‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-Major (volume 2)Chapitre 25 sur 28 · L*OPÉRA — LE DÉJEUNER 28 F · texte numérisé non relu

L*OPÉRA — LE DÉJEUNER 28 F

son opinion. L'amusant acteur, dont j'ai conservé plusieurs lettres, oublia ma pièce dans une poche de son paletot et finit par m*engager à la refondre. Je fus plusieurs fois chez lui. J*y déjeunai même un matin, et j'abandonnai l'idée de devenir auteur dramatique.

Je me souviens d*une chose qui m'étonna beaucoup. Vers la fin de notre déjeuner chez Parny, Yaveugle Arago nous fit sur la lame d'un couteau très effilé les tours les plus difficiles et qu'un individu ayant de bons yeux n'eût pu effectuer sans se couper. Il ne se donna pas la moindre entaille. Arago écrivait toute la journée sur des feuilles de papier passées dans un cadre de bois divisé en compartiments par des tiges en fer placées horizontalement. Un homme, dressé à ce travail, recueillait les feuilles écrites au fur et à mesure qu'il les jetait par terre toutes barbouillées, et les transcrivait sans la moindre hésitation.

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deV... c Mais je n'y suis pas engagé, me dit-il. — Vous le serez dès demain, je serai sur le troisième banc, en vous voyant, je placerai mon éventail sur ma joue droite. A ce signe vous me reconnaîtrez et viendrez me Taire votre cour. Mon mari doit partir dans deux jours, pour un mois. Il va à sa terre en Bretagne ». Mon camarade, ravi, accepta toutes ces propositions, nous fit servir pour nous deux, au buffet, un excellent petit souper fin que j'absorbais en soulevant la barbe de mon masque, et me quitta vers cinq heures en me serrant la main et en me faisant les déclarations les plus brûlantes. De la Barre, qui ne nous avait pas perdus de vue, vint me rejoindre riant comme un fou et me pressant de partir, mais moi, alléché par mon facile triomphe et apercevant sur une banquette un de nos colonels d'état-major, M. R..., depuis général de division, encore jeune et que l'on disait fort galant, je déclarai à la Barre que je voulais ajouter cette conquête à celle de C. • . Sans écouter les sages remontrances de mon ami, je m'approchai du colonel, j'entamai avec lui nne

l'échelle de corde — LE BAL 289

conversation demi-légère, je me laissai prendre la taille et conduire au foyer. J'eus l'infamie de donner par derrière des coups de pieds à tous les groupes que nous rencontrions, en sorte que le pauvr^ colonel, qui cherchait à me protéger, recevait maintes bourrades. Je daignai accepter des glaces, mais bientôt j'aperçus la Barre me montrant l'horloge et me faisant des gestes désespérés. Je voulus prendre congé du galant colonel. Il déclara qu'il ne me quitterait pas et me ramènerait chez moi. Bref, pour m'en débarrasser, je fus contraint de m'engager sur l'honneur à lui écrire le lendemain pour lui faire savoir qui j'étais. Enfin, mon camarade, deux autres officiers venus avec nous, et moi, nous pûmes quitter le bal. A cinq heures trois quarts nous étions au pied de l'échelle. Nous grimpâmes lestement, ôtames nos costumes à la hâte et revêtîmes nos uniformes pour aller au manège.

Il était temps, le tambour avait battu la diane, nos camarades descendaient dans la cour pour

l'appel du matin. Cinq minutes plus tard, nous

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sents de la nuit étaient censés rentrer après leur repas du matin.

Les officiers-élèves qui voulaient passer la nuit dehors, en quittant les salons du général, se jetaient dans un des fiacres appelés dans la cour de rÉcole par les étrangers venus à la soirée et se faisaient conduire où ils voulaient.

On est malin à vingt ans, lorsqu'il s'agit de s'amuser.

LE CHAPEAU DE L'OFFICIER d'ÉTAT-MAJOR 307

vêtu du plus beau jaune, puis les deux autres en vert et en bleu.

Un peu rassurée sur le dépiottage, M"* Rose cherche, mais en vain, à déteindre ses chers amis; Impossible, la couleur était trop bonne ; force fut de raser les quatre quadrupèdes.

Et on appelle cela des officiers ? disait-elle partout en parlant des élèves et en montrant ses chats coloriés, puis tondus.

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