‹ Souvenirs de quarante ans dédiés à mes enfantsChapitre 1 sur 33 · DOCUMENTS OFFICIELS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS OFFICIELS

Lorsque l'armée autrichienne menaçait les frontières du Piémont, T Assemblée nationale, usant de son initiative, invita le Ministère à prendre une attitude résolue et l'autorisa, dans le cas où il le croirait utile aux intérêts de la France, à occuper temporairement un point de la Péninsule Italienne. Peu de jours après ce vote, la nouvelle du revers, subi par les armes Piémontaises dans la journée dé Novare, arriva à Paris. M. le Président du Conseil présenta, le

16 avril 1849, à l'Assemblée nationale, la demande d'un crédit d'un million deux cent mille francs, pour subvenir au surcroît de dépenses nécessitées par l'entretien, pendant trois mois, du corps expéditionnaire de la Méditerranée.

Voici, d'après le Moniteur^ les paroles prononcées par M. Odilon Barrot, Président du Conseil des ministres :

<c L'Autriche poursuit les conséquences de sa vie- » toire (sur le Piémont) ; elle pourrait se prévaloir » des droits de la guerre à l'égard des États plus ou )) moins engagés dans la lutte qui avait éclaté entre » elle et la Sardaigne.

» Le contre-coup de cet événement s'est fait sentir » dans l'Italie centrale. Les informations qui nous » arrivent aimoncent, dans les États Romains, une » crise imminente. La France ne peut y rester indiffé- » rente. Le protectorat de nos nationaux, le soin de » maintenir notre influence en Italie, le désir de con- » tribuer à garantir aux populations Romaines un bon » gouvernement fondé sur des institutions libérales, » tout nous fait un devoir d'user de l'autorisation que » vous nous avez accordée... Ce que nous pouvons

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» affirmer f dès à présent, cest que^ du fait de notre » intervention, sortiront d'efficaces garanties^ et » pour lintérêt de notre pays et pour la cause de la » vraie liberté, »

Le rapporteur de la commission chargée d'examiner I urgence s'exprime ainsi : « Des explications de » M. le Président du Conseil et de M. le Ministre des » Affaires étrangères, il est résulté que la pensée du » Gouvernement nest pas de faire concourir la » France au renversement de la République qui » subsiste actuellement à Rome; qu'il agit dans sa li- » berté, dégagé de toute*, solidarité avec d'autres Puis- » sances, ne consultant que ses intérêts, son honneur, w la part d'influence qui lui appartient nécessairement » dans tout grand débat européen. Votre commission » a pris acte de ces déclarations positives... fille d\ine » révolution populaire, la République Française ne » pouin^ait, sans s amoindrir, coopérera Vassei^vis- >> sèment d'une nationalité indépendante. Mais c'est » précisément parce que le Piémont a succombé, » parce que les armées impériales menacent la Tos- » cane et la Romagne, en vertu des lois de la guerre » et des privilèges de la victoire, c'est parce que, à

» leur suite, éclateraient nécessairement de cruelles » réactions, qu'il importe à la France, sous peine d'ab- » diquer, de faire flotter son drapeau en Italie, pour » qu*à son ombre Yhuinanité soit respectée et la. li" » herté au moins partiellement sauvée, »

« Votre commission a compris qu'en autorisant le » Pouvoir exécutif à occuper un point de l'Italie, aujour- » d'hui menacé, vous lui donneriez pour mission de » poser une limite aux prétentions de l'Autriche et de » terminer, par un arbitrage que la force de nos ar- » mes appuierait au besoin, tous les différends qui » divisent encore la Péninsule, et que notre intérêt, » comme notre devoir, nous commande de trancher » dans le sens le plus favorable possible au déve- » loppement des institutions démocratiques. »

M. le Président du Conseil (Odilon Barrot), interpellé, répondit qu'il était heureux des sentiments qui s'étaient manifestés au sein de la commission et que ces sentiments étaient Vexpression de sa pensée. Il ajouta : Je le répète j je ne retire rien des paroles que y ai prononcées dans le sein de la commission et qui ont été reproduites à cette tribune.

Le crédit de 1,200,000 fr. fut voté. L'expédition

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française partit pour Civita-Vecchia, où elle fut précédée de vingt-quatre heiires par la frégate à vapeur, le Panama, ayant à bord M. Espivont, chef d'escadron d'élat-major et M. de la Tour d'Auvergne, secrétaire de légation. Ces deux agents, descendus à terre pour s'enquérir de Taccueil qui serait fait au corps expéditionnaire, eurent une entrevue avec le préfet, M. Manucci. A la suite de quelques pourparlers et des difficultés qui se présentèrent, il fut jugé indispensable de rassurer les populations romaines sur les intentions de la France, et de lever, par une notification précise, les obstacles qui s'opposaient à l'admission des troupes françaises.

Voici le texte de cette notification :

Déclaration du cmys des troupes françaises au Préside de Civita-Vecchia.

« Le gouvernement delà République française, toujours animé d'un esprit très libéral, déclare vouloir respecter le vœu de la majorité des populations romaines, et vient sur leur territoire amicalement, dans le but de maintenir sa légitim einfluence. Il est, de plus, bien décidé k ne vouloir imposer à ces po--

pulsitions aucune forme de gouvernement qui ne serait pas choisie par elles, »

« Pour ce qui concerne le gouvernement de Civita- Vecchia, il sera conservé dans toutes ses attributions, et le gouvernement français pourvoira à Taugmentation des dépenses occasionnées par le corps expéditionnaire.

» Toutes les denrées et toutes les réquisitions, qui seront faites pour les besoins des troupes françaises, seront payées en argent comptant.

» Le chef d'escadron, aide de camp du commandant en chef.

)) ESPIVENT. »

Civita-Vecchia, 24 avril 1849.

Cette publication fut suivie d'une adresse de la municipalité de Civita-Vecchia, portant en substance qu'on se fiait à la loyauté de la France, à son esprit protecteur de toutes les libertés; que si, par impossible, cette confiance était trahie, on en appelait au jugement de l'Europe. La municipalité ajoutait : <c Vous avez ici, général, l'expression de l'opinion de notre population, qui vous bénira, vous et votre armée, si

VOUS êtes pour nous des frères, qui nous secoureront aux jours de Tadversité... Recevez Taffectueuse bienvenue que, par notre bouche, vous offre cette population confiante dans la noblesse et Thonneur de la Nation française, — Vive la République française et Dieu sauve la République romaine ! »

Cependant, rassemblée Romaine et le triumvirat, qui avaient été prévenus et consultés, répondirent qu'on ne pouvait pas recevoir amicalement une intervention qui avait d'abord paru hostile et que Civita- Vecchia eût à résister jusqu'à la dernière extrémité. Mais il n'était plus temps ; déjà nos troupes campaient sur la place de la ville, le service était confié, moitié aux soldats français, moitié aux soldats romains; le drapeau tricolore français et le drapeau tricolore de l'indépendance Italienne flottaient entrelacés au sommet d'un arbre de la liberté, planté pour la circons tance.

Au moment où nos troupes débarquaient à Civita- Veechia, le 25 avril, l'Assemblée romaine adressait au général Oudinot la protestation suivante :

« L'Assemblée romaine, émue de la menace d'invasion du territoire de la République, convaincue que

cette invasion, que n*a pas provoquée sa conduite à l'égard de l'étranger, que n'a précédée aucune communication du gouvernement français, excite à l'anarchie un pays qui, tranquille et bien organisé, se repose sur la conscience de ses droits et sur la concorde de ses concitoyens, qu'elle viole, en même temps, le droit des gens, les engagements contractés par la nation française dans sa constitution et les rapports de fraternité qui devaient naturellement lier les deux Républiques, proteste, au nom de Dieu et du peuple, contre cette invasion inattendue, proclame sa ferme résolution de résister et rend la France responsable de toutes les conséquences.

« Fait en séance publique, à onze heures du matin.

(c Le président de V Assemblée :

« A. Salicetti.

Rome, le 25 avril 1849.

« Les Secrétaires :

« Fabretti, Cogchi, Pennacchï. »

Le lendemain, M. le général Oudinot publiait la proclamation qu'on va lire et qui lui avait été remise,

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toute rédigée, par le Ministre des Affaires étrangères (M. Drouyn de Lhuys),pourl(» cas où, suivant sa propre déclaration, il no rencontrerait pas à Rome de résistance sérieiLse et où il y serait appelé par le vœu de la population.

« Habitants des Etats Romains !

» Un corps d armée français est débarqué sur votre territoire. Son but nest point d'y exercer nne influence oppressive, ni de vous imposer un gouvernement qui serait opposé à vos vœux. Il vient vous préserver, au contraire, des plus grands malheurs.

» Les événements politiques de l'Europe rendent inévitable l'apparition d'un drapeau étranger dans la capitale du inonde chrétien. La République Française, en apportant le sien avant tout autre, donne un éclatant témoignage de sa sympathie envers la nation Romaine,

» Accueillez-nous en frères, nous justifierons ce titre ; nous respecterons vos personnes et vos biens, nous paierons en argent toutes nos dépenses ; nous notis concerterons avec les autorités existantes pour que notre occupation momentanée ne vous impose aucune gêne, nous sauvegarderons Vhonneur mili-

taire de vos troupes en les associant partout aux nôtres pour assurer le maintien de Vordre et de la liberté. Romains, mon dévouement personnel vous est acquis, si vous écoutez ma voix. Si vous avez confiance dans ma parole, je me consacrerai sans réserve aux intérêts de votre belle patrie.

» Le général en chef:

» OUDINOTDE ReGGIO. »

Civita-Vecchia, 26 avril 184».

Lorsque le général Oudinot eut la certitude que Rome voulait résister, il décréta Tétat de siège à Civita-Vecchia, fit occuper militairement le fort et la Darse, qui avaient été laissés jusque-là à la garde des troupes du pays ; la garnison fut désarmée, on mit le séquestre sur cent cinquante caisses de fusils, qui allaient être dirigées sur Rome, et il fut interdit à la municipalité de se réunir pour s'occuper d'objets politiques.

Le préfet Manucci fit la proclamation suivante : « Le gouvernement de Civita-Vecchia, immensément surpris à la nouvelle du désarmement de la garnison et de Toccupation du Fort par une partie des

troupes françaises, cherche vainement à concilier ces mesures de guerre avec les assurances solennelles, écrites et proclamées par le commandant de l'expédition, en face de la ville, en face de l'Europe.

» Il cède, mais non volontairement, à la force majeure, il proteste, etc.

» M. Manucci. »

Ci¥iu-Vecchia, 27 avril 1849.

Ce fonctionnaire, ayant continué à correspondre avec le triumvirat romain, et la correspondance ayant été interceptée, fut arrêté et emprisonné dans le fort de Civita-Vecchia.

Le général en chef poursuivait son projet de se présenter devant Rome. On lui avait écrit de Gaëte qu'il serait reçu à bras ouverts par la majorité de la population. Les autorités romaines lui firent savoir officiellement de leur côté, par M. Rusconi, ministre des Affaires étrangères et par M. Pescantini, délégués à cet effet au quartier-général, que ses renseignements n'étaient point exacts, et qu'il rencontrerait une résistance énergique; mais il ne crut pas devoir tenir compte de cet avis, et, n'attendant pas le retour du

colonel du génie, M. Leblanc, qu'il avait envoyé pour recueillir des informations, il s'approcha des murs de Rome et combattit, le 30 avril. On connaît les résultats de cette action à laquelle la population romaine prit spontanément une part très active. J'ai moi-même constaté dans les hôpitaux où étaient recueillis les blessés italiens du 30 avril que, sur dix blessés, il y en avait au moins huit appartenant à la ville de Rome.

Cette nouvelle, arrivée à Paris, y produisit une grande émotion. L'Assemblée nationale, composée de neuf cents membres, s'en émut et, dans sa souveraineté, elle se montrait disposée non seulement à renverser le Ministère, mais à mettre en accusation le Prince Président de la République.

Répondant aux attaques de la Chambre, M. Odilon Barrot dit : « Ce qui aurait dû vous imposer quelque réserve, c'est la proclamation dont vous avez fait reloge, c'est le premier acte du général commandant Texpédition, mettant le pied sur le sol Italien. Vous avez parlé de cette phrase où le général traite les Italiens de frères, où il se présente comme ami, comme auxiliaire de la grande cause de la liberté. On sait

Lien que la France l'est dans les questions territoriales de ritalie, comme ne pouvant y être conduite que par les intérêts de la liberté ; on le sait bien !...

» Eh bien, cette proclamation qui a mérité vos éloges, dont vous vous êtes fait, au besoin, une arme contre le Cabinet lui-même, que direz-vous quand vous aurez découvert qu'elle est Tœuvre du Ministre des Affaires étrangères lui-même? Un fait aussi important était, après les instructions données, le premier acte, et devait contenir la pensée même de Texpédition...

» Moniteur da S mai 1849. »

Le rapporteur de la commission, chargé de formuler une résolution, d'après les documents produits par le Ministère, s'exprime ainsi, dans la séance de nuit du 7 : « Quant à la marche de l'expédition, il était bien entendu qu'elle occuperait militairement Civita- Vecchia, lieu choisi pour le débarquement et qu'elle vaincrait même les résistances qui lui seraient opposées. Mais, une fois là, nous attendrions les événements et nous ne marcherions sur Rome que pour la préserver d'une intervention étrangère, ou des excès

d'une contre-révolution; en un mot, suivant l'expression de M. le Président du Conseil à la commission, nous n'irions à Rome que comme protecteurs, ou comme a^rbitres demandés.

» La majorité de votre commission, en comparant les faits révélés par les dépêches avec tout ce qui avait été annoncé à l'Assemblée et avec les déclarations qui avaient déterminé son vote, a jugé que la direction donnée à l'expédition n'était pas conforme à la pensée dans laquelle elle avait été conçue et acceptée...

» En conséquence, votre commission a l'honneur de vous proposer cette résolution :

» L'Assemblée nationale invite le Gouvernem.ent à prendre, sans délai, les mesures nécessaires pour que lexpédition d'Italie ne soit pas plus longtemps détournée du but qui lui était assigné. »

Avant de passer au vote, on entend M. le ministre des Affaires étrangères qui donne les explications suivantes, se disculpant et rejetant tout sur le général Oudinot :

a On nous dit qu'il ne fallait pas marcher sur Kome. On oublie dans quelles conditions cette marche

était autorisée. Je rappelle ces deux conditions : la première, c'était de ne pas y n^icontrer une résistance sérieuse, la deuxième, c'est qu'on y serait a{)pelé par le voeu des populations... Quel était le but de l'i^xpédition? j'en appelle à tous vos souvenirs...

La question est donc celle-ci : Avons-iioiis donné pour instruction au génériil Oudinot d'attaquer la République Romaine ? Eh hi(Mi, ce sont là des questions de bonne foi. J'en appelle à tous ceux qui ont lu les instructions, et je leur demande s'ils y trouvent une seule indication de ce genre. On dit que le général Oudinot a du faire une sommation au gouvernement romain de se dessaisir de son pouvoir. Je demande qu'on produise la preuve d'une partMlle sommation; cette preuve n'existe pas. »

A la suite de ce discours, la résolution de la commission fut adoptée par l'Asseinblée, à une majorité d(^ 338 voix contre 241. Bien (ju'elle contint un blâme pour lui, le ministère l'accepta avec humilité (*t fit partir immédiatement, pour le (|uarti(U' général français et pour Rome, un agent diplomatique.

Le lendemain, à la séance du 9, M. le Président du conseil, Odilon Barrot, explique en ces

termes Fobjet de la mission confiée à cet agent : « Je vous déclare que, tant que j'aurai en mes mains une partie du pouvoir dans ce pays, les armes de la France n'auront pas servi à restaurer des abus impossibles.

» C'est mû par ce sentiment, pour connaître, par le témoignage d'agents désintéressés, la vérité des faits, et c'est, en outre, pour porter, sur le théâtre même de l'expédition, l'expression fidèle, exacte de la pensée de l'Assemblée et de celle du (iouvernement, quant îfu but, quant au caractère que doit jusqu'au bout et à travers toutes les éventualités, conserver l'expédition française ; c'est pour cola que, par décision du cabinet, et c'est ici le Gouvernement en conseil qui est inters-enu, un homme qui a toute notre confiance, que nous avons éprouvé dans des circonstances difficiles, qui a toujours sersi la cause de la liberté et de l'humanité, M. de Lessops, si vous voulez savoir son nom, a été envoyé. Il est parti avec la recommandation expresse de se mettre immédiatement en communication avec le Gouvernement, de le tenir au courant, jour par jour, de tous les incidents qui . peuvent survejiir, avec l'instruction formelle

tremployer tout ce qu'il pourrait avoir d'influence à faire sortir de notre intervention des garanties sé^ rieuses et réelles de liberté pour les États romains, »

M. le ministre des Affaires étrangères m avait, en effet, appelé dans la matinée du 8, le lendemain des deux séances de jour et de nuit auxquelles j*avais assisté. Il me demanda si j'étais disposé à aller remplir une mission à laquelle il attachait la plus grande importance, et m'apprit que le Gouvernement, réuni en conseil, m'avait déjà désigné.

Je lui répondis que, du moment où j'étais l'objet d'une aussi honorable confiance, je devais avoir la franchise de déclarer que, si le Gouvernement n'avait pas été inspiré , dés le début , par une politique franche et décidée, il eût été bien préférable do ne pas nous compromettre en faisant partir l'expédition de Civita-Vecchia. Au surplus, ajoutai-je, il s'agit de réparer le mal cause par l'affaire du 30 Avril et de ne pas recommencer. Je partirai dans deux heures, si vous voulez, et je vous promets que, pour atteindre le but indiqué par le vote d'hier, je ne reculerai devant aucun obstacle. Le ministre me félicita sur mon empressement et ajouta que la manière dont je

m'exprimais justifiait déjà le choix du Gotiverziement. Il fit, en ma présence, appeler le chef de la direction politique, M. de Viel-Castel, et l'invita à rédiger des instructions destinées à me laisser assez de latitude et d'initiative pour que mon action politique ne fût pas entravée, soit par le fi^énéral chargé des opérations militaires, soit par des directions trop précises que l'ignorance d'événements imprévus, ayant pu survenir en Italie, depuis le 30 Avril, ne permettait pas de me donner actuellement. Il me recommanda ensuite de prendre des exemplaires du Moniteur du 8 Mai, afin d'en remettre un, dés mon arrivée, au général Oudinot, jugeant que c'était là que nous devions puiser nos instructions et nos déterminations.

M. de Viel-Castel revint bientôt dans le cabinet du ministre avec la minute de mes instructions, dont voici le texte : « Les faits qui ont marqué le début de l'expédition française dirigée sur Civita-Vecchia, étant de nature à compliquer une question qui se présentait d'abord sous un aspect plus simple, le gouvernement de la République a pensé qu'à côté du chef militaire chargé de la direction des forces en-

voyées en Italie, il convenait de placer un agent diplomatique qui, se consacrant exclusivement aux négociations et aux rapports à établir avec les autorités et les populations romaines, put y porter toute Tattention, tout le soin nécessaire dans d'aussi graves matières. Votre zèle éprouvé, votre expérience et Tesprit de conciliation dont vous avez fait preuve en plus dune occasion, dans le cours de^ votre carrière, vous ont désigné, pour cette mission délicate, au choix du Gouvernement. Je vous ai expliqué l'état de la question dans laquelle vous allez avoir à intervenir. Le but que nous nous proposons, c'est, tout à la fois, dé soustraire les Etats de l'Église à l'anarchie qui les désole, et d'empêcher que le rétablissement d'un pouvoir régulier n'y soit attristé et même compromis dans l'avenir par une aveugle réaction. Tout ce qui, en présence de l'intervention exercée par d'autres puissances animées de sentiments moins modérés, laissera plus de place à notre influence particulière et directe, aura pour effet naturel de rendre plus facile à atteindre le but que- je viens de vous indiquer. Vous devrez donc mettre tous vos soins à amener, le plus promptement possible, un tel résultat ;

mais, dans les efiforts que vous ferez à cet efifet, vous aurez à fuir deux écueils que je dois vous signaler. Il faut vous abstenir de donner lieu aux. hommes investis, en ce moment, dans les États romains, de Texercice du pouvoir, de croire ou de faire croire que nous les considérons con^me un gouvernement régulier, ce qui leur prêterait une force morale dont ils ont été dépourvus jusqu'à présent. Il faut, dans les arrangements partiels que vous pourriez avoir à conclure avec eux, éviter toute parole, toute stipulation propre à éveiller les susceptibilités du Saint-Siège et de la conférence de Gaëte, trop portée à croire que nous sommes disposés à faire bon marché de l'autorité et des intérêts de la cour de Rome. Sur le terrain où vous allez vous trouver placé, avec les hommes auxquels vous aurez à faire, la forme n'est pas moins importante que le fond. Telles sont, monsieur, les seules directions que je puisse vous donner. Pour les rendre plus précises, plus détaillées, il faudrait avoir, sur ce qui s'est passé depuis quelques jours dans les Etats romains, des informations qui nous manquent. Votre jugement droit et éclairé vous inspirera, suivant les circonstances. Vous devez, d'ailleurs, vous concer-

ter avec MM. d'Harcourt et de Rayneval sur tout ce qui n'exigera pas une solution absolument immédiate. Je n'ai pas besoin de vous recommander d'entretenir avec M. le général Oudinot des rapports intimes et confiants, absolument nécessaires au succès de l'entreprise à laquelle vous êtes appelés à concourir

ensemble.

Signé : E. Drouyx de Liiuys.

M. Drouyirde Lhuys me donna lui-même lecture do ces instructions; il s'arrêta au premier passage, qui m'autorisait à me consacrer exclusivement aux négociations et aux rapports à établir auec les autorités et la population romaine^ et me fit remarquer qu'on me faisait une part assez large et assez indépendante du général en chef; il appuya sur le dernier paragraphe qui me donnait toute latitude, en présence d'événements ou de difficultés imprévues. Quant au passage concernant le concert avec M. d'Harcourt et de Rayneval, je fis observer que ce concert était impossible, leur mission et la mienne ayant un principe tcfut différent et même contraire. Il me fut répondu: Bornez-vous à leur envoyer des duplicata de vos dépêches.

J'étais encore chez le ministre, lorsqu'un message du prince président de la République m'invita à retourner à l'Elysée, où j'étais allé déjà seul, le matin. M. Drouyn de Lhuys me recommanda- de venir lui faire part de ce qui s'y serait passé.

M. le Président me dit qu'il avait beaucoup réfléchi à l'objet de ma mission, ([u'un point surtout, dont il craignait ne pas m'avoir entretenu, le I)réoccupait extrêmement. C'était l'attitude de nos troupes, en présence d'une intervention armée des Autrichiens et des Napolitains dont nous devions, à tont prix^ éviter de laisser l'action se confondre avec la nôtre. Il me remit, à ce sujet, une lettre particulière pour le général Oudinot, et prit connaissance de mes instructions qu'il irouva peu explicites et ambiguës. Il m'annonça qu'il allait faire partir pour Rome le général Vaillant, qui serait chargé de s'entendre avec moi, avec le pouvoir de remplacer le général Oudinot, s'il ne marchait pas d'accord avec nous, ou de prendre le commandement des opérations du génie, dans le cas où l'oil renouvellerait le siège de Rome.

Il ajouta que je ferais bien, si j'en avais l'occasion,

(le rappeler qu'en 1831 il avait pris parti, contre le pouvoir temporel, lorscpi'il se trouvait devant Rome avec son frère aîné, qui mourut à cùlé (l(»lui, pcMidanî rinsurrection.

Revenu eliez M. Drouyn de Lhuys, je me gardai bien de lui faire part de cette confidence dont je^ ne fis pas usage pendant mon séjour à Rome, pour ne point exciter les esprits. Mais, lorsque» je répétai au ministre rol)S(Tvation de M. le Président de la République, au sujet d'une intervention étrangère dans les États romains, il me demanda quel sens je donnais à ces mots : à tout prix^ s'appliquant aux obstacles à apporter à une action qui tendrait à devenir commune avec les Autrichiens et les Napolitains.

— C'est à vous, répondis-je, de vous entendre» avec M. le Président et de m'en écrire. Quant à moi, je les accepte dans le sens le plus large, en attendant de nouvelles directions.

A ce moment de la soirée, [le salon de M. Drouyn de» Lhuys était plein de visiteurs, c'était son jour de réception. Je pris congé de lui. Peu d'heures après, j'étais en chaise de poste sur la route de Toulon, où le télégraphe faisait mettre à ma disposition un bâti-

ment de guerre, sur lequel M. Drouyn de Lhuys avait donné un permis de passage à M. Accursi, ami de Mazziçi et ministre de Tlntérieur de la République romaine. M. Drouyn de Lhuys m'avait même propose de le faire voyager avec moi jusqu'à Toulon, mais, sur mon .observation que cette compagnie pouvait me compromettre, il engagea M. Accursi à se mettre seul en route, après avoir rempli à Paris une mission du Triumvirat.

Avant de m'embarquer à Toulon, je reçus deux dépèches du ministère des Affaires étrangères.

Je les transcris intégralement :

Le Ministre des Affaires étrangères, à M. Ferdinand de Lesseps,

Paris, 9 mai 1849.

Je vous envoie, ci-joint, des dépêches adressées à MM. d'Harcourt et de Rayneval, que je vous prie de leur faire parvenir sans le moindre retard.

La copie, également ci-jointe, de la plus importante de ces dépêches, vous fera connaître les directions que je leur donne, à l'effet de combattre les pensées

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do réaction absolutiste qui se manifestent malheureusement dans les Conseils du Saint-Père.

Signé : Drouyn dk Lhuys.

Le Ministre des Affaires étrangères, à MM. de Rayneval et d'Harcourt.

Paris, 9 mai 1849.

Ce qui nous afflige plus profondément encore que les défiances qu'on persiste à nous témoigner à Gaëte et dont le temps aura bientôt fait justice, c'est la nature des influences qui président évidemment dans les Conseils du Saint-Siège. A mesure qu'on semble approcher du dénouement, on voit se dessiner, avec plus de netteté, de dangereuses propensions, qui, d'abord, se déguisaient sous dos prétextes plus ou moins spécieux. Pour se refuser à toute déclaration préalable des intentions du Saint-Père, ses conseillers parlent de l'inconvénient de lui lier les mains. Cette objection pourrait avoir quelque valeur s'il s'agissait de poser, en détail, les bases d'un régime nouveau; mais, lorsque nous demandons seulement qu'on indique la voie dans laquelle on se propose de marcher, après le

rétablissement de l'autorité du Saint-Siège, comnKMit comprendre qu'on persiste à se renfermer dans un silence absolu, à moins qu'on n'ait la pensée secrète de revenir purement et simplement à tous les abus de l'ancien régime ?

On parle de certaines tendances réactionnaires dans les populations, qu'il faut ménager et dont nous ne tiendrions pas assez de compte.

Si ces tendances réactionnaires avaient toute la force qu'on leur suppose, ne serait-il pas à propos de prendre, dès à présent, une attitude qui mît plus tard le Saint-Siège en mesure de leur résister ? Croit-on, d'ailleurs, qu'il soit indifférent de rassurer cette portion nombreuse de la population romaine dont la modération, tout en détestant le régime de l'anarchie, redoute presque également le retour de celui qui a marqué d'un si triste caractère le règne de Grégoire XVI, de ce régime qui, à la mort de ce pontife, avait rendu un changement de système absolument inévitable et qui, en provoquant une réaction violente, a bien autrement contribué aux malheurs de ces derniers temps que n'a pu le faire la précipitation de quelques réformes accomplies, peut-être avec trop

peu de réflexion ? Les hommes dont je parle et qui, si nous ne nous trompons, composent la presque totalité des classes aisées et éclairées, se rallieraient volontiers, aujourd'hui, à toute combinaison qui leur offrirait des garanties d'ordre, de sécurité, de bonne administration ; mais peuvent-ils ne pas concevoir de graves inquiétudes, lorsqu'ils voient qu'on garde un silence absolu sur l'avenir, et ne sont-ils pas fondés à craindre que l'on ne pense à annuler toutes les concessions dues à la générosité de Pie IX, y compris la sécularisation des fonctions publiques, base première et essentielle sans laquelle toute réfoime tentée dans les États de l'Église ne peut être qu'illusoire ?

Je ne m'étendrai pas plus longuement sur ce sujet. Les tristes réflexions qu'il me suggère ne vous ont point échappé, et vous n'avez rien négligé pour ramener à un point de vue plus vrai ceux qui s'opiniâtrent à en méconnaître la justesse.

En se refusant à laisser le Saint-Père rassurer les esprits par des explications et des promesses, ils ont probablement contribué à fortifier la résistance inattendue qu'a rencontrée notre expédition. On se repose

sur Tassurance que des forces étrangères ramèneront le Pape dans ses Etats; mais songe-t-on à Tavenir qu'on lui prépare en le poussant dans cette voie funeste? Retombera-t-on toujours dans les mêmes erreurs? Et le prétexte d'un mauvais succès, d'une tentative de réforme faite dans les circonstances les plus défavorables, pèsera-t-il plus que tous les arguments de la raison, appuyés de tant d'exemples, empruntés à l'histoire de ces derniers temps?

Quoi qu'il en soit, monsieur, ce que nous faisons, en ce moment, pour la pacification des Etats de l'Eglise, les sacrifices que nous coûte une telle entreprise, la responsabilité morale qu'elle nous impose, nous autorisent, sans doute, à demander qu'on ne persiste pas dans une ligne de conduite qui aggraverait à un tel point cette responsabilité.

Le vœu que nous exprimons ne constitue pas, d'ailleurs, une exigence dont on ait lieu d'être surpris. Ce . que nous réclamons, c'est ce que l'on nous avait promis jusqu'à présent, sans difficulté. C'est la réalisation d'un plan de conduite qui, naguère encore, ne semblait pas devoir être mis en question. On ne cessait de nous répéter que le retour de l'ancien régime était impossi-

ble ; que l'état actuel des esprits, que la situation générale de l'Europe ne le comportaient pas; à peine laissait-on entendre qu'il serait peut-être prudent d'apporter quelques modifications de détail au statut constitutionnel accordé par Pie IX. La nécessité, la convenance de modifications semblables pourront être prises on considération, lorsque l'ordre et la paix auront été rétablis; mais, je dois le dire, nous n'admettons pas comme possible que ce statut, lui-même, soit dès à présent considéré comme non avenu. Le respect que nous avons pour le Saint-Pére ne nous permet pas d'admettre que les institutions qu'il avait données à son peuple aient été complètement annulées par le fait des déplorables événements dont Rome a été le théâtre, depuis le mois de novembre dernier. La pensée que le régime antérieur à 1846 se relèverait à Rome n'est jamais entrée dans nos prévisions ni dans nos calculs. Nous avons agi sous l'influence d'une toute autre conviction.

Nous espérons encore que nous ne nous étions pas trompés ; nous ne voulons pas attacher trop d'importance à quelques paroles prononcées, peut-être, dans des moments d'excitation et de susceptibilité ; mais

il s'agit, dans cette affaire, d'intérêts trop grands, trop puissants, pour que, dès à présent, et sans attendre des éclaircissements, qui peut-être dissiperaient nos inquiétudes, je ne doive pas vous charger de faire entendre au Cardinal, secrétaire d'Etat, au Saint-Père lui-même, et, si vous le jugiez à propos, aux membres de la conférence, des représentations dont la vivacité est naturellement proportionnée à la gravité des dangers qu'elles ont pour but de détourner. Ils comprendront que, dans la position où nous nous sommes placés, nous avons de grands devoirs à remplir. Ces devoirs, nous sommes résolus à ne pas y manquer.

Ne perdez pas un moment, monsieur, pour me faire connaître ce qu'on aura répondu aux avertissements pressants dont vous trouverez le texte dans cette dépêche. Il nous importe de savoir promptoment sur quoi nous pouvons compter.

Signé : Drouyx de Lhuys.

Le Ministre des Affaires étrangères^

à M. Ferdinand de Lesseps,

Paris, 10 mai 1840.

Nous avons appris que M. le général Oudinot avait cru devoir inviter un commissaire, envoyé, au nom du Saint-Père, à Civita-Vecchia, à ne pas prolonger son séjour dans cette ville, où sa présence produisait un effet assez fâcheux. Le gouvernement de la République approuve complètement cette mesure, inspirée par une saine intelligence des nécessités de la situation et de ce qu'exige la sûreté de notre armée.

Tant que le but de notre expédition ne sera pas atteint, nous ne pouvons permettre qu'il s'organise, en dehors de notre influence, sur le territoire que nous occuperons, des centres d'autorité qui pourraient, même involontairement, contrarier notre action et en compromettre le succès. C'est dans ce sens, monsieur, que vous devrez faire usage des pouvoirs qui vous oiit été confiés. Mieux que personne, vous saurez, dans l'exercice de ces pouvoirs, agir avec la fermeté nécessaire, les égards et les formes propres à ménager

autant que possible les susceptibilités dont il convient de tenir compte dans une extrême mesure.

Signé : Drouyn de Lhuys.

En même temps, M. le Ministre des Affaires étrangères, sous rimpression du vote du 7 mai et du refus fait par le cabinet de Gaëte d*aider notre entreprise et de donner aux populations romaines des promesses dlnstitutions libérales, expédiait au général Oudinot la dépêche télégraphique suivante, destinée à me devancer, dans le cas où mon arrivée en Italie eût été retardée.

Paris 10 mai (dix heures du matin).

» Faites dire aux Romains que nous ne voulons pas » nous joindre aux Napolitains contre eux. Pour- » suivez des négociations dans le sens de vos décla- » rations. On vous envoie des renforts, attendez-les. » Tâchez d'entrer à Rome d'accord avec les habi- » tants, ou, si vous êtes contraint d'attaquer, que ce » soit avec les chances de succès les plus positives. »

J'arrivai au quartier général de Castel de Guido, à une heure du matin. Immédiatement introduit chez

le général, qui était au lit et souffrant, à la suite de son échec devant la muraille de Rome, je lui donnai lecture, d'après le Moniteur (dont je lui laissai un exemplaire) du compte rendu delà séance de T Assemblée nationale du 7 et je lui communiquai mes instructions. Il me promit son concours pour Taccomplissement de ma mission. Comme il ne pouvait pas tenir la plume, j'écrivis, sous ses yeux et de sa part, au comte de Ludolf, Ministre des Affaires étrangères du roi de Naples, qui se trouvait campé, avec son escorte et Tannée napolitaine, de l'autre côté de Rome, pour lui faire connaître la situation, en joignant à ma dépêche un exemplaire du Moniteur du 8 mai.

Mon arrivée devant modifier des opérations déjà commencées, le général s'empressa de faire expédier dans plusieurs directions des ordonnances, afin que des mouvements offensifs, qui pouvaient gêner mes négociations, ne fussent pas exécutés.

Dès qu'il fit jour, je me rendis à Rome, accompagné de M. de la Tour d'Auvergne, secrétaire de Légation ; nous eûmes quelque peine à entrer, il fallut faire le tour d'une partie des murailles, plu-

sieurs portes étant barricadées ; on voyait, le long de la route, des poteaux sur lesquels était écrit en grosses lettres l'article de notre constitution qui défendait d'attaquer une nationalité étrangère. Des sentinelles, du haut des remparts, nous couchèrent en joue, mais mon domestique, installé sur le siège de mon coupé, agitait au bout d'une canne un mouchoir blanc de parlementaire et alors l'arme était abaissée. — Enfin, je vis une porte s'ouvrir et s'avancer un jeune ofiBcier, le colonel Médici, qui me reconnut, et m'offrit ses services, me disant que la ville de Rome serait heureuse d'apprendre mon arrivée. Il me fît accompagner par un détachement de son poste jusqu'à la via Condotti^ où je descendis à l'hôtel d'Allemagne. J'avais jugé qu'il n'était pas encore opportun de me rendre au palais de l'ambassadeur de France.

Après avoir reçu plusieurs visites, entr'autres celle de Charles Bonaparte (prince de Canino), président de l'assemblée, mon premier soin fut d'écrire ce qui suit au général en chef.

« Dans la situation d'attente où nous nous trouvons, il me parait extrêmement important d'éviter toute espèce d'engagement. Je vois une ville entière en

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armes... Je trouve ici, au premier abord, l'aspect d'une population décidée à la résistance, et, rejetant les calculs exagérés, oïl peut compter au moins sur 25,000 combattants sérieux. Si nous entrions de vive force dans Rome, non seulement nous passerions sur le corps de quelques aventuriers étrangers, mais nous laisserions sur le carreau des bourgeois, des boutiquiers, des jeunes gens de famille, toutes les classes enfin qui défendent Tordre et la société à Paris... Il faut donc que nous tenions compte de' cette situation, que nous ne précipitions rien, que nous n*engagions pas notre gouvernement contrairement au but quil a maiiife^ité au commencement de Vexpédition, dont il vient encore de renouveler la déclaration et, en définitive, contrairement au vœu de l'Assemblée nationale. Aussi, je croirais engager très gravement ma responsabilité si je ne faisais pas tous mes efforts pour vous amener à suspendre tous actes d'hostilité et toutes démonstrations, susceptibles d'en produire, jusqu'au moment où je vous aurai vu et où je vous aurai rendu compte de l'état des choses, tel que je l'aurai constaté. Vous êtes, d'ailleurs, dans les mêmes sentiments que moi.

Je déclarerai, de toute façon, que nos soldats ne reculeront pas d'une semelle. Votre attitude, vos bonnes dispositions ne peuvent que faciliter une conciliation honorable. Nous sommes forts, attendons ! »

Je convins verbalement, avec le général Oudinot et les autorités romaines, d une suspension d'hostilités.

Ce résultat obtenu, je cherchai à bien me rendre compte . de la situation et de toutes les difficultés auxquelles je devais m'attendre. Je ne tardai pas à reconnaître qu'à Rome j'aurais à lutter contre les préventions d'une population encore fort irritée des événements du 30 avril, contre l'impossibilité où nous nous trouvions de reconnaître officiellement la république romaine, ou même de promettre le maintien d'un gouvernement se croyant aussi légitime que le nôti'O, et contre l'aveuglement de certaines personnes influentes, qui comptaient, pour la réussite de leur cause, sur un mouvement révolutionnaire à Paris, de même que beaucoup de personnages politiques français, même parmi les membres de notre ministère, croyaient à l'existence d'un parti modéré romain^ lequel avait promis de nous faire ouvrir les portes de Rome, le 30 avril, et serait plus heureux, une

autre fois, si nous recommencions l'attaque de la ville.

D'un autre côté, j'avais déjà remarqué que l'impatience de plusieurs généraux, le désir de réparer un échec personnel, les excitations continuelles d'agents intéressés à la reprise des hostilités, l'écho des conseils peu éclairés qui dirigeaient le Saint-Père, devaient me susciter au quartier général français des obstacles moins imminents, mais peut-être plus persévérants que ceux dont j'avais à triompher à Rome.

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