FULTON
A la fin du siècle dernier, un jeune Américain, dont la première éducation s'était faite au bruit de la guerre pour l'indépendance de son pays, venait demander à la France de le guider dans les arts pour lesquels il avait les plus heureuses dispositions. Sans avoir le génie de l'invention, il était doué d'une aptitude remarquable à l'étude des découvertes mèca-
niques, et d'une persévérance qu'aucun obstacle ne lassait.
Robert Fulton, d'origine irlandaise, né en 1765 à Little Britain (Pensylvanie), de parents émigrés fort pauvres, fut d'abord apprenti joaillier, puis peintre ; il quitta l'Amérique en 1786, à l'âge de vingt ans, passa quelques années en Angleterre, où il s'adonna entièrement à la mécanique, se rendit à Paris en 1796, Il se livra pendant cinq ans à l'étude de la navigation sous-marine et des moyens de faire éclater à un point donné des boîtes remplies de poudre, destinées à faire sauter des vaisseaux.
Le gouvernement français n'ayant pas voulu donner suite à cette invention, Fulton se disposait à retourner en Amérique, à la fin de 1801, lorsqu'il rencontra le chancelier Livingston, alors ambassadeur des États-Unis à Paris, s'occupant de la navigation à vapeur avec un Anglais nommé Nisbett et l'ingénieur français Brunel, qui plus tard construisit le tunnel de la Tamise. Livingston se chargea de fournir tous les fonds nécessaires pour établir la navigation à vapeur en Amérique. Fulton étudia les précédents et adopta les roues à aubes. Des expériences exécutées sur la
Seine, le 9 août 1803, devant une commission de TAcadémie des sciences, eurent tout le succès désirable. Mais Napoléon refusa de saisir l'Académie de la question. Ce refus était dicté par un sentiment d'intérêt national, car TAngleterre possédant seule, à cette époque, de grands ateliers de construction de machines, aurait profité de l'invention longtemps avant que la France pût être en mesure de l'utiliser. Au reste, Fulton répétait souvent que son intention était d'établir la navigation à vapeur sur les grands fleuves de l'Amérique et non sur les rivières qu'il appelait les ruisseaux de France.
Une machine à vapeur commandée par Fulton- Livingston, en 1804, àl'insu de Bolton-Watt, ne fut terminée qu'au mois d'octobre 1806. A cette date, Fulton s'embarquait pour l'Amérique et la machine à vapeur était expédiée à New-York. Le bateau qui la reçut fut lancé sur la rivière de l'Est.
Lorsque le succès de Fulton en Amérique fut incontestable, on lui disputa le privilège ; les ennuis du procès hâtèrent sa mort, qui arriva le 24 février 1 815 ; il n'était âgé que de cinquante ans.
La Législature porta son deuil pendant un mois.
mais sa famille resta dans les embarras pécuniaires.
Fulton n'a jamais contesté à Claude de Jouffroy la priorité de l'invention pratique de la navigation à vapeur. Il écrivait, dès son retour en Amérique, à Montgolfler, à Paris, que ses concitoyens lui attribuaient à tort cette priorité.
Honneur et reconnaissance à tous les deux !
L'Académie des sciences saisie d'une demande de M"' Marthe de Jouffroy, petite-fille de l'illustre inventeur, nommait récemment une commission pour examiner les titres de son aïeul à la reconnaissance nationale. Dans la séance du 16 août, elle a approuvé le rapport de cette commission concluant, en faveur de Claude de Jouffroy, à la première expérience publiquement constatée de la navigation à vapeur, et elle s'est associée au vote unanime de la municipalité de Besançon, pour l'érection d'une statue à celui dont la découverte a tourné au profit d'un étranger, mais qui n'en reste pas moins une des gloires de la France.
Si ins pacern^ para pacem.
Pour obtenir les avantages considérables que la possession de TAlgérie assure à la France, nous devons considérer les difficultés ou les facilités que nous offrent le caractère et l(»s nicpurs des Arabes musulmans, au point de vue de la civilisation européenne.
Il n'est pas question ici des résultats qu'il faut attribuer à l'Algérie, dans l'éducation militaire de notre armée, en ce qui concerne la pratique do la vie de bivouac, l'aptitude à supporter les fatigues et les privations, la valeur ac({uise par nos soldats dans des luttes qui ont surtout, comme au moyen âge, un caractère individuel. Il s'agit des dispositions morales
nouvelles, puisées en Algérie, par les personnes qui ont été en contact avec les populations indigènes.
Dès les premiers jours de la conquête, le devoir et la constante préoccupation de l'autorité française ont été d'exécuter loyalement la convention d'Alger qui garantissait aux Arabes le libre exercice de leur religion, le respect de leurs mœurs et la jouissance de leurs propriétés. Les Arabes ont lutté longtemps et énergiquement contre notre domination ; on pouvait appréhender que la guerre ne laissât des rancunes et des préventions chez ceux qui seraient appelés à administrer les tribus après la pacification. Mais, par une heureuse combinaison, l'armée qui avait vaincu les indigènes reçut mission de les gouverner. Elle avait appris à estimer ce qu'il y avait d'honorable dans leur caractère, elle s'était initiée à leurs mœurs et à leur langue ; elle avait ouvert ses rangs à un grand nombre de soldats musulmans. Aussi a-t-elle pu accomplir la tâche qui lui était dévolue, non seulement avec justice, mais, on peut le dire à sa louange, avec une généreuse sympathie pour les vaincus.
Sans se faire illusion sur les différences radicales qui distinguent les penchants, les aptitudes des
deux races, on a prouvé qu une barrière infranchissable ne nous séparait pas des Arabes musulmans, et que la civilisation européenne ne devait pas les regarder comme des barbares incorrigibles.
Les Arabes qui servent sous nos drapeaux ont conquis une place brillante à côté de nos plus vaillantes troupes ; sous l'impulsion des habiles officiers qui dirigeaient les bureaux arabes, les indigènes avaient construit des maisons qu'ils commençaient à habiter, ils avaient planté des arbres, élevé des barrages, étendu leurs cultures, amélioré les voies de communication, et se soumettaient aux premiers essais pour la constitution d'un état civil régulier. Lorsque nous leur avons confié des armes, il a suffi de mettre à leur tête des officiers intrépides et bienveillants pour en faire des soldats hors ligne. Quand nous leur donnerons des chefs industriels bien choisis, nous retirerons de précieux avantages des heureuses dispositions que possèdent les diverses races algériennes.
Mais, pour réussir,' il est indispensable qu'on se place, vis-à-vis des musulmans, au point de vue de la bienveillance et de la sympathie dues à des hommes
que nous aurons, un jour, à déclarer citoyens français.
11 n'y a plus, dans la population orientale et occidentale, de haine irréconciliable; il est réservé à la France d'organiser et d'administrer avec équité les musulmans soumis à son pouvoir. Le fanatisme contre les chrétiens n'existe que parmi la rac(^ turque, et non parmi la race arabe qui pratique l'islamisme dans la pureté de son origine, et qui, en suivant les préceptes du Coran, ne considère comme infidèles que les idolâtres et non les chrétiens.
Depuis plus de cinquante ans, la France gouverne des musulmans, et (|uoique beaucouj) de personnes les regardent comme dos sujets qui n'ont pas un titre égal à celui de la famille politique française, nous considérons comme un devoir do concitoyen de ne pas leur refuser, de parti pris, notre sollicitude et notre estime. Ce n'est pas le cas de nous créer des rayas musulmans en Algérie, quand nous invitons le sultan à émanciper les rayas de l'Orient.
Il ne faut pas perdre de vue, dans nos r(?lations avec les musulmans de l'Algérie, la véritable pensée de leur apôtre à l'égard des chrétiens, pensée exprimée dans le Coran, que de fanatiques commentateurs
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ont altérée. Les proclamations que Mahomet adressait à ses compatriotes, et qui sont devenues les chapitres du Coran, s'ai)pliquaient principalement aux tribus de la péninsule arabique livrées à l'idolâtrie; il recommandait de respecter la croyance en un Dieu unique.
On lit au chapitre II, verset 59 :
Certes, ceux (fui croient et qui suivent la religion juive, et les chrétiens, en un mot, quiconque croit en Dieu et qui aura praticjué les bonnes œuvres, tous ceux-là recevront une récompense du Seigneur ; la crainte ne descendra pas sur eux et ils ne seront pas affligés.
Verset 25 :
Point de contrainte en matière de religion. La vraie route se distingue assez de l'égarement.