WASHINGTON. 5U
anciens sont d'aspect austère avec leurs portiques grecs; les plus modernes trop charges de lourds toits à mansardes et de fastueuses sculptures. Isolé sur les pentes vertes d'une petite colline qui domine la ville et la rivière, le Capitole trône tout blanc avec ses colonnes, ses galeries et son dôme brillant.
Barnum était arrivé en même temps que nous à Washington. Le matin, il fit promener un cortège formidable par toute la ville. C'était une trentaine de gros chars dorés, attelés de quatre et même de six chevaux; c'étaient des musiques, des zèbres, des éléphants, des dromadaires, des Nubiens, des Zoulous, que sais-je encore? L'après-midi, les représentations monstres eurent lieu parmi un camp volant de grandes tentes, où se retrouvaient parqués séparément tous les éléments du cortège. Autour de l'enceinte ovale et fermée, quinze ou vingt mille spectateurs étaient entassés, juchés sur d'incommodes banquettes et suivant des yeux trois spectacles donnés simultanément sur les trois pistes distinctes contenues dans l'arène. Ce cirque et toutes les tentes du dehors où se voyaient encore des géants, des femmes à barbe, des Aztèques, toute une foire de monstruosités diverses, c'était Barnum et Barnum tout seul.
Boston nous a plu énormément : sans doute parce que nous y avons fait grand nombre de connaissances et que l'esprit traditionnel de culture et d'érudition, les manières avenantes et distinguées des Bostoniens nous ont agréablement frappés. C'est à Boston, plus que partout ailleurs, qu'est sensible le contraste entre les masses mal élevées, aux allures égalitaires et sans gène, et l'aristocratie ancienne et nouvelle qui se retranche dans un rigorisme des plus exclusifs.
Comme aspect, Boston a deux cotés bien distincts. La vieille ville aux rues étroites avec son « Common » bordant Bcacon Street, et ses maisons patriciennes, hautes, étroites et sombres,
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qui font souvenir de Green Park à Londres: puis la ville neuve avec ses belles et larges rues, s„-s grands hôtels, ses églises de style original, son musée historique et artistique, etc., etc. Tout ce nouveau quartier a été conquis -ur la mer et érigé sur pilotis après refoulement des eaux et comblement à niveau.
Mais que dire encore qui ne soit déjà connu de tous, sur ce pays, sur ces grandes villes modernes, que nous parcourons bien plus par obligation qu'avec intérêt soutenu? Si près du départ, engagés dans une vie européenne dont les agréments n'ont quepeu de charmes en comparaison de tous ceux qui nous attendent dans le home tant désiré, nous n'éprouvons plus à l'égard de ce qui nous entoure qu'une indifférence, bien excusable certainement.
Dans trois jours, enfin, nous nous embarquerons sur le Canada, à destination directe de France, et sous peu ce long voyage ne sera plus qu'un résumé de souvenirs! Puissent tous ceux que le goût des voyages entraînerait sur nos traces en conserver de pareils ! Dans l'attente d'un heureux retour, entrevu naguère de si loin encore, actuellement si rapproché que la durée de la dernière traversée nous semblera sans fin, je ferme ce ridèle buvard, confident de ma longue correspondance, et vous dis, chers absjnts: « Au revoir! à bientôt! »