LA COMPLAINTE
rineau de Botevillette, bon gros, jovial et spirituel garçon né dans la Beauce à Châteaudun, électeur et ayant pour compagnon, dans toutes ses excursionSy un charmant et fidèle caniche nommé Médor.
Un jour notre officier et son chien escaladèrent un des pics élevés des montagnes du Puy-de-Dôme, 'VEscagUj situé près du village appelé les Brayards, pic sur le sommet duquel se trouvait un signal. Ils y furent tout à coup enveloppés par une violente tempête qui couvrit de grêle la campagne voisine.
Les habitants du village des Brayards, paysans superstitieux, apercevant sur le pic de TEscagu la silhouette d'un inconnu se livrant à des occupations qu'ils ne pouvaient comprendre et armé d'instruments qu'ils n'avaient jamais vu, se rassemblèrent, se le montrèrent et en vinrent à conclure •que ce personnage ne pouvait être que l'auteur de la tempête, le diable, venu là tout exprès pour faire grêler leurs champs. S'armant de fourches, ils grimpèrent sur l'Escagu décidés à faire un mau* vais parti au jeune officier*. Ce dernier surpris par une trentaine d'individus, hommes et femmes,
Or, parmi toutes ces cimes, Qui frappent d'abord les yeux, Il est un pic rocailleux, Qui bondit sur les abîmes, Dominés par les Brayards Et dominant les brouillards.
Sur ce pic épouvantable,
Neuf cents mètres sur les flots (i).
Le plus vaste des signaux.
Passe pour l'œuvre du diable.
Il a le nom saugrenu
De signal de l'Escagu.
Mais, là, le drame commence, Â la porte du signal.
Donc... du héros principal, Lions d'abord connaissance.
Et voyons en quelques vers, Ses vertus et ses travers.
Chant où l*on va trouver la description appro-
(i) L'état-major a foi dans le niveau constant des flots de la mer. Il Ta pris pour base de son travail et lui a rapporté toutes les hauteurs du sol. Il est juste de dire que, jusqu'à ce jour, la mer a répondu d'une manière touchante à cette confiance qui Thonore.
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Vous êtes le diable ou ben, Nous n'y connaissons plus ren.
Ouf 1 ceci passe les bornes.
Le diable l'avez-vous vu ; Il porte le pied fourchu, Son front est chargé de cornes.
Inspectez-moi maintenant, Ai-je donc cet ornement.
Note : En effet, il est vrai de dire que Boisvillette n*a rien de commun avec cet affreux bipède, rien, dit-il en badinant avec ses amis, rien que de le tirer quelquefois par la queue — malgré sa position d'électeur de Châteaudun.
Continuant à définir le diable, Boisvillette ajoute :
De plus, sur lui Satan porte Certaine odeur de roussi.
Cette odeur... la sens-je aussi ?
Non, — que le diable m'emporte, Car, semblable à ^n bateau, Je flotte dans trois pieds d'eau.
Eh! eh! eh! réplique un autre, Pourquoi qu'ici vous venez ?
Je conviens que vous avez l^a mine d'un bon apôtre ;
mené chez le maire. Le maire étant à garder ses bœufs, on le conduit chez l'adjoint.
Pendant qu*il marche entouré des Brayards, Boisvillettp remarquant la pâleur de son chien, lui dit :
Viens quadrupède sublime, Dit-il, à Médor pleurant, Je laisse à ton dévoûment, La vengeance de ce crime ; Si je succombe ici, Va le dire à Cornély.
On arrive [chez Vadjoint)^ on crie, on jure.
L'adjoint séchait ses sabots,
Il les remet aussitôt,
Pour voir d'où vient ce murmure.
Puis, au milieu du fracas,
Il entend qu'il n'entend pas.
Boisvillette lui demande s4i sait lire et lui passe son ordre.
Le silence recommence, L'adjoint semble tout ému.
Mais, déjà n'y tenant plus.
Il crie avec pétulance :
Quoi ! Vous êtes un savant De ce fameux régiment.
Noms de cinq des camarades de Boisvillette qui tous ont concouru à la confection de la complainte, Cholet par les strophes, les autres par les illustrations.
Ainsi couronné de gloire, Il redescend des Brayards, Dans les Laffitte et Gaillard, Il monte avec sa victoire ; Puis il rentre à Paris, Comme il en était parti.
Bientôt, près de lui en masse,
Arrivent les anciens cœurs.
Des nouveaux mouillés de pleurs,
Plaignent sa disgrâce,
Et Guérineau trop heureux,
Les rassure de son mieux.
Alors, dans la capitale.
Tout est à la Guérineau, Étoffes, meubles, chapeaux, La fureur est générale.
Même on joiie à l'Ambigu Le héros de l'Escagu.
Boisvillette apprécié, et dont la noble conduite* est connue, reçoit bientôt sa récompense.