‹ Souvenirs de Madame de Caylus avec une introduction et des notesChapitre 32 sur 33 · Voy. la lettre précédente · texte numérisé non relu

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mince que l’on fait de M. de Caylus, en le nommant simplement antiquaire , et auteur de quelque.1! écrits badins * .

Pourquoi ne pas dire qu’il fut et mérita d’étre membre d’une academie célèbre? pourquoi ne pas faire mention de son recueil , en plusieurs volumes in-quarto d’antiquités égyptiennes , étrusques, grecques, et romaines; et de beaucoup d’autres ouvrages? Ici se réveillent des souvenirs.

M. de Caylus était l’homme le plus modeste et le moins attaché aux vanités de ce inonde : ayant hérité de son oncle le duc de Caylus, mort en Espagne, il refusa la grandesse qui lui revenoit par succession, et dont son héritier profita. Il ne rendoit à ses pareils que des visites de circonstance, et ne composoit sa société que desavans, de littérateurs, et surtout d’artistes célèbres ou capables de le devenir; il aimoit, protégeoit les arts; et les cultiva lui-même avec quelque succès.

Avec une fortune très-honnête, il ne dépensoit presque rien pour lui-même : il n’employoit ses revenus qu’au progrès des arts et au secours des artistes indigens. Il recherchoit les jeunes gens qui avoient des dispositions, et leur don-

4 . C’ctoit une notice sur madame de Caylus, et non pas sur son fils. — Renouard,

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noit des conseils et des secours lorsqu’ils étoient sans fortune. C’étoient autant de pensionnaires à qui il distribuoit ses bienfaits le premier de chaque mois, à proportion de leurs besoins, jusqu’à ce qu’ils fussent en état d’acquérir par euxmémes de la gloire et du profit.

Un jour, se promenant à pied, il trouva sur le quai deux tètes de femme ébauchées, les examina, les acheta, demanda le nom et l’adresse de l’auteur, et me donna rendez-vous pour le lendemain, dix heures du matin. A cette heure nous montâmes dans son modeste carrosse, qu’il appeloit son fiacre, parce qu’en effet il le prètoit à tous ses amis et ne s'en servoit que lorsque personne ne le lui avoit demandé. Arrivés à l’entrée de la rue aux Ours, qu’on nous avoit désignée, nous cherchâmes à pied l’homme qu’il desiroit connoître ; nous le trouvâmes dans un cinquième étage : il venoit d’esquisser rapidement la tète d’une jeune ravaudeuse, à qui il avoit promis vingt-quatre sous pour sa complaisance. M, de Caylus donna un petit écu à cette fille, et lorsqu’elle fut sortie, il interrogea le jeune peintre sur son état, sur ses ressources, sur ses besoins : après lui avoir conseillé de soigner davantage ses ouvrages, et lui avoir prédit qu’il acquerroit un jour de la célébrité par son talent (prédiction qui s’est accomplie), il lui donna son adresse, l’engagea à venir lui

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montrer ses tableaux, et le pria de permettre <|ii’il le mît au nombre de ses pensionnaires jusqu’à ce qu’il pût se passer de secours.

En revenant nous trouvâmes au milieu de la rue un homme qui peignoit une figure de capucin, pour une enseigne de saint François ; M. de Caylus s’arrêta pour le voir opérer. Ce peintre descendoit de temps en temps de son échelle, et venoit examiner son travail de l’autre côté de la rue où étoit M. de Caylus, qui chaque fois lui faisoit des observations. Comme jamais personne ne fut plus modestement vêtu que lui, le peintre le prit pour un ouvrier de son espèce, et, impatienté à la fin de ses leçons, il lui remit les pinceaux et la palette, en lui disant : « Eh bien ! voyons si tu t’en tireras « mieux que moi. » M. de Caylus monte en effet sur l'échelle, et en descend après avoir tracé les principaux traits, etavoir dit à l'homme comment il devoit achever le reste. Enchanté de son ouvrage, ce peintre le presse par reconnoissance d’accepter une bouteille de vin , et nous suit jusqu’au bout de la rue où étoit un cabaret : là le carrosse avance, on ouvre la portière ; le peintre confus balbutie quelques mots d’excuse, et M. de Caylus, lui serrant la main, lui dit : « Adieu, mon camarade ; je suis pressé « aujourd'hui ; mais une autre fois nous boirons « ensemble. »

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Je pourrais ajouter d'autres anecdotes très- •dngulières sur M. de Cavlus : elles trouveront leur place ailleurs.

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