MADRAS
A bord du A.iv.jr/i/o, i; mars.
Le 8, nous abordions à Madras pour un arrêt de quarantehuit heures, dans le fac-similé de port dont la digue fut à moitié détruite il y a quelques années par un ouragan.
Lit côte, qui s'étend toute droite, est battue par les vagues avec une telle force qu'il est assez, malaisé de gagner terre. Des Madrassis, ornés pour tout vêtement d'une ceinture de couleur, aident les passagers à descendre dans de profondes barques où Ton enfonce jusqu'au cou, et la traversée commence aux sons de refrains bizarres, hurlés par la bande noire des rameurs. Tout cela est si étrange à première vue, qu'on pourrait se croire sur quelque pirogue conduite par des sauvages de l'Océanie.
En approchant du rivage, les vagues balancent vigoureusement canots et passagers et les jettent sur un banc de sable mouvant, où ils restent habilement accrochés quand le truc, très difficile à attraper, a bien réussi. Mais là surgissent de nouveaux embarras, car on est encore à une bonne distance de terre. Il faut se hisser au moyen d'une savante gymnastique sur le rebord basculant de la barque, puis se laisser empoigner par deux moricauds qui vous emportent dans Péclaboussement des lames jusque sur le sable sec de la plage. Là seulement on est sauvé.
Madras n'offre pas grand'chose en fait de distractions et de curiosités. C'est une ville toute plate, tracée en voies larges et droites, mais dépourvue de monuments intéressants.
La chaleur y était si intense qu'en marchant nous sentions le sol nous brûler les pieds à travers nos chaussures. En dehors du jardin public, dans la ménagerie duquel bâillait un tigre magnifique, nous avons parcouru avec intérêt les bazars, assez surpris
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de la quantité d'étalages de viande de boucherie que nous y avons rencontrés. Dans le nord des Indes, où les indigènes ne mangent pas de viande, on n'en voit jamais ; mais à Madras ii y a un assez grand nombre de prosélytes chrétiens, et ceux-ci consomment toute sorte de nourriture. C'est peut-être même le principal avantage qu'ils trouvent à nos croyances !
Les Madrassis sont noirs, d'un noir d'ébène qui fait ressortir d'autant mieux le blanc de leurs vêtements. Leurs turbans sont de couleur sombre et enroulés d'une façon très ample. Tandis que beaucoup d'hommes ont aux oreilles de faux brillants montés en boutons, les femmes du peuple portent dans les lobes, largement percés à cet effet, des ronds de métal gros comme des sous.
Ces types, de même que ceux de Bombay, sont moins agréables que ceux du Nord; mais les Hindous en général, même ceux des basses classes, — je puis faire cette remarque à ce propos, — n'ont jamais l'aspect vulgaire du peuple en Occident. Ce qui frappe chez tous, c'est une élégance naturelle de formes et de mouvements. Quant à l'élément féminin, chacun sait combien il est difficile à juger. Non seulement on n'est pas mis en contact avec lui, mais toute investigation à son égard est considérée comme une insulte.
Les passants comme nous ne peuvent apprécier le caractère général des natifs que sous un coté peu favorable de fainéantise et de cupidité. Il est facile aussi de s'apercevoir que leur apathie naturelle, jointe à un besoin impérieux d'obéissance, les dispose aisément à accepter le joug d'un dominateur quelconque. Cet esprit de servilité est si inné chez l'Hindou, qu'il écrase du dédain le plus parfait le maître non impérieux qui ne sait pas commander.
Quant aux Anglais, leur prestige est partout énorme, et ils le maintiennent ù laide d'une habile politique qui protège à