MES SOUVENIRS
DE
Au mois d'août 1834, je sortis de TÉcole spéciale militaire avec un assez bon numéro, me donnant droit à l'arme de la cavalerie. On me plaça dans l'infanterie, parce que, étant boursier à la Flèche et à Saint-Cyr, j'étais censé n'avoir pas les moyens de subvenir à mes dépenses dans un régiment à cheval. Et en effet, c'était justice, puisque, à cette époque, l'État ne montait pas encore les officiers, puisqu'il fallait passer, comme sous-lieutenantélève, deux années à TÉcole de Saumur, dont les chefs n'avaient pas la sagesse de s'opposer au débordement des jeunes gens sous leurs ordres, lesquels contractaient tous des dettes folles.
pagne. Mon père ne Ten dissuada pas^ et il fut résolu qu'il tenterait Taventurc. Les Santos-Ladron lui donnèrent des lettres pour toutes les notabilités du parti. Un beau soir d'automne il nous quitta, la mort dans l'âme, pour gagner par les cols des Pyrénées, déguisé en Basque, et sous la conduite d'un guide, les petits villages de Zuccarramandy d'Ormuristegny et la ville d'Élisonde, quartier général de l'armée carliste. Il ne devait plus revoir mon père... Il échappa aux agents de la police française, aux douaniers, aux gendar^ mes, aux soldats de la ligne formant un cordon à l'extrême frontière et sans cesse en patrouille. Je l'accompagnai jusqu'à la limite du territoire, et cette promenade, non sans danger, me donna par la suite l'idée d'écrire et de publier un roman qui a paru en 1856 dans le Constitutionnel sous le nom du Volontaire de Zumalacaraguy,
Mon frère, fort bien accueilli, fut placé comme sous-lieutenant au 5* bataillon de Navarre, y devint capitaine puis subteniente colonel (lieutenantcolonel), fut décoré de la croix de Saint-Ferdinand
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et fit campagne sous les ordres du colonel Don Pablo Sans, un des meilleurs chefs de Taraiée carliste. A Oviedo, où il entra avec son bataillon, il fut assez heureux pour préserver du pillage le palais d'une noble femme, la marquise de la Rosa. Il sauva l'honneur de sa fille ; mais les carlistes surpris ayant été contraints à une brusque retraite, il fut blessé près de la ville d*une balle qui lui brisa la clavicule de Tépaule droite. Transporté à ITiôpital d'Oviédo par les christinos, il allait être fusillé lorsque l'intervention de la marquise de la Rosa lui sauva la vie. On voulut lui désarticuler l'épaule, il refusa, guérit à peu près, mais sans recouvrer entièrement Tusage de son bras.
Il put toutefois revenir en France avec un fidèle serviteur, soldat au 5" de Navarre, son ordonnance. Après le traité qui suivit l'infâme trahison de Maroto, mon frère ne voulut pas, malgré la sollicitation de la marquise de la Rosa et quoiqu'il pût avoir alors la certitude d'être placé, avec son grade, dans la garde, abandonner la
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nous avons besoin du professeur. — Oh! prêteznous-le. — Non, Monseigneur, dit alors Guérard, laissez- jioug, cesjeunes officiers passent leurs examens demain. Bonne chasse, mais je ne les abandonnerai pas aujourd'hui. » Les trois princes partirent, et nous conservâmes pour nous seuls le professeur, qui cependant adorait les fils du roi et aimait beaucoup la chasse.
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de tactiques, jç préfère ne rien dire. » Il se lève, salue et se retire. — Messieurs, dit un des généraux membres du conseil, le commandant un tel s'est foutu de nous. — Il n'avait pas tort.
Disons cependant que l'instruction acquise à l'École d'application pouvait être fort utile à ceux de ces jeunes officiers-élèves qui voulaient bien travailler à la sortie de ladite École.