FEU — SAINT-CYR KT LA POI.ITIQUK A CETTE ÉPO(^UJ
LE PARTI RÉPUIJLICAIN, LK PARTI LEGITIMISTE —
ATTENTE DE l'ÉMPX'TE — CONDUITE DU COLONLL BARAGUEY d'hILLIERS — LA REVOLTE — VICNUE Dl' GÉNÉRAL VASSEROT — VISITKS PRINCIKRES A SAINT- CYR — VISITES DU DUC d'oRLKANS — LK TRIOMPHE DU TONNEAU — LES PECHES — ANECDOIK.
Le dimanche après le diner, les parents des élèves pouvaient faire appeler ces derniers et les voir une demi-heure à la salle de visites. J'étais lié avec le fils d*un général du premier Empire dont la mère connaissait ma famille.
Un dimanche, elle vint avec mon père voir son fils. On lui dit que ce dernier était à la salle de police pour fait grave. Elle ne peut obtenir d'autres explications. Mon père me demande si je connais le motif de la punition; je me mets à rire et je lui
LA SALLK DE VISITE ÔI
succédé à la mienne et à celle de mes conscrits. Il était détesté de mon temps. Nous ne lui pardoonions pas deux choses : i° ce quUl nous avait fait dire lors de sa première revue; 2** sa conduite à une révolte politique qui faillit éclater en 1834, à l'École, lors des affaires de la rue Transnonain, après rinsurrection de Lyon.
L'École de Saint-Cyr était alors divisée en deux partis politiques à peu près en nombre égal. Les élèves ayant Topinion légitimiste, les élèves républicains. Un seul, fils d'un intendant, osait se dire partisan du gouvernement de Juillet. Cet état de choses ayant été connu à Paris, au National, Armand Carrel voulut en profiter pour tâcher d'entraîner dans la grande ville, sinon TÉcole tout entière^ du moins la partie libérale, lorsqu'une émeute assez sérieuse éclaterai: dans la capitale. Deux mois avant les événements de 1834, les rédacteurs des journaux républicains de Paris, Carrel en léle, se rendaient les dimanches à la salle des visites, faisaient appeler des élèves, et nous
suivaient à la promenade pour nous endoctriner.
saint-cyriens, barrant la route de Versailles.
Lorsque les émeutes éclatèrent à Paris, lorsque l'on crut à Saint-Cyr entendre le bruit du canon, les esprits fermentèrent, on attendit avec anxiété le message convenu, il ne parvint pas jusqu'à nous. En outre, les pièces avaient été démontées par précaution, les gargousses défaites par ordre du colonel, sans qu'on le sût. Tout se passa tranquillement à l'École, sauf une agitation fébrile.
Bientôt on apprit que le gouvernement avait eu le dessus, que la république était vaincue. Le colonel Baraguey d'Hilliers sortant alors de son calme apparent, de sa prudente réserve, se décide à sévir contre les élèves qui l'avaient si fort inquiété depuis quelque temps. Pour ne pas faire connaître ce qui s'était passé à l'École, pour laisser ignorer les opinions politiques de ses jeunes gens (ce qui était habile de sa part), pour punir cependant et atteindre les coupables, il fallait un prétexte, le colonel le trouva, avant l'inspection générale. Un jour, les sergents-majors sont appelés devant le commandant de l'École, qui leur
LA SALLK DK VISITK h-]
raies se donnaient les gants d'ctrc républicains.
Les choses en étaient là, lorsque le fils aîné du roi, Taimable et brillant duc d'Orléans, témoigna un jour à Baraguey d'IIilliers le désir de se rendre à TÉcole. Le colonel, connaissant Tesprit de ses élèves, se montra soucieux de la suite que pourrait avoir cette visite princicrc. Toutefois le duc d'Orléans ayant insisté, Padroil commandant deSaint-Cyr, qui, sous son air brusque et dégagé, était très fin, pensa qu'avec une concession habile on pourrait sortir d'embarras. Il insinua au jeune prince que, s'il voulait être bien reçu à TÉcole, il avait un moyen fort simple, c'était d'obtenir du ministre de la guerre, par l'entremise du roi, la réintégration des élèves renvoyés dans leurs régiments, lors de la dernière révolte. Cette mesure d'indulgence était forte indifférente au ministre et au roi. Elle arrangeait tout le nionde, les élèves, les familles, le colonel lui-même.
Un beau matin donc de la lin de juillet 1834, le bataillon prend les armes dans sa plus belle tenue, et se forme au polygone. Bientôt les tambours
au bout de laquelle se balance le tonneau. — Diable, fait le duc. Colonel, je pourrais bien avoir un autre prix à donner. — C'est fort possible. Monseigneur. — Je n'en ai apporté qu'un. — On vous fera crédit, Monseigneur. Le second mortier, pointé par un élève nommé Laffite, part, la bombe s'élance dans les airs, décrit sa courbe élégan'.c et régulière, brise la perche et abat le tonneau. — Ohl c'est trop fort, dit le prince enchanté, allant serrer les deux mains au pointeur. Monsieur, vous méritez le prix, je vous dois une arme, vous la choisirez chez mon arquebusier. Allons, colonel, le triomphe du tonneau! Aussitôt une masse d'élèves se précipite dans le petil bois, brise les branches, pendanl qu'on apporte une civière sur laquelle on place le tonneau; Laffite, couronné de branches, le fusil en bandoulière comme tous les élèves, se met à cheval sur ledit tonneau ; les servants de son mortier l'é.èvent sur le pavois, et le triomphateur rentre à l'École, précédé des tambours battant la charge, suivi du prince, du colonel et de tout le bataillon faisant
éclater sa joie bruyante par mille cris. Il est à croire que le duc d'Orléans ne s'est pas souvent autant amusé dans sa vie princière que ce jour-là.
Après son déjeuner, le prince vint au réfectoire. On était à la fin du repas, on se lève. Le jeune prince prend un gobelet, se fait verser un verre de vin, et élevant la voix : Messieurs, dit-il, je porte un toast devant lequel toute pensée politique s'efface : A la gloire de toutes lesarmées françaises. Puis il se retire, ayant, par son amabilité et par son habileté, conquis l'affection de tous les futurs officiers des deux promotions de l'École.
Encore un épisode de la visite du duc d'Orléans à Saint-Cyr en 1834. Le prince avait accepté à déjeuner chez le colonel. Ce dernier avait convié à ce repas les officiers de son état-major et les principaux employés de l'établissement. Le couvert était splendide, mais on ne pouvait s'empêcher de remarquer au beau milieu de la table un surtout entouré de fleurs et de feuillage, et parfaitement vide..
Monseigneur, dit le colonel, .en conduisart le
prince dans la salle à manger, je. comptais offrir à Votre Altesse de belles pêches de Montreuil, primeur de mon jardin, et j'avais ordonné qu'on les cueillît le plus tard possible; mais on s'y est pris trop tard, à ce qu'il paraît, car pendant que nous étions occupés au polygone, des maraudeurs adroits que je ne puis supposer être que des élèves du bataillon, profitant de ce qu'on ne les observait pas, ont fait la cueilletteavant nous, en sorte que vous voyez ce vide au centre de la table. Si je parviens à les connaître...
— Oh! mon cher colonel, s'empressa de dire le prince, je désire que vous ne les recherchiez pas et surtout ne les punissiez pas. Amnistie pleine et entière, dans ce jour si beau pour moi. Nous déjeunerons parfaitement sans vos belles pêches.
Maintenant veut-on savoir l'histoire des pêches du colonel. Je suis plus que tout autre à même de la raconter, et je le ferai quoi qu'elle ne soit pas trop à mon honneur.
En passant pour aller du champ de Mars au
pour escalader le mur ? — Nous trouverons peutêtre une échelle ; mais s'il n'y en a pas, tu as de larges épaules, je grimperai dessus et je te passerai les pêches. — Parfait, parfait, parfait, s*écria de Labarre, et aussitôt nous nous mettons à l'œuvre ; succès complet.
Voilà comment le duc d'Orléans fut privé de primeurs. Vingt ans^ après, déjeunant un jour au camp de Boulogne (1854) chez le maréchal Baraguey d'Hilliers, alors de retour de Bomarsund et commandant le camp, je lui confessai cette action coupable, ce chapardage, comme disent les zouzous et les zéphirs. Il en rit et se souvint parfaitement de cette aventure, dont le «prince et lui avaient pris facilement leur parti.
LA CHANSON A SAINT CYR — LA MUSE DE SAINT-CYR LA CHANSON DE l'aNCIEN ET DU CONSCRIT.
Il n'exis'.e pas en France une corporation, il n'existe pas dans l'armée un corps qui n'ait sa ou ses chansons. Saint-Cyr, naturellement, a toujours eu les siennes. De mon temps, on les avait réunies en un petit volume imprimé sous ce titre : La muse de Saint'Cyr. Le principal factum de ce recueil plus ou moins poétique, tout consacré à Thonneur de rélève du Bahut, retraçait les phases de l'existence à l'École. Je me souviens encore de quelques refrains. Ceux-ci entre autres :
AUcr chez Toto, Gober un zéro.
Et voilà la vie que les anciens font.
•" LA ChANSON — LA xMUSE 8l