‹ Souvenirs de Mme Louise-Elisabeth Vigée-Le BrunChapitre 44 sur 84 · LA COMTESSE DE SABRAN DEPUIS MARQUISE DE BOUFFLERS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE SABRAN DEPUIS MARQUISE DE BOUFFLERS

J'avais fait connaissance avec elle quelques années avant la Révolution. Elle était alors fort jolie, ses yeux bleus exprimaient sa finesse et sa bonté. Elle aimait les arts et les lettres, faisait de très jolis vers, racontait à merveille, et tout cela sans montrer la moindre prétention à quoi que ce soit. Son esprit naïf et gai avait une simplicité toute gracieuse qui la faisait aimer et rechercher généralement, sans qu'elle se prévalût en rien de ses nom-

Souvenirs de Madame Vigée-Le Brun

breux succès dans le monde. Quant aux qualités de son cœur, il suffira de dire qu'une tendresse extrême pour son fils n'empêchait point qu'elle n'eût beaucoup d'amis, auxquels elle est toujours restée fidèle et dévouée.

M ' de Sabran était une des femmes que je voyais le plus souvent, que j'allais chercher et que je recevais chez moi avec le plus de plaisir. Près d'elle, on n'a jamais connu l'ennui ; aussi fus-je charmée, dans l'émigration, de la retrouver en Prusse. Elle était alors établie à Reinsberg, chez le prince Henri, de même i que le chevalier de Bou f fl ers, qu'elle a depuis épousé.

Rentrée en Franceetdans les derniers temps de sa vie, elle devint aveugle. Son fils alors ne la quitta plus; son bras, pour ainsi dire, était attaché à celui dz sa mère, et vraiment on pouvait envier le sort de M. de Sabran ; car, malgré ses souffrances et son âge. M"' de Boufflers, toujours bonne, toujours aimable, conservait ce charme qui plaît et qui attire tout le monde. Je me rappelle que sur la fin de sa vie, Forlense, fameux oculiste, venant de lui faire l'opération de la cataracte, elle était obligée de se tenir dans la plus grande obscurité. Un soir, j allais la voir, je la trouve seule sans lumière, je croyais n'y rester qu'un moment; mais le charme toujours renaissant de cette conver-

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