‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-Major (volume 2)Chapitre 3 sur 28 · JADIS ET MAINTENANT · texte numérisé non relu

JADIS ET MAINTENANT

Tout ici-bas change de caractère, La terre tourne et roule à tous moments, Et tout ici, tournant comme la terre.

Devient sujet à mille changements.

Cette maison, oix jadis l'innocence Fuyait le monde et ses plaisirs trompeurs, Est maintenant une école où la France Fait aux combats former ses défenseurs.

Et dans les lieux où Ton apprend la guerre Et les secrets de cet art inhumain,

Là, de beautés, dans l'ombre et le mystère.

On élevait un gracieux essaim ; Puis dans la suite, à leur noble patrie, Elles donnaient de nouveaux habitants, Quand nous, remplis d'une rage ennemie, Notre métier est.de tuer les gens !

De Maintenon, de mémoire royale, Un général a pris l'appartement, y Et nous mangeons notre pain dans la salle

èi Où maint bonbon se mangeait gentiment.

■/X^ Dans ce dortoir où la jeune fillette

En rougissant consultait son miroir, En un instant j'achève ma toilette Et sors du lit, fort souvent, sans y voir Dans cette froide et mauvaise couchette, Ce pauvre lit et si dur et si bas, La gente Agnès, tendre autant que discrète, Jadis, peut-être, étendait ses appas.

Elle y dormait ; mais en vain avec force.

Moi, je me tourne en maudissant le sort; Le doux sommeil avec moi fait divorce.

Pourtant sans peine un innocent s'endort.

Et passe encore si cette Agnès jolie, Dans mon malheur, prenant pitié de moi.

Pour adoucir l'ennui de l'insomnie, M'apparaissait... pour calmer mon émoi !

Les. roulements remplacent les cantiques ; Aux hymnes saints succèdent les jurons :

Jadis la cloche aux sons purs et mystiques Et maintenant,,, le fracas des canons.

ORIGINE — PHASES DIVERSES I3

Dans cette enceinte, où jadis de Racine On entendait les vers harmonieux, Où Polyeucte a converti Pauline Et renversé les autels des faux dieux.

L'ancien, gaiment, court, voltige à merveille, Et de son art nous montre le secret ; Et le conscrit va, portant bas l'oreille, En bougonnant, grelotter au piquet.

Rien, dans les murs tristes et solitaires.

Ne porte atteinte à notre pureté.

Mais... je ressens... des vapeurs somnifères... Et je... m'endors... je rêve en vérité :

Je vois du temple Athalie arrachée...

Voici les juifs, les juives... Et bientôt...

J'embrasse Esther aux pieds de Mardochée, Quand le tambour me réveille en sursaut !

Maudit tambour ! Ta bruyante cadence Me plairait fort au milieu des combats ; Mais je la crains quand, au sein du silence, Le doux plaisir me berce dans ses bras.

Tout même un songe, ici l'on nous l'enlève ; Dans ce dortoir, jadis plus attrayant, Si gentie fille a formé plus d'un rêve.

Qu'un rêve, au moins, soit permis maintenant,

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