‹ Souvenirs de Mme Louise-Elisabeth Vigée-Le BrunChapitre 75 sur 84 · LE COMTE DE RJVAROL · texte numérisé non relu

LE COMTE DE RJVAROL

Mon frère me présenta un matin le comte de Rivarol, que son esprit faisait extrêmement rechercher dans les plus brillantes sociétés de Paris, même avant qu'il eût rien écrit. Comme je ne l'attendais point, j'étais dans mon atelier, et je mettais ce que nous appelons l'harmonie à plusieurs tableaux que je venais de terminer. On sait que ce dernier travail ne permet aucune distraction, en sorte qu'en dépit du désir que j'avais toujours eu d'entendre causer M. de Rivarol, je jouis fort peu du charme de sa conversation, tant j'étais préoccupée ; il parlait en outre avec une telle volubilité que j'en étais comme étourdie. Je remarquai cependant qu'il avait une belle figure et une taille extrêmement élégante ; il n'en dut pas moins me trouver si maussade que je ne l'ai plus revu chez moi. 11 se peut à la vérité qu'un autre motif l'ait empêché d'y revenir. 11 passait sa vie avec le marquis de Champcenetz, qui s'est toujours montré fort méchant pour moi. Le marquis de Champcenetz, sans avoir ni tout le talent ni la force de tête de l'auteur du Discours sur î' universalité de la langue française, avait beaucoup d'esprit et l'employait habituellement à déchirer le prochain. 11 avait, comme M. de Bièvre, le goût des calembours, et il en faisait sans cesse, en sorte que Rivarol l'appelait l'épigramme de la langue française.

C'est le marquis de Champcenetz qui, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, demanda gaiement à ses juges s'il lui était permis de chercher un remplaçant comme pour la garde nationale.

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