DE MAZARIN. LES AMBASSADEURS DE TIP
POO-SAÏB. TABLEAUX QUE JE FAIS d'aPRÈS
EUX. DINER qu'ils ME DONNENT.
Mon beau-père s'étant retiré du commerce, nous allâmes loger à l'hôtel Lubert, rue de Cléry. M. Le Brun venait d'acheter cette maison ; il l'habitait, et, dès que nous fûmes établis, j'allai voir les magnifiques tableaux de toutes les écoles, dont son appartement était rempli. J'étais enchantée d'un voisinage qui me mettait à même de consulter les chefs-d'œuvre des maîtres. M. Le Brun me témoignait une extrême obligeance en me prêtant, pour jes copier, des tableaux d'une beauté admi-
rable et d'un grand prix. Je lui devais ainsi les plus fortes leçons que je pusse prendre, lorsque au bout de six mois il me demanda en mariage. J'étais loin de vouloir l'épouser, quoiqu'il fût très bienfait et qu'il eût une figure agréable. J'avais alors vingt ans ; je vivais sans inquiétude sur mon avenir puisque je gagnais beaucoup d'argent, en sorte que je ne sentais aucun désir de me marier. Mais ma mère, qui croyait
M. Le Brun fort riche, ne cessait de m'engager avec instances à ne point refuser un parti aussi avantageux, et je me décidai enfin à ce mariage (1), poussée surtout par l'envie de me soustraire au tourment de vivre avec mon beau-père, dont la mauvaise humeur augmentait chaque jour depuis qu'il était oisif. Je me sentais si peu entraînée, toutefois, à faire le sacrifice de ma liberté, qu'en allant à l'église je me
(1) [Le mariage de M"' Elisabeth-Louise Vigée, fille de Louis Vigée, peintre et membre de l'Académie de Saint-Luc, et de dame Jeanne jMaissin, son épouse, avec Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, peintre, fils de Pierre Le Brun et de Françoise Bouffé, son épouse, a été célébré le i i janvier 1776, à l'église Saint-Eustache.]
36 Souvenirs de Madame Vigée-Le Brun
disais encore : Dirai-je oui ? dirai-je non ? Hélas î j'ai dit oui, et j'ai changé mes peines contre d'autres peines. Ce n'est pas que M. Le Brun fût un méchant homme : son caractère offrait un mélange de douceur et de vivacité ; il était d'une grande