi, dù il y eut une illumination et toute la magnificence dont on sait que le Roi étoit capable ; le grand Coudé et son fds n’oublièrent rien pour témoigner leur joie , comme ils n’avoient rien oublié pour faire réussir ce mariage.
Madame la Duchesse 1 eut la petite vérole à Fontainebleau , dans le temps de sa plus grande beauté. Jamais on n’a rien vu de si aimable ni de si brillant qu’elle parut la veille que cette maladie lui prit : il est vrai que ceux qui l’ont vue depuis ont eu peine à croire qu’elle lui eût rien fait perdre de ses agrémens. Quoi qu’il en soit, elle courut risque de perdre encore plus que la beauté , et sa vie fut dans un grand péril ; le grand Condé, alarmé, partit de Chantilly, avec la goutte, pour se renfermer avec elle , et ve-
t . Mademoiselle de Nantes, fille du Roi et de madame de Montespan , femme de M. le due de Bourbon, fils du grand Coudé.
nir lui rendre tous les soins, non-seulement d’un père tendre, mais d’une garde zélée. Le Roi, au bruit de l’extrémité de madame la Duchesse, voulut l’aller voir; mais M. le Prince se mil au travers de la porte pour l’empêcher d'entrer , et il se fil là un combat entre l’amour paternel et le zèle d’un courtisan, bien glorieux pour madame la Duchesse. Le Roi fut le plus fort, et passa outre malgré la résistance de M. le Prince.
Madame la Duchesse revint à la vie; le Roi alla à Versailles , et M. le Prince demeura constamment auprès de sa belle-petite-fille. Le changement de vie, les veilles et la fatigue, dans un corps aussi exténué que le sien , lui causèrent la mort peu de temps après.
M. le prince de Gonli profita des dernières années de la vie de ce héros, heureux dans sa disgrâce d’employer d’une manière aussi avantageuse un temps qu'il auroit perdu à la cour. Mais je ne crois pas
DE MADAME DE CAYLl'S.
déplaire à ceux qui par hasard liront un jour mes Souvenirs, de leur raconter ce que je sais de MM. les princes de Conti, et surtout de ce dernier, dont l’esprit, la valeur, les agrémens et les mœurs ont fait dire de lui ce que l’on avoit dit de Jules César.
La paix dont jouissoit la France ennuya ces princes; ils demandèrent au Roi la permission d’aller en Hongrie : le Roi, bien loin d’être choqué de cette proposition, leur en sut gré, et consentit d’abord à leur départ; mais, à leur exemple, toute la jeunesse vint demander la même grâce, et insensiblement tout ce qu’il y avoit de meilleur en France , et par la naissance et par le courage , auroit abandonné le royaume pour aller servir un prince, son ennemi naturel, si M. de Louvois n’en avoit fait voir les conséquences, et si le Roi n’avoit pas révoqué la permission qu’il avoit donnée trop légèrement. Cependant MM. les princes de Conti ne cédèrent qu’en apparence à ces derniers ordres : ils partirent secrètement
avec M. le prince de Turenne et M. le prince Eugène de Savoie*. Plusieurs autres dévoient les suivre à mesure qu'ils trouveraient les moyens de s’échapper; mais leur dessein fut découvert par un page de ces princes qu’ils avoient envoyé à Paris, et qui s’en retournoit chargé de lettres de leurs amis. M. de Louvois en fut averti , et on arrêta le page comme il étoit sur le point de sortir dn royaume. On prit , et M. de Louvois apporta au Roi ces lettres, parmi lesquelles il eut la douleur d’en trouver de madame la princesse de Conti, sa fille, remplies des traits les plus satiriques contre lui et contre madame de Maintenon. Celles de MM. de La Rochefoucauld et de quel-
1. Le prince Eugène sortit de France en 1683 avec les princes qui avoient obtenu du Roi la permission d’aller combattre comme volontaires sous les drapeaux de l’empereur. Le prince de Savoie ne revint pas et prit du service. C’est eu 1685 que les princes partirent sans prendre congé du Roi , ce qui entraîna leur disgrâce (voy. les Mémoires de La Parc). Note de M. de Montntertjué .
qncs autres etoient dans le même goût; mais il y en avoit qui se contentoient de quelques traits d’impiété et de libertinage : telle étoit la lettre du marquis d’Alineourt, depuis duc de Villeroi ; sur quoi le vieux maréchal de Villeroi, son grand-père, qui vivoit encore, dit : du moins mon petit-fils n a parlé que de Dieu , il pardonne ; mais les hommes ne pardonnent point. Le Roi exila toute cette jeunesse.
Madame la princesse de Conti en fut quitte pour la peur et la honte de paroître tons les jours devant son père et son Roi justement irrité , et d’avoir recours à une femme qu’elle avoit outragée pour obtenir son pardon. Madame de Maintenon lui parla avec beaucoup de force, non pas sur ce qui la regardoit , car elle ne croyoit pas , avec raison, que ce fût elle à qui l’on eût manqué ; mais , en disant des vérités dures à madame la princesse de Conti, elle n’oublioit rien pour adoucir le Roi; et, comme il étoit naturellement bon , et qu’il aimoit tendre-
ment sa fille, il lui pardonna. Cependant, son cœur étant véritablement blessé, il faut avouer que sa tendresse pour elle n’a jamais été la même depuis , d’autant plus qu’il trouvoit journellement bien des choses à redire dans sa conduite.
MM. les princes de Conti revinrent après la défaite des Turcs; l’aîné mourut peu de temps après, comme je l’ai dit4, de la petite vérole, et l'autre fut exilé à Chantilly. Pour madame la princesse de Conti, elle ne perdit à sa petite vérole qu’un mari qu’elle ne regretta pas : d’ailleurs, veuve à dix-huit ans , princesse du sang , et aussi riche que belle, elle eut de quoi se consoler. On a dit qu’elle avoit beaucoup plu à monsieur son beau-frère ; et, comme il étoit luimême fort aimable, il est vraisemblable qu’il lui plut aussi1 2 .