ÉDITEUR
168, boulevard Saint-Germain, l(>8 PARIS
|W"° ÛUTftÉ ET SON TE|WPS
Ces frivoles Mémoires ne peuvent être précédés que de quelques pages frivoles elles-mêmes, pour rester en harmonie avec ce léger ouvrage, ajoutant quelques touches à la peinture de cette société française de la seconde partie du xvme siècle, qui a gardé l'indestructible prestige de la grâce et de l'élégance, doublé par le contraste de sa fin tragique. Par là, par ces menus traits, par quelques accents de vérité, par quelques notes caractéristiques, ce livre n'est-il pas tout à fait vain. Et, après tout, il est assez naturel de demander l'histoire d'une époque galante à une femme dont une partie de l'existence se passa dans la galanterie, et qui doit à sa seule beauté de n'être pas complètement oubliée.
Cette époque, dont on ne peut pas ne pas garder une vision charmante, offre une foule d'aspects, par quoi elle se laisse envisager. Ce sera, ici, par son goût du plaisir, qu'elle eut, assurément, d'une façon effrénée; mais elle fut si vivante que, tout en semblant se jouer, elle trouva le moyen de faire des choses sérieuses, et, fut-ce à son insu, d'en préparer de très grandes. La plupart des noms qu'on rencontrera dans ces souvenirs, prononcés à l'occasion de quelque aventure de cœur ou des sens, de quelque folie ou même de quelque scandale, ont eu, en effet, de valables raisons de durer, et ils évoquent, au delà de ces griseries amoureuses, la bravoure, l'esprit, l'audace de pensée. Au demeurant, pour ceux des personnages figurant dans ces esquisses, qu
ne furent que des épicuriens, et qui pratiquèrent la maxime de Gentil-Bernard :
Jouir est tout; les heureux sont les sages...
l'expiation fut si rude, en un effrayant règlement de comptes, qu'elle a entraîné le pardon. L'intérêt de ces Mémoires est précisément, pour nous, dans le dramatique latent de ces croquis d'une existence de luxe, d'abandon, d'insouciance, en cette période où, selon un mot fameux, il était si doux de vivre, car il nous est malaisé de ne pas penser au terrible réveil. Une ombre se projette sur ces scènes souriantes, l'ombre du prodigieux inattendu qui devait emporter un monde.
Catherine-Rosalie Gérard, qui prit comme nom de guerre — de guerre en dentelles — le nom de Duthé, fut intimement mêlée à ce monde, et, encore qu'elle n'eût point l'esprit philosophique (bien que les philosophes eussent, eux aussi, fréquenté chez elle) elle dut ressentir l'âpre ironie de ce dénouement, en lisant, bien abritée, à l'étranger, dans les gazettes anglaises, la liste des condamnés de la justice révolutionnaire, parmi lesquels elle avait tant d'anciennes connaissances de jeunesse. Favorisés du sort étaient ses amis de jadis qui avaient disparu avant la grande tourmente, sans se douter qu'elle fût si proche!
Sa vie, jusqu'aux alentours de la Révolution, fut celle du Paris mondain d'alors, où la bonne compagnie risquait souvent de ressembler à la mauvaise, mais avec tant d'amabilité encore, de fantaisie, de gaîté vive, de crânerie que, à la distance où nous sommes, grâce aux confusions que le temps a opérées et à ce que notre imagination ajoute au tableau. cette société a. en somme, une légende sympathique. Contre cette légende, il y a bien les piquants et implacables rapports des inspecteurs de police de M. de Sartine, rapports où un roi blasé, pour qui ils étaient rédigés, trouvait encore un semblant d'amusement. Ils enlèvent un peu de ce que nous lui attribuons de poésie jusquedans l'impertinenceà ce temps
de l'amour; ils donnent les chiffres de bien des capitulations; ils ne montrent pas toujours les passions sous un aspect héroïque; ils révèlent les intermédiaires de rencontres galantes, ils ne se gênent même point pour dire les suites fâcheuses de quelques-unes de ces rencontres, et, à force d'être exempts de bégueulerie, ils risquent de transformer en vices de tendres faiblesses. Ces inspecteurs, d'ailleurs souvent spirituels, sont pour nous de grands destructeurs d'illusions, en éclaircissant trop ce que dit si joliment Crébillon fils : « A vous parler avec franchise, il y a bien peu d'affaires où l'on se serve du sentiment : l'occasion, la convenance, le désœuvrement les font naître presque toutes. On se dit, sans le sentir, qu'on paraît aimable; on se lie, sans se croire, et on se quitte, de peur de s'ennuyer. » Mais il faut s'aviser que ces rapports vont droit au but, qu'ils ne donnent que des faits et que, lorsqu'ils enregistrent une passade, par exemple, ils ne tiennent pas compte de ses préliminaires Avec ce qu'il y a d'un peu brutal dans leurs notes, ils peuvent être véridiques tout en n'étant pas complètement vrais. Ils narrent l'accomplissement du désir, sans avoir fait état de la naissance et de la forme de ce désir. Ils ne vont donc pas autant qu'on le croirait d'abord contre l'image qu'il nous plaît de garder de ce siècle qui eut l'art de mettre de la politesse jusque dans le libertinage.
MIIe Duthé, qui débuta fort jeune et fut bien lancée, reçut les tributs des hommes les plus distingués par leur naissance (voire des monarques et de futurs monarques) et leur situation. Ils se la disputèrent, ou elle s'accommoda pour les contenter tour à tour. Elle inspira des goûts fort déterminés ou des attachements assez prononcés. Ses relations furent généralement illustres, sauf quelques liaisons de distraction et de caprice, et quelques complaisances pour des aventuriers, du moins séduisants, ce qui donne une pointe de romanesque à sa physionomie, et la venge, deyant une postérité disposée à l'indulgence, des traits satiriques des Mémoires secrets et des pamphlets contemporains, ne l'épargnant
point. Au demeurant, on n'attaque point les indifférents, et ces traits décochés contre elle attestent sa manière d'importance. N'est pas caricaturé ni chansonné qui veut. Elle serait donc un témoin bien placé pour donner ses avis sur une époque qui n'eut rien de caché pour elle, et elle aurait quelque droit à être écoutée, elle à qui les grands de son temps apparurent, sans métaphore, en déshabillé. Par là est-elle une sorte de figure historique (il y a diverses façons d'en devenir une), tout au moins représentative des années où elle exerça son empire de jolie blonde, de « moderne Laïs », comme dit un de ses détracteurs, qui ne put peut-être pas, selon le mot de l'ancien Grec, « acheter un repentir »,et qui ne lui faisait pas, en tout cas, le mauvais compliment qu'il lui pensait faire. Mlle Duthé n'eut pas l'influence d'une Laïs, mais, comme elle, elle fut aimée par des gens d'esprit, lui prêtant le leur quand elle n'en avait pas assez d'elle-même; elle eut ses peintres et ses poètes, et on ne laissa même pas de lui dédier des ouvrages. Après tout, il n'y avait pas que le boudoir, dans son hôtel de la Chaussée-d'Antin : il y avait aussi un salon qui, d'aventure, était l'antichambre du boudoir. Quand elle l'eut, ce salon, après avoir connu des hauts et des bas, elle sentait déjà la nécessité d'un peu de mise en scène. Mais elle mena assez bien sa barque fleurie, qui résista aux orages, et elle fit même cette dernière gageure d'enterrer tous ses contemporains.
Un essai de biographie se peut justifier; mais il faudrait qu'il fût écrit avec de la mousse, et je sens tout le ridicule qu'il y aurait à trop appuyer sur cette existence légère...
Les dictionnaires, qui veulent bien s'occuper de M"'' Duthé en remplaçant d'ailleurs les faits par des commentaires sur l'immoralité de son temps, comme c'est le cas du vertueux
Larousse, donnent des dates erronées de sa naissance, sans avoir l'air de se douter de l'invraisemblance que prennent par là certaines flétrissures qu'ils lui infligent sévèrement. Il n'y a plus de doute possible depuis que M. Adrien Marcel a retrouvé l'acte de vente de la maison de la Chaussée-d'Antin où se rencontrent les mêmes prénoms que ceux de l'acte de naissancede Versailles. C'est là qu'elle vit le jour, en 1748(1). « Officier du roi » ne signifiait point militaire, et son père occupait quelque infime emploi au château. Elle y devait revenir, un jour, galamment mandée par le frère d'un souverain. Quelques années passées au couvent de Saint-Aure. dont des restes existent aujourd'hui rue Lhomond, puis elle est livrée aux soins d'une tante qui s'avise qu'elle a une fort jolie nièce, et qui lui donne des conseils analogues à ceux de la mère d'Aminé dans le Sopba : «Je vous l'ai dit mille fois, vous êtes née trop douce... Se donner par pure indolence est un grand vice... il n'y a pas moins de ridicule à se donner par fantaisie : je ne dis pas qu'on ne se satisfasse quelquefois, à Dieu ne plaise! mais il ne faut pas tellement se sacrifier à ses plaisirs qu'on en néglige sa fortune... Rien ne perd tant les personnes de votre condition que ces étourderies que l'on entend nommer des complaisances gratuites. » Elle profite des leçons assez vite, tout en ayant encore quelques-unes de ces « étourderies >* et ne tarde pas à se former, sous l'œil vigilant de conseillères expertes. Un archevêque et un prince italien lui rendent d'abord leurs soins. Après Mgr Dillon et le prince Altieri (2), c'est la ferme générale qui entre en scène, en la personne de M. Hocquart, la ferme générale qui rend galamment à la circulation l'or
(1) Paroisse Saint-Louis, Versailles, 1748, 23 novembre. Acte de naissance de Catherine-Rosalie Gérard, tille de Jean-Baptiste Gérard, officier du roi et de Louise-Rosalie ("aumont, son épouse, domiciliés à Versailles. — Cet acte a été découvert par M. André Foulon de Vaux. {Intermédiaire des Chercheurs, 1903, t. XLV1.)
(2) Je renvoie aux notes des Souvenirs. Il faut se garder d'alourdir de commentaires cette histoire dépourvue de gravité.
drainé par ses percepteurs. Un fermier général doit aux habitudes du temps de pourvoir au luxe d'une ou plusieurs jolies personnes, qui lèvent une contribution sérieuse sur l'administration des finances. Par là se rétablit l'équilibre. Ces « messieurs du coffre », selon le mot de la Guimard, se piquent volontiers de découvrir quelque jeune beauté, qui est le plus souvent un peu usagée déjà, et ils mettent leur gloire à la parer de tous les présents «tirés des ateliers de Plutus ». Le fermier général, qui tient à faire honneur à sa réputation de libéralité, se ruinât-il, ce qui lui arrive parfois, tant que la source de ses revenus paraisse intarissable, semble avoir pour mission de rendre un culte somptueux à la beauté, qui ne répond pas à ce magnifique encens par la fidélité. On n'est vraiment « sur le trottoir >» qu'après l'intervention du fermier général; c'est lui qui consacre une réputation naissante, c'est lui qui donne le renom. On a cent fois cité les vers satiriques de Barthe :
Fières de vider une caisse Que celles qu'entretient un fermier général
N'insultent pas. dans leur ivresse Celles qui n'ont qu'un duc...
Les annales de la galanterie au xvme siècle associent intimement charmeresses et fermiers généraux : Ferrand et Mlle Rossignol (si Ferrand n'a commencé avec elle que par une pension modique, elle a pris sa revanche); M. de Cramoyel et M11" Allard, qu'il fait peindre nue parLenoir;La Borde et M"" Guimard; M. de Villemur et M"* Clairon; M. Bertin et M"'1 Hus; Brissart et M11'' Deschamps; M. Gaulard et M,le Adeline, qui a M. de Longuerue, officier, pour greluchon; M. Duvaucel et M11' Minos; M. d'Epinay et Mlle Verrière l'aînée, M. d'Epinay qui se disait « le premier moteur » des amusements d'une maison devenue le temple du plaisir; M. Baudard de Saint-James et M"e Beauvoisin; M. Dangny et M"'' Beaumenard, dite Gogo, surnom venu du personnage de la pièce de Favart, le Coq de village, qu'elle
avait joué à ses débuts; tous les fermiers généraux ou presque tous, et M"p Dervieux.
Le fermier général, souvent dupé et qui ne peut guère prétendre à être aimé pour lui-même, a les mains pleines d'or et de diamants, fait bâtir des hôtels, a parfois le goût de les décorer avec art, installe sa conquête dans une demeure digne de son faste (car l'opinion est là qui le guette et le juge ; et, non sans raison, elle serait sévère à une lésinerie), édifie pour un avenir auquel il ne sera généralement point mêlé. Il apparaît providentiellement dans la destinée de ces ensorceleuses. Il rend aussi, par ses moyens d'action, des services appréciables. Ainsi M. Hocquart facilite-t-il à M1!eDuthé, encore toute jeune, son entrée à l'Opéra, comme surnuméraire, dans les chœurs. Ce n'est point la seule passion de l'art qui la pousse vers la scène, encore qu'elle ait la voix juste et quelques éléments de l'art de la danse, de sorte qu'elle eût pu être aussi bien surnuméraire dans le ballet. Il fallait bien, d'ailleurs, qu'elle eût quelques légers talents pour se produire plus tard, sur le théâtre de la Guimard, devenue son amie, car ces spectacles, innocents ou licencieux, du petit théâtre de la Chaussée-d'Antin se donnaient devant des gens de goût.
Ce qui jetait vers l'Académie royale de musique nombre de nouvelles recrues bien protégées, c'était le privilège que conférait le fait de lui appartenir. La fille d'Opéra, une fois « encataloguée », 'n'était plus sujette à la puissance paternelle ni à la rigueur de la police. Elle pouvait être selon le mot de Chevrier, en 1762, « dénaturée et libertine, avec impunité». Elle ne dépendait plus que de l'autorité royale.
Echue à l'Opéra par un rapt solennel Sa honte la dérobe au pouvoir paternel...
disent deux vers de Gilbert, dans une âpre satire. L'Opéra était lieu d'asile.
La question est piquante. A défaut de règlements formels, il y avait tradition bien établie; elle résultait d'ailleurs de
l'obligation pour les filles de ballets et des chœurs de faire honneur à l'engagement signé par elles et de la condition imposée aux directeurs d'avoir toujours exactement leur personnel au complet.
« Ce règlement, que je me fis expliquer, dit l'Espion anglais (à propos d'une affaire assez scandaleuse, la fille d'un paysan de Villiers-le-Bel, qui s'était fort émancipée, au point d'être surnommée Sapho, avait signé avec Mme de Furiel le pacte de la « secte anandryne », et qui échappait, par son inscription à l'Opéra, aux effets de l'indignation paternelle), ce règlement me parut d'abord barbare et infâme, mais, par le développement d'esprit, je vis qu'il était sinon d'une législation austère, au moins d'une politique bien entendue. En effet... à quoi servirait-il de faire rentrer sous le joug de l'honneur une fille qui s'en est affranchie une fois? Cela ne pourrait servir qu'à l'exposer aux mauvais traitements de ses parents dont toute la sévérité ne lui rendrait pas la sagesse. »
Une lettre inédite curieuse, dans son pittoresque un peu débraillé (i), va montrer quel rêve était, pour certaines, cette inscription à l'Opéra, assurant l'indépendance et l'immunité contre des sévérités menaçantes.
Le 25 juillet 1751, un ordre d'incarcération pour inconduite et scandale était lancé contre une jeune femme nommée Jeanne Dupré, dite Velvrique, sur une plainte du curé de la paroisse Saint-Germain. Il fallut quelque huit mois pour dénicher cette vierge folle, qui se cachait. L'ordre n'avait été lancé qu'après cette note de l'inspecteur de police Meusnier :
« La nommée Jeanne Velvrique, demeurante ci-devant chez le sieur Bentier, américain, rue de Seine, à l'hôtel d'Arras, et avec lequel elle vivait, n'est nia l'Opéra, ni en magasin. »
On s'était donc assuré, avant tout, qu'elle n'était aucune-
(1) Je nu- sim inti rdil les notes dans cette préface, mais il m'est agréable de remercier M. Funck-Brentano, l'érudit conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, qui m'a signale cette lettre, et je lais exception à la règle que jr me suis imposée.
ment attachée à l'Opéra. Ce n'était pas l'envie d'y être acceptée qui faisait défaut à cette petite personne, pendant sa captivité à la dure prison Saint-Martin, si incommode qu'il était déjà question de la démolir (elle ne fut remplacée, cependant, qu'en 1785), se souvenant à propos que M. le maréchal, duc de Duras n'avait pas été indifférent à sa gentillesse. La lettre, en son style fantaisiste, devient, vers son milieu, moins cérémonieuse. Entre parenthèses, Jeanne Velvrique s'abusait sur l'auteur de la dénonciation dont elle avait été l'objet et accusait à tort son « Amériquain ».
A Monseigneur le Maréchal de Duras, duc et pair de France, en son hôtel, faubourg Saint-Honoré.
Monseigneur,
Je prends la liberté de vous écrire pour implorer votre secours, étant dans un état de compassion; jay l'honneur de vous représenter que, il y a eue vendredy huit jours, que l'on m'a arrêtée et conduite à Saint-Martin : un nommé le sieur Jellie, exemps de robe courte, quy demeure rue des Guenégaud, chez Pochet, chandelier du roy- C'est à ce qu'il madit, un ordre obtenu par cet amériquain quy mentretenait quand la dame Fontaine ma fait avoir votre connaissance, quy ma toujours été présieuse. Comme vous m'a(vez) fait la grâce de me promettre d'estre toujours sous votre protection, j'implore votre miséricorde à ce suget de me faire avoir ma sortie, le dit amériquain ayant fait avoir cette ordre de M. Berger (1) du mois de juillet passé, ce quy a fait que jay été un temps caché, ou je nay osé me présenter devant vous, de crainte de ne outrer ladite personne. Vous maviè^ promis, monseigneur, que vous me donneriez une lettre de recommandation pour lopêra à M. de Bernage. Je nay pue trouver loccasion qu'une fois depuis le jour de lan où, par votre grande bonté, vous mavez accordé le pardon, où javais manqué daller à votre hôtel vous assurer de mes respects, je vous demande en grâce, mon cher papa, d'employer votre autorité auprès de M. Berger, pour me procurer mon élargissement. Sy vous avez conçue depuis untentde la défiance pour moy, faite le, monseigneur, par charité; vous êtes le seul dequy jatend ma destinée. Je demeurait depuis peu chez Charle Chapelier, auprès de lopéra. Lon mapellait Jullie. Vous pouvé vous faire informer que
(l) Lieutenant de police.
jetait tranquille. Je languit dans la prison, dépourvue de tout secours; je me jeté aux jenoux de votre miséricorde pour implorer votre secour et de quelque bien fait de votre part. Sur l'ordre de Iameriquain l'on me nomait Jeanne Velvrique de la paroisse Saint- Gervais, je suis, avec un profond respect de vous, monseigneur, la fidelle servante.
Dupré.
(Bibl. de l' Arsenal, Archives de la Bastille, rns. 11727, f. 1^2-153 )
Cette lettre est typique au point de vue des avantages de sécurité concédés par l'usage au personnel de l'Opéra. Presque toutes les belles » nymphes », comme on disait mythologiquement, les Dervieux, les Cléophile, les Tacite, les Sarron, les Leclerc, seront encataloguées comme chanteuses ou danseuses.
Voici donc M1Ie Duthé « espalier d'opéra ». En cette année 1766, l'Opéra est depuis deux ans, depuis l'incendie de la salle du Palais-Royal, installé dans la salle des Tuileries, aménagée par Soufflot et Gabriel, qui ont eu la préoccupation d'assurer aux titulaires des loges des dispositions analogues aux loges qu'ils avaient quittées par force. Les spectateurs sont d'ailleurs plus à l'aise dans cette salle, peinte en vert clair avec des ornements en or *< assez artificieusement exécutés pour rendre tout l'effet du relief». Le rideau est un fond damassé « relatif au coloris général », sur lequel est un chiffre royal en or.
Le Mercure a loué l'œuvre des architectes, qui ont aménagé trois rangs de loges et un vaste amphithéâtre, et a avancé que, si le public devait revenir au Palais-Royal, il ne supporterait plus les inconvénients qu'il avait acceptés. Mais Bachaumont a reproché au parterre d'être trop élevé pour le théâtre, aux premières loges de n'être pas assez cintrées, au « paradis » d'être si reculé qu'on y est vraiment dans un autre monde, et il s'est étonné de tant de fautes commises par des hommes de talents supérieurs.
Voici l'état administratif et artistique de l'Opéra à cette époque, dans son état-major du moins :