‹ Souvenirs de quarante ans dédiés à mes enfantsChapitre 15 sur 33 · ÉTUDE SUR DON JAIME BALMES · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR DON JAIME BALMES

en Espagne ; cédant alors aux instances de hauts personnages, Use rendit à Madrid pour rédiger une revue hebdomadaire : le Pensamiento de la Nacion. Il soutint dans cette publication, avec une verve intarissable, ce qu'il croyait être le vœu national, c'est-à-dire, le mariage de la reine Isabelle avec le fils aîné de don Carlos. Il faut lire ces articles vigoureux de style et de logique, pour avoir une idée de Thabileté avec laquelle Fauteur savait déjouer les poursuites du ministère public, dans une matière aussi délicate. Les ojffres les plus séduisantes furent faites à Balmës pour qu'il cessât d'écrire ou qu'il écrivît dans un autre sens, mais il les dédaigna avec la noblesse et le désintéressement qui distinguaient son caractère. A une époque où, en Espagne, l'on a tant prodigué les décorations, il est mort sans en avoir aucune, et il ne devait sa modeste aisance qu'à ses nombreux travaux. Le mariage de la reine mit fin à la publication du Pensamiento de la Nacion^ qui n'avait plus de but politique.

Pendant son séjour à Madrid, Balmès fit paraître la Philosophie élémentaire, et une brochure ayant pour titre Pie IX, où il louait hautement les réformes

294 SOUVBNI^S DE QUÂRA.NTB ANS

libérale3 entreprises par le pape. Balmès, qui, jusquelà, 0*avait eu, dans un certain monde, que desadouraleurs, et presque des courtisans, éprouva dès lors bien des déceptions et se vit en butte à bien des attaques injustes et passionnées. Des esprits jaloux et haineux, longtemps obligés de dévorer leur envie, saisirent cette occasion pour se ruer sur sa réputation ; ils ne Taccusaient de rien moins que de porter atteinte à la religion et à la société. Le cœur de Balmés dut sans doute en être froissé, mais la fermeté de ses convictions n'en resta pas moins inébranlable, et il n'éprouva jamais aucun regret d'avoir émis son opinion avec franchise et liberté.

Parmi les ouvrages de Balmès, un des plus remarquables, dont je n'ai point encore parlé, est le recueil de ses Lettres à un sceptique en matière de religion. Il est impossible de répondre, avec plus de simplicité, de conviction et d'élévation, aux doutes religieux. Profondément convaincu des vérités du catholicisme, Balmès n'était pas de ces croyants, malheureusement nombreux en Espagne et ailleurs, qui sont toujours disposés à invoquer à l'appui de la religion la force et la terreur. Balmès aimait à combattre le doute ou l'in-

Page 1