LE PRINCE DE LIGNB
C'est à Bruxelles que ]'ai fait connaissance avec le prince de Ligne ; mais lorsqu'il vint en France, peu d'années avant la Révolution, nous nous revîmes tous deux avec tant de plaisir, qu'il passait un grand
nombre de ses soirées chez moi. Lorsque lui, l'abbé Delille, le marquis de Chastellux," le comte de Vaudreuil, le vicomte de Ségur et quelques autres encore de ce temps-là, se trouvaient réunis autour de mon feu, il s'établissait une causerie si animée, si intéressante, que nous ne nous séparions jamais qu'avec peine.
M""' de Staël a dit du prince de Ligne : « ]] est peut-être le seul étranger qui dans le genre français soit devenu modèle, au lieu d'être imitateur !» Et dans un autre endroit : « Les hommes, les choses et les événements ont passé devant le prince de Ligne; il les a jugés sans vouloir leur imposer le despoti sme d'un système, il sut mettre à tout du naturel ! » Ce naturel, dont M"" de Staël était si bon juge, car elle en ivait beaucoup ellemême, était un des premiers charmes de l'esprit du prince de Ligne.
Cette brillante imagination, ces aperçus si fins, si justes sur toutes choses, ces bons mots qui partaientsans cesse pour courir aussitôt l'Europe, rien n'avait pu donner au prince de Ligne la moindre prétention à se faire écouter; ses ûiscourset ses manières conservaient tant de simplicité, qu'un sot aurait pu le croire un homme ordinaire.
Le prince de Ligne était grand, il avait t(ne extrême noblesse dans le maintien, sans aucune roideur, sans aucune afféterie; tout le charme de son esprit se peignait si bien sur sa figure, que j'ai peu connu d'hommes dont le premier aspect fût aussi